Auteur : bricedebrest

Que Choisir Janvier 2013 n°510 page 18-19, par Florence Humbert.

 

En haut de cette double page du magazine Que Choisir, on peut lire « décryptage ».

C’est ce que ce billet se propose de faire au sujet à la fois de l’article et du produit qu’il décrit.

Car cet article est malheureusement plus proche du publireportage que de l’enquête impartiale à laquelle on s’attendrait d’un magazine qui passe au crible les produits et défend les consommateurs de manipulations commerciales.

Quels sont les moyens utilisés par l’article ?

 

Sur la forme.

Rédiger des titres qui orientent la lecture.

Seules les conclusions de Que Choisir mettent en garde contre cet « assistant d’écoute » :

« Reste que l’avis d’un ORL est indispensable pour éviter de retarder le diagnostic d’une pathologie grave de l’oreille. »
« Du sur-mesure à un prix à peine plus élevé (qu’un appareil chez l’audioprothésiste) une fois déduites les prise en charge »

Car les titres, sous-titres et caractères en gras de l’article vont à peu près tous dans le même sens. Si on les compile on obtient un résumé surprenant :

 » Audioprothèses trop chères. Prix des prothèses, opacité, opacité… Octave sème le trouble. Un assistant d’écoute tout à fait légal. Cet assistant auditif est 5 à 6 fois moins cher. Octave ne convient pas à tout le monde. Mieux vaut l’essayer. »
Espérons que ce n’est pas ce concentré  que retiendront les lecteurs.

 

Sur le fond. 

Analysons maintenant le corps du texte dont l’attaché de presse de Sonalto pourrait revendiquer être l’auteur.

Jouer sur les termes pour contourner la loi et entrainer la confusion.

« le nouvel appareil, (…) ne nécessite ni prescription médicale, ni empreinte du conduit auditif, ni réglage par un professionnel« .

Cette phrase par laquelle démarre l’article n’a pas étonné plus que cela son auteur puisqu’il ne s’est pas demandé pour quelle raison ce « nouvel » appareil avait droit à un régime spécial. La réponse est pourtant simple : parce que -jouant sur les mots- cet appareil n’est pas vendu selon la législation encadrant les appareils auditifs et l’appareillage auditifs, mais comme un gadget pour des personnes ayant une bonne audition.

Sans grande difficulté le journaliste aurait pu trouver le texte de loi indiquant « est considéré comme audioprothésiste toute personnes qui procède à l’appareillage des déficients de l’ouïe », sans se soucier du type d’appareil utilisé. Et pour cause : l’évolution technologique des appareils ne permet pas de les définir par leurs caractéristiques mais bien par leur finalité. L’appareil des années 30 est bien différent de celui des années 70 ou 2000. De même que la moto des années 30 n’a rien a voir avec celle d’aujourd’hui. On n’irait pas dire qu’un vélo équipé d’un moteur n’est pas une moto et peut se conduire sans permis et sans casque… sauf peut-être d’astucieux « jeunes fondateurs de start-up ».

Ainsi, que fait M. Auguste Laplace lorsqu’il « prête l’appareil au client » « pour vérifier qu’il procure une réelle amélioration de l’audition » ? Il s’intéresse à des consommateurs qui entendent bien ou il s’intéresse, en tant que professionnel de santé, à des patients qui entendent mal ? Il équipe, appareille, vend des aides auditives, ou il ne fait que vendre un jouet pour écouter les oiseaux ? Mais dans ce cas pourquoi le vend-il en pharmacie, y vend-il aussi des Ipod ou des légos ?

Est-ce cette vérité qui « indigne Maxence Petit » ? C’est pourtant simple : un appareil auditif sert à améliorer l’audition des gens qui entendent mal. La mise sur le marché de cet appareil est soumise à des règles afin d’éviter d’appareiller n’importe qui n’importe comment. Comment expliquer les choses autrement ?

Pour être plus clair : l’audioprothésiste travaille sur prescription médicale et après examen audiométrique. L’appareil qu’il vend est réglé au cours de l’adaptation (dirait-on « préréglé sur mesure » ?), puis sera réajusté dans le temps -pendant 5 à 10 ans- selon l’évolution de l’audition et/ou de l’accoutumance du patient.

