Auteur : Jean-Yves MICHEL

« Deux renseignements nous sont donnés par la liste de balayage : les déformations à forte amplification en biauriculaire et les possibilités de discrimination dans le bruit, respectivement avec A et IA-BI. »(1)

La liste A ne dépend que des déformations générées par la seule cochlée.
La différence IA-BI, résultat de la modification de netteté due à l’adjonction de bruit, montre le niveau de perturbation de l’intégration.

Le Professeur LAFON nous écrit en page 116 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » quel événement lui a permis de conclure qu’une variation de netteté par adjonction de bruit permettait de connaître la valeur de l’intégration :
« De même, examinant de jeunes enfants, je me suis trouvé en présence d’une distorsion spatiale aggravée qui ne pouvait venir que d’une difficulté d’identification, l’audition tonale étant normale et l’oreille indemne de toute atteinte pathologique. Incidemment j’ai remarqué que la présence du bruit faisait apparaître beaucoup plus facilement ces distorsions à forte intensité. Ce fait m’a paru intéressant; il permettait en effet de faire la part de ce qui revenait à la cochlée et de ce qu’il fallait attribuer à des difficultés de discrimination. Il suffisait pour cela de faire une mesure comparative de deux éléments de liste sans bruit et deux autres avec bruit. Les intensités étaient choisies de telle sorte que le bruit soit presque aussi fort que la parole, les deux mesures étant effectuées à la même intensité: les intensités acoustiques semblables supprimaient l’incidence des altérations cochléaires puisque la mesure était comparative. J’avais choisi un niveau élevé, 90 dB, pour situer le message au-dessus du seuil d’audition en cas de perte tonale. Cette mesure était donc applicable aussi bien au sujet sourd qu’à l’entendant. »

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page  118 du livre du Professeur LAFON « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji :
« Moreover, when examining young children I had come across a form of aggravated scope distortion which could only be due to an identification difficulty, since the pure-tone treshold was normal and the era showed no signs of trouble. I remarked incidentally that the presence of noise greatly facilited this type of distortion at high intensity. This fact seemed interesting to me, since it offered the possibility of separating the part due to the cochlear from the part due to discrimination difficulties; all one had to do was to make a comparative measurement, using one list with noise and one without. Since the same sound intensity was used in both measurement the cochlear distortion may be assumed to be the same; and any further errors caused by the noise (which was nearly at the same level as the sound) can be attributed to identification difficulties. This measurement could also be carried out with children with a tonal loss; for this purpose I chose a new intensity, 90 dB above the threshold. »

Je ne peux m’empêcher, peut-être à tort, de tenter un parallèle entre un défaut d’intégration parfaitement mis en évidence et mesuré par la liste de balayage et la constatation d’Auditory Processing Disorders (TTA en français pour Trouble du Traitement Auditif) décrit par PhD Teri James BELLIS :
version française ;
http://translate.google.fr/translate?hl=fr&sl=en&u=http://www.asha.org/public/hearing/Understanding-Auditory-Processing-Disorders-in-Children/&prev=search
version anglaise ;
http://www.asha.org/public/hearing/Understanding-Auditory-Processing-Disorders-in-Children

Je ne peux m’empêcher également, peut-être à tort, de tenter un parallèle entre un défaut d’intégration parfaitement mis en évidence et mesuré par la liste de balayage avec ce que met en évidence le test ANL (Acceptable Noise Level) des Docteurs NABELEK, TUCKER et LETOWSKI:
version française ;
http://translate.google.fr/translate?hl=fr&sl=en&u=http://www.audiologyonline.com/articles/acceptable-noise-level-anl-research-956&prev=search
version anglaise ;
http://www.audiologyonline.com/articles/acceptable-noise-level-anl-research-956

Il me semble ainsi pouvoir dire qu’APD et ANL mettent en jeu l’intégration puisqu’il s’agit d’une modification de la netteté du message par adjonction de bruit. Mais j’ai l’impression, peut-être à tort, qu’APD et ANL n’ont pas véritablement conscience que c’est le mécanisme d’intégration qui sous-tend les résultats qu’ils obtiennent.

Revenons à la liste de balayage et aux résultats que nous pouvons en retirer pour une surdité de sénescence, cas que nous rencontrons quotidiennement. Ils nous sont donnés par le Professeur LAFON en pages 157 à 160 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition »:

« a) Lorsque A est correctement reproduit et que IA-BI est également inférieur à 3, … il s’agit soit … soit encore d’une surdité de sénescence (audiogramme tonal et contexte clinique) sans distorsion, …
Par contre devant une surdité unilatérale on doit préciser la nature de l’atteinte tonale en utilisant la liste cochléaire. Il est intéressant dans ce cas de mesurer plusieurs niveaux d’intensité.
Quelle que soit la forme de l’audiogramme tonal nous pourrons nous trouver en face de plusieurs possibilités :
… Lorsque la distorsion s’améliore rapidement avec l’intensité et que seules quelques spirantes sont encore perturbées à forte intensité, il s’agit d’une surdité de perception sans distorsion…
b) Lorsque la distorsion en A est supérieure ou égale à 3, la différence IA-BI étant inférieure à 3 ou au chiffre correspondant donné précédemment lorsque la distorsion en A est supérieure à 5…
En présence d’une surdité de perception tout dépend du résultat de la liste cochléaire. Il ne peut s’agir en effet d’une atteinte rétro-cochléaire. L’intelligibilité phonétique s’améliore nettement avec l’intensité, même s’il persiste une légère distorsion, il s’agit d’une surdité banale sans particularité audiométrique. Si à forte intensité la distorsion comporte des éléments vocaliques, le test de recrutement permet de savoir quelle en est la nature: distorsions spécifiques du recrutement ou non.
c) Lorsque la distorsion en A est inférieure à 3, la différence IA-BI étant égale ou supérieure à 3, nous nous trouvons devant la même situation cochléaire que dans le premier paragraphe, mais une difficulté d’intégration s’est ajoutée…
d) Lorsque le distorsion A est supérieure à 3 et que la différence IA-BI est également supérieure à 3 ou au chiffre correspondant à la distorsion en A lorsqu’elle est supérieure à 5, l’audiogramme tonal permet d’orienter l’examen…
En cas de surdité de perception, la mesure cochléaire peut montrer une distorsion nettement améliorée avec l’augmentation de l’intensité, avec une différentielle d’intégration peu élevée, il s’agit d’une surdité de perception avec trouble d’intégration fonctionnel.
Lorsque la distorsion persiste avec l’intensité et que la mesure du recrutement est positive, il y a atteinte cochléaire spécifique et trouble d’intégration fonctionnel. Si la mesure du recrutement est négative et que la différentielle d’intégration est peu importante l’atteinte est encore mixte: lésionnelle cochléaire, fonctionnelle pour l’intégration.
Par contre lorsque la distorsion d’intégration est importante, il s’agit d’une atteinte lésionnelle des voies auditives, le plus souvent située entre le bulbe et les tubercules quadrijumeaux. »
Dans le prochain article j’aborderai la liste d’intégration qui, dans l’esprit du Professeur LAFON, est la suite logique de la liste de balayage dans le cas où la liste de balayage aurait détecté un trouble d’intégration.JYM(1) Page 157 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition ».

