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DECRYPTAGE (bis repetita placent)

Written by bricedebrest on . Posted in Coup de gueule, Législation, Revue de presse

Que Choisir Janvier 2013 n°510 page 18-19, par Florence Humbert.

 

En haut de cette double page du magazine Que Choisir, on peut lire « décryptage ».

C’est ce que ce billet se propose de faire au sujet à la fois de l’article et du produit qu’il décrit.

Car cet article est malheureusement plus proche du publireportage que de l’enquête impartiale à laquelle on s’attendrait d’un magazine qui passe au crible les produits et défend les consommateurs de manipulations commerciales.

Quels sont les moyens utilisés par l’article ?

 

Sur la forme.

Rédiger des titres qui orientent la lecture.

Seules les conclusions de Que Choisir mettent en garde contre cet « assistant d’écoute » :

« Reste que l’avis d’un ORL est indispensable pour éviter de retarder le diagnostic d’une pathologie grave de l’oreille. »
« Du sur-mesure à un prix à peine plus élevé (qu’un appareil chez l’audioprothésiste) une fois déduites les prise en charge »

Car les titres, sous-titres et caractères en gras de l’article vont à peu près tous dans le même sens. Si on les compile on obtient un résumé surprenant :

 » Audioprothèses trop chères. Prix des prothèses, opacité, opacité… Octave sème le trouble. Un assistant d’écoute tout à fait légal. Cet assistant auditif est 5 à 6 fois moins cher. Octave ne convient pas à tout le monde. Mieux vaut l’essayer. »
Espérons que ce n’est pas ce concentré  que retiendront les lecteurs.

 

Sur le fond. 

Analysons maintenant le corps du texte dont l’attaché de presse de Sonalto pourrait revendiquer être l’auteur.

Jouer sur les termes pour contourner la loi et entrainer la confusion.

« le nouvel appareil, (…) ne nécessite ni prescription médicale, ni empreinte du conduit auditif, ni réglage par un professionnel« .

Cette phrase par laquelle démarre l’article n’a pas étonné plus que cela son auteur puisqu’il ne s’est pas demandé pour quelle raison ce « nouvel » appareil avait droit à un régime spécial. La réponse est pourtant simple : parce que -jouant sur les mots- cet appareil n’est pas vendu selon la législation encadrant les appareils auditifs et l’appareillage auditifs, mais comme un gadget pour des personnes ayant une bonne audition.

Sans grande difficulté le journaliste aurait pu trouver le texte de loi indiquant « est considéré comme audioprothésiste toute personnes qui procède à l’appareillage des déficients de l’ouïe », sans se soucier du type d’appareil utilisé. Et pour cause : l’évolution technologique des appareils ne permet pas de les définir par leurs caractéristiques mais bien par leur finalité. L’appareil des années 30 est bien différent de celui des années 70 ou 2000. De même que la moto des années 30 n’a rien a voir avec celle d’aujourd’hui. On n’irait pas dire qu’un vélo équipé d’un moteur n’est pas une moto et peut se conduire sans permis et sans casque… sauf peut-être d’astucieux « jeunes fondateurs de start-up ».

Ainsi, que fait M. Auguste Laplace lorsqu’il « prête l’appareil au client » « pour vérifier qu’il procure une réelle amélioration de l’audition » ? Il s’intéresse à des consommateurs qui entendent bien ou il s’intéresse, en tant que professionnel de santé, à des patients qui entendent mal ? Il équipe, appareille, vend des aides auditives, ou il ne fait que vendre un jouet pour écouter les oiseaux ? Mais dans ce cas pourquoi le vend-il en pharmacie, y vend-il aussi des Ipod ou des légos ?

Est-ce cette vérité qui « indigne Maxence Petit » ? C’est pourtant simple : un appareil auditif sert à améliorer l’audition des gens qui entendent mal. La mise sur le marché de cet appareil est soumise à des règles afin d’éviter d’appareiller n’importe qui n’importe comment. Comment expliquer les choses autrement ?

Pour être plus clair : l’audioprothésiste travaille sur prescription médicale et après examen audiométrique. L’appareil qu’il vend est réglé au cours de l’adaptation (dirait-on « préréglé sur mesure » ?), puis sera réajusté dans le temps -pendant 5 à 10 ans- selon l’évolution de l’audition et/ou de l’accoutumance du patient.