 

Justifier médicalement ce contournement de la loi

1)  Les fondateurs de Sonalto n’hésitent pas à réviser la classification des surdités et à faire une classe à part des presbyacousies traitables par les « assistants d’écoute » (comme d’autres avaient revisité les catégories d’antidiabétiques afin de laisser leur produit sur le marché…) .

Ce produit  « ne concurrence pas directement les audioprothèses », puisqu’il « ne corrige que les gènes auditives légères ou débutantes » sous entendu : la surdité légère peut être corrigée par n’importe qui, avec n’importe quoi, tandis que l’audioprothésiste n’est utile que pour les surdités moyennes ou sévères.

Dans la même veine, pourquoi ne pas traiter les cancers « débutants » par des plantes chez des végétothérapeutes et seulement les cancers « sérieux » ou métastasés à l’hôpital par des cancérologues… ?

2)  L’absence de prise d’empreinte justifierait une différence ? De nombreux appareils actuellement adaptés sur embouts ouverts sont réalisés sans prise d’empreinte… Et l’on connait d’ailleurs bien les variations acoustiques liées aux variations d’embouts (que l’on peut mesurer et adapter).

3) Le préréglage distinguerait ce produit, qui serait une sorte de « générique » ou de lunette-loupe ? Déjà dans les années 40 les appareils étaient préréglés et il fallait les comparer pour trouver le plus adapté, puis dans les années 70, les intra-auriculaires (anatomiquement sur mesure) l’étaient également et disposaient de peu de possibilité d’ajustement par la suite. Il fallait le cas échéant les renvoyer chez les fournisseurs, Aujourd’hui encore, tous les appareils auditifs sont préréglés en usine (soit à gain maximal, soit à gain linéaire) puis adaptés par l’audioprothésiste en fonction de l’audiogramme. La différence c’est qu’ensuite l’audioprothésiste mesure et adapte le réglage au patient avec l’appareil en place. Vendre un appareil auditif préréglé ce serait juste comme s’arrêter après le premier rendez-vous, voire même avant…

Justifier « moralement » ce contournement de la loi

1) A la façon de Robin des bois ou d’Arsène Lupin on peut enfreindre la loi pour le bien des plus démunis, n’est-ce pas ? Ainsi Sonalto serait la solution pour sauver le pouvoir d’achat des pauvres malentendants contre les vilains fournisseurs trop chers ?

« La France compte plus de six millions de malentendants, mais seulement un million d’entre eux sont appareillés« . Ces chiffres sont simplement faux. Mais c’est surtout la relation de cause à effet prix-taux d’appareillage qui est erronée : « Toutes les enquêtes réalisées ces dernières années montrent que le prix élevé des aides auditives représente le premier obstacle » « Loin devant la honte de montrer son handicap » « .
Sauf que, justement, quand on a honte on ne le dit pas, et il est plus facile d’utiliser le prétexte du prix… La preuve : le taux d’appareillage est à peu près le même quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle et les revenus.

Trop chères ? On cite l’Allemagne, le Danemark et l’Angleterre mais les prix des prothèses auditives y est supérieur à celui pratiqué en France. (en revanche le remboursement est meilleur et malgré cela le taux d’appareillage est loin des 100%).

2) Serait-ce le monopole (tout de suite ça fait méchant) qui altère la vision des audioprothésistes et entrave leur capacité d’innovation ?

« Les audioprothésistes qui campaient depuis des années sur une situation de monopole commencent à sentir l’édifice vaciller ». et « découvrent (un peu tard) les besoins d’une clientèle plus vaste à laquelle ils pourraient proposer des modèles bons marché au lieu de les orienter systématiquement vers le dernier cri« .

Laissons de coté le procès d’intention fait à l’audioprothésiste qui vendrait systématiquement du haut de gamme (les patients sont-ils bêtes au point d’accepter systématiquement le plus cher chez l’audioprothésiste ?). Faudra t-il protéger les gens contre eux-mêmes ?
La réglementation est liée à l’histoire de la profession : de 1900 à 1967 les appareils étaient en effet vendus sans consultation médicale et sans prescription par des personnes non obligatoirement diplômées. Ce sont les pouvoirs publics, les caisses d’anciens combattants et les patients eux-mêmes qui ont amené à la création d’une profession régulée. Ce que Sonalto nous propose au nom de la modernité des » start-up » est donc simplement un grand retour cinquante ans en arrière.

