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Les liens entre surdité et acouphènes.

Written by Sébastien GENY on . Posted in Acouphène, Audiologie, Oreille

On pourrait croire la thématique de la presbyacousie et de l’acouphène éculée… Nous avons essayé, le Docteur Moradkhani et moi même, d’étudier sur un panel de 1500 patients les étiologies associées à l’acouphène et à la surdité.

Est-ce que toute hypoacousie est synonyme d’acouphènes ? Quel est le pourcentage de patients acouphéniques sans hypoacousie ? Et l’inverse ? Quelle est l’étiologie la plus fréquemment rencontrée pour une hypoacousie et/ou des acouphènes ?  Résultats de cette étude menée auprès de 1 500 patients.

Les doléances cochléaires (hypoacousie et/ou acouphènes) constituent une part non négligeable de la consultation ORL en ville et en milieu hospitalier. Les bilans cliniques et paracliniques tentent d’abord de dresser un inventaire quantitatif du ou des symptômes et ensuite de résoudre l’énigme étiologique. Mais il est souvent difficile de répondre aux questions suivantes : « Docteur, est-ce que je vais développer des acouphènes ? » ou encore « Docteur, j’entends bien mais pourquoi ai-je des acouphènes ? ».

Est-ce que toute hypoacousie est synonyme d’acouphènes ? Quel est le pourcentage de patients acouphéniques sans hypoacousie ? Et vice versa ? Quelle est l’étiologie la plus fréquemment rencontrée pour une hypoacousie et/ou des acouphènes ?

Il nous a donc semblé utile de nous intéresser à cette problématique et de tenter, par une étude analytique d’un échantillon de patients qui consultent en cabinet de ville pour une surdité et/ou des acouphènes, d’apporter quelques données statistiques.

Nous présentons une population de 1 500 patients consultant pour une hypoacousie et/ou des acouphènes. Sont exclus de cette population les patients présentant des vertiges (notamment la maladie de Ménière) ou une pathologie tumorale (neurinome de l’acoustique). A ce titre, tous les patients ont passé, en plus du bilan audiométrique, une imagerie cérébrale et des oreilles internes pour écarter les pathologies organiques des voix supérieures.

Ainsi notre population est très proche du quotidien d’un ORL de ville, voire d’un médecin généraliste.

Dans notre population, plus d’un tiers des patients présentent des acouphènes (associés ou non à une hypoacousie). L’étiologie la plus représentée est la presbyacousie (qu’elle soit accompagnée ou non d’acouphènes).

Rappel sur la presbyacousie

« La presbyacousie doit être considéré comme une atteinte globale de l’oreille interne ».

H. Schuknecht (1) détaille dans les années 1960/1970, avec précision, les différentes atteintes liées à la presbyacousie. En voici un bref récapitulatif :

  • La presbyacousie striale ou métabolique, de loin la plus fréquente, secondaire à une micro angiopathie et/ou à une dégénérescence localisée ou diffuse de la strie vasculaire, c’est-à-dire de la « batterie » cochléaire qui fournit à l’organe de Corti son potentiel électrique et sa charge de potassium. Volontiers familiale, plus fréquente chez la femme, évoluant lentement, elle affecte à la fois les hautes et basses fréquences. L’aspect audiométrique est plat ou légèrement descendante avec bonne compréhension vocale.
  • La presbyacousie neurale vient en seconde position. Elle traduit une atteinte du ganglion spiral, du tissu glial environnant et des synapses entre cellules ciliées et neurones d’abord afférents puis efférents. Il en résulte un trouble de la conduction nerveuse et une surdité d’évolution plutôt rapide, en pente douce sur les fréquences aiguës, s’accompagnant de distorsion et d’une atteinte marquée des scores vocaux, avec désynchronisation des PEA mais les otoémissions sont normales.
  • La presbyacousie sensorielle, paradoxalement, n’est pas la plus fréquente. L’atteinte des cellules ciliées qui la caractérise paraît refléter la sommation des traumatismes avant tout sonores, auxquels le patient a été soumis au cours des ans. Plus fréquente chez l’homme, elle se traduit par une courbe audiométrique en pente de ski ou avec scotome centré sur le 4 kHz, avec une bonne discrimination. Elle semble moins liée aux effets de l’âge qu’à ceux de l’environnement.

