Auteur : Jean-Yves MICHEL

Quelques informations complémentaires à propos de la liste de recrutement.

Le Professeur LAFON nous explique comment il a eu l’idée de créer cette liste :
« Après quelques mois d’utilisation, il est devenu évident que certaines surdités présentaient des distorsions phonétiques particulières difficilement explicables. Lorsque les mesures tonales supraliminaires étaient possibles, on constatait dans ces formes de surdité la présence d’un recrutement. Alors que les voyelles sont très résistantes habituellement, l’amputation du champ auditif au-delà de 3000 Hz gênant peu leur identification, lorsqu’il y avait recrutement, à courbe tonale équivalente, le distorsion des /i/ passait de 5 à 20%. Lorsque le recrutement touchait également des fréquences un peu plus graves /ü/ et /e/ se trouvaient singulièrement perturbés et sur les fréquences graves /a/ et /o/. J’ai choisi dans ces listes, par une étude comparative des surdités avec et sans recrutement, une série de mots préférentiellement déformés que j’ai appelée liste de recrutement. »(1)
J’ai constaté que 37 des 40 mots utilisés dans la liste de recrutement, soit 92.5%, le sont déjà dans la liste cochléaire.

« L’identification des mots dépend plus des transitions phonétiques que des phonèmes eux-mêmes. Certaines expressions phonétiques vocaliques déformées dans la cochlée évoque une image phonétique différente lorsque les transitions ne permettent pas de compenser la distorsion. Nous avons remarqué un parallélisme entre la présence d’un recrutement mesuré en audiométrie supraliminaire et l’augmentation des erreurs portant sur les voyelles. »(2)
« Nous avons vu pour les surdités avec recrutement que la distorsion vocalique permet leur diagnostic. »(3)

Le Professeur LAFON nous décrit l’intérêt d’utiliser la liste de recrutement :
« L’intérêt de cette mesure réside dans sa simplicité. L’apprentissage du message test est toujours excellent (exception faite des étrangers et des surdités congénitales), il n’y a donc pas d’interférence des variations individuelles ni de difficulté d’examen. La mesure est plus précise que celle des autres tests tonaux supraliminaires. Elle a, d’autre part, l’avantage d’être rapide et de permettre l’exploration de tout le champ auditif en une seule mesure faite avec quarante mots. »(4)

Précision apportée par le Professeur LAFON :
« le mot « recrutement » pour définir cette liste est impropre. Nous ne mesurons pas le rattrapage d’intensité subjective d’une oreille sourde. Nous l’employons à défaut d’un autre terme mieux adapté à ces distorsions. La liste donne un aperçu analytique de distorsions pathologiques de la cochlée, celle où le phénomène de recrutement apparaît également. Son intérêt est donc semblable: diagnostic positif d’une altération cochléaire… »(5)

Encore une précision :
Dans l’élément noté 1, la zone fréquentielle testée est 500-1200 Hz, elle correspond au formant F2 du /a/ uni à celui du /o/.
Dans l’élément noté 2, la zone fréquentielle testée est 2000-3000 Hz, elle correspond au formant F2 du /e/ uni à celui du /ü/.
Dans l’élément noté 3, la zone fréquentielle testée est 3000-4000 Hz, elle correspond au formant F2 du /i/.
Dans l’élément noté 4, la zone fréquentielle testée est au delà de 4000 Hz, elle correspond à la zone formantique du /f/ unie à celle du /s/.

J’ai gardé le meilleur pour la fin, le voici !

Le Professeur LAFON page 185 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » nous dit en quoi la liste de recrutement peut aider l’audioprothésiste dans son travail :
« Nous avons vu que les zones fréquentielles perturbées entraînent une gêne dans l’identification de la parole. Les structures acoustiques sont difficilement reconnaissables et le message correspondant à ces zones se comporte comme du bruit. Il est donc utile de ne pas les amplifier sous peine de voir l’intelligibilité considérablement réduite. D’autre part à ce niveau le seuil douloureux est le plus abaissé, les bruits inopinés risquent d’atteindre une intensité traumatisante si les fréquences correspondantes sont amplifiées.
La courbe donnée par la liste de recrutement indique les modifications à apporter à la courbe de réponse de l’appareil. Le recrutement est le plus souvent présent entre 3000 et 4000 Hz, la courbe de réponse doit être fortement atténuée à partir de 2500 Hz dans ces cas. Nous avons vu que l’identification de la parole pouvait être encore suffisante si l’on ne transmet pas les zones fréquentielles au-delà de 2500 – 3000 Hz.
Un recrutement touchant à la fois les graves et les aigus rend plus difficile une indication d’appareillage. Si le seuil tonal n’est pas élevé au-delà de 50 dB et que l’intensité de recrutement ne dépasse pas 5 à 6 phonèmes sur 10, une prothèse peut rendre de bons services. Ces malades ont une oreille fragilisable et l’on est obligé d’amplifier des fréquences perturbées, la compression doit être suffisamment importante, l’amplification des aigus peu poussée.
En cas, assez rare, de recrutement localisé aux sons graves, on peut envisager d’utiliser une courbe de réponse classique comprimée, le seuil douloureux étant toujours plus élevé pour les graves que pour les aigus. »