3) La satisfaction et l’adhésion populaire sous entendu : puisque ça plait pourquoi ne pas l’autoriser ?

« 3500 utilisateurs » en deux ans en étant « présent dans 2000 pharmacies« . Les chiffres, invérifiables, diffèrent d’un article à l’autre mais représentent environ 2 appareils par pharmacie… et en terme de marché : moins d’1% des ventes en France !  Les « business angels » qui soutiennent cette « start’up » espèrent probablement un retour sur investissement un peu plus rapide nécessitant une com‘ un peu plus directe…
« Après essais le taux de retour de l’appareil est d’environ 50%« . Ces patients seront-ils pour longtemps découragés d’aller vers un appareil auditif bien adapté par un professionnel compétent ?

4) L’argument imparable : d’autres le font, ça se fera de toute façon, alors pourquoi pas nous ?

« D’autres assistants d’écoutes sont sur le marché sous forme de boitiers ou de casques« .
Cet argument, qui n’est pas éthiquement recevable, masque des chiffres ridicules et des appareils bien spécifiques. Quelles quantités sont en jeu et de quoi parle-t-on ? Probablement quelques centaines par an et ils sont soit vendus à des personnes qui entendent bien et veulent entendre des bruits particuliers (mécanicien, ornithologue, détectives…), soit vendus par les audioprothésistes après examen auditif et audiométrique en appoint d’un appareil auditif (casque TV amplifié par exemple).

5) Enfin, si ça ne suffisait pas pour emporter l’adhésion du lecteur : se poser en victime et pointer le complot.

« Une campagne de déstabilisation de la part des audioprothésistes« . Il n’y a que la vérité qui blesse dit-on. Calmoniez, calomniez, il en restera toujours quelques chose…

 

Justifier juridiquement ce contournement de la loi en la ré-interprétant

Le mieux est encore de se mettre du côté des autorités sanitaires :

« une catégorie de DM reconnue par l’ANSM« .

Plus c’est gros plus ça passe… sauf que justement là, c’est trop gros, et ça ne passe plus !!!

Dans le contexte de mise en cause récurrente de l’ANSM, la journaliste aurait pu contacter cette institution pour apprendre qu’au contraire Sonalto est dans le collimateur et que lANSM tente -tant bien que mal- de faire appliquer la législation en vigueur auprès du fabricant.

L’ANSM ne reconnait pas ces appareils comme des DM (Dispositifs Médicaux) spécifiques ou à part, mais bien au contraire, demande au fabricant de faire un choix : soit il s’agit de DM et ils doivent respecter les normes (marquage CE, adaptation selon la législation en vigueur, etc.), soit il s’agit de gadgets (qui doivent respecter d’autres normes et ne peuvent être vendus en pharmacie).

Pour ceux qui en doutent :

  • tout d’abord le mail d’une correspondance privée indiquant  :
    « Je vous informe que l’ANSM n’a reconnu aucun statut spécifique particulier pour ce matériel. » :
  •  puis un courrier officiel en réponse à une association d’audioprothésistes qui demandait le statut précis de ce produit. Ce courrier, comme le corps médical, ne proposa pas de différence de traitement entre une presbyacousie, une surdité légère et tout autre type d’hypoacousie.

 

Quelles sont les conséquences pour les patients :

Espérons que les cadres commerciaux ne suivront pas l’exemple cité par Que Choisir et n’irons pas voir ce pharmacien de Vincennes. En effet, lorsqu’on est salarié et qu’on a moins de 60 ans, il est possible d’obtenir (en faisant certes un dossier, mais sans difficulté) une prise en charge quasi-complète d’aides auditives modernes et performantes, adaptées également à son téléphone portable. Ce patient aurait-il néanmoins préféré un appareil bas de gamme sans prestation pour 299€  à un appareil adapté dans les règles de l’art et sans reste à charge (et pour lequel les piles seront également remboursées) ? On ne peut qu’espérer qu’il a fait son choix en connaissance de cause, que le pharmacien a exercé son devoir de conseil et l’a informé.

On pourrait aussi s’inquiéter pour les patients comme madame X, nonagénaire, atteinte de DMLA, appareillée à l’aide d’Octave d’une seule oreille sur un bouchon de cérumen et une surdité moyenne…
Après avoir détruit son Octave par une manipulation trop hésitante et avoir vu un ORL qui a retiré le bouchon, elle a pu être remboursée intégralement au titre de la cécité, d’un appareillage adapté par un audioprothésiste. (Son Octave est lui définitivement inutile).