La liste cochléaire et la liste de recrutement du Professeur LAFON permettent de tester la partie perception de l’audition.

Pour mettre en évidence une altération cochléaire, on modifie la netteté du message auditif en faisant varier le niveau de son émission.

Mais il faut se rappeler qu’il existe également la partie intégration de l’audition, passage obligatoire vers l’identification, réalisée tout au long des voies auditives.
Pour mettre en évidence une altération d’intégration, on va modifier la netteté du message auditif en y ajoutant du bruit.Grâce à la liste de balayage, le Professeur LAFON, propose de « … permettre de savoir en très peu de temps… si l’on doit s’orienter vers une atteinte cochléaire ou une perturbation de l’intégration auditive. »(1)

Une atteinte cochléaire, donc une difficulté d’audibilité, sera assez facile à améliorer par appareil auditif.
Une atteinte d’intégration sera par contre une ombre sérieuse à une bonne réhabilitation, même avec le plus performant des appareils auditifs, car tout message reçu sera mal identifié, spécialement celui qui sera mélangé à du bruit.

Vous trouverez les mots composant cette liste de balayage sur http://www.college-nat-audio.fr/fichiers/img86a.pdf
Un grand remerciement au Collège National des Audioprothésistes (CNA) pour avoir réalisé 5 CD d’audiométrie vocale : http://www.college-nat-audio.fr/listes-cd-audiometrie-vocale.html
Tout audioprothésiste devrait les posséder.

Plus de 82% des mots utilisés dans la liste de balayage le sont également dans la liste cochléaire.

Le Professeur explique comment pratiquer en pages 139-140 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition »:
« Liste de balayage…
Cette liste comporte deux éléments de 17 mots que nous appellerons A et B. Eléments identiques pour la difficulté d’identification, la structure phonétique et les distorsions acoustiques. Les mots sont particulièrement difficiles à identifier, s’il y a un trouble de l’identification, il apparaît, une variation physiologique de l’intégration y laisse une trace…
Elle est émise en biauriculaire quelle que soit la forme de la surdité tonale. Si la surdité est unilatérale en effet il est néanmoins important de savoir si par ailleurs le niveau d’intégration est normal.
L’élément A est émis au niveau Nm, l’élément B au niveau Nm + Bm…
On note chaque déformation phonétique en marquant le phonème mal perçu et en inscrivant dans la marge le phonème de remplacement. Si le sujet ajoute un phonème au mot (« montre » pour « monte ») on considère que les trois phonèmes testés /m/, /on/, /t/ sont correctement perçus, il n’y a donc aucune erreur à noter.
Le compte des erreurs pour l’élément A et pour l’élément B séparément donne deux chiffres.
Le premier peut correspondre à une surdité (courbe tonale), à une méconnaissance de la langue, à un défaut d’articulation dont on ne tient pas compte lorsqu’on note les déformations.
Le deuxième peut correspondre aux mêmes perturbations que l’élément A et en plus à un défaut d’intégration. La différence entre les deux montre la qualité de l’intégration phonétique…Les variations non pathologiques de ces chiffres correspondent pour A comme pour B à 3, la différence I A – B I en chiffre absolu devant être égale ou inférieure à 3. »

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, pages 141-142 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing » pour une diffusion internationale Emoji :
« The « sweep » word lists…
There are two « sweep » word lists containing 17 words each, which we shall call A and B. They are balanced as regards difficulty of identification, phonetic structure and acoustics distortions. The words are particulary difficult to identify, and any pathological variation of the integration or cochlear function will be sure to give rise to a number of errors despite the short length of the test…
List A is presented at an intensity Nm, and list B at Nm (words) + Bm (noise)…
One notes each phonetic distortion produced, marking the phoneme which was incorrectly perceived and writing the phoneme which replaced it in the margin. If the subject adds a phoneme to the word (e.g. « mild » instead of « mile »), one considers that the three phonemes tested ( /m/, /ai/, /l/) were correctly perceived; one does not therefore mark any error in this case.
A count of the errors in lists A and B separately gives two figures.
The first figure may be due to deafness (tonal threshold), to a poor knowledge of the language, or to poor articulation on the part of the tester not taken into account when marking the distortions.
The second figure may be due to the same causes as the first one, plus integration trouble.The difference between the two thus gives indication of the quality of the phonetic integration…Both in list A and list B, one may have 3 errors without suspecting any pathological change; the absolute value of the difference A-B should also be less than or equal to 3.