 

Justifier médicalement ce contournement de la loi

1)  Les fondateurs de Sonalto n’hésitent pas à réviser la classification des surdités et à faire une classe à part des presbyacousies traitables par les « assistants d’écoute » (comme d’autres avaient revisité les catégories d’antidiabétiques afin de laisser leur produit sur le marché…) .

Ce produit  « ne concurrence pas directement les audioprothèses », puisqu’il « ne corrige que les gènes auditives légères ou débutantes » sous entendu : la surdité légère peut être corrigée par n’importe qui, avec n’importe quoi, tandis que l’audioprothésiste n’est utile que pour les surdités moyennes ou sévères.

Dans la même veine, pourquoi ne pas traiter les cancers « débutants » par des plantes chez des végétothérapeutes et seulement les cancers « sérieux » ou métastasés à l’hôpital par des cancérologues… ?

2)  L’absence de prise d’empreinte justifierait une différence ? De nombreux appareils actuellement adaptés sur embouts ouverts sont réalisés sans prise d’empreinte… Et l’on connait d’ailleurs bien les variations acoustiques liées aux variations d’embouts (que l’on peut mesurer et adapter).

3) Le préréglage distinguerait ce produit, qui serait une sorte de « générique » ou de lunette-loupe ? Déjà dans les années 40 les appareils étaient préréglés et il fallait les comparer pour trouver le plus adapté, puis dans les années 70, les intra-auriculaires (anatomiquement sur mesure) l’étaient également et disposaient de peu de possibilité d’ajustement par la suite. Il fallait le cas échéant les renvoyer chez les fournisseurs, Aujourd’hui encore, tous les appareils auditifs sont préréglés en usine (soit à gain maximal, soit à gain linéaire) puis adaptés par l’audioprothésiste en fonction de l’audiogramme. La différence c’est qu’ensuite l’audioprothésiste mesure et adapte le réglage au patient avec l’appareil en place. Vendre un appareil auditif préréglé ce serait juste comme s’arrêter après le premier rendez-vous, voire même avant…

Justifier « moralement » ce contournement de la loi

1) A la façon de Robin des bois ou d’Arsène Lupin on peut enfreindre la loi pour le bien des plus démunis, n’est-ce pas ? Ainsi Sonalto serait la solution pour sauver le pouvoir d’achat des pauvres malentendants contre les vilains fournisseurs trop chers ?

« La France compte plus de six millions de malentendants, mais seulement un million d’entre eux sont appareillés« . Ces chiffres sont simplement faux. Mais c’est surtout la relation de cause à effet prix-taux d’appareillage qui est erronée : « Toutes les enquêtes réalisées ces dernières années montrent que le prix élevé des aides auditives représente le premier obstacle » « Loin devant la honte de montrer son handicap » « .
Sauf que, justement, quand on a honte on ne le dit pas, et il est plus facile d’utiliser le prétexte du prix… La preuve : le taux d’appareillage est à peu près le même quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle et les revenus.

Trop chères ? On cite l’Allemagne, le Danemark et l’Angleterre mais les prix des prothèses auditives y est supérieur à celui pratiqué en France. (en revanche le remboursement est meilleur et malgré cela le taux d’appareillage est loin des 100%).

2) Serait-ce le monopole (tout de suite ça fait méchant) qui altère la vision des audioprothésistes et entrave leur capacité d’innovation ?

« Les audioprothésistes qui campaient depuis des années sur une situation de monopole commencent à sentir l’édifice vaciller ». et « découvrent (un peu tard) les besoins d’une clientèle plus vaste à laquelle ils pourraient proposer des modèles bons marché au lieu de les orienter systématiquement vers le dernier cri« .

Laissons de coté le procès d’intention fait à l’audioprothésiste qui vendrait systématiquement du haut de gamme (les patients sont-ils bêtes au point d’accepter systématiquement le plus cher chez l’audioprothésiste ?). Faudra t-il protéger les gens contre eux-mêmes ?
La réglementation est liée à l’histoire de la profession : de 1900 à 1967 les appareils étaient en effet vendus sans consultation médicale et sans prescription par des personnes non obligatoirement diplômées. Ce sont les pouvoirs publics, les caisses d’anciens combattants et les patients eux-mêmes qui ont amené à la création d’une profession régulée. Ce que Sonalto nous propose au nom de la modernité des » start-up » est donc simplement un grand retour cinquante ans en arrière.