On attend maintenant le premier cas de neurinome ou cholestéatome qui n’aura pas été pris en charge à temps… et dont le pharmacien sera responsable des conséquences engendrées par cette perte de chance et ce défaut de conseil.

 

 

 

Pour aller plus loin : 

Quelques bonnes questions qui auraient pu améliorer l’information :

– quelle est la procédure normale de mise sur le marché d’un produit ? en particulier d’un produit de santé ?
– quelles normes doivent respecter ces produits ?
– pourquoi le pharmacien ne vend-il pas de Legos ou d’Ipod ?
–  quels sont les prix pratiqués en Europe ?
– pourquoi l’audioprothésiste affiche-t-il depuis 2009 une prestation indissociable sur ses devis ?
– …

Une petite lecture du rapport de la DREES publié le mois dernier est assez instructive. Je vous conseille la première partie du rapport qui détaille bien la répartition des rôles entre régimes obligatoires et régimes complémentaires. Il s’agit d’un rapport de plus montrant l’aspect inégalitaire du développement des assurances maladies complémentaires. Mais c’est un sujet dont on reparlera… notamment avec la dérive vers le « managed-care »…

Ce qui m’a intéressé est la comparaison de quelques chiffres tout bêtes mais dont on n’a pas toujours les repères en mémoire.

Le PIB, retenu dans ce rapport, pour 2011 est de 1996,6 Md d’euros. La dépense totale de santé est quant à elle de 231 Md d’euros, cela comprend toutes les dépenses y compris les indemnités journalières, la prévention, la dépendance, le handicap, la recherche, la formation…

Si l’on se restreint à la Consommation des Soins et Biens Médicaux (CSBM) dont le total est de 180 Milliards d’euros (Md €), les « biens médicaux » ne représentent « que » 12,2 Md € dans lesquels se trouvent l’optique pour 5,3 Md €, « petit matériel et pansement » pour 4,6 Md € et enfin les « prothèses, orthèses et VHP » pour un montant de 2,3 Md €

Les aides auditives sont donc noyées dans ces chiffres mais l’estimation est simple : en prenant les chiffres du Snitem (450000 ACA) et un prix de vente moyen de 1400€ on arrive à un marché de 630 Millions d’euros ! M€

La sécurité sociale en prend à sa charge environ 100 M€ selon le rapport du CEPS de 2010 résumé sur le site du SNITEM, (lien ici). Une autre partie est financée par les FIPH et le plus gros par les ménages et les OCAM.

Ces rappels et actualisation de chiffres étant faits, venons-en aux comparaisons :

J’ai été surpris d’apprendre que les cures thermales dont le coût annuel est de 331 M € sont remboursées à 90% par la sécurité sociale. Tant mieux… ça évite à certains gestionnaires complémentaires de vouloir faire baisser la température de l’eau pour diminuer le reste à charge des patients.

Et puis d’autres chiffres m’ont étonné car je ne pensais pas que le ratio était aussi impressionnant. On apprend tout d’abord que la sécurité sociale (l’ensemble des régimes obligatoires, càd CPAM, MSA, RSI…) finance 135,8 Md € (75% de la CSBM) et que les OCAM n’en financent que 14% le reste étant à la charge des ménages (9,2%) et de l’état.

On lit ensuite que les coûts de gestion de la sécu sont de 7,2 Md € et on sait combien les organismes publics ont pu être critiqués pour leur mauvaise gestion, leurs fonctionnaires paresseux etc…  Mais, Oh surprise ! les coûts de gestion des OCAM sont de …. 7,6 Md € soit un peu plus que les régimes obligatoires alors qu’ils financent 5 fois moins de dépenses de santé.

Tout à coup je me suis souvenu de ce qu’on suggère, depuis quelques mois, par médias interposés, et en prenant le patient à témoin : « vous les professionnels de santé, êtes trop chers » « vous pouvez vendre la même chose, avec une prestation de la même qualité, moins chère » sous entendu « il y a des possibilités d’améliorer votre gestion pour faire baisser le reste à charge« .