Précisions supplémentaires apportées par le Professeur :
« Chez le vieillard on rencontre assez souvent un écart de -5.(2)… La valeur que nous avons donnée comme limite de l’écart entre l’indice et la mesure Nm + Bm est valable pour un entendant. S’il s’agit d’un sourd qui présente un indice assez élevé, le chiffre d’écart adopté est compris dans la marge d’erreur. Il est donc nécessaire d’appliquer un coefficient de correction suivant le niveau de l’indice chez le sourd.
Nous l’avons déterminé expérimentalement : il faut ajouter 1 à l’écart pour toute fraction de 5 de l’indice…Dans le cas pris comme exemple… il s’agissait d’un retraité âgé de 70 ans. Nous avons vu que l’écart normal à cet âge est de -5. »(3)
« On choisira comme niveau maximum que nous appellerons Nm, l’intensité la plus élevée sans distorsion statistiquement apparente. Si l’appareil est de bonne qualité on prend pour Nm la valeur de 90 dB, sinon 85 dB ou même 80 dB. » (4)
Pour ma part, utilisant l’Affinity version 2.4.2, l’ampli ATOLL ELECTRONIQUE AM50 couplé au lecteur CD PIONEER PD-M603 et au haut parleur KLIPSCH G-12, donc tous d’excellente qualité, le niveau Nm est de 90 dB SPL.

( Comment choisir le niveau Bm pour un bruit blanc ):
« Pour cette mesure on utilise la liste d’intégration que l’on émet à Nm chez des sujets dont l’identification phonétique peut-être considérée comme normale. L’épreuve est faite en biauriculaire en notant pour chaque phonème test la présence éventuelle d’une déformation, donc pour toute la liste la mesure donne un nombre de phonèmes déformés sur un total de cinquante phonème testés.
On choisit ainsi plusieurs niveaux de bruit de façon à pouvoir tracer une courbe d’intelligibilité phonétique du rapport signal/bruit. Une fois le seuil déterminé pour quelques sujets l’étude est poursuivie au niveau du seuil, à 5 dB en-dessous et 5 dB au-dessus.
Il faut déterminer quel niveau de bruit donne statistiquement environ une erreur. A ce niveau 95% des sujets ne doivent pas dépasser le chiffre de 3 erreurs sur cinquante phonèmes. Cette intensité de bruit correspond au niveau Bm. »(5)

Précision de ma part :
Lorsque le Professeur LAFON écrit « Nm + Bm », il faut comprendre que les mots de la liste B qui sont émis au niveau Nm dans les deux oreilles à la fois sont mélangés au bruit blanc émis, lui, au niveau Bm également dans les deux oreilles à la fois.
Avec un bruit blanc, j’émets au casque en biauriculaire les mots de la liste A à 90 dB SPL, les mots de la liste B à 90 dB SPL mélangés à un bruit blanc de 75 dB SPL .
M. Léon DODELE, notre renommé collègue audioprothésiste, a mis en avant l’Onde Vocale Globale (OVG). On trouve cette OVG sur la piste 2 de la liste de balayage du CD du CNA. J’ai ainsi pu rechercher, en utilisant l’OVG, le niveau Bm avec le même procédé que celui qui permet de chercher le niveau Bm en bruit blanc.
J’émets donc maintenant au casque (ou aux inserts) en biauriculaire les mots de la liste A à 85 dB SPL (l’insert étant plus près du tympan, j’ai diminué le niveau Nm de 5 dB SPL par rapport à celui utilisé au casque), les mots de la liste B sont émis à 85 dB SPL mélangés à l’OVG émise à 70 dB SPL.

Merci d’avoir pu maintenir votre attention jusqu’ici ! Emoji

Dans le prochain article j’entrerai dans le détail des valeurs que l’on peut trouver, dans le cas d’une surdité de sénescence, pour A, B et IA-BI.

JYM(1) Page 132 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(2) Page 152 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(3) Page 153 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(4) Page 153 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(5) Page 136-137 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition ».

Dans le droit fil de la liste cochléaire et de la liste de recrutement, il me semble utile de diffuser ces phrases issues des pages 187 – 188 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« Le raisonnement qui fait intervenir la compensation d’une perte tonale est entièrement erroné pour la plupart des surdités…
Ce qui compte dans une surdité de perception c’est plus la valeur du champ auditif que celle du seuil d’audition.
Nous venons de voir que l’indication de la courbe de réponse à utiliser ne dépend pas de la forme du seuil tonal suivant les fréquences, mais des distorsions présentes dans le champ auditif.
Une prothèse n’est pas là pour compenser un déficit auditif mais pour augmenter la qualité de l’identification de la parole. Il est nécessaire de faire passer le maximum d’information dans le canal prothèse-cochlée.
Il faut donc diminuer non seulement les « bruits » provoqués par la distorsion acoustique des prothèses, mais également ceux qui sont engendrés dans la cochlée.
Le sourd ayant une perte tonale importante pour les sons aigus, n’a plus les mêmes critères de référence pour les traits pertinents de la parole que l’entendant. Il utilise beaucoup plus les zones graves, en particulier celles qui sont à la limite inférieure de l’amplification prothétique habituelle. Donc au lieu de pousser l’amplification des aigus, il serait préférable d’augmenter celle des graves, en ce qui concerne les surdités de perception. Ce principe devrait être particulièrement appliqué dans les appareils surpuissants où l’intensité des aigus est proche du seuil douloureux dans une zone de fréquence dont l’audition n’est plus utilisée par le sourd.
Pour les surdités de transmission par contre, la courbe légale est parfaite : il n’y a que l’intensité de la perception des sons à compenser, la résonance cochléaire étant normale, et les critères d’identification sont, par conséquent, semblables à ceux de l’entendant.
Les listes du test phonétique se prêtent à l’étude des distorsions cochléaires… elles fournissent des indications précises concernant les possibilités d’appareillage »