3) La satisfaction et l’adhésion populaire sous entendu : puisque ça plait pourquoi ne pas l’autoriser ?

« 3500 utilisateurs » en deux ans en étant « présent dans 2000 pharmacies« . Les chiffres, invérifiables, diffèrent d’un article à l’autre mais représentent environ 2 appareils par pharmacie… et en terme de marché : moins d’1% des ventes en France !  Les « business angels » qui soutiennent cette « start’up » espèrent probablement un retour sur investissement un peu plus rapide nécessitant une com‘ un peu plus directe…
« Après essais le taux de retour de l’appareil est d’environ 50%« . Ces patients seront-ils pour longtemps découragés d’aller vers un appareil auditif bien adapté par un professionnel compétent ?

4) L’argument imparable : d’autres le font, ça se fera de toute façon, alors pourquoi pas nous ?

« D’autres assistants d’écoutes sont sur le marché sous forme de boitiers ou de casques« .
Cet argument, qui n’est pas éthiquement recevable, masque des chiffres ridicules et des appareils bien spécifiques. Quelles quantités sont en jeu et de quoi parle-t-on ? Probablement quelques centaines par an et ils sont soit vendus à des personnes qui entendent bien et veulent entendre des bruits particuliers (mécanicien, ornithologue, détectives…), soit vendus par les audioprothésistes après examen auditif et audiométrique en appoint d’un appareil auditif (casque TV amplifié par exemple).

5) Enfin, si ça ne suffisait pas pour emporter l’adhésion du lecteur : se poser en victime et pointer le complot.

« Une campagne de déstabilisation de la part des audioprothésistes« . Il n’y a que la vérité qui blesse dit-on. Calmoniez, calomniez, il en restera toujours quelques chose…

 

Justifier juridiquement ce contournement de la loi en la ré-interprétant

Le mieux est encore de se mettre du côté des autorités sanitaires :

« une catégorie de DM reconnue par l’ANSM« .

Plus c’est gros plus ça passe… sauf que justement là, c’est trop gros, et ça ne passe plus !!!

Dans le contexte de mise en cause récurrente de l’ANSM, la journaliste aurait pu contacter cette institution pour apprendre qu’au contraire Sonalto est dans le collimateur et que lANSM tente -tant bien que mal- de faire appliquer la législation en vigueur auprès du fabricant.

L’ANSM ne reconnait pas ces appareils comme des DM (Dispositifs Médicaux) spécifiques ou à part, mais bien au contraire, demande au fabricant de faire un choix : soit il s’agit de DM et ils doivent respecter les normes (marquage CE, adaptation selon la législation en vigueur, etc.), soit il s’agit de gadgets (qui doivent respecter d’autres normes et ne peuvent être vendus en pharmacie).

Pour ceux qui en doutent :

  • tout d’abord le mail d’une correspondance privée indiquant  :
    « Je vous informe que l’ANSM n’a reconnu aucun statut spécifique particulier pour ce matériel. » :
  •  puis un courrier officiel en réponse à une association d’audioprothésistes qui demandait le statut précis de ce produit. Ce courrier, comme le corps médical, ne proposa pas de différence de traitement entre une presbyacousie, une surdité légère et tout autre type d’hypoacousie.

 

Quelles sont les conséquences pour les patients :

Espérons que les cadres commerciaux ne suivront pas l’exemple cité par Que Choisir et n’irons pas voir ce pharmacien de Vincennes. En effet, lorsqu’on est salarié et qu’on a moins de 60 ans, il est possible d’obtenir (en faisant certes un dossier, mais sans difficulté) une prise en charge quasi-complète d’aides auditives modernes et performantes, adaptées également à son téléphone portable. Ce patient aurait-il néanmoins préféré un appareil bas de gamme sans prestation pour 299€  à un appareil adapté dans les règles de l’art et sans reste à charge (et pour lequel les piles seront également remboursées) ? On ne peut qu’espérer qu’il a fait son choix en connaissance de cause, que le pharmacien a exercé son devoir de conseil et l’a informé.