Les causes sont donc multifactorielles (facteurs liés à la génétique de l’individu et/ou environnementaux), mais semblent toutes résulter de l’accumulation intracellulaire de radicaux libres oxygénés déclenchant l’apoptose, et ainsi le vieillissement de la cochlée.

Rappel sur les acouphènes

Les acouphènes sont des bruits continus ou intermittents, souvent de tonalité aiguë perçue par le patient. Ils sont de deux types (Frachet, 1994) (2):

  • L’Acouphène Subjectif : est perçu uniquement par le patient et sa réalité ne peut être formellement mise en évidence par l’examinateur : il ne peut pas être enregistré.
  • L’Acouphène Objectif : provient quant à lui d’un bruit normal mais, cependant, anormalement perçu (bruit artériel ou veineux, respiratoire ou musculaire). Ces acouphènes trouvent leur origine souvent dans des troubles musculaires ou cardiovasculaires.

Les étiologies des acouphènes sont diverses. Dans l’étude qui suit, nous ne parlons que des acouphènes subjectifs, le type le plus fréquemment retrouvé et souvent associé à une hypoacousie.

Nous n’avons pas pris en compte les acouphènes intermittents et sporadiques (non gênants et souvent bien supportés).

Etude statistique

Dans la population source de 1 500 patients, 915 (soit 61 %) présentent une hypoacousie non accompagnée d’acouphènes, 501 (soit 33 %) présentent une hypoacousie accompagnée d’acouphènes et 94 (soit 6%) présentent des acouphènes non accompagnés d’hypoacousie (Graphique 1).

La majorité des patients hypoacousiques ne présente pas d’acouphène (soit 65 %) (Graphique 2). Par contre les patients acouphéniques sont majoritairement hypoacousiques (soit 84 %) (Graphique 3).

Ainsi, seulement 16 % des acouphéniques ne présentent pas d’hypoacousie (Graphique 3).

Selon l’étiologie retrouvée, nous dressons deux tableaux permettant de comparer l’ordre d’importance des étiologies  chez nos deux sous-populations.

Dans la sous-population des patients présentant une hypoacousie sans acouphènes (915 individus), l’étiologie a été identifiée chez  835 patients (soit 92 %).

Le tableau 1 représente les principales étiologies retenues dans cette sous-population.

Etiologies nombre pourcentage
Presbyacousie 553 66 %
Otite chronique/aiguë ou séquelle d’otite chronique 109 13 %
Otospongiose/anomalie ossiculaire 45 5 %
surdité congénitale/génétique 43 5 %
Traumatisme sonore professionnel ou non professionnel 41 5 %
Origine vasculaire 38 4 %
Surdité brusque 10 1 %
Traumatique/barotraumatique 6 1 %

Tableau 1 : sous-population présentant une hypoacousie sans acouphènes (835 individus)

Dans la sous-population des patients présentant une hypoacousie avec acouphènes (501 individus),  l’étiologie a été identifiée chez 414  patients (soit 83 %).

Le tableau 2 représente les principales étiologies retenues dans la sous-population des hypoacousiques avec acouphènes.

Etiologies nombre pourcentage
Presbyacousie 177 43 %
Otite chronique/aiguë ou séquelle d’otite chronique 36 9 %
Otospongiose/anomalie ossiculaire 39 9 %
Surdité congénitale/génétique 8 2 %
Traumatisme sonore professionnel ou non professionnel 42 10 %
Origine vasculaire 96 23 %
Surdité brusque 12 3 %
Traumatique/barotraumatique 4 1 %

Tableau 2 : sous-population présentant une hypoacousie avec acouphènes (414 individus)

La comparaison des deux tableaux nous permet de formuler quelques remarques :

-        La presbyacousie domine les diagnostics. Cette étiologie est au premier rang des consultations dans les deux tableaux. Si l’on fusionne l’ensemble du panel : 58 % des patients présentent une presbyacousie (soit 730 individus). Mais, seulement 24 %  (soit 177 individus) d’entre eux présentent des acouphènes.

-        Dans les deux sous-populations étudiées, la répartition des étiologies diffère. Les atteintes vasculaires sont plus fréquemment associées à une hypoacousie avec acouphènes qu’avec une hypoacousie seule.

-        A l’inverse, les surdités congénitales n’apparaissent quasiment pas dans le tableau des surdités associées à un acouphène.