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page 188 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji :
« We have seen that in recruitment the frequency zones affected cause trouble in the identification of speech. The acoustics structure are difficult to recognize and the message corresponding to these zones behave like noise. These zones should therefore not be amplified, or the intelligibility will be even further reduced. Moreover, the pain threshold is low, so that unexpected noises may cause permanent damage if the frequency zones in question are amplified.
The curve given by the recruitment test indicates what modifications should be made to the response characteristic of the hearing aid. Recruitment is most often found between 3000 and 4000 c/s, in which case the amplification should be strongly reduced above 2500 c/s. We have seen that speech can be quite satisfatorily identified though the frequencies above 2500-3000 c/s are not transmitted.
Recruitment affecting both high and low frequencies makes the choice of a hearing aid more difficult. If the tonal threshold does not exceed 50 dB and the recruitment score does not exceed 5 or 6 phonemes out of 10, a hearing aid may give good service. These patients have a very sensitive ear, and even though one is obliged to amplify the offending frequencies one should use sufficient compression; high frequencies in particular should be little amplified.
If the recruitment should be limited to low frequencies (which does not ofteh happen), one may use a model with a normal compressed response characteristic, as the pain threshold is always higher for low frequencies than for high ones. »

Vous allez sûrement relire plusieurs fois ces phrases écrites par le Professeur LAFON.
Peut-être pour les trouver d’une banalité affligeante, peut-être pour les trouver géniales car elles répondent à une question que vous vous posez depuis longtemps.

JYM

(1) Page 116 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(2) Page 129 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(3) Page 175 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(4) Page 147 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(5) Page 145 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».

Grâce à la liste cochléaire (voir « LAFON 7 la liste cochléaire (2) »), si l’on fait varier l’intensité d’émission au fur et à mesure des éléments utilisés, on trouve les déformations acoustiques générées par la cochlée.
Il est raisonnable de penser, l’amplification améliorant normalement l’audibilité, que les déformations acoustiques donc le nombre d’erreurs phonétiques puissent alors diminuer avec l’aide d’un appareillage auditif.

Y a t-il d’autres renseignements que la cochlée puisse nous livrer ?
Oui : grâce à la liste de recrutement qui « … confirme l’atteinte cochléaire… »(1)

Voici comment pratiquer :

Vous trouverez les mots composant cette liste de recrutement sur http://www.college-nat-audio.fr/fichiers/img89a.pdf
Un grand remerciement au Collège National des Audioprothésistes (CNA) pour avoir réalisé 5 CD d’audiométrie vocale :
http://www.college-nat-audio.fr/listes-cd-audiometrie-vocale.html
Tout audioprothésiste devrait les posséder.Comme on le voit grâce à ce lien, la liste de recrutement qui se trouve sur le CD 2 comporte 4 éléments de 10 mots chacun.
Devant chaque mot se trouve le phonème utile, c’est sur lui seul qu’on vérifie qu’il n’y ait pas d’erreur phonétique commise.
Exemple : Au lieu de répéter « chape » où le phonème utile est /a/ la personne répète « tape », « chatte », « échappe »… Le /a/ n’est pas déformé : aucune erreur n’est comptée sur ce mot. Par contre si au lieu de répéter « chape » la personne répète « chope », il y a une erreur phonétique puisque le phonème utile /a/ est déformé en /o/.
Chaque élément est formé de 10 mots, donc 10 erreurs possibles sur le phonème utile.
« …l’on émet successivement un mot de chaque élément contrairement aux autres listes. »(2)

La liste de recrutement est émise
– au casque,
– en mesure monaurale principalement,
– à un niveau de 30 dB au dessus de la moyenne arithmétique des pertes tonales de 500 à 4000 Hz,
Une fois les 40 mots émis, on compte les erreurs commises dans chaque élément.

Dans l’élément noté 1, qui teste la zone fréquentielle 500 – 1200 Hz, le recrutement est certain dès qu’on atteint 3 erreurs.
Dans l’élément noté 2, qui teste la zone fréquentielle 2000 – 3000 Hz, le recrutement est certain dès qu’on atteint 3 erreurs.
Dans l’élément noté 3, qui teste la zone fréquentielle 3000 – 4000 Hz, le recrutement est certain dès qu’on atteint 3 erreurs.
Dans l’élément noté 4, qui teste la zone fréquentielle supérieure à 4000 Hz, le recrutement est certain dès qu’on atteint 5 erreurs, à condition que la perte à l’audiométrie tonale ne soit pas égale ou supérieure à 80 dB HL à 8000 Hz.
« Une correction est à faire lorsque la distorsion globale étudiée avec les listes cochléaires fait apparaître une perte d’intelligibilité supérieure à 40% (20 phonèmes perturbés sur 50) à 90 dB. Dans ce cas, on doit prendre comme seuil du recrutement un chiffre supérieur de l’ordre de 4, le niveau exact est à déterminer en fonction des qualités du système amplificateur utilisé. »(3)

Admettons qu’on détecte un recrutement dans une des ces zones fréquentielles, que faire alors ?