On pourrait aussi s’inquiéter pour les patients comme madame X, nonagénaire, atteinte de DMLA, appareillée à l’aide d’Octave d’une seule oreille sur un bouchon de cérumen et une surdité moyenne…
Après avoir détruit son Octave par une manipulation trop hésitante et avoir vu un ORL qui a retiré le bouchon, elle a pu être remboursée intégralement au titre de la cécité, d’un appareillage adapté par un audioprothésiste. (Son Octave est lui définitivement inutile).

On attend maintenant le premier cas de neurinome ou cholestéatome qui n’aura pas été pris en charge à temps… et dont le pharmacien sera responsable des conséquences engendrées par cette perte de chance et ce défaut de conseil.

 

 

 

Pour aller plus loin : 

Quelques bonnes questions qui auraient pu améliorer l’information :

- quelle est la procédure normale de mise sur le marché d’un produit ? en particulier d’un produit de santé ?
- quelles normes doivent respecter ces produits ?
- pourquoi le pharmacien ne vend-il pas de Legos ou d’Ipod ?
-  quels sont les prix pratiqués en Europe ?
- pourquoi l’audioprothésiste affiche-t-il depuis 2009 une prestation indissociable sur ses devis ?
- …

Les chiffres ; les gros et les petits…

Written by bricedebrest on . Posted in Astuces sur les appareils

Une petite lecture du rapport de la DREES publié le mois dernier est assez instructive. Je vous conseille la première partie du rapport qui détaille bien la répartition des rôles entre régimes obligatoires et régimes complémentaires. Il s’agit d’un rapport de plus montrant l’aspect inégalitaire du développement des assurances maladies complémentaires. Mais c’est un sujet dont on reparlera… notamment avec la dérive vers le « managed-care »…

Ce qui m’a intéressé est la comparaison de quelques chiffres tout bêtes mais dont on n’a pas toujours les repères en mémoire.

Le PIB, retenu dans ce rapport, pour 2011 est de 1996,6 Md d’euros. La dépense totale de santé est quant à elle de 231 Md d’euros, cela comprend toutes les dépenses y compris les indemnités journalières, la prévention, la dépendance, le handicap, la recherche, la formation…

Si l’on se restreint à la Consommation des Soins et Biens Médicaux (CSBM) dont le total est de 180 Milliards d’euros (Md €), les « biens médicaux » ne représentent « que » 12,2 Md € dans lesquels se trouvent l’optique pour 5,3 Md €, « petit matériel et pansement » pour 4,6 Md € et enfin les « prothèses, orthèses et VHP » pour un montant de 2,3 Md €

Les aides auditives sont donc noyées dans ces chiffres mais l’estimation est simple : en prenant les chiffres du Snitem (450000 ACA) et un prix de vente moyen de 1400€ on arrive à un marché de 630 Millions d’euros ! M€

La sécurité sociale en prend à sa charge environ 100 M€ selon le rapport du CEPS de 2010 résumé sur le site du SNITEM, (lien ici). Une autre partie est financée par les FIPH et le plus gros par les ménages et les OCAM.

Ces rappels et actualisation de chiffres étant faits, venons-en aux comparaisons :

J’ai été surpris d’apprendre que les cures thermales dont le coût annuel est de 331 M € sont remboursées à 90% par la sécurité sociale. Tant mieux… ça évite à certains gestionnaires complémentaires de vouloir faire baisser la température de l’eau pour diminuer le reste à charge des patients.

Et puis d’autres chiffres m’ont étonné car je ne pensais pas que le ratio était aussi impressionnant. On apprend tout d’abord que la sécurité sociale (l’ensemble des régimes obligatoires, càd CPAM, MSA, RSI…) finance 135,8 Md € (75% de la CSBM) et que les OCAM n’en financent que 14% le reste étant à la charge des ménages (9,2%) et de l’état.

On lit ensuite que les coûts de gestion de la sécu sont de 7,2 Md € et on sait combien les organismes publics ont pu être critiqués pour leur mauvaise gestion, leurs fonctionnaires paresseux etc…  Mais, Oh surprise ! les coûts de gestion des OCAM sont de …. 7,6 Md € soit un peu plus que les régimes obligatoires alors qu’ils financent 5 fois moins de dépenses de santé.