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page 190 – 191 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji :
« The idea that in order to help a deaf person we simply have to compensate his tonal loss is entirely wrong in the majority of cases…
What really matters in a perception deafness is more the state of the auditory field than the position of the auditory curve. We have seen that an indication as to what response characteristic to use is given not by the form of the tonal curve but by the distortions found in the auditory field.
It is thus necessary that the maximum amount of information should pass through the channel formed by the hearing aid and the cochlea. This means that we must not only take into account the « noise » due to the acoustic distortion in the hearing aid, but also that produced in the cochlea.
A deaf person with a large hearing loss at high frequencies will no longer use the same pertinent features of the speech he hears as a normal person. He uses the low frequencies much more, in particular those at the lower end of the normal amplification range of a hearing aid. Instead therefore of increasing the amplification at high frequencies, it is actually preferable to increase it at low frequencies as far as perception deafness is concerned. This is particularly important in super-power models, where the intensity at high frequencies is near the pain threshold, even though these frequencies are not used by the deaf person.
In transmission deafness, on the other hand, the legal curve is perfect: the only thing that needs to be done is to compensate the subjective intensity of the sound, the cochlear resonance being normal; the identification criteria are therefore the same here as for a normal person.
The phonetic test lends itself to the study of cochlear distorsions… and giving precise indications about whether or not to use a hearing aid »

Vous allez sûrement relire plusieurs fois toutes ces phrases écrites par le Professeur LAFON.
Peut-être pour les trouver d’une banalité affligeante, peut-être pour les trouver géniales car elles répondent à une question que vous vous posez depuis longtemps.
JYM

Quelques informations complémentaires à propos de la liste de recrutement.

Le Professeur LAFON nous explique comment il a eu l’idée de créer cette liste :
« Après quelques mois d’utilisation, il est devenu évident que certaines surdités présentaient des distorsions phonétiques particulières difficilement explicables. Lorsque les mesures tonales supraliminaires étaient possibles, on constatait dans ces formes de surdité la présence d’un recrutement. Alors que les voyelles sont très résistantes habituellement, l’amputation du champ auditif au-delà de 3000 Hz gênant peu leur identification, lorsqu’il y avait recrutement, à courbe tonale équivalente, le distorsion des /i/ passait de 5 à 20%. Lorsque le recrutement touchait également des fréquences un peu plus graves /ü/ et /e/ se trouvaient singulièrement perturbés et sur les fréquences graves /a/ et /o/. J’ai choisi dans ces listes, par une étude comparative des surdités avec et sans recrutement, une série de mots préférentiellement déformés que j’ai appelée liste de recrutement. »(1)
J’ai constaté que 37 des 40 mots utilisés dans la liste de recrutement, soit 92.5%, le sont déjà dans la liste cochléaire.

« L’identification des mots dépend plus des transitions phonétiques que des phonèmes eux-mêmes. Certaines expressions phonétiques vocaliques déformées dans la cochlée évoque une image phonétique différente lorsque les transitions ne permettent pas de compenser la distorsion. Nous avons remarqué un parallélisme entre la présence d’un recrutement mesuré en audiométrie supraliminaire et l’augmentation des erreurs portant sur les voyelles. »(2)
« Nous avons vu pour les surdités avec recrutement que la distorsion vocalique permet leur diagnostic. »(3)

Le Professeur LAFON nous décrit l’intérêt d’utiliser la liste de recrutement :
« L’intérêt de cette mesure réside dans sa simplicité. L’apprentissage du message test est toujours excellent (exception faite des étrangers et des surdités congénitales), il n’y a donc pas d’interférence des variations individuelles ni de difficulté d’examen. La mesure est plus précise que celle des autres tests tonaux supraliminaires. Elle a, d’autre part, l’avantage d’être rapide et de permettre l’exploration de tout le champ auditif en une seule mesure faite avec quarante mots. »(4)

Précision apportée par le Professeur LAFON :
« le mot « recrutement » pour définir cette liste est impropre. Nous ne mesurons pas le rattrapage d’intensité subjective d’une oreille sourde. Nous l’employons à défaut d’un autre terme mieux adapté à ces distorsions. La liste donne un aperçu analytique de distorsions pathologiques de la cochlée, celle où le phénomène de recrutement apparaît également. Son intérêt est donc semblable: diagnostic positif d’une altération cochléaire… »(5)

Encore une précision :
Dans l’élément noté 1, la zone fréquentielle testée est 500-1200 Hz, elle correspond au formant F2 du /a/ uni à celui du /o/.
Dans l’élément noté 2, la zone fréquentielle testée est 2000-3000 Hz, elle correspond au formant F2 du /e/ uni à celui du /ü/.
Dans l’élément noté 3, la zone fréquentielle testée est 3000-4000 Hz, elle correspond au formant F2 du /i/.
Dans l’élément noté 4, la zone fréquentielle testée est au delà de 4000 Hz, elle correspond à la zone formantique du /f/ unie à celle du /s/.

J’ai gardé le meilleur pour la fin, le voici !