Le Professeur LAFON nous le dit en page 67-68 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« Dans les surdités dites « avec recrutement », il existe en plus de la perte tonale, des distorsions qui réduisent la capacité informationnelle de l’oreille en modifiant la netteté du message. Les zones fréquentielles perturbées détruisent la structure significative des éléments acoustiques correspondant de la parole qui deviennent des bruits réduisant d’autant plus la capacité informationnelle. On peut constater expérimentalement qu’il est préférable de supprimer dans une amplification les zones perturbées ce qui ne fait qu’amputer le message de quelques éléments significatifs, mais réduit dans une proportion appréciable le bruit et par là même augmente la netteté des signaux restants. »

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page 70 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji:
« When recruitment-like phenomena are present, the tonal loss is accompanied by distortions which reduce the informational capacity of the ear, modifying the clarity of the messages received. The frequency zones affected destroy the significant structure of the corresponding acoustic elements of the speech, giving rise to noise which reduces the informational capacity even further. It has been shown experimentally that it is better to use a hearing aid which does not amplify the frequency zones in question. This only cuts a number of significant elements out of message, but appreciably reduces the noise and thus increases the clarity of the remaining signals. »

Formidable, n’est-ce pas ?

Cette conclusion que je répète :
« … On peut constater expérimentalement qu’il est préférable de supprimer dans une amplification les zones perturbées ce qui ne fait qu’amputer le message de quelques éléments significatifs, mais réduit dans une proportion appréciable le bruit et par là même augmente la netteté des signaux restants. »
ne vous rappelle t-elle pas celle proposée, au début des années 2000, par le Professeur MOORE avec le TEN TEST et les zones inertes cochléaires ?

On peut, bien sûr, pratiquer la liste de recrutement avec chacune des personnes que l’on reçoit.
Mais le Professeur LAFON insiste sur les deux moments essentiels où il faut l’utiliser.
Le premier :
« Devant la présence d’une distorsion à 90 dB qui ne porte pas essentiellement sur des consonnes ou lorsque l’intelligibilité phonétique ne s’améliore pas de façon nette avec l’intensité la courbe tendant à devenir horizontale ou même décroissante, il est indispensable de pratiquer des épreuves de recrutement. »(4)
Le second :
« La présence de vertiges implique la mesure du recrutement, en mono ou en biauriculaire suivant la forme du seuil tonal, en commençant par la plus mauvaise oreille en mono-auriculaire. »

En résumé : après la liste cochléaire, facile à pratiquer, pourquoi se priver de la liste de recrutement !

Dans le prochain article, je donnerai quelques informations complémentaires sur cette liste de recrutement.

JYM

(1) Page 161 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(2) Page 145 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(3) Page 147 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(4) Page 144-145 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».

Nous avons vu que le Professeur LAFON utilisait dans sa liste cochléaire, comme d’ailleurs dans toutes ses listes, des mots de 3 phonèmes.
Mais pourquoi 3 phonèmes et non pas 2, 4 ou plus ? S’agit-il de n’importe quels mots de 3 phonèmes ? Choisis suivants quels critères ?