Alors, je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu une idée bizarre : je me suis dis : « vous les OCAM, vous pouvez aussi améliorer votre gestion et dégager un peu de marges de manoeuvre pour faire baisser le reste à charge.
Au fait c’est quoi le budget pub ? Peu importe, mettons que vous économisiez 5 à 10% de frais de gestion, allez disons 7,5%. Combien vous dégagez ? … je vous aide, je sais que -de tête- les gros chiffres c’est pas facile : vous récupérez environ 570 M €. Ah ben c’est drôle ça,…  ça couvre juste la totalité de la dépense d’aides auditives non financée par la sécu… »

Bon je sais, j’ai pensé à voix haute ce n’est pas raisonnable, c’est beaucoup vous suggérer, de baisser vos frais de 7,5% il vaut mieux qu’on baisse nos prix de 40% ça sera évidemment plus facile et plus crédible de la part du public.

… à moins de demander que ce risque soit couvert par quelqu’un qui sait mieux gérer et ne fait pas de pub’ , tiens la sécu par exemple…

 

B Jantzem

audioprothésiste indépendant et idéaliste.

 

 

PS : un petit bonus du rapport de la DREES, reproduction autorisée en citant la source :

 

Regardez bien la part de l’assurance privée, en noir, dans le financement des dépenses de santé dans l’OCDE. En premier : USA, en deuxième : Canada, en troisième : France.

Pour ce qui est du financement par les ménages en revanche ce sont les français qui sont dans les derniers, habitués à ce que la santé soit « gratuite ».

C’est un choix de société, il n’y a rien d’inéluctable.

Ce titre fait évidemment référence aux démêlées médiatiques Audika/Sonalto mais je ne souhaite parler ni des uns ni des autres. C’est l’occasion de revenir sur un dossier du premier semestre 2012 : la publicité qui concerne toute notre profession.

Comme vous le savez la loi « Bertrand » ou « Mediator », selon les terminologies journalistiques, visait -entre autres- à encadrer la publicité pour les dispositifs médicaux (DM).
Par publicité le texte comprend tout ce qui profite à la vente de DM, c’est à dire les publicités pour le DM lui même mais aussi pour la marque, le fournisseur, le principe etc…
De nombreux lobbies ont fait valoir leurs intérets afin de limiter la portée du texte selon le type de DM : pansement, implants, lentilles de contact, béquilles…. n’ayant ni la même dangerosité ni le même circuit de distribution.
Cette loi devait se prolonger par la publication de deux arrêtés et deux décrets d’application. Seuls ces derniers sont parus. Etant donné la complexité des textes, j’ai pensé qu’un petit schéma ferait le plus grand bien à ceux qui ne souhaitent pas tout lire. Cela peut permettre de comprendre comment les exceptions s’appliquent et en quoi les aides auditives seraient concernées.

PUB DM

Et donc , où en sommes nous aujourd’hui ?

Actuellement la publicité n’est pas vraiment encadrée et il n’y a pas de jurisprudence sur la question. Seul les audioprothésistes conventionnés par la sécurité sociale sont soumis à des règles interdisant « les procédés visant à drainer la clientèle » et interdisant « de faire pression sur les assurés au moyen (…) des ventes par démarchage« . Il leur est interdit de citer le remboursement du régime obligatoire.
Les sites internet et de nombreux audioprothésistes (mêmes conventionnés) ne se privent pas de faire de la publicité et/ou d’exposer les remboursements. Au pire il risquent de perdre leur convention. La publicité n’a jusqu’à présent pas été considérée par la justice comme un un procédé visant à drainer la clientèle puisqu’aucun audioprothésiste ne s’est vu interdire cette pratique.

Et demain ?

En principe à compter du premier janvier 2013, la publicité serait autorisée pour certains DM en respectant les mentions indiquées dans le décret.
Les aides auditives devraient être mentionnées comme « DM à faible risque » sur l’arrêté mais il n’est pas encore paru. Compte-tenu de la taille de la liste à définir cela pourrait prendre plus de temps que prévu : il existe plusieurs milliers de produits.
Si il ne parait pas, cela signifie que dans trois mois la publicité pour les aides auditives sera prohibée (ou la loi inapplicable ?).
Cela changerait pas mal la donne,  Non ?

Et pour conclure avec le titre de ce billet, les communications de ces sociétés seraient-elles encore exposées au grand-public ?