Le Professeur LAFON page 185 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » nous dit en quoi la liste de recrutement peut aider l’audioprothésiste dans son travail :
« Nous avons vu que les zones fréquentielles perturbées entraînent une gêne dans l’identification de la parole. Les structures acoustiques sont difficilement reconnaissables et le message correspondant à ces zones se comporte comme du bruit. Il est donc utile de ne pas les amplifier sous peine de voir l’intelligibilité considérablement réduite. D’autre part à ce niveau le seuil douloureux est le plus abaissé, les bruits inopinés risquent d’atteindre une intensité traumatisante si les fréquences correspondantes sont amplifiées.
La courbe donnée par la liste de recrutement indique les modifications à apporter à la courbe de réponse de l’appareil. Le recrutement est le plus souvent présent entre 3000 et 4000 Hz, la courbe de réponse doit être fortement atténuée à partir de 2500 Hz dans ces cas. Nous avons vu que l’identification de la parole pouvait être encore suffisante si l’on ne transmet pas les zones fréquentielles au-delà de 2500 – 3000 Hz.
Un recrutement touchant à la fois les graves et les aigus rend plus difficile une indication d’appareillage. Si le seuil tonal n’est pas élevé au-delà de 50 dB et que l’intensité de recrutement ne dépasse pas 5 à 6 phonèmes sur 10, une prothèse peut rendre de bons services. Ces malades ont une oreille fragilisable et l’on est obligé d’amplifier des fréquences perturbées, la compression doit être suffisamment importante, l’amplification des aigus peu poussée.
En cas, assez rare, de recrutement localisé aux sons graves, on peut envisager d’utiliser une courbe de réponse classique comprimée, le seuil douloureux étant toujours plus élevé pour les graves que pour les aigus. »

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page 188 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji :
« We have seen that in recruitment the frequency zones affected cause trouble in the identification of speech. The acoustics structure are difficult to recognize and the message corresponding to these zones behave like noise. These zones should therefore not be amplified, or the intelligibility will be even further reduced. Moreover, the pain threshold is low, so that unexpected noises may cause permanent damage if the frequency zones in question are amplified.
The curve given by the recruitment test indicates what modifications should be made to the response characteristic of the hearing aid. Recruitment is most often found between 3000 and 4000 c/s, in which case the amplification should be strongly reduced above 2500 c/s. We have seen that speech can be quite satisfatorily identified though the frequencies above 2500-3000 c/s are not transmitted.
Recruitment affecting both high and low frequencies makes the choice of a hearing aid more difficult. If the tonal threshold does not exceed 50 dB and the recruitment score does not exceed 5 or 6 phonemes out of 10, a hearing aid may give good service. These patients have a very sensitive ear, and even though one is obliged to amplify the offending frequencies one should use sufficient compression; high frequencies in particular should be little amplified.
If the recruitment should be limited to low frequencies (which does not ofteh happen), one may use a model with a normal compressed response characteristic, as the pain threshold is always higher for low frequencies than for high ones. »

Vous allez sûrement relire plusieurs fois ces phrases écrites par le Professeur LAFON.
Peut-être pour les trouver d’une banalité affligeante, peut-être pour les trouver géniales car elles répondent à une question que vous vous posez depuis longtemps.

JYM

(1) Page 116 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(2) Page 129 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(3) Page 175 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(4) Page 147 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(5) Page 145 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».

Grâce à la liste cochléaire (voir « LAFON 7 la liste cochléaire (2) »), si l’on fait varier l’intensité d’émission au fur et à mesure des éléments utilisés, on trouve les déformations acoustiques générées par la cochlée.
Il est raisonnable de penser, l’amplification améliorant normalement l’audibilité, que les déformations acoustiques donc le nombre d’erreurs phonétiques puissent alors diminuer avec l’aide d’un appareillage auditif.

Y a t-il d’autres renseignements que la cochlée puisse nous livrer ?
Oui : grâce à la liste de recrutement qui « … confirme l’atteinte cochléaire… »(1)

Voici comment pratiquer :

Vous trouverez les mots composant cette liste de recrutement sur http://www.college-nat-audio.fr/fichiers/img89a.pdf
Un grand remerciement au Collège National des Audioprothésistes (CNA) pour avoir réalisé 5 CD d’audiométrie vocale :
http://www.college-nat-audio.fr/listes-cd-audiometrie-vocale.html
Tout audioprothésiste devrait les posséder.Comme on le voit grâce à ce lien, la liste de recrutement qui se trouve sur le CD 2 comporte 4 éléments de 10 mots chacun.
Devant chaque mot se trouve le phonème utile, c’est sur lui seul qu’on vérifie qu’il n’y ait pas d’erreur phonétique commise.
Exemple : Au lieu de répéter « chape » où le phonème utile est /a/ la personne répète « tape », « chatte », « échappe »… Le /a/ n’est pas déformé : aucune erreur n’est comptée sur ce mot. Par contre si au lieu de répéter « chape » la personne répète « chope », il y a une erreur phonétique puisque le phonème utile /a/ est déformé en /o/.
Chaque élément est formé de 10 mots, donc 10 erreurs possibles sur le phonème utile.
« …l’on émet successivement un mot de chaque élément contrairement aux autres listes. »(2)

La liste de recrutement est émise
– au casque,
– en mesure monaurale principalement,
– à un niveau de 30 dB au dessus de la moyenne arithmétique des pertes tonales de 500 à 4000 Hz,
Une fois les 40 mots émis, on compte les erreurs commises dans chaque élément.

Dans l’élément noté 1, qui teste la zone fréquentielle 500 – 1200 Hz, le recrutement est certain dès qu’on atteint 3 erreurs.
Dans l’élément noté 2, qui teste la zone fréquentielle 2000 – 3000 Hz, le recrutement est certain dès qu’on atteint 3 erreurs.
Dans l’élément noté 3, qui teste la zone fréquentielle 3000 – 4000 Hz, le recrutement est certain dès qu’on atteint 3 erreurs.
Dans l’élément noté 4, qui teste la zone fréquentielle supérieure à 4000 Hz, le recrutement est certain dès qu’on atteint 5 erreurs, à condition que la perte à l’audiométrie tonale ne soit pas égale ou supérieure à 80 dB HL à 8000 Hz.
« Une correction est à faire lorsque la distorsion globale étudiée avec les listes cochléaires fait apparaître une perte d’intelligibilité supérieure à 40% (20 phonèmes perturbés sur 50) à 90 dB. Dans ce cas, on doit prendre comme seuil du recrutement un chiffre supérieur de l’ordre de 4, le niveau exact est à déterminer en fonction des qualités du système amplificateur utilisé. »(3)

Admettons qu’on détecte un recrutement dans une des ces zones fréquentielles, que faire alors ?

