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Nous sommes un collectif d'audioprothésistes, depuis 2006, qui cherchent à améliorer l'image et la diffusion de connaissances techniques à destination des audioprothésistes ! L'exercice nous permet de commenter et également d'améliorer nos connaissances. Il faut bien le dire ce blog bouillonne de bonnes idées !!!! Si toi aussi tu as envie de partager ton expérience ! Alors rejoins nous !

LAFON 44 AUDITION ET LANGAGE (4)

L’audition PRIMAIRE c’est ce qui nous permet d’être alerté, d’avoir la notion de direction, la notion de distance, la notion de volume. Ouaouhhhh, tout ça ? 😉 La fonction primaire de l’oreille « … est celle de la perception de l’environnement »(1).

Commençons par la direction.

………. 1) ALERTE / DIRECTION :

Dès que nous avons dans notre environnement une variation brusque du volume sonore, nous allons nous tourner automatiquement vers le lieu de cette variation brusque.

Cette alerte induit l’attention, automatiquement.

Les voies neurologiques vont privilégier l’événement qui provoque cette variation du volume sonore. La vigilance est alors à son degré maximal car un danger vital peut exister.

Ce réflexe, de s’orienter dans la direction d’où le son vient, c’est le Réflexe d’Orientation Investigation (ROI), qui est une émanation du fait que lorsque, nouveau-né, nous ressentons le sein de notre mère on se tourne vers lui pour s’alimenter.

« Toute modification de l’environnement, tout signal émergent par son intensité (impulsion) ou par sa forme, inhabituelle ou conditionnée, enclenche dans le subconscient le mécanisme d’alerte induisant l’attention et une investigation à la recherche de la signification et du danger éventuel de ce qui est devenu un signal »(2).

Grâce à cet automatisme, on connait la direction d’où vient le signal.

Deux autres mécanismes sont également importants. Lorsque nous sommes informés d’un signal on est capable, grâce à ces mécanismes, de réaliser un tri : je le garde car utile ou je ne le garde pas car inutile. Ces mécanismes permettent de favoriser l’excitation ou de l’abandonner.

L’abandonner (comme le bruit d’une clim au-dessus de vous, comme un train qui passe tous les jours à la même heure) c’est le mécanisme d’habituation.

La favoriser (les pleurs du bébé dans la chambre alors qu’on est en train de discuter avec des amis dans le salon) c’est le mécanisme de facilitation.

Ces « deux mécanismes permettent la vie sociale »(3).

En résumé, grâce à l’alerte, on a la direction.

« L’enfant sourd est malheureusement « habitué » malgré lui à ne pas s’alerter à des sons qu’il ne perçoit pas. Il ne dispose pas de cette fonction d’alerte acoustique, il doit la remplacer par la vision qui est moins universelle. L’enfant sourd explore à la vue son environnement pour rester à l’affût des modifications qui risquent de survenir, il est donc obligé de forcer sa vigilance faute d’alerte permanente. Il devient de ce fait distrait fréquemment, il lui est plus difficile de fixer son attention de façon continue. Il a besoin d’un milieu sécurisant, de quelqu’un qui soit pour lui garant de l’alerte, d’un environnement stable, sans surprise, pour maintenir son attention à ce qu’il fait »(2).

Les enfants sourds ont donc tendance à rester en retrait par rapport à ceux qui sont appareillés. Appareiller ces enfants sourds leur permet de s’ouvrir naturellement, comme tout normo-entendant, vers l’environnement extérieur.

JYM

(1) Professeur J.C. LAFON « les enfants déficients auditifs » page 19.

(2) Professeur J.C. LAFON « les enfants déficients auditifs » page 101.

(3) Professeur J.C. LAFON « message et phonétique » page 66.

LAFON 43 AUDITION ET LANGAGE (3)

On peut faire varier la voix, c’est ce qui donne la mélodie.

Cette mélodie se déroule dans le temps.

Il faut donc être capable de penser à ce que l’on va dire avant de le dire.