à suivre…*

Brice

PS : corrections du 28 sept en bleu

 

*clin d’oeil à nos amis bédéphiles

Luis Godinho avait promis que le syndicat des audioprothésistes communiquerait  sur le rachat d’AuditionSanté par Sonova après la tenue de son Conseil d’Administration le 18 juin dernier.

C’est chose faite, l’UNSAF a publié son communiqué de presse ce matin concernant cette « affaire » qui agite la profession, en effet les rumeurs circulaient depuis quelques temps et l’acquisition d’AS datait d’il y a 4 ans mais n’a été annoncé que le mois dernier par le groupe suisse.

Cette évènement avait fait réagir toute la profession et en particulier un groupe fermé sur facebook s’était créé à l’occasion. Son objectif à travers une pétition est de faire pression sur Sonova et de mettre en garde les autres fournisseurs.
Les instances professionnelles (CNA, UNSAF, SFA, SYNEA, Enseignes…) étaient restées quant-à-elles discrètes  et aucune n’avait pris de position officielle. C’est désormais chose faite.

L’UNSAF s’interroge notamment sur le libre-choix de l’audioprothésiste et donc du patient d’accéder à des aides auditives adaptés à sa situation.

Vous pouvez le lire ici : Communique_UNSAF_Sonova_final

 

« C’est quoi ce titre ?, du déjà vu ! »

« Encore un Phonak French américain !? »

« A moins qu’on ne parle des audioprothésiste exclusifs proches de la retraite ? »

 

Je sais, je vous ai déjà fait le coup dans un billet précédent et avec 20 ans de plus ! Alors quel est l’intérêt de ce billet ? Pas d’effet de surprise cette fois-ci, en effet il s’agit bien d’un vrai Phonak suisse (voire Celte ou Kymri ?  j’en perd mon latin). Dans le billet historique précédent j’avais évoqué les deux premiers modèles de la marque dont vous n’ignorez plus qu’ils fonctionnaient à lampes. L’idée est de vous en apprendre un peu plus.

 

Ca fait un bail…

« 60 ans » ça nous ramène  à 1952. C’est la date charnière entre la fin du premier appareil Phonak (lancé en 1947 puis décliné en 6 versions) et le deuxième produit de la marque.

Ce premier modèle joliment baptisé Turicum est un appareil boitier de type « tout-en-un » c’est à dire contenant les piles, l’amplificateur et le microphone. L’écouteur, relié par un fil, est maintenu à l’oreille grâce à une branche métallique passant derrière le pavillon. Il n’y a pas d’embout sur la photo mais je pense qu’il devait être possible d’en fixer un pour éviter l’effet larsen.

De taille « respectable » il entre cependant dans une poche de chemise.

La première version (ici présentée) possède un potentiomètre et un bouton on-off.

Aucun réglage n’est disponible pour le vendeur (à l’époque l’audioprothésiste n’existe pas).

Son amplification est réalisée par trois lampes : une Raytheon CK 518AX et deux… Philips DF 66 !

A la même époque Philips est déjà une solide société d’électronique qui fabrique de nombreux composants mais aussi des aides auditives (avec les mêmes lampes ?).

 

La suspension du microphone porte bien son nom (un jour je vous montrerai des « tiroirs » piles)

 

 

En tout, six versions auraient été commercialisées, dont une dorée, les plus récentes associant lampes et transistors.

La fin des lampes

Le deuxième modèle de la marque, de couleur noire et dorée, est plus qu’une variante puisque l’amplification est entièrement confiées à des transistors (Raytheon CK718). Non seulement les lampes disparaissent libérant du volume mais cela permet également de supprimer une des piles : celle qui servait à chauffer les filaments des lampes.
Ainsi la taille de l’appareil est presque diminuée de moitié.

Son nom commercial est « Alpina ». Il se vendait au public aux environs de 62000 francs suisses ce qui représenterait 1200 € d’aujourd’hui.

 

 

L’étymologie au service de l’imagination suisse.

Le nom de la marque PHON – AK  s’apparente à de très nombreux noms d’aides auditives fabriqués sur les racines antiques grecques : « phone » (la voix), « akoustikos » (auditif), mais aussi latines « tonus » (la corde), « sonere » (sonner/être sonore), « auditus » (écoute) et « auris » (oreille).
Toutes les combinaisons possibles ont existé et peut-être que la reprise d’un nom déjà utilisé aux USA avant-guerre et dont la marque avait disparue est une coïncidence (Cf billet précédent ).