Le Professeur LAFON nous en donne la réponse en pages 119-120-121-122 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« LE MOT
Nous devons choisir l’échelle unitaire suivante : le mot. Comment choisir les mots ?
… Plus le mot est long, moins la quantité d’information par élément phonétique est grande. On a donc intérêt à choisir des mots dont la structure phonologique est aussi courte que possible et on est conduit aux mots de deux phonèmes qui sont aussi les plus nombreux dans la langue parlée (35% du français parlé).
Mais il faut disposer du maximum de transitions phonétiques possibles puisque ce sont les unités du langage. Plus nous aurons un test riche en transitions, plus l’échantillon qu’il représente sera proche de la réalisation linguistique.
Entre ces deux impératifs nous avons choisi un moyen terme, le mot de trois phonèmes. Il contient une potentialité de phonèmes caractéristiques suffisante donc représente une quantité d’information encore importante. Les transitions phonétiques sont au nombre de quatre puisque l’on compte le passage d’un point d’articulation neutre au point d’articulation phonétique. Dans une liste de mots on peut ainsi atteindre un nombre assez grand de transitions.
La phrase qui contient un échantillonnage de transitions presque idéal a une si pauvre valeur d’information, de telles possibilités de suppléance à des niveaux d’intégration extra auditifs que son utilisation n’est d’aucun secours.
LE CHOIX DES MOTS
Le choix des mots ne peut être laissé au hasard, il est indispensable de préférer ceux qui possèdent la plus grande quantité d’information… Il faut que les phonèmes du mot choisi permettent un grand nombre d’erreurs. Si l’on considère un phonème de ce mot, il est donc nécessaire qu’il y ait le plus de mots possibles n’ayant que ce phonème comme différence. C’est la définition même du phonème caractéristique et surtout de phonème hautement caractéristique. Cette notion doit nous guider dans la sélection des mots du test.
Lorsqu’un mot est mal perçu, celui qui est évoqué est d’abord le mot dont nous avons le plus grand usage, le mot disponible. Sans que celui-ci soit obligatoirement celui que nous utilisons le plus dans la conversation. Un mot comme « table » ne sert statistiquement pas très souvent, c’est pourtant un mot très connu. On peut définir le mot le plus disponible comme étant celui dont nous avons acquis le sens le plus précocement dans notre enfance, celui qui est le mieux gravé dans notre mémoire. Le critère de la disponibilité du mot est donc très important. Parmi le groupe de mots qui peuvent être confondus entre eux il sera préférable de ne pas choisir le plus disponible qui vient le premier à l’esprit… il faut éliminer les mots qui appartiennent au vocabulaire du très jeune enfant…
D’un autre côté il est préférable de ne pas choisir un mot trop peu connu qui risque de ne pas faire partie du vocabulaire du sujet examiné.
L’ÉCHELLE DE RÉFÉRENCE
Suivant quels critères les listes seront-elles construites ? D’après la statistique phonétique de la langue parlée ou un autre critère ?
Nous avons pu constater l’inutilité de l’usage de la fréquence de récurrence des phonèmes de la langue parlée. En effet nous voulons mettre en évidence des difficultés auditives. Celles-ci ont le plus de chance d’apparaître avec des phonèmes peu utilisés donc plus informatifs qu’avec des phonèmes fréquents. Ces phonèmes, bien que peu employés, sont plus utiles que les autres. Leur audition apportant des informations qui, grosso modo, sont au contraire inversement proportionnelles à leur usage. Ceci est surtout valable pour les consonnes. Une étude de la quantité d’information contenue dans les mots de trois phonèmes nous a montré qu’elle reposait pour plus de 72% sur les consonnes bien qu’elles aient une fréquence d’usage d’environ 51% seulement, alors que les voyelles ne dépassent pas 28%.
Choisir des listes de mots phonétiquement équilibrées est donc une double erreur : on préfère délibérément les phonèmes les moins informatifs et on néglige ceux qui sont le plus facilement perturbés dans l’audition, donc ceux qui permettent de déceler le plus facilement une anomalie auditive, les spirantes particulièrement…
En ce qui concerne les transitions phonétiques, l’échantillonnage en découle automatiquement pour les éléments de listes de 50 phonèmes. La variété des phonèmes dans les mots de la liste donne une grande diversité de transitions phonétiques dons un aperçu aussi varié que possible de l’unité de langage.
En conclusion, le test est basé sur un échantillonnage phonétique donnant une diversité de transitions et sur la difficulté d’identification souvent parallèle à la quantité d’information.
Nous avons abandonné la structure syllabique qui n’apporte aucune précision supplémentaire et qui n’est qu’une unité de phonation et surtout l’Equilibre Phonétique qui est une erreur sur le plan théorique lorsqu’il s’agit de mesurer l’audition. »Vous allez sûrement relire plusieurs fois ces phrases écrites par le Professeur LAFON.
Peut-être pour les trouver d’une banalité affligeante, peut-être pour les trouver géniales car elles répondent à une question que vous vous posez depuis longtemps.

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, pages 121-122-123-124 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing » pour une diffusion internationale Emoji:
« THE WORD
We thus come to the next rug of the ladder, the word. If we are to use words as our test unit, on what basis are we to choose them ?
The longer the word, the less information per phonetic element. It is thus advisable to choose the words which are as short as possible. This would seem to indicate the use of two-phoneme words, which are also the most abundant in the spoken language (35% in French).
But on the other hand we must have as great a variety as possible of phonetic transitions, as these are the real units of the spoken language. The more phonetic transitions (i.e. the more phonemes per word), the better the sample can be made to correspond to the language as spoken.
We have thus made a compromise between these two opposing requirements, and have chosen words of three phonemes. These can be chosen to contain a sufficient proportion of characteristic phonemes, and hence a reasonable amount of information. Each word contains four phonetic transitions, since we count the passage from a neutral point of articulation to an active one. One word lists will thus also contain a reasonable number of phonetic transitions.
The phrase, which is almost ideal regarded as a sample of phonetic transitions, contains so little infromation and offers such a lot scope of the activities of the extra-auditory integration levels that its use is out of the question.

THE CHOICE OF WORDS
The choice of words cannot be left to chance; one must take care to select which contain the largest amount of information… It follows that the phonemes of the words chosen must allow a large number of errors. If we consider a given phoneme of a given word, we should thus try to ensure that there are many words as possible which only differ from this word in this phoneme. But this is simply the definition of the characteristic phoneme. This notion must guide us in the selection of the words used for the test.
When a word is perceived incorrectly, the first word to be evoked in its place is the most common word of those resembling it, the most available word. This need not however be the one which is most often used in conversation. For example, a word like « table » will not come very high up the statistical frequency lists, but it is nevertheless very well known. One may define the most available word as that which we acquired earliest on in our childhood, that which is most clearly graven on our memory. This criterion of the availability of words is very important. Within a group of words which can be confused one with another, one should not choose the most available one, the one which will come first to mind in case of doubt… one should eliminate, not select, the words belonging to the vocabulary of the very young child…
On the other hand, it is advisable not to choose words which are too rare, in case they are entirely unknown to the person being tested.