-        Les hypoacousies d’origine otitique ne s’accompagnent pas en général d’acouphènes. On dénombre 145 individus présentant une hypoacousie en rapport avec une otite chronique ou aiguë (soit 12 % des étiologies). Les acouphènes ne sont présents que chez 36 patients (soit 25 %).

-        L’hypoacousie provoquée par un traumatisme sonore ou une otospongiose s’accompagne le plus souvent d’acouphènes. Dans la première sous-population, ils constituent 5 % des patients, tandis qu’ils sont respectivement 10 % et 9 % dans la deuxième sous-population.

-        La proportion des autres étiologies est relativement homogène dans les deux tableaux, sans différence statistique significative.

-        L’âge moyen des personnes souffrant d’une perte auditive seule est de 62 ans. Tandis que l’âge moyen des hypoacousies associées aux acouphènes est de 53 ans. Cette différence s’explique probablement par rapport au nombre élevé de presbyacousiques dans la première sous-population.

Conclusion

Nous n’avions pas l’attention d’effectuer une analyse exhaustive des différentes étiologies des surdités et des acouphènes. Bien que notre population source soit riche en nombre et en étiologies.

Le pourcentage de cas de presbyacousies sans acouphènes a attiré notre attention et il nous a semblé utile de dire que dans notre population seulement 24 % des individus présentant une presbyacousie, souffrent d’acouphènes. Ce qui peut, étant donné la fréquence de la presbyacousie, constituer une information intéressante à donner aux patients : « Toute surdité n’est pas synonyme d’acouphènes, surtout s’il s’agit d’une presbyacousie ».

Le pourcentage d’acouphéniques dans la population source de 1 500 individus n’était que de 39 %. C’est-à-dire que 61 % des patients consultant pour une doléance cochléaire n’avaient pas d’acouphènes.

Une autre information peut sortir de notre analyse. C’est le pourcentage faible d’acouphéniques sans surdité. On peut penser qu’en effet « la présence d’acouphènes est quasiment synonyme de la présence d’une hypoacousie », et ceci au moins dans 84 % des cas.

Donc cela laisse supposer que « les acouphènes s’associent, de façon relativement systématique, à une hypoacousie ».

Nous terminons par rappeler que les 1 500 individus de la population source ne présentaient ni de trouble vestibulaire ni de pathologie tumorale.

Mahmoud Moradkhani et Sébastien Gény

((encadré))

Références

(1) Schuknecht H.F. (1989) Pathology of presbycusis. In J.C. Goldstein, H.K., Kashima, and C.F. Koopmann (Eds), Geriatric Otolaryngology, B.C. Decker, inc, Toronto, pp 40-44

(2) B. FRACHET, R. DAUMAN Que peut-on faire face au patient souffrant d’acouphènes ? Les cahiers d’ORL, 36(2), 71-78

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Comments (3)

  • Provence

    |

    « Seulement 39% des 1500 personnes étudiées souffrent d’acouphènes » !
    Ca fait tout de même 585 personnes sur 1500 !!

    Je vous en souhaite bien des acouphènes, vous jugerez sur pièce des dégats que cela cause !

    Reply

  • gda2010

    |

    Pour moi un grand nombre de ces problèmes d’audition à pour étiologie une mauvaise occlusion induisant une mauvaise position de la mâchoire…
    Et cela avec ou sans acouphènes !