Pour nommer les appareils, le choix aurait pu se porter sur l’ordre de production : 1 puis 2 ou sur une caractéristique technique comme le nombre de transistors : T3, T4…
D’emblée plus ambitieux, les créateurs ont choisi Turicum, plus original et qui nous permet de faire un peu d’étymologie. Il s’agit -selon Wikipedia- d’un nom romain d’origine pré-latine, dérivé du nom celte Turos, et désignant la ville de Zurich dans l’antiquité.

Pour le deuxième appareil leur imagination ayant déjà été beaucoup sollicitée, il décidèrent de choisir le nom Alpina dérivant de « alp« , mot kymrique désignant une roche escarpée lui-même probablement à l’origine de « alpes » mot romain désignant une montagne.

En allant chercher des racines géographiques celtes, les créateurs de ces modèles voulaient (consciemment ou non) pallier la jeunesse de leur entreprise et de leur produit en s’inscrivant dans une tradition millénaire, gage de longévité rassurante. Cette ancienneté, proche de la notion de tradition véhicule aussi une idée de qualité, enfin la référence géographique ancre le produit dans son terroir tout en étant ouvert sur l’Europe.

Aujourd’hui pour trouver un nom comme cela il faudrait faire travailler une équipe d’une douzaine de personnes du département marketing à temps plein pendant plusieurs mois. Ce qui permettrait juste d’éviter les « Siemens Berl » (pas très vendeur), « Philips Wodans Wodo » (pas si mal celui-là), Oticon « Kobmannahavn » (facile à prononcer) ou « Intrason Fraxinis »…
C’est ainsi qu’on se retrouve dans les années 2000 avec des Widex « Super » succédant aux Phonak « Extra »…

Brice Jantzem. Brest

 

PS : si vous savez ouvrir le boitier de l’Alpina, je suis preneur…

 

Décryptage

Décodage du reportage de Capital :

on ne parlera pas du ton tantôt dramatique, tantôt rassurant… restons sur le synopsis :

1 La jungle
Les contrats complémentaires santé c’est la jungle on ne s’y retrouve pas (même quand on est à son compte et qu’on maitrise le marketing et la pub). La sécurité sociale rembourse de moins en moins. La santé coute de plus en plus cher.

2. Les débrouillards dans la jungle
On peut s’y retrouver avec :
a) des courtiers mais il faut les connaitre et leur faire confiance
b) des comparateurs de contrats en ligne (environ 200) mais ils oublient environ 1000 assureurs et en fait ne sont que des apporteurs d’affaires que les 15 compagnies payent environ 15€ par mise en relation

3. La fatalité, même les gentils doivent être durs
Les petites mutuelles sont obligées d’augmenter leur tarif selon l’âge car sinon elles feraient faillite.
exemple d’une mutuelle gérée par des gens bénévoles, responsables, etc.. donc gentils qui ont raison de segmenter les tarifs.

4. Les statistiques qui départagent les bons des mauvais clients
Un spécialiste des tarifs, sur la base de statistiques, peut calculer le prix en fonction du groupe de population dont fait partielle patient (âge bien sûr mais aussi genre, profession, lieu et peut-être plus encore).
Puisque certains dépensent plus, c’est normal qu’ils paient plus. Grace à ces savants calculs, le client de l’assureur paie au plus proche de ce qu’il reçoit (ni plus ni moins merci les statistiques).

5. C’est encore trop cher, il faut un justicier
Alors arrive M. Borella, à qui il faudra dire merci : grâce à lui les professionnels de santé vont baisser leurs tarifs et vous paierez encore moins cher.
Et pour le choix de l’assureur allez-y, avec 6 Millions d’assurés il sait ce qu’il fait et il a du poids pour négocier. D’ailleurs il a déjà gagné contre les opticiens.
Vous avez un peu mauvaise conscience : n’ayez crainte le professionnel n’y perd pas car il gagne « un afflux de clients ».

Conclusion :
Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, tout le monde y gagne, d’ailleurs les assureurs ont augmenté de 8% leur bénéfice en 2010. (Serait-ce en embryon de début de critique ?)