THE SCALE OF REFERENCE
According to what criteria should the word lists be constructed ? According to the phonetic statistics of the spoken language or according to some other criterion ?
We have found that is not a good idea to use the frequency with which the various phonemes occur in the spoken language. What we are after is a method of detecting hearing difficulties. Now these are more likely to be detected with the aid of the phonemes which are less often used, and which thus carry more information than the more frequent ones. These speech sounds, although less used, are thus in fact more useful than the others; the amount of acoustic information which they carry is broadly speaking inversely proportional to their frequency of use. This is particulary true of the consonants. A study of the amount of information contained in three-phoneme words has shown than more 72% of the information is carried by the consonants although the frequency of occurrence is only about 51%; while the vowels with a frequency of 49% only carry 28% of the information.
Choosing the word lists so as to make them phonetically balanced is thus a double error: one deliberately gives preference to the least informative phonemes, and one neglects those which are most easily distorted by the hearing and which would thus be most useful in detecting a hearing defect, in particular the spirants…
As regards the phonetic transitions, a reasonable sampling of these is obtained automatically in the 50-phoneme lists. The variety of the phonemes in the words of these lists naturally give rise to a wide range of phonetic transitions, and thus as varied a view as possible of this unit element of the individual language.
Summarizing, we may state that the test is based on a phonetic sampling giving a wide variety of transitions, and on the difficulty of identification which is a measure of the amount of information carried. We have abandoned the syllabic structure, which does not increase the precision in any way as the syllabe is merely a unit of phonation, and above all we have given up the idea of phonetic balancing, which is theoretically a great mistake for the purposes of measuring hearing.

Dans le prochain article, je reviendrai à la pratique du test phonétique en évoquant la suite logique de la liste cochléaire : la liste de recrutement.

JYM

Comment utiliser la liste cochléaire ?
1)   Pour l’exploration du champ auditif. On fait varier la netteté en faisant varier l’intensité d’émission de chacun des éléments.Le Professeur LAFON utilisait volontiers des niveaux dégressifs allant, suivant le niveau de surdité de la personne, de 100dB SPL (quelques fois 120 dB SPL) à 70dB SPL (quelques fois 60 dB SPL), par paliers de 10 dB SPL(1).
Pour ma part, j’utilise en champ libre des niveaux dégressifs allant de 90dB SPL à 40dB SPL, comme d’ailleurs le Professeur LAFON l’évoque en page 140 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« Exploration du champ auditif
Les mots sont lus par élément (colonne) à des intensités variables entre 40 et 100 dB suivant le type de surdité, le seuil tonal et l’intérêt diagnostique ou technique (recherche) présenté par le sujet ».
Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page 143 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji :
« Exploration of the auditory field
The words are read a list (column) at a time at various intensities between 40 and 100 dB depending of the type of deafness, the tonal threshold and any other special diagnostic or scientific points of interest presented by the subject. »

Si vous émettez les mêmes éléments au même niveau sans puis avec appareil, oreille après oreille (voire en binaural si vous n’avez pas trop le temps), vous obtenez un gain prothétique vocal diablement intéressant pour valider l’amélioration des « qualités phonétiques(2) » de votre patient dans une situation calme.

Je vous conseille, pour savoir si la différence entre deux scores est « significative » ou « non-significative », l’article de Xavier DELERCE du 1 mai 2014 « LA CONFIANCE RÈGNE… PAR INTERVALLES* » paru sur le site « blog-audioprothésiste ». Son article faisait suite à l’intervention de Xavier BASCLE, audioprothésiste Nîmois, lors de l’atelier N°4 du Congrès des Audioprothésistes mi-avril 2014.

2)   Pour connaître le pourcentage de distorsions supraliminaires.

En page 184 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« … connaître les erreurs faites à une intensité acoustique élevée permet de savoir quelle forme de distorsions resteront présentes lorsque le sourd utilisera sa prothèse… Le calcul du pourcentage des distorsions au niveau Nm donne le degré de difficulté d’adaptation de la prothèse. Expérimentalement nous avons remarqué qu’en dessous de 20% l’appareillage est facile au prix de quelques précautions. Entre 20 et 40% on est obligé de tenir compte des résultats de la liste de recrutement et de la liste d’intégration qui seules peuvent montrer une contre-indication éventuelle. Entre 40 et 50% il est nécessaire de faire une comparaison entre le pourcentage de distorsions avec lecture labiale seule et avec lecture labiale et amplification Nm. En effet la distorsion est tellement importante…que la présence d’une mauvaise lecture labiale nettement améliorée avec l’amplification justifie seule un appareillage. Au-delà de 50%, sauf cas exceptionnels jugés comme précédemment, tout appareillage est inutile, il n’apportera aucun complément d’information au sourd. »

Précisions :
« On choisira comme niveau maximum que nous appellerons Nm, l’intensité la plus élevée sans distorsion statistiquement apparente. Si l’appareil est de bonne qualité on prend pour Nm la valeur de 90 dB, sinon 85 dB ou même 80 dB. »(3)
Pour ma part j’utilise en champ libre un niveau Nm de 90 dB SPL.
Lorsque le Professeur écrit « en dessous de 20% », cela équivaut à obtenir moins de 10 erreurs phonétiques sur un élément entier (17 mots).
Lorsque le Professeur écrit « entre 20 et 40% », cela équivaut à obtenir entre 10 et 20 erreurs phonétiques sur un élément entier (17 mots).
Lorsque le Professeur écrit « entre 40 et 50% », cela équivaut à obtenir entre 20 et 25 erreurs phonétiques sur un élément entier (17 mots).
Lorsque le Professeur écrit « Au-delà de 50% », cela équivaut à obtenir plus de 25 erreurs phonétiques sur un élément entier (17 mots).