Parce que c’est un déroulement dans le temps de quelque chose.

Ce quelque chose, il faut être capable de le concevoir.

L’audition PRIMAIRE va nous permettre de concevoir ça.

L’audition n’est pas simplement communication. La communication, c’est l’audition SECONDAIRE, c’est elle que nous utilisons tous les jours.

Mais c’est l’audition primaire qui nous a permis d’accéder à cette audition secondaire qui elle-même permet d’accéder au langage.

L’audition PRIMAIRE, on va en parler dans les quelques prochaines parutions.

Elle est très peu connue.

Mais c’est finalement très important.

C’est très important pour le bébé normo-entendant et c’est encore plus important pour le bébé sourd de lui donner la possibilité d’avoir accès à cette audition primaire.

JYM

LAFON 42 AUDITION et LANGAGE (2)

Je vais, sans doute, être amené à utiliser souvent les termes : voix, parole. Ces termes sont-ils équivalents, autrement dit : est-ce que voix = parole ?

La voix, ce sont les impulsions produites par le larynx, on les appelle les impulsions laryngées. La voix c’est « le son émis par le larynx »(1). La voix « … possède des qualités d’intensité, de hauteur tonale et de timbre, le timbre correspondant à l’abondance et à la proportion relative des harmoniques »(2).

La parole « est constituée de sons émis par des rétrécissements placés sur le trajet du souffle et modulés par le jeu de l’articulation »(1). Cette modulation de la voix « en fait le support d’un message en provoquant des variations de timbres évocatrices des phonèmes »(1). Ce « timbre représente plus précisément la parole »(1).

« Le son est nécessaire pour donner une structure acoustique à la parole, la voix est le support des informations de la parole »(3).

« La voix est le support acoustique, la parole, l’image des cavités de résonance, forme imposée au son laryngé »(4).

Dans la citation suivante, toujours du Professeur J.C. LAFON, vous lirez le terme de cycle/seconde, c’est l’unité qui était utilisée avant le Hertz, 1 cycle/seconde = 1 Hertz. « Dans la voix d’homme, la plus grave, le fondamental oscille, suivant les individus et les circonstances, de 80 à 250 cycles/seconde. La grandeur du larynx explique ces rythmes. La voix de femme, plus aiguë, peut varier, dans la parole, de 150 à 350 cycles/seconde en moyenne… La hauteur de la voix d’enfant est justifiée par la petitesse du larynx ; elle est plus aiguë que la moyenne des voix de femme, variant de 250 à 500 cycles/seconde… Parmi les autres voix, nous signalerons la voix chuchotée : le larynx ne vibre plus mais émet un souffle. Celui-ci, repris par les résonateurs , est renforcé comme la voix normale. Mais le canevas fréquentiel étant pratiquement continu, les renforcements des cavités sont très bien soulignés. Cette voix serait excellente pour la parole, si elle n’était trop peu intense et pauvre en sons graves. Finalement sa portée est faible et les graves sont inutilisables à l’audition »(5).

« Plus le son laryngé est grave, plus les harmoniques sont rapprochées et meilleure est l’image du résonateur, donc du phonème. La voix d’homme permet une bonne individualisation phonétique. Elle est plus intelligible que la voix de femme ou d’enfant dont les réseaux d’harmoniques sont beaucoup plus lâches »(6). Les résonateurs auxquels je pense : pharynx, cavité nasale, bouche, lèvres.

« La parole est relativement indépendante de la voix ; elle représente la forme des cavités de résonance… La voix représente le support acoustique, la parole les déformations imposées à ce support »(7).

« La mélodie se monte sur une voix, la parole se structure sur une mélodie, la pensée verbale n’existe pas si la parole ne lui sert de support »(8).

« La voix, les mélodies s’acquièrent dans des constructions motrices complexes durant les premiers mois »(9) de la vie.