Tout à coup je me suis souvenu de ce qu’on suggère, depuis quelques mois, par médias interposés, et en prenant le patient à témoin : « vous les professionnels de santé, êtes trop chers » « vous pouvez vendre la même chose, avec une prestation de la même qualité, moins chère » sous entendu « il y a des possibilités d’améliorer votre gestion pour faire baisser le reste à charge« .

Alors, je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu une idée bizarre : je me suis dis : « vous les OCAM, vous pouvez aussi améliorer votre gestion et dégager un peu de marges de manoeuvre pour faire baisser le reste à charge.
Au fait c’est quoi le budget pub ? Peu importe, mettons que vous économisiez 5 à 10% de frais de gestion, allez disons 7,5%. Combien vous dégagez ? … je vous aide, je sais que -de tête- les gros chiffres c’est pas facile : vous récupérez environ 570 M €. Ah ben c’est drôle ça,…  ça couvre juste la totalité de la dépense d’aides auditives non financée par la sécu… »

Bon je sais, j’ai pensé à voix haute ce n’est pas raisonnable, c’est beaucoup vous suggérer, de baisser vos frais de 7,5% il vaut mieux qu’on baisse nos prix de 40% ça sera évidemment plus facile et plus crédible de la part du public.

… à moins de demander que ce risque soit couvert par quelqu’un qui sait mieux gérer et ne fait pas de pub’ , tiens la sécu par exemple…

 

B Jantzem

audioprothésiste indépendant et idéaliste.

 

 

PS : un petit bonus du rapport de la DREES, reproduction autorisée en citant la source :

 

Regardez bien la part de l’assurance privée, en noir, dans le financement des dépenses de santé dans l’OCDE. En premier : USA, en deuxième : Canada, en troisième : France.

Pour ce qui est du financement par les ménages en revanche ce sont les français qui sont dans les derniers, habitués à ce que la santé soit « gratuite ».

C’est un choix de société, il n’y a rien d’inéluctable.

Jusqu’où peut-on (se) faire de la pub ??

Written by bricedebrest on . Posted in Astuces sur les appareils

Ce titre fait évidemment référence aux démêlées médiatiques Audika/Sonalto mais je ne souhaite parler ni des uns ni des autres. C’est l’occasion de revenir sur un dossier du premier semestre 2012 : la publicité qui concerne toute notre profession.

Comme vous le savez la loi « Bertrand » ou « Mediator », selon les terminologies journalistiques, visait -entre autres- à encadrer la publicité pour les dispositifs médicaux (DM).
Par publicité le texte comprend tout ce qui profite à la vente de DM, c’est à dire les publicités pour le DM lui même mais aussi pour la marque, le fournisseur, le principe etc…
De nombreux lobbies ont fait valoir leurs intérets afin de limiter la portée du texte selon le type de DM : pansement, implants, lentilles de contact, béquilles…. n’ayant ni la même dangerosité ni le même circuit de distribution.
Cette loi devait se prolonger par la publication de deux arrêtés et deux décrets d’application. Seuls ces derniers sont parus. Etant donné la complexité des textes, j’ai pensé qu’un petit schéma ferait le plus grand bien à ceux qui ne souhaitent pas tout lire. Cela peut permettre de comprendre comment les exceptions s’appliquent et en quoi les aides auditives seraient concernées.

PUB DM

Et donc , où en sommes nous aujourd’hui ?

Actuellement la publicité n’est pas vraiment encadrée et il n’y a pas de jurisprudence sur la question. Seul les audioprothésistes conventionnés par la sécurité sociale sont soumis à des règles interdisant « les procédés visant à drainer la clientèle » et interdisant « de faire pression sur les assurés au moyen (…) des ventes par démarchage« . Il leur est interdit de citer le remboursement du régime obligatoire.
Les sites internet et de nombreux audioprothésistes (mêmes conventionnés) ne se privent pas de faire de la publicité et/ou d’exposer les remboursements. Au pire il risquent de perdre leur convention. La publicité n’a jusqu’à présent pas été considérée par la justice comme un un procédé visant à drainer la clientèle puisqu’aucun audioprothésiste ne s’est vu interdire cette pratique.

Et demain ?