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page 187 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji :
« … investigation of the errors made at a high acoustic intensity will tell us about the form of the distorsions remaining when the patient is wearing his hearing aid… Calculation of the percentage distorsion at Nm gives a measure of the unsuitability of the hearing aid. We have found in practice that below 20% the fitting will be easy, if certain precautions are taken. Between 20 and 40%, one must take the results obtained with the recruitment and integration lists into account; only these can give a counter-indication. Between 40 and 50% one must compare the percentage distorsion with lip-reading alone and with lip-reading at an amplification Nm. The distorsion is so large in this case… that in improvement in lip-reading caused by the amplification is enough to justify the use of the hearing aid. Above 50%, except in rare cases where the lip-reading is greatly improved, no hearing aid will greatly increase the amount of information reaching the patient. »

Dans le prochain article, j’évoquerai deux principes du test phonétique : pourquoi n’utiliser que des mots de 3 phonèmes et comment s’est fait le choix de ces mots ?

JYM

(1) Pages 182, 186, 192, 196, 198, 199 et 200 du texte « APPLICATIONS CLINIQUE DU TEST PHONETIQUE » écrit par le Professeur LAFON et paru dans le Volume N°1 de l’année 1972 du Bulletin d’Audiophonologie ayant pour titre « LE TEST PHONÉTIQUE THÉORIE et PRATIQUE ».
(2) Page 188 du livre du Professeur LAFON « Le test phonétique et le mesure de l’audition ».
(3) Page 153 du livre du Professeur LAFON « Le test phonétique et le mesure de l’audition ».

Le Professeur LAFON a nommé une de ses quatre listes :  la liste cochléaire.
Est-ce donc à dire qu’avec cette liste cochléaire, l’on teste la cochlée ?
Eh bien, oui !
« La mesure cochléaire renseigne sur les déformations acoustiques provoquées par la cochlée. »(1)

mais encore :
« La liste contient une série d’éléments de 17 mots, elle est destinée à mesurer les déformations apportées par les surdités. Elle doit donc représenter un large éventail phonétique, chaque élément de liste contient presque tous les phonèmes de la langue. »(2)
Lorsque le Professeur parle d’élément, c’est une des 20 colonnes de la liste cochléaire, chaque colonne/élément comportant 17 mots.

et aussi :
« … 17 mots de trois phonèmes dont la structure et la difficulté sont semblables d’un élément à l’autre. »(3)
On passe d’une liste à l’autre : le nombre d’erreurs phonétiques, à niveau d’émission égal, reste constant.
Formidable, non !

Vous trouverez les mots composants cette liste cochléaire sur http://www.college-nat-audio.fr/fichiers/img85a.pdf Un grand remerciement au Collège National des Audioprothésistes (CNA) pour avoir réalisé 5 CD d’audiométrie vocale: http://www.college-nat-audio.fr/listes-cd-audiometrie-vocale.html
Tout audioprothésiste devrait les posséder.
Sans le CNA, les plus anciens se le rappelleront, nous en serions peut-être encore aux 3 CD diffusés par DAHLBERG dont un, celui de couleur violette, était consacré au test phonétique(4).Comme vous le voyez grâce à ce lien, la liste cochléaire qui se trouve sur le CD 1, comporte 20 éléments de 17 mots chacun.
Chaque mot étant composé de 3 phonèmes, vous avez 17(mots) x 3(phonèmes) = 51 erreurs phonétiques de possibles.
C’est pour cela que si vous savez compter jusqu’à 50…ce dont je ne doute pasEmoji… vous pouvez faire vôtre la liste cochléaire.
On arrondit à 50 au lieu de 51, ce qui permet de facilement passer à un pourcentage en multipliant par 2 le nombre d’erreurs phonétiques commises.Pour bien expliciter le comptage des erreurs phonétiques, prenons le deuxième mot de l’élément 1 de la liste cochléaire : « ride » soit /rid/ en transcription phonétique internationale(5).
Admettons que la personne ajoute quelque chose au mot mais que les 3 phonèmes soient toujours bien présents, il n’y aura aucune erreur phonétique de comptée. Exemple : « bride », « hagrid (Emojipour les amateurs d’Harry Potter) »…
Admettons qu’au lieu de « ride », la personne réponde « ribe ». Seul le /d/ est transformé. Il n’y a donc qu’une seule erreur phonétique à comptabiliser.
Admettons qu’au lieu de « ride », la personne réponde « vive ». Le /r/ et le /d/ sont transformés. Il y a donc deux erreurs phonétiques à comptabiliser.
Admettons qu’au lieu de « ride », la personne dise « vube » ou ne réponde pas. Le /r/, le /i/ et le /d/ sont transformés ou ne sont pas répétés. Il y a donc trois erreurs phonétiques à comptabiliser.
On agit de même pour les 16 autres mots du premier élément.
On additionne, à la fin de l’élément, chaque nombre d’erreurs phonétiques commises sur chacun des 17 mots, admettons X. Ce total est donc du type X/50 soit 2X % d’erreurs phonétiques.

Pour ceux qui aiment parler d’intelligibilité, celle-ci sera égale à (100% – 2X%).
Le Professeur LAFON n’aimait pas trop parler d’intelligibilité, préférant parler de nombre d’erreurs phonétiques car « l’intelligibilité fait intervenir le sens donc un concept. »(6)

Le prochain article donnera des indications sur la manière d’utiliser cette liste cochléaire.