« … il n’y a guère de différence entre la marche et la parole, ce sont des mouvements organisés, ce sont des gestes. La parole n’est qu’un geste comme est la marche comme est la communication de l’enfant »(10).

« … la parole est un geste traduit en sons grâce au souffle »(8).

STOP, JYM, arrête-toi ! On a bien compris que la voix n’est pas la même chose que la parole ! 😉

JYM

(1) Professeur J.C. LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition » page 51.

(2) Professeur J.C. LAFON « message et phonétique » page 91.

(3) Professeur J.C. LAFON « amplification compensée » Bulletin d’Audiophonologie 1971 N°2 Volume 1 page 181.

(4) Professeur J.C. LAFON « message et phonétique » page 89.

(5) Professeur J.C. LAFON « message et phonétique » page 96.

(6) Professeur J.C. LAFON « message et phonétique » page 98.

(7) Professeur J.C. LAFON publication Académie des Sciences, séance du 20 mai 1959 page 2906.

(8) Professeur J.C. LAFON « les enfants déficients auditifs » page 20.

(9) Professeur J.C. LAFON « les enfants déficients auditifs » page 105.

(10) Professeur J.C. LAFON « texte sur le langage     exposé oral     Délémont 1977 » page 13.  

100 ans de progrès. Ou presque…

A ma gauche, papy, en pure galalithe, rétractable en 3 parties, garanti 100% analogique. Période environ début XXème :

cornet On peut estimer qu’à l’époque (autour de la 1ère guerre mondiale), ce cornet était vendu autour de 20 francs (anciens francs donc), ce qui donne aujourd’hui un prix équivalent de 60 à 70€.
Voici le gain d’insertion obtenu avec cet accessoire (ah! le bon temps où l’on pouvait tester les appareils avec un bruit rose, sans avoir rien à désactiver !) :
gain-dinsertion-cornet
Un gain d’insertion de quasiment 30dB à 1500Hz et 10dB à partir de 3kHz. Pas mal pour l’objet préféré du Professeur Tournesol ! Notez au passage la bande passante jusqu’à 8000Hz (au moins !) : impossible aujourd’hui…
Voici le gain total, quand même, de l’engin :
3_cornet_mes_stereo_snr0_speech_third_oct_gain
Ca résonnait certainement un peu, mais qualité du son garantie pure 100% analogique !

A ma droite, pur produit d’un nouveau genre : le PSAP (alias « assistant d’écoute »), fabrication 100% en RPC, tout numérique :

Un SONETIK Go Hear acheté par correspondance (copie d’écran du 14/10/2016). Comme le dit leur site, « Focalisé sur le langage, étouffe les bruits parasites (deux micros) » :
sonetik-web
Nous allons bien voir cela… Soyons fous, tentons de le proposer à ce patient présentant cette surdité :
ks100
Voici le résultat in vivo de son programme 3 (il n’est pas réglable, mais il a 4 programmes…) :
sonetik-p3
Pas mal, pas mal… Vous noterez au passage que cet amplificateur atteint 100 et 102dB SPL à 1 et 2kHz; on est totalement hors de la légalité à ces niveaux.
Il n’a pas d’aigus, bien moins que son ancêtre le cornet, mais au moins pas de larsen !
Il a même un micro directionnel fixe :
sonetik_p3_fbr_snr0db
3 à 4dB de FBR (Front to Back Ratio), le minimum syndical.
Il a un réducteur de bruit (si, si !!!) :
sonetik_rb30s_p3
10 dB de RB après 30 secondes de babble à 70dB SPL. Mazette ! Mais alors, ce serait la qualité à prix low cost ? La quadrature du cercle en fin de compte ?
Voici son comportement dans le bruit, de -10dB à +10dB, NFIMfrench (voix française de l’ISTS) à 0° et Babble ISTS à 180° :
sntk
Cet appareil n’améliore en aucune façon le RSB, en tout cas dans une condition de test Voix devant et Bruit derrière, puis extraction du RSB par méthode de séparation Hagerman&Olofsson. Il dégrade même le RSB, ce qui est très classique pour un pur traitement numérique du signal. Ce qui est plus surprenant, c’est qu’il n’améliore rien malgré la directivité fixe et le réducteur de bruit. Son traitement du signal (s’il en a un), ou plus probablement sa compression ou son réducteur de bruit, sont très délétères.