Le Professeur LAFON nous le dit en page 67-68 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« Dans les surdités dites « avec recrutement », il existe en plus de la perte tonale, des distorsions qui réduisent la capacité informationnelle de l’oreille en modifiant la netteté du message. Les zones fréquentielles perturbées détruisent la structure significative des éléments acoustiques correspondant de la parole qui deviennent des bruits réduisant d’autant plus la capacité informationnelle. On peut constater expérimentalement qu’il est préférable de supprimer dans une amplification les zones perturbées ce qui ne fait qu’amputer le message de quelques éléments significatifs, mais réduit dans une proportion appréciable le bruit et par là même augmente la netteté des signaux restants. »

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page 70 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji:
« When recruitment-like phenomena are present, the tonal loss is accompanied by distortions which reduce the informational capacity of the ear, modifying the clarity of the messages received. The frequency zones affected destroy the significant structure of the corresponding acoustic elements of the speech, giving rise to noise which reduces the informational capacity even further. It has been shown experimentally that it is better to use a hearing aid which does not amplify the frequency zones in question. This only cuts a number of significant elements out of message, but appreciably reduces the noise and thus increases the clarity of the remaining signals. »

Formidable, n’est-ce pas ?

Cette conclusion que je répète :
« … On peut constater expérimentalement qu’il est préférable de supprimer dans une amplification les zones perturbées ce qui ne fait qu’amputer le message de quelques éléments significatifs, mais réduit dans une proportion appréciable le bruit et par là même augmente la netteté des signaux restants. »
ne vous rappelle t-elle pas celle proposée, au début des années 2000, par le Professeur MOORE avec le TEN TEST et les zones inertes cochléaires ?

On peut, bien sûr, pratiquer la liste de recrutement avec chacune des personnes que l’on reçoit.
Mais le Professeur LAFON insiste sur les deux moments essentiels où il faut l’utiliser.
Le premier :
« Devant la présence d’une distorsion à 90 dB qui ne porte pas essentiellement sur des consonnes ou lorsque l’intelligibilité phonétique ne s’améliore pas de façon nette avec l’intensité la courbe tendant à devenir horizontale ou même décroissante, il est indispensable de pratiquer des épreuves de recrutement. »(4)
Le second :
« La présence de vertiges implique la mesure du recrutement, en mono ou en biauriculaire suivant la forme du seuil tonal, en commençant par la plus mauvaise oreille en mono-auriculaire. »

En résumé : après la liste cochléaire, facile à pratiquer, pourquoi se priver de la liste de recrutement !

Dans le prochain article, je donnerai quelques informations complémentaires sur cette liste de recrutement.

JYM

(1) Page 161 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(2) Page 145 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(3) Page 147 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(4) Page 144-145 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».

Nous avons vu que le Professeur LAFON utilisait dans sa liste cochléaire, comme d’ailleurs dans toutes ses listes, des mots de 3 phonèmes.
Mais pourquoi 3 phonèmes et non pas 2, 4 ou plus ? S’agit-il de n’importe quels mots de 3 phonèmes ? Choisis suivants quels critères ?

Le Professeur LAFON nous en donne la réponse en pages 119-120-121-122 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« LE MOT
Nous devons choisir l’échelle unitaire suivante : le mot. Comment choisir les mots ?
… Plus le mot est long, moins la quantité d’information par élément phonétique est grande. On a donc intérêt à choisir des mots dont la structure phonologique est aussi courte que possible et on est conduit aux mots de deux phonèmes qui sont aussi les plus nombreux dans la langue parlée (35% du français parlé).
Mais il faut disposer du maximum de transitions phonétiques possibles puisque ce sont les unités du langage. Plus nous aurons un test riche en transitions, plus l’échantillon qu’il représente sera proche de la réalisation linguistique.
Entre ces deux impératifs nous avons choisi un moyen terme, le mot de trois phonèmes. Il contient une potentialité de phonèmes caractéristiques suffisante donc représente une quantité d’information encore importante. Les transitions phonétiques sont au nombre de quatre puisque l’on compte le passage d’un point d’articulation neutre au point d’articulation phonétique. Dans une liste de mots on peut ainsi atteindre un nombre assez grand de transitions.
La phrase qui contient un échantillonnage de transitions presque idéal a une si pauvre valeur d’information, de telles possibilités de suppléance à des niveaux d’intégration extra auditifs que son utilisation n’est d’aucun secours.
LE CHOIX DES MOTS
Le choix des mots ne peut être laissé au hasard, il est indispensable de préférer ceux qui possèdent la plus grande quantité d’information… Il faut que les phonèmes du mot choisi permettent un grand nombre d’erreurs. Si l’on considère un phonème de ce mot, il est donc nécessaire qu’il y ait le plus de mots possibles n’ayant que ce phonème comme différence. C’est la définition même du phonème caractéristique et surtout de phonème hautement caractéristique. Cette notion doit nous guider dans la sélection des mots du test.
Lorsqu’un mot est mal perçu, celui qui est évoqué est d’abord le mot dont nous avons le plus grand usage, le mot disponible. Sans que celui-ci soit obligatoirement celui que nous utilisons le plus dans la conversation. Un mot comme « table » ne sert statistiquement pas très souvent, c’est pourtant un mot très connu. On peut définir le mot le plus disponible comme étant celui dont nous avons acquis le sens le plus précocement dans notre enfance, celui qui est le mieux gravé dans notre mémoire. Le critère de la disponibilité du mot est donc très important. Parmi le groupe de mots qui peuvent être confondus entre eux il sera préférable de ne pas choisir le plus disponible qui vient le premier à l’esprit… il faut éliminer les mots qui appartiennent au vocabulaire du très jeune enfant…
D’un autre côté il est préférable de ne pas choisir un mot trop peu connu qui risque de ne pas faire partie du vocabulaire du sujet examiné.
L’ÉCHELLE DE RÉFÉRENCE
Suivant quels critères les listes seront-elles construites ? D’après la statistique phonétique de la langue parlée ou un autre critère ?
Nous avons pu constater l’inutilité de l’usage de la fréquence de récurrence des phonèmes de la langue parlée. En effet nous voulons mettre en évidence des difficultés auditives. Celles-ci ont le plus de chance d’apparaître avec des phonèmes peu utilisés donc plus informatifs qu’avec des phonèmes fréquents. Ces phonèmes, bien que peu employés, sont plus utiles que les autres. Leur audition apportant des informations qui, grosso modo, sont au contraire inversement proportionnelles à leur usage. Ceci est surtout valable pour les consonnes. Une étude de la quantité d’information contenue dans les mots de trois phonèmes nous a montré qu’elle reposait pour plus de 72% sur les consonnes bien qu’elles aient une fréquence d’usage d’environ 51% seulement, alors que les voyelles ne dépassent pas 28%.
Choisir des listes de mots phonétiquement équilibrées est donc une double erreur : on préfère délibérément les phonèmes les moins informatifs et on néglige ceux qui sont le plus facilement perturbés dans l’audition, donc ceux qui permettent de déceler le plus facilement une anomalie auditive, les spirantes particulièrement…
En ce qui concerne les transitions phonétiques, l’échantillonnage en découle automatiquement pour les éléments de listes de 50 phonèmes. La variété des phonèmes dans les mots de la liste donne une grande diversité de transitions phonétiques dons un aperçu aussi varié que possible de l’unité de langage.
En conclusion, le test est basé sur un échantillonnage phonétique donnant une diversité de transitions et sur la difficulté d’identification souvent parallèle à la quantité d’information.
Nous avons abandonné la structure syllabique qui n’apporte aucune précision supplémentaire et qui n’est qu’une unité de phonation et surtout l’Equilibre Phonétique qui est une erreur sur le plan théorique lorsqu’il s’agit de mesurer l’audition. »Vous allez sûrement relire plusieurs fois ces phrases écrites par le Professeur LAFON.
Peut-être pour les trouver d’une banalité affligeante, peut-être pour les trouver géniales car elles répondent à une question que vous vous posez depuis longtemps.

