Facteurs de compression théoriques (logiciels) et réels (in-vivo)

Written by xavdelerce on . Posted in Appareillage ouvert, La compression, mesure in-vivo

Ce billet fait suite aux observations de Cl. GEORGET, audioprothésiste, fournisseur de l’article dont il est fait mention.

Lors de l’adaptation d’une aide auditive, le logiciel fabricant vous donne le facteur de compression dans un canal donné, ce dernier variant en général entre 1.0 et 5.0 ( !!), pour ce qui concerne l’équivalent numérique d’un AGCi.

Chez certains fabricants, deux facteurs de compression (eq. AGCi) sont donnés, un pour les niveaux faibles d’entrée, l’autre pour les niveaux moyens.

Or, jusqu’à ce jour, je ne me préoccupais pas (trop) des niveaux logiciels, mais un rapide calcul des niveaux de sortie in-vivo, sachant que mon signal d’entrée varie de 50 à 75dB, me permettait d’approximer le facteur de compression que j’essaye personnellement de maintenir sous 2.0 dans la dynamique vocale ; les goûts et les couleurs…

Bref, Clément me dit : « Il y a désaccord fréquent entre la mesure en oreille réelle et le logiciel ».

Une recherche, en tombant sur un article de l’AJA (American Journal of Audiology), a effectivement apporté une réponse à cette constatation : les taux annoncés par les logiciels sont en général des taux de compression mesurés au coupleur ou sur Kemar, mais en tout cas, dans des conditions « fabricants » qui vont être parfois très éloignées de vos conditions individuelles.

Au moins trois facteurs influent sur le taux de compression « réel » (mesuré ou effectif in-vivo), c’est à dire que vous risquez avoir un taux de compression en général plus bas que ceux annoncés :

  • Le diamètre de l’évent (grande influence)
  • Le facteur de crête du signal utilisé pour mesurer (intervalle entre le niveau moyen et le niveau de crêtes)
  • La durée du signal de mesure

Je pense que les deux derniers facteurs sont à relativiser à ce jour, car à l’époque de cet article, l’auteur ne disposait pas de signaux vocaux « standardisés » tels que l’ISTS. Ce signal, fruit de la collaboration entre divers fabricants, possède des caractéristiques bien connues de facteur de crête, intervalles de silences, etc. Et aujourd’hui, beaucoup de fabricants testent leurs appareils avec ce signal. On peut dégager quand même quelques grandes lignes :

  • Plus le facteur de crêtes est élevé (dynamique du signal importante, comme l’ISTS), plus le facteur de compression réel sera bas. Si vous testez une aide auditive avec un signal à faible facteur de crête (bruit vocal ou balayage wobulé), le CR sera plus élevé.
  • Plus le stimulus est long, plus le taux de compression (CR) résultant sera élevé, cette condition annulant donc la première… mais il faut relativiser, car les signaux utilisés à l’époque par l’auteur étaient très artificiels.

Si les fluctuations liées au type de signal sont un peu obsolètes, le point sur le diamètre des évents me paraît nettement plus intéressant, car très d’actualité aujourd’hui avec le développement des appareillages « open » : plus le diamètre de l’évent augmente, plus le taux de compression réel in-vivo diminue par rapport à l’affichage logiciel, et ce quel que soit le signal.

Un exemple : avec une aération IROS (conduit quasi-ouvert), pour obtenir un facteur 2.0 de compression, il faudrait afficher 4.0 au niveau logiciel…

Voici la grille proposée par l’auteur, du taux de compression réel in-vivo en fonction du diamètre de l’évent (tous types de signaux confondus) :

CR théoriques et réels en fonction du diamètre de l'évent

On le voit, il est presque impossible d’atteindre des compressions de facteur 2.0 et supérieurs avec un appareillage totalement ouvert.

Ceci est illustré par cet exemple, aide auditive à écouteur déporté (RIC) sur dôme ouvert, le comportement réel de l’appareil et la prédiction du logiciel :

Taux de compression théorique et réel (in-vivo)

On a beaucoup parlé au dernier EPU de l’appareillage ouvert et de l’adaptation sur hyperacousies. Il est très clair que si notre but est de protéger des sons forts (ou moyens), il ne faut pas « ouvrir ».

Tout comme un appareillage ouvert ne permettra pas l’amplification des graves, il n’est pas fait non plus pour efficacement protéger…

Et un super appareil « open » avec tout plein de compressions sur tous les canaux, ça sert à quoi ?

En fait, je pense que tout le monde revient aux fondamentaux à savoir qu’un appareillage « open » n’est pas fait pour corriger les graves, mais pas non plus pour des dynamiques « pincées ». Si un nombre de canaux élevé se justifie pour la restitution des contrastes, ça s’arrête là…

Et dernière interrogation, je me demande si les fabricants capables de mesurer « l’effet d’évent » (par la calibration anti-larsen ou in-vivo), adaptent les taux de compression affichés à la mesure effectuée.

L’article de l’AJA en question (Real Ear Compressio ratios: the effects of venting and adaptative release time – T.W. FORTUNE – AJA – Vol. 6 – 1997).