Revenons à notre ancêtre le cornet, 100 ans plus tôt :

Quitte à être joueurs, soyons joueurs jusqu’au bout et testons cet engin dans les mêmes conditions que le Sonetik.
cornet_test
Son ouverture à la Professeur TOURNESOL bien en face du locuteur (signal = NFIMfrench) et tournant le dos au bruit (babble de 4 ISTS) sur les 2 HP arrières : inutile d’avoir fait polytechnique pour imaginer que l’on a un système directionnel de chez directionnel !
Oui, mais me direz-vous, le Sonetik lui aussi était directionnel, avec en plus un réducteur de bruit… ça n’est pas juste ! ça n’est pas équitable !
Le test du cornet :
cornet-ho
Vous avez bien vu, vous avez bien lu : ce cornet de la première guerre mondiale, avec sa grosse amplification et son « hyper-directivité » améliore le RSB de 3,8dB !!!! Ce pur produit d’avant-guerres est donc supérieur de 4dB en amélioration du RSB à l’assistant d’écoute SONETIK !!!!!

Ecoute, à RSB -5dB en entrée (fichiers .ogg) :

Le Sonetik :
Le cornet :   Il est clair que le réducteur de bruit, associé à une compression totalement destructrice, écrête totalement l’information potentiellement émergente du bruit dans le cas de l’assistant d’écoute SONETIK.

Conclusion(s)

  • La galalithe est un produit « plastique » à base de caséine (extrait du lait). Un siècle après elle est toujours de bonne qualité. Ma question : il y a un siècle on pouvait se passer de pétrole pour faire du plastique, et pas aujourd’hui ? Vous me direz aussi : sur le guide Michelin 1905, on trouvait des garages spécialisés dans la réparation des véhicules électriques… 100 ans de progrès là aussi !
  • Cet assistant d’écoute SONETIK est vendu quelques 100aines d’euros. Le prix équivalent du cornet avant la première guerre mondiale était de quelques 10aines d’euros. L’un n’améliore pas (dégrade même) le RSB, l’autre l’améliore. Ma question : quel est le bon rapport qualité/prix à votre avis ? Le marketing a t-il un coût ?
  • Un réducteur de bruit, plus un micro directionnel suffisent-ils à faire un « bon » appareil auditif, ou un assistant d’écoute « de luxe » ? La preuve que non…
  • Le « numérique » a 20 ans cette année 2016. Cette technologie suffit-elle, à elle seule, à améliorer l’écoute dans le bruit ? Oui peut-être, mais…
  • … une bonne directionalité donne mécaniquement un avantage de 3 à 4dB d’amélioration du RSB. Un appareil auditif analogique peut faire cela. Les bons appareils auditifs actuels en sont (seulement) à +6/+8dB d’amélioration du RSB : la R&D a un coût et un prix. On ne peut pas s’émerveiller (moi le premier) des performances des appareils auditifs actuels, et vouloir tout « low cost », service compris. Cet assistant d’écoute en est un exemple flagrant.
  • Quitte à mettre 300 ou 400€ dans un amplificateur, sans remboursements, multiplié par deux oreilles, et sans amélioration du RSB, autant se tourner vers un audioprothésiste, un « vrai » appareillage avec un vrai suivi, et dont les modèles améliorant de 4dB ou plus le RSB démarrent vers 1200€ avant remboursements. A bons entendeurs…
  • Ce SONETIK me trouble… Sa sonorité me rappelle celle d’une gamme de 7/8ans en arrière d’un fabricant bien connu… Son anti-larsen aussi, son circuit aussi, son coude aussi. Bah ! je dois me faire des idées !