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, pages 121-122-123-124 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing » pour une diffusion internationale Emoji:
« THE WORD
We thus come to the next rug of the ladder, the word. If we are to use words as our test unit, on what basis are we to choose them ?
The longer the word, the less information per phonetic element. It is thus advisable to choose the words which are as short as possible. This would seem to indicate the use of two-phoneme words, which are also the most abundant in the spoken language (35% in French).
But on the other hand we must have as great a variety as possible of phonetic transitions, as these are the real units of the spoken language. The more phonetic transitions (i.e. the more phonemes per word), the better the sample can be made to correspond to the language as spoken.
We have thus made a compromise between these two opposing requirements, and have chosen words of three phonemes. These can be chosen to contain a sufficient proportion of characteristic phonemes, and hence a reasonable amount of information. Each word contains four phonetic transitions, since we count the passage from a neutral point of articulation to an active one. One word lists will thus also contain a reasonable number of phonetic transitions.
The phrase, which is almost ideal regarded as a sample of phonetic transitions, contains so little infromation and offers such a lot scope of the activities of the extra-auditory integration levels that its use is out of the question.

THE CHOICE OF WORDS
The choice of words cannot be left to chance; one must take care to select which contain the largest amount of information… It follows that the phonemes of the words chosen must allow a large number of errors. If we consider a given phoneme of a given word, we should thus try to ensure that there are many words as possible which only differ from this word in this phoneme. But this is simply the definition of the characteristic phoneme. This notion must guide us in the selection of the words used for the test.
When a word is perceived incorrectly, the first word to be evoked in its place is the most common word of those resembling it, the most available word. This need not however be the one which is most often used in conversation. For example, a word like « table » will not come very high up the statistical frequency lists, but it is nevertheless very well known. One may define the most available word as that which we acquired earliest on in our childhood, that which is most clearly graven on our memory. This criterion of the availability of words is very important. Within a group of words which can be confused one with another, one should not choose the most available one, the one which will come first to mind in case of doubt… one should eliminate, not select, the words belonging to the vocabulary of the very young child…
On the other hand, it is advisable not to choose words which are too rare, in case they are entirely unknown to the person being tested.

THE SCALE OF REFERENCE
According to what criteria should the word lists be constructed ? According to the phonetic statistics of the spoken language or according to some other criterion ?
We have found that is not a good idea to use the frequency with which the various phonemes occur in the spoken language. What we are after is a method of detecting hearing difficulties. Now these are more likely to be detected with the aid of the phonemes which are less often used, and which thus carry more information than the more frequent ones. These speech sounds, although less used, are thus in fact more useful than the others; the amount of acoustic information which they carry is broadly speaking inversely proportional to their frequency of use. This is particulary true of the consonants. A study of the amount of information contained in three-phoneme words has shown than more 72% of the information is carried by the consonants although the frequency of occurrence is only about 51%; while the vowels with a frequency of 49% only carry 28% of the information.
Choosing the word lists so as to make them phonetically balanced is thus a double error: one deliberately gives preference to the least informative phonemes, and one neglects those which are most easily distorted by the hearing and which would thus be most useful in detecting a hearing defect, in particular the spirants…
As regards the phonetic transitions, a reasonable sampling of these is obtained automatically in the 50-phoneme lists. The variety of the phonemes in the words of these lists naturally give rise to a wide range of phonetic transitions, and thus as varied a view as possible of this unit element of the individual language.
Summarizing, we may state that the test is based on a phonetic sampling giving a wide variety of transitions, and on the difficulty of identification which is a measure of the amount of information carried. We have abandoned the syllabic structure, which does not increase the precision in any way as the syllabe is merely a unit of phonation, and above all we have given up the idea of phonetic balancing, which is theoretically a great mistake for the purposes of measuring hearing.