 

Si vous avez compris le synopsis, inutile de regarder le film, la réalisation est correcte mais n’apporte rien de plus.

Si vous aimez les enquêtes et les reportages, voila quelques bémols et questions qu’un (vrai) journaliste aurait pu (du) poser :

-La SMI avait un tarif unique de 50€ par mois soit 600€ par an. Si on regarde dans le détail ses graphiques : seule la tranche de plus de 70 ans perçoit plus de 600€ par an. Donc avant cet âge il vaut mieux la quitter rapidement… pas sympa pour la compléentaire qui a ouvert ses portes au « reporter ». Mais surtout, la solidarité pour les soins de santé n’existe plus c’est donc uniquement de l’assurance individuelle au plus près du risque qui est envisagée. Pourquoi n’évoque-t-on pas le désengagement de la sécu et ne dis-t-on pas que passer de la sécu à l’assurance c’est faire un autre choix de société ?

– Si certaines catégories dépensent plus que d’autres est-ce de leur faute ou est-ce leur conditions de vie qui les pénalisent ? Ils seraient alors doublement pénalisés.

– De nombreux salariés n’ont pas à réfléchir à leur contrat, c’est l’employeur qui décide et impose un contrat collectif. Mais où est la liberté de choix de l’assureur par le client/salarié ?

– Les clients des assureurs « sont très fortement incités » à aller chez tel professionnel, sur un critère uniquement tarifaire. Quelle est la liberté du patient d’avoir des soins de qualité ?

– Kalivia adresse ses clients à un professionnel qui baisse ses tarifs pour l’occasion. En somme le professionnel paie (par la remise qu’il doit faire) l’arrivée d’un nouveau client (plus qu’un contact, c’est un client complet). Il s’agit en fait de rémunérer « un apporteur d’affaire » (Kalivia) de façon indirecte par la publicité qu’il en retire.

– On montre un opticien qui peut, sans raison apparente, proposer 40% de remise sur des verres (soit 130€) et ensuite encore 42€ pour Kalivia. Quel est le vrai prix ? Le prix soit-disant normal de cet opticien aurait été de 920€ pour des lunettes ! Sans aucun suivi. Et on trouve qu’une aide auditive, électronique pleine de brevets, avec 5 à 10 ans de suivi est chère ?

– L’exemple de l’audioprothèse ne se base que sur la vente du produit et oublie totalement le suivi et la qualité de la prestation de réglage de l’aide auditive. Qu’en sera-t-il pour les soins dentaires et plus tard pour les hospitalisations ?

– Les assureurs sont très forts et peuvent faire plier les professionnels « comme un patron de la grande distribution » … quelles seront les professions touchées et jusqu’où iront ils ? La santé est-elle un secteur « marchand » comme les autres ?

– Quand vous allez sur internet comparer les contrats puis que vous allez réclamer votre remise, vous avez fait perdre 15€ à l’assureur puis 84€ à l’opticien et ils vous disent qu’il en sont contents …. y’aurait pas anguille sous roche ? Puisqu’on parle de chiffres, pourquoi ne pas calculer et indiquer les répartitions par assureur entre Bénéfices/Frais de Gestion/Frais de ventes/Remboursement aux patients ? Finalement choisir une complémentaire ce devrait être simple, une cotisation indexée uniquement sur l’age (et encore) et une réponse sur 100€ versés par les clients combien reviennent aux patients ?

Je ne peux résister au plaisir de vous faire partager cette perle sur l’histoire des aides auditives.

C’est une séquence vidéo de 2 minutes 34 mettant en situation des cornets acoustiques dans un style très British. Bien sûr c’est en anglais mais il n’est pas nécessaire de comprendre l’anglais, ni même de bien entendre pour en profiter.

hearing aid museum

http://www.britishpathe.com/record.php?id=2297

Vous pouvez également regarder les deux ou trois autres vidéos moins riches mais aussi amusantes sur le même site, nottamment celle-ci de1957 faisant la réclame des dernières nouveautés en la matière (2’20 ») :

Hearing aids

http://www.britishpathe.com/record.php?id=286

Enfin, si vraiment ca vous plait vous pouvez même les acheter en ligne pour 30£.

 

 

PS : Je n’arrive malheureusement pas à insérer la vidéo sur le blog donc j’ai mis les liens.

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