    Reply

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Les commentaires récents

xavdelerce

|

Bonjour madame,

Je farfouillais dans les entrailles du blog pour les MAJ et je vois votre commentaire… dans les indésirables ! Juré, ce n’est pas moi ou Sébastien GENY, c’est le moteur Askimet (trie les indésirables).
Donc votre commentaire n’est pas indésirable, bien que le blog ne soit pas un espace pour ce genre de commentaires de malentendants, mais plutôt tourné vers les professionnels. Vous l’aurez compris, notre démarche à travers ce blog est d’élever, dans la mesure de nos petits moyens intellectuels, l’intérêt de nos confrères pour des sujets que nous jugeons importants pour l’audioprothésiste et donc en retour, pour son patient.
Son PATIENT, oui, ce nom n’est pas choisi au hasard. Vous êtes certes un consommateur (puisque nous sommes des commerçants..), mais nous sommes également des paramédicaux avec nos obligations. Autant je ne supporte pas en tant que professionnel d’avoir à fournir un devis sur un coin de bureau quand un malentendant me tend l’audiométrie de l’ORL en me demandant « Combien ? », autant, comme vous le décrivez, un devis ne doit pas se faire à la légère.
Pour faire simple, l’audioprothésiste se doit de faire des tests COMPLEMENTAIRES à ceux de l’ORL (ne s’y substituent pas, mais les enrichissent): tests vocaux différents des FOURNIER disyllabiques, recherche d’inconfort vocal et tonal, mesure audiométrique largement préférable aux inserts (et pas au casque), REUR, RECD, empreintes (ne serait-ce que pour avoir l’orientation des CAE et la faisabilité de tel ou tel couplage auriculaire). Et avant tout, une anamnèse sérieuse: qui êtes-vous ? que recherchez-vous ? que pouvez-vous/voulez-vous financièrement (n’oubliez pas que ce choix vous appartient) ? Quels sont vos possibilités de prise en charge (vous êtes en activité, vous avez peut être droit à l’AGEFIPH) ? L’état/la taille de vos CAE permet-il toutes les formes d’appareillage ? etc. etc.
Vous n’avez manifestement pas eu ces services que vous étiez en droit d’attendre, je le déplore. Faites jouer la concurrence.
Mais ne pensez pas non plus l’appareillage en tant que « consommateur »: ce n’est pas un produit « à emporter ». Les termes de « refaire à l’identique », « refaire une empreinte sur un scan existant », « faire un devis d’après l’audiométrie de l’ORL », non, ces demandes ne sont et ne seront pas acceptables par un audioprothésiste qui se respecte ! Le tout au bas mot pour un bilan pré-prothétique de 1 heure minimum…

sab

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bonjour,
j’ai 43 ans, suis appareillée depuis l’âge de 3 ans…
je suis professionnel de santé et je travaille dans mon cabinet médical +domicile.
je suis actuellement appareillée du côté droit pour convenance personnelle. Ayant besoin d’un deuxième appareil identique au premier pour m’en servir « d’appareil de secours » si le premier tombe en panne, je suis allée voir plusieurs audiopr afin de leur demander des devis. je suis rentrée chez moi bredouille. Aucun devis ne m’a été proposé. ce que l’on m’a proposé :
-une autre marque
-un café
-une empreinte dont je n’ai pas besoin car avec le numéro de série de mon appareil elle est reproduite en 3D par le fabriquant
-un audiogramme car soi-disant le prix varie en fonction de la surdité (ah bon????) que j’ai refusé aussi car je demande le « duplicata de mon premier appareil acquis en sept 2012. Pas besoin d’audiogramme pour en savoir le prix.
Au vu de ces sympathiques rdv qui m’ont fait perdre du temps, je me suis dépêchée de téléphoner au fabriquant, lui expliquant que je ne parvenais pas à obtenir un devis .
L’audio de la marque m’explique ce que je sais : les audiop ont une obligation légale de fournir des devis avant de vendre un appareil. Et qu’il peut me refaire le mien à l’identique, avec le numéro de série et le lieu d’achat du premier exemplaire.
je considère que les malentendants sont pris rééllement pour des imbéciles par ces vendeurs. Car à mon avis ils ne sont plus audioprothésistes mais vendeurs. Les deux que j’ai vus étaient littéralement nuls. Je retourne chez le premier qui m’a vendu le premier appareil . Il était tellement vexé que j’aie pu tel au fabriquant qui lui a demandé pourquoi il ne faisait pas de devis que j’ai obtenu un appareil à 1000 euros, deux fois et demi moins cher que mon premier achat où j’avais considéré être volée.
J’espère que ce commentaire ne sera pas effacé car manifestement lorsqu’un sourd est un peu habile, il est effacé car « gênant ».
je reçois des sourds dans mon cabinet et je vois leur fragilité et leur dépendance face à ces prothèses. Il est vite fait de leur faire avaler n’importe quoi quant à l’achat. Pour les personnes âgées, c’est le même problème, la plupart ont des prothèses très mal adaptées qui finissent dans des tiroirs… avec des audioprothésistes impossibles à joindre dès que l’achat est fait , barrière de secrétariat intéressante dans ce cas….

Hugo

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Effectivement plus aucun domaine (comme les opticiens ou les audioprothésistes) ne peuvent compter sans internet.
Mais par contre même si le e-commerce présente beaucoup d’avantages, pour les appareils auditifs rien ne vos les conseils en directe de votre audioprothésiste.
Un article très intéressant néanmoins.

Instagram @Audioprothese