Dans le prochain article, je reviendrai à la pratique du test phonétique en évoquant la suite logique de la liste cochléaire : la liste de recrutement.

JYM

Comment utiliser la liste cochléaire ?
1)   Pour l’exploration du champ auditif. On fait varier la netteté en faisant varier l’intensité d’émission de chacun des éléments.Le Professeur LAFON utilisait volontiers des niveaux dégressifs allant, suivant le niveau de surdité de la personne, de 100dB SPL (quelques fois 120 dB SPL) à 70dB SPL (quelques fois 60 dB SPL), par paliers de 10 dB SPL(1).
Pour ma part, j’utilise en champ libre des niveaux dégressifs allant de 90dB SPL à 40dB SPL, comme d’ailleurs le Professeur LAFON l’évoque en page 140 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« Exploration du champ auditif
Les mots sont lus par élément (colonne) à des intensités variables entre 40 et 100 dB suivant le type de surdité, le seuil tonal et l’intérêt diagnostique ou technique (recherche) présenté par le sujet ».
Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page 143 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji :
« Exploration of the auditory field
The words are read a list (column) at a time at various intensities between 40 and 100 dB depending of the type of deafness, the tonal threshold and any other special diagnostic or scientific points of interest presented by the subject. »

Si vous émettez les mêmes éléments au même niveau sans puis avec appareil, oreille après oreille (voire en binaural si vous n’avez pas trop le temps), vous obtenez un gain prothétique vocal diablement intéressant pour valider l’amélioration des « qualités phonétiques(2) » de votre patient dans une situation calme.

Je vous conseille, pour savoir si la différence entre deux scores est « significative » ou « non-significative », l’article de Xavier DELERCE du 1 mai 2014 « LA CONFIANCE RÈGNE… PAR INTERVALLES* » paru sur le site « blog-audioprothésiste ». Son article faisait suite à l’intervention de Xavier BASCLE, audioprothésiste Nîmois, lors de l’atelier N°4 du Congrès des Audioprothésistes mi-avril 2014.

2)   Pour connaître le pourcentage de distorsions supraliminaires.

En page 184 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« … connaître les erreurs faites à une intensité acoustique élevée permet de savoir quelle forme de distorsions resteront présentes lorsque le sourd utilisera sa prothèse… Le calcul du pourcentage des distorsions au niveau Nm donne le degré de difficulté d’adaptation de la prothèse. Expérimentalement nous avons remarqué qu’en dessous de 20% l’appareillage est facile au prix de quelques précautions. Entre 20 et 40% on est obligé de tenir compte des résultats de la liste de recrutement et de la liste d’intégration qui seules peuvent montrer une contre-indication éventuelle. Entre 40 et 50% il est nécessaire de faire une comparaison entre le pourcentage de distorsions avec lecture labiale seule et avec lecture labiale et amplification Nm. En effet la distorsion est tellement importante…que la présence d’une mauvaise lecture labiale nettement améliorée avec l’amplification justifie seule un appareillage. Au-delà de 50%, sauf cas exceptionnels jugés comme précédemment, tout appareillage est inutile, il n’apportera aucun complément d’information au sourd. »

Précisions :
« On choisira comme niveau maximum que nous appellerons Nm, l’intensité la plus élevée sans distorsion statistiquement apparente. Si l’appareil est de bonne qualité on prend pour Nm la valeur de 90 dB, sinon 85 dB ou même 80 dB. »(3)
Pour ma part j’utilise en champ libre un niveau Nm de 90 dB SPL.
Lorsque le Professeur écrit « en dessous de 20% », cela équivaut à obtenir moins de 10 erreurs phonétiques sur un élément entier (17 mots).
Lorsque le Professeur écrit « entre 20 et 40% », cela équivaut à obtenir entre 10 et 20 erreurs phonétiques sur un élément entier (17 mots).
Lorsque le Professeur écrit « entre 40 et 50% », cela équivaut à obtenir entre 20 et 25 erreurs phonétiques sur un élément entier (17 mots).
Lorsque le Professeur écrit « Au-delà de 50% », cela équivaut à obtenir plus de 25 erreurs phonétiques sur un élément entier (17 mots).

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page 187 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji :
« … investigation of the errors made at a high acoustic intensity will tell us about the form of the distorsions remaining when the patient is wearing his hearing aid… Calculation of the percentage distorsion at Nm gives a measure of the unsuitability of the hearing aid. We have found in practice that below 20% the fitting will be easy, if certain precautions are taken. Between 20 and 40%, one must take the results obtained with the recruitment and integration lists into account; only these can give a counter-indication. Between 40 and 50% one must compare the percentage distorsion with lip-reading alone and with lip-reading at an amplification Nm. The distorsion is so large in this case… that in improvement in lip-reading caused by the amplification is enough to justify the use of the hearing aid. Above 50%, except in rare cases where the lip-reading is greatly improved, no hearing aid will greatly increase the amount of information reaching the patient. »

Dans le prochain article, j’évoquerai deux principes du test phonétique : pourquoi n’utiliser que des mots de 3 phonèmes et comment s’est fait le choix de ces mots ?

JYM

(1) Pages 182, 186, 192, 196, 198, 199 et 200 du texte « APPLICATIONS CLINIQUE DU TEST PHONETIQUE » écrit par le Professeur LAFON et paru dans le Volume N°1 de l’année 1972 du Bulletin d’Audiophonologie ayant pour titre « LE TEST PHONÉTIQUE THÉORIE et PRATIQUE ».
(2) Page 188 du livre du Professeur LAFON « Le test phonétique et le mesure de l’audition ».
(3) Page 153 du livre du Professeur LAFON « Le test phonétique et le mesure de l’audition ».

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