En principe à compter du premier janvier 2013, la publicité serait autorisée pour certains DM en respectant les mentions indiquées dans le décret.
Les aides auditives devraient être mentionnées comme « DM à faible risque » sur l’arrêté mais il n’est pas encore paru. Compte-tenu de la taille de la liste à définir cela pourrait prendre plus de temps que prévu : il existe plusieurs milliers de produits.
Si il ne parait pas, cela signifie que dans trois mois la publicité pour les aides auditives sera prohibée (ou la loi inapplicable ?).
Cela changerait pas mal la donne,  Non ?

Et pour conclure avec le titre de ce billet, les communications de ces sociétés seraient-elles encore exposées au grand-public ?

à suivre…*

Brice

PS : corrections du 28 sept en bleu

 

*clin d’oeil à nos amis bédéphiles

La réaction attendue de l’UNSAF

Written by bricedebrest on . Posted in Agendas & évenements, Astuces sur les appareils, Coup de gueule, Revue de presse

Luis Godinho avait promis que le syndicat des audioprothésistes communiquerait  sur le rachat d’AuditionSanté par Sonova après la tenue de son Conseil d’Administration le 18 juin dernier.

C’est chose faite, l’UNSAF a publié son communiqué de presse ce matin concernant cette « affaire » qui agite la profession, en effet les rumeurs circulaient depuis quelques temps et l’acquisition d’AS datait d’il y a 4 ans mais n’a été annoncé que le mois dernier par le groupe suisse.

Cette évènement avait fait réagir toute la profession et en particulier un groupe fermé sur facebook s’était créé à l’occasion. Son objectif à travers une pétition est de faire pression sur Sonova et de mettre en garde les autres fournisseurs.
Les instances professionnelles (CNA, UNSAF, SFA, SYNEA, Enseignes…) étaient restées quant-à-elles discrètes  et aucune n’avait pris de position officielle. C’est désormais chose faite.

L’UNSAF s’interroge notamment sur le libre-choix de l’audioprothésiste et donc du patient d’accéder à des aides auditives adaptés à sa situation.

Vous pouvez le lire ici : Communique_UNSAF_Sonova_final

 

Des Phonak vieux de 60 ans

Written by bricedebrest on . Posted in Audioprothese, Histoire de l'audioprothèse, PHONAK

« C’est quoi ce titre ?, du déjà vu ! »

« Encore un Phonak French américain !? »

« A moins qu’on ne parle des audioprothésiste exclusifs proches de la retraite ? »

 

Je sais, je vous ai déjà fait le coup dans un billet précédent et avec 20 ans de plus ! Alors quel est l’intérêt de ce billet ? Pas d’effet de surprise cette fois-ci, en effet il s’agit bien d’un vrai Phonak suisse (voire Celte ou Kymri ?  j’en perd mon latin). Dans le billet historique précédent j’avais évoqué les deux premiers modèles de la marque dont vous n’ignorez plus qu’ils fonctionnaient à lampes. L’idée est de vous en apprendre un peu plus.

 

Ca fait un bail…

« 60 ans » ça nous ramène  à 1952. C’est la date charnière entre la fin du premier appareil Phonak (lancé en 1947 puis décliné en 6 versions) et le deuxième produit de la marque.

Ce premier modèle joliment baptisé Turicum est un appareil boitier de type « tout-en-un » c’est à dire contenant les piles, l’amplificateur et le microphone. L’écouteur, relié par un fil, est maintenu à l’oreille grâce à une branche métallique passant derrière le pavillon. Il n’y a pas d’embout sur la photo mais je pense qu’il devait être possible d’en fixer un pour éviter l’effet larsen.

De taille « respectable » il entre cependant dans une poche de chemise.

La première version (ici présentée) possède un potentiomètre et un bouton on-off.

Aucun réglage n’est disponible pour le vendeur (à l’époque l’audioprothésiste n’existe pas).

Son amplification est réalisée par trois lampes : une Raytheon CK 518AX et deux… Philips DF 66 !

A la même époque Philips est déjà une solide société d’électronique qui fabrique de nombreux composants mais aussi des aides auditives (avec les mêmes lampes ?).

 

La suspension du microphone porte bien son nom (un jour je vous montrerai des « tiroirs » piles)

 

 

En tout, six versions auraient été commercialisées, dont une dorée, les plus récentes associant lampes et transistors.