JYM

(1) Page 160 du livre du Professeur LAFON « Le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(2) Page 127 du livre du Professeur LAFON « Le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(3) Page 140 du livre du Professeur LAFON « Le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(4) DAHLBERG « Le test phonétique » DAI 911 (1991).
Anecdote au sujet de la liste cochléaire contenue sur ce CD : le premier mot du premier élément n’est pas buée mais ride. Le mot buée se trouvant relégué entre le mot col et le mot fort. Interrogé à ce sujet, le Professeur LAFON m’avait répondu que c’était volontaire car beaucoup de personnes achoppaient sur le mot buée quand il était en tête de liste, ce qui pouvait fausser le résultat de cet élément. Ce qui n’était pas le cas si le mot ride était placé en tête de liste.
(5) Annexe V page 303 du Précis d’Audioprothèse Tome 1 « L’appareillage de l’adulte » édité par le Collège National d’Audioprothèse.
(6) Page 63 du livre du Professeur LAFON « Le test phonétique et la mesure de l’audition ».

Parler de test phonétique laisse entendre que le test se base sur le phonème.
Mais pourquoi utiliser le phonème ?Le Professeur LAFON nous en donne la réponse en page 108 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition », dans le paragraphe 1. et la dernière phrase (je me suis permis de les surligner et de les souligner) de :
« Les critères de l’exploration auditive
…Pour les tests faisant entrer en jeu le langage on peut considérer trois niveaux : le symbolisme phonétique (acougramme, tests de logatome, test phonétique), le sens des mots (test de nom, tests d’intelligibilité), les suppléances linguistiques (tests de phrase).
Quand on veut connaître la valeur du système acoustique cochléaire, on est obligé de tester l’ensemble de la fonction, comme dans toute mesure indirecte. Nous mesurons la connaissance du sujet dépendant du fonctionnement de l’organe périphérique.
Pour être précise une méthode de mesure doit :
1. Etre basée sur l’aspect unitaire le plus simple de la connaissance auditive. Les qualités de cette unité servent de paramètres.
2. Il est indispensable que tout sujet susceptible d’être soumis au test possède un excellent apprentissage de l’identification de ce paramètre. Pour pouvoir comparer à une moyenne, il faut que l’apprentissage soit équivalent pour tous les sujets et ne s’améliore pas durant l’examen.
3. Il doit être possible d’atteindre les limites physiologiques de la reconnaissance et de pouvoir les chiffrer.
4. Cette limite chiffrée ne doit pas varier chez l’individu normal ou tout au moins les écarts doivent être connus et assimilés à une marge d’erreur.
C’est ainsi que l’audiométrie tonale liminaire est excellente, elle répond aux quatre critères ; alors que le test de Lüscher ne répond pas aux critères 2 et 4. Le test d’intelligibilité utilisant le mot comme unité et sa signification ne répond pas au critère 1, le phonème étant l’unité de langage la plus simple etc. »

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page 110-111 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji
« General criteria for judging hearing tests
…Where language tests are involved, one may distinguish three levels : phonetic symbolism (acougram, nonsense syllabe tests, the phonetic test), the meaning of words (name test, intelligibility tests) and linguistic flexibility (sentence lists).
If one wishes to investigate the functioning of the cochlear system, one is obliged to test the whole auditory system, as in any indirect measurement. What we are in fact measuring is the subject’s knowledge, which depends on the functioning of the peripheral organ.
In order to be precise, a method must :
1. be based on the simplest unitary aspect of auditory knowledge. The properties of this unit serve as parameters.
2. Any subject capable of being tested must have been given a thorough training in the identification of this parameter. In order to be able to compare the results, one must ensure that all subjects receive an equivalent training, and that their skill in identification does not increase during the test.
3. It must be possible to reach the normal levels of the knowledge and to give a numerical measure of these levels.
4. This numerical measure of the limit must be constant in a given individual, or at least the variations must be known, and included in the margin of error.
For example, liminal tonal audiometry is an excellent method, satisfying all four requirements; while the Lüscher (section 4.2.2) does not satisfy requirement 2 and 4. The intelligibility test using the word as unit does not satisfy requirement 1, as the phoneme is the simplest unit of language; and son on. »Le phonème est donc à utiliser car aussi :
« Le phonème, unité de langue, est le plus simple des éléments de référence du langage. »(1)
« L’élément utile pour la mesure des qualités d’identification d’un sujet n’est ni la phrase, ni le mot, mais incontestablement le phonème, élément le moins prévisible. »(2)

Et, si on veut aller plus en avant, qu’est-ce qu’un phonème ?
« Le phonème désigne l’image mentale d’un phénomène acoustique, c’est un concept de langue, unité de mesure du langage. L’idée que nous nous en faisons est proche de celle que s’en font ceux qui ont la même langue que nous. C’est un symbole-étalon d’ordre social, que nous avons toujours à notre disposition mais dont nous ne nous servons pas. »(3)

En effet, lorsqu’on prononce /mât/, on ne prononce pas le /m/, puis le /a/ seulement après la fin du /m/. C’est pour cela que le Professeur LAFON dit que nous ne nous servons pas du phonème /m/ en tant que tel [fondamental laryngé 140 Hz, de F1 300 Hz, de F2 2700 Hz, de F3 3800 Hz] (4) puis du phonème /a/ en tant que tel [fondamental laryngé 170 Hz, de F1 800 Hz, de F2 1100 Hz, de F3 3000 Hz pour une voix féminine] (5).
Il y a, en fait, une transition phonétique entre /m/ et /a/ qui modifie chacune des structures acoustiques des deux phonèmes.