Pour aller plus loin dans l’appareillage ouvert.

PS : merci Clément…

PS2 : un peu de pub. à Christian BROCARD (et son équipe), qui préparent un super atelier sur l’appareillage ouvert pour le congrès : encore un truc de plus à expérimenter !!!

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Comments (8)

  • Jean-David

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    Merci pour le cadeau bonux. J’ai vu que la capture venait d’aventa. Juste pour info, les CR sur Aventa 3.0 sont complètement faux, c’est le grand n’importe quoi niveau affichage. J’en ai parlé avec le commercial, j’espère que ca va etre corrigé.

    Reply

  • Jean-David

    |

    Hyper intéressant ce post ! Merci Xavier ! Par contre, en regardant de près ton screenshot, je crois que le delta d’entrée est plutôt de 20dB (75-55) et le delta de sortie plutôt de 16dB (90-74) ce qui donne un CR réel de 1.25. J’ai bon? Etant novice de l’invivo, on sait jamais, j’ai peut etre dit une grosse bétise !

    Sinon merci pour tous ces articles, je compte bientôt me mettre définitivement à l’invivo et en attendant j’avoue que je me régale de tout ce que je peux découvrir ici !

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  • xavdelerce

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    Au moins, il nous reste quelque chose à faire !
    L’audio a encore un rôle.

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  • Sébastien GENY

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    Tu as carrément raison ! La nature a horreur des taux de compression trop élevé ! C’est rigolo car plus, on vérifie les données « papiers » fabricants en in vivo, plus on s’aperçoit que les caractéristiques décritent « n’existent » pas… (Oula, je vais me faire des amis…). Exemple, comme tu le précisais l’amplification des hautes fréquences au delà de 6 KHz, les taux de compréhensions, les niveaux de sortie max…

    Maintenant, il faut relativiser que ferions nous sans nos fabricants ;-) Merci à eux !

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  • xavdelerce

    |

    On pourrait presque dire que la nature à horreur des taux de compression supérieurs à 2.0 !
    Je blague… un peu…

    Reply

  • Sébastien GENY

    |

    Merci pour toutes ces précisions à Xavier et Clément G., j’avais remarqué empiriquement ces écarts entre logiciels fournisseurs et les réponses via le REM. je mettais ça sur le compte des signaux utilisés !

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Les commentaires récents

xavdelerce

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Quand j’ai écrit ceci (une AA programmable par un réseau donné), j’étais en pleine « audiofiction » (même moi je n’y croyais pas).
Là, cette histoire belge ne fait pas rire. Du tout…
Que peut on attendre comme garanties d’un fond de pensions ?

Martin Arantxa

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Pour Clément :
J’ai reçu recemment un patient belge appareillé il y a 6 mois avant de venir vivre en France avec un appareil de marque LAPERRE !
Esthétique identique à un phonak, même coque , je vais me renseigner lui dis-je !
J’appelle mon commercial qui me dit qu’il s’agit en effet d’un appareil phonak vendu en belgique dans leur propre réseau de distribution.
Comment puis-je le programmer alors ? Et b’en on ne peut pas ! Le logiciel de programmation est uniquement fourni aux magasin LAPERRE ; Le patient n’a plus qu’a changer d’appareil ou à repartir se le faire régler en Belgique .
Pourqui celà n’arriverait-il pas en France ?Ne soyons pas crédules !

Pour ceux que ça interesse, nous avons avec quelques audios furieux de cette annonce ouvert un topic sur facebook ou le débat fait rage !
Si ça vous intéresse de nous rejoindre , je sollicite l’autorisation de Sébastien Geny pour mettre le lien ici .
Nous sommes déjà 622 audioprothesistes inscrits sur ce topic facebook et ça augmente tous les jours;
Merci

xavdelerce

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Ouahhh ! Comment tu fais pour rayer des phrases sur le blog ?
Trop fort…

Clément

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De mon point de vue Sonova ne fait qu´officialiser ce qu´il est coutume de retrouver dans de nombreux cas et de nombreaux pays, et la France n´y échappe pas. Je doute que Sonova propose un modèle du type « aides auditives spécifiques Audition Santé ». Ils ont une vision très « patient orientée » et ne se couperont pas l´ensemble du marché par des mesures jugées trop « clientélistes ». Phonak et Sonova sont appréciés non pas pour les prix qu´ils pratiquent vis à vis de leur clients audioprothésistes mais principalement pour 1. la qualité des produits 2. la qualité du service offert. Leur histoire avec Audition Santé fut la même que celle qu´entretiennent nombres de fabricants avec des réseaux ou des clients importants. C´est à dire une certaine forme de reconnaissance vis à vis d´une grande fidélité. La situation aujourd´hui fait montre d´officialisation, ce qui n´est pas toujours innérant à la profession, et représente également un investissement qui suit la stratégie de diversification de Sonova. Je ne pense également pas que les prix pratiqués sur les produits du groupe dans les centres Audition Santé seront très inférieurs aux autres centres proposant les mêmes produits. J´ai pu personnellement apprécier leur philosophie mais cela n´engage que moi :-)

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