La fin des lampes

Le deuxième modèle de la marque, de couleur noire et dorée, est plus qu’une variante puisque l’amplification est entièrement confiées à des transistors (Raytheon CK718). Non seulement les lampes disparaissent libérant du volume mais cela permet également de supprimer une des piles : celle qui servait à chauffer les filaments des lampes.
Ainsi la taille de l’appareil est presque diminuée de moitié.

Son nom commercial est « Alpina ». Il se vendait au public aux environs de 62000 francs suisses ce qui représenterait 1200 € d’aujourd’hui.

 

 

L’étymologie au service de l’imagination suisse.

Le nom de la marque PHON – AK  s’apparente à de très nombreux noms d’aides auditives fabriqués sur les racines antiques grecques : « phone » (la voix), « akoustikos » (auditif), mais aussi latines « tonus » (la corde), « sonere » (sonner/être sonore), « auditus » (écoute) et « auris » (oreille).
Toutes les combinaisons possibles ont existé et peut-être que la reprise d’un nom déjà utilisé aux USA avant-guerre et dont la marque avait disparue est une coïncidence (Cf billet précédent ).

Pour nommer les appareils, le choix aurait pu se porter sur l’ordre de production : 1 puis 2 ou sur une caractéristique technique comme le nombre de transistors : T3, T4…
D’emblée plus ambitieux, les créateurs ont choisi Turicum, plus original et qui nous permet de faire un peu d’étymologie. Il s’agit -selon Wikipedia- d’un nom romain d’origine pré-latine, dérivé du nom celte Turos, et désignant la ville de Zurich dans l’antiquité.

Pour le deuxième appareil leur imagination ayant déjà été beaucoup sollicitée, il décidèrent de choisir le nom Alpina dérivant de « alp« , mot kymrique désignant une roche escarpée lui-même probablement à l’origine de « alpes » mot romain désignant une montagne.

En allant chercher des racines géographiques celtes, les créateurs de ces modèles voulaient (consciemment ou non) pallier la jeunesse de leur entreprise et de leur produit en s’inscrivant dans une tradition millénaire, gage de longévité rassurante. Cette ancienneté, proche de la notion de tradition véhicule aussi une idée de qualité, enfin la référence géographique ancre le produit dans son terroir tout en étant ouvert sur l’Europe.

Aujourd’hui pour trouver un nom comme cela il faudrait faire travailler une équipe d’une douzaine de personnes du département marketing à temps plein pendant plusieurs mois. Ce qui permettrait juste d’éviter les « Siemens Berl » (pas très vendeur), « Philips Wodans Wodo » (pas si mal celui-là), Oticon « Kobmannahavn » (facile à prononcer) ou « Intrason Fraxinis »…
C’est ainsi qu’on se retrouve dans les années 2000 avec des Widex « Super » succédant aux Phonak « Extra »…

Brice Jantzem. Brest

 

PS : si vous savez ouvrir le boitier de l’Alpina, je suis preneur…

 