Pour bien montrer l’importance de ces transitions phonétiques :
« …l’on identifie non des phonèmes mais des transitions phonétiques qui sont partiellement perçues même si leur aboutissement au point d’articulation est inaudible : les critères d’identification ne sont pas les mêmes que pour l’entendant…La surdité de sénescence est pour cela bien caractéristique. Elle est apparue très progressivement, le sujet a modifié sans s’en rendre compte son système de référence et l’identification de la parole est peu perturbée par rapport à la courbe tonale. »(6)

Le Professeur ayant parlé de point d’articulation, en voici sa définition :
« La position des organes phonateurs détermine une série de cavités dont les résonances évoquent chez l’auditeur une image phonétique. Sur un enregistrement le point d’articulation se situe aux points d’inflexions des zones acoustiques fréquentielles, il correspond à un changement de direction des mouvements musculaires. C’est le seul repère précis que l’on puisse déceler dans la continuité de l’expression phonétique.
Le passage d’un point d’articulation à un autre, entraîne la formation de transitions acoustiques phonétiques qui constituent les éléments de la syllabe. En considérant des points d’articulation virtuels, le passage d’un point à l’autre contient la totalité de l’expression. Nous appellerons ces passages des transitions phonétiques. L’identification du phonème dépend d’elles: même si le point d’articulation n’est pas parfaitement atteint, ou si les sons émis deviennent imperceptibles, le mouvement vers le point d’articulation permet souvent à l’auditeur d’identifier néanmoins le phonème en extrapolant. »(7)

La dernière phrase :
« … le mouvement vers le point d’articulation permet souvent à l’auditeur d’identifier néanmoins le phonème en extrapolant ».
Voici l’explication de ce que nous rencontrons assez souvent dans notre pratique quotidienne d’audioprothésiste : l’audiométrie tonale est mauvaise et pourtant la personne comprend encore bien lors de l’audiométrie vocale.

Vous allez sûrement relire plusieurs fois toutes ces phrases écrites par le Professeur LAFON.
Peut-être pour les trouver d’une banalité affligeante, peut-être pour les trouver géniales car elles répondent à une question que vous vous posez depuis longtemps.

Dans le test phonétique, il y a quatre listes :
– la liste de balayage.
– la liste cochléaire.
– la liste de recrutement.
– la liste d’intégration.

Dans le prochain article, je commencerai par la liste que je trouve facile pour débuter avec le test phonétique.
Je veux parler de la liste cochléaire que j’ai utilisée seule pendant des années, sans penser utiliser un jour les autres.

JYM

(1) page 55 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition »
(2) page 69 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition »
(3) page 54 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition »
(4) page 120 du livre « message et phonétique »
(5) page 116 du livre « message et phonétique »
(6) page 178 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition »
(7) page 52 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition« 

« Le test phonétique et la mesure de l’audition » est le titre du livre phare, édité en 1964, du Professeur LAFON.

Quand on évoque le Professeur LAFON, on pense tout de suite à son test phonétique.
Mais sachez que lorsque vous utilisez ce test phonétique, vous pouvez aussi accédez à la mesure de l’audition.
Fantastique, non ?
Grâce aux articles précédents « LAFON 1 Qu’est-ce que l’audition ? », puis « LAFON 2 Le mécanisme d’intégration » et enfin  « LAFON 3 Les altérations de l’identification », vous savez ce qu’est l’audition et ce qu’elle englobe : recevoir l’information, l’adapter en un message nerveux et intégrer le message en l’identifiant à une structure déjà mémorisée. L’audition commence à la fenêtre ovale et s’arrête à l’identification.
Précision :
Le mécanisme d’intégration qui mène à l’identification nous est commun, à nous êtres humains.
Les animaux possèdent aussi ce mécanisme d’intégration.

Au-delà de l’acoustique et de l’intégration auditive, c’est le domaine du langage.
Le langage est individuel, chacun d’entre nous possède son propre langage. Le langage est une activité psycho-linguistique qui n’appartient qu’à l’être humain.
Le Professeur, en page 48 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition », précise ce qu’est le langage :
« …langage qui permet la communication et l’élaboration d’une pensée verbale grâce à l’existence d’un système symbolique, la langue ».
Cette même phrase, en langue anglaise, page 49 du livre « the phonetic test and the measuring of hearing » pour une diffusion internationale Emoji
« language, which allows communication and the elaboration of verbal thoughts thanks to the existence of a conventional system of symbols, the (accepted) language ».
Si vous savez compter jusqu’à 50…ce dont je ne doute pas Emoji…vous pouvez, vous ne devez pas hésiter à utiliser le test phonétique du Professeur LAFON.
Suivez-moi !…
JYM

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