Les commentaires récents

xavdelerce

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Bonjour madame,

Je farfouillais dans les entrailles du blog pour les MAJ et je vois votre commentaire… dans les indésirables ! Juré, ce n’est pas moi ou Sébastien GENY, c’est le moteur Askimet (trie les indésirables).
Donc votre commentaire n’est pas indésirable, bien que le blog ne soit pas un espace pour ce genre de commentaires de malentendants, mais plutôt tourné vers les professionnels. Vous l’aurez compris, notre démarche à travers ce blog est d’élever, dans la mesure de nos petits moyens intellectuels, l’intérêt de nos confrères pour des sujets que nous jugeons importants pour l’audioprothésiste et donc en retour, pour son patient.
Son PATIENT, oui, ce nom n’est pas choisi au hasard. Vous êtes certes un consommateur (puisque nous sommes des commerçants..), mais nous sommes également des paramédicaux avec nos obligations. Autant je ne supporte pas en tant que professionnel d’avoir à fournir un devis sur un coin de bureau quand un malentendant me tend l’audiométrie de l’ORL en me demandant « Combien ? », autant, comme vous le décrivez, un devis ne doit pas se faire à la légère.
Pour faire simple, l’audioprothésiste se doit de faire des tests COMPLEMENTAIRES à ceux de l’ORL (ne s’y substituent pas, mais les enrichissent): tests vocaux différents des FOURNIER disyllabiques, recherche d’inconfort vocal et tonal, mesure audiométrique largement préférable aux inserts (et pas au casque), REUR, RECD, empreintes (ne serait-ce que pour avoir l’orientation des CAE et la faisabilité de tel ou tel couplage auriculaire). Et avant tout, une anamnèse sérieuse: qui êtes-vous ? que recherchez-vous ? que pouvez-vous/voulez-vous financièrement (n’oubliez pas que ce choix vous appartient) ? Quels sont vos possibilités de prise en charge (vous êtes en activité, vous avez peut être droit à l’AGEFIPH) ? L’état/la taille de vos CAE permet-il toutes les formes d’appareillage ? etc. etc.
Vous n’avez manifestement pas eu ces services que vous étiez en droit d’attendre, je le déplore. Faites jouer la concurrence.
Mais ne pensez pas non plus l’appareillage en tant que « consommateur »: ce n’est pas un produit « à emporter ». Les termes de « refaire à l’identique », « refaire une empreinte sur un scan existant », « faire un devis d’après l’audiométrie de l’ORL », non, ces demandes ne sont et ne seront pas acceptables par un audioprothésiste qui se respecte ! Le tout au bas mot pour un bilan pré-prothétique de 1 heure minimum…

sab

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bonjour,
j’ai 43 ans, suis appareillée depuis l’âge de 3 ans…
je suis professionnel de santé et je travaille dans mon cabinet médical +domicile.
je suis actuellement appareillée du côté droit pour convenance personnelle. Ayant besoin d’un deuxième appareil identique au premier pour m’en servir « d’appareil de secours » si le premier tombe en panne, je suis allée voir plusieurs audiopr afin de leur demander des devis. je suis rentrée chez moi bredouille. Aucun devis ne m’a été proposé. ce que l’on m’a proposé :
-une autre marque
-un café
-une empreinte dont je n’ai pas besoin car avec le numéro de série de mon appareil elle est reproduite en 3D par le fabriquant
-un audiogramme car soi-disant le prix varie en fonction de la surdité (ah bon????) que j’ai refusé aussi car je demande le « duplicata de mon premier appareil acquis en sept 2012. Pas besoin d’audiogramme pour en savoir le prix.
Au vu de ces sympathiques rdv qui m’ont fait perdre du temps, je me suis dépêchée de téléphoner au fabriquant, lui expliquant que je ne parvenais pas à obtenir un devis .
L’audio de la marque m’explique ce que je sais : les audiop ont une obligation légale de fournir des devis avant de vendre un appareil. Et qu’il peut me refaire le mien à l’identique, avec le numéro de série et le lieu d’achat du premier exemplaire.
je considère que les malentendants sont pris rééllement pour des imbéciles par ces vendeurs. Car à mon avis ils ne sont plus audioprothésistes mais vendeurs. Les deux que j’ai vus étaient littéralement nuls. Je retourne chez le premier qui m’a vendu le premier appareil . Il était tellement vexé que j’aie pu tel au fabriquant qui lui a demandé pourquoi il ne faisait pas de devis que j’ai obtenu un appareil à 1000 euros, deux fois et demi moins cher que mon premier achat où j’avais considéré être volée.
J’espère que ce commentaire ne sera pas effacé car manifestement lorsqu’un sourd est un peu habile, il est effacé car « gênant ».
je reçois des sourds dans mon cabinet et je vois leur fragilité et leur dépendance face à ces prothèses. Il est vite fait de leur faire avaler n’importe quoi quant à l’achat. Pour les personnes âgées, c’est le même problème, la plupart ont des prothèses très mal adaptées qui finissent dans des tiroirs… avec des audioprothésistes impossibles à joindre dès que l’achat est fait , barrière de secrétariat intéressante dans ce cas….

Hugo

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Effectivement plus aucun domaine (comme les opticiens ou les audioprothésistes) ne peuvent compter sans internet.
Mais par contre même si le e-commerce présente beaucoup d’avantages, pour les appareils auditifs rien ne vos les conseils en directe de votre audioprothésiste.
Un article très intéressant néanmoins.

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