Catégorie : Audiologie

C’est l’histoire d’un « serpent de mer » de l’audioprothèse : les fabricants utilisent-ils les seuils subjectifs d’inconfort que nous prenons la peine de mesurer ?

Et je pense que beaucoup de monde a fait la même chose : saisir un audiogramme tonal à 60dB HL plat à droite, sans inconfort, et le même à gauche avec un SSI (Seuil Subjectif d’Inconfort) à 90dB HL sur toutes les fréquences. On rentre dans un logiciel d’adaptation, on choisi le même appareil des deux côtés, et on regarde ce qui se passe avec la formule par défaut du fabricant…

Et là, trois possibilités :

  • Aucune différence de réglages entre les deux oreilles (assez courant)
  • Aucune différence dans le réglage des compressions MAIS le niveau de sortie maximum, si le réglage existe, est corrélé au SSI (a tendance à se développer)
  • L’oreille présentant la dynamique réduite a des réglages adaptés en compression et niveau maximum de sortie (assez rare par défaut)

Donc on peut en déduire que majoritairement, les fabricants n’utilisent pas les seuils d’inconfort mesurés par les audioprothésistes, en tout cas pour leur calcul des compressions et autres points d’enclenchements.

Ce n’est pas tout à fait surprenant car la formule de calcul utilisée est souvent NAL-NL1 ou une adaptation « maison » de NAL-NL1. Or la formule australienne utilise un seuil d’inconfort statistique. Un peu vexant pour les audios qui pratiquent la mesure du SSI !

L’apparition de systèmes de gestion des bruits impulsionnels en entrée a modifié un peu cette approche puisque certains fabricants proposant ces systèmes proposent des « mix » entre un calcul des compressions basé sur la dynamique statistique et un MPO ou « pseudo-écrêtage » basé sur le SSI. C’est mieux, mais on ne nous laisse pas encore toutes les clés de la maison…

Par contre, il est toujours possible d’utiliser des formules de calcul intégrant le SSI mesuré dans le calcul des compression et MPO, c’est le cas de DSL I/O par exemple, souvent proposée par défaut lors des appareillages pédiatriques, bien qu’il ne soit pas évident d’obtenir un SSI avant 10ans.

Il faut reconnaître aussi que la mesure d’un seuil d’inconfort est très subjective (c’est le cas de le dire) : elle dépend presque autant du patient, de sa peur ou au contraire de sa bravoure (!), que du testeur et de sa limite posée (douleur ? limite du supportable ? réflexe cochléo-palpébral ?…). Pour ma part, après une consigne assez sommaire type « limite du supportable », je trouve que l’observation du visage est assez précise, et un re-test quelques années après donne souvent des résultats assez proches. Le seuil d’inconfort n’évoluerait donc pas trop avec le temps, ce qui n’est pas le cas du seuil de confort (que je ne mesure pas) mais qui semble évoluer à mesure que les patients nous demandent plus de gain « pour les voix », donc à niveau « moyen ». Ce fameux passage de courbes de transfert « concaves » à « convexes » qui rendait difficile il y a quelques années un renouvellement du Siemens Prisma 4D (courbes de transfert « convexes » à l’époque), et qui fait que les Widex sont très confortables au début (courbes de tranfert très « concaves ») mais un peu « mous » après quelques semaines (il faut redonner du gain à niveau moyen).

Mais le « grand maître » du seuil d’inconfort statistique est toujours sur son trône depuis les années 80 : c’est PASCOE la plupart du temps qui décide du seuil d’inconfort de votre patient. Ses recherches ont donné en 1988 des abaques de corrélation entre seuil d’audition et seuil d’inconfort par mesures de progression de la sensation sonore (tests LGOB). Et depuis, beaucoup de fabricants utilisent ces tables si vous ne rentrez pas de seuil d’inconfort, et même si vous en rentrez un d’ailleurs (pour certains) !!

Des études plus récentes ont affiné ce « seuil d’inconfort statistique » de Pascoe, et je suis surpris du « nuage statistique » dans lequel on fait passer ces droites de régression qui serviront de base à ces inconforts statistiques…

Et ces fameux « nuages statistiques », nous les voyons tous les jours : les patients sans aucun inconfort, ceux aux aigus insupportables, aux graves très gênants (ça arrive), etc… et pour des seuils HL finalement pas si éloignés. Alors au final, c’est vrai, il doit bien exister une « droite » qui passe par le centre de gravité de tous ces cas particuliers. Et ce que cherchent les fabricants qui utilisent ces statistiques n’est peut-être pas dénué de fondement : il vaut mieux une statistique 70% du temps juste plutôt qu’un inconfort 70% du temps mal mesuré (= aide auditive 100% mal réglée pour son porteur !).

Et si même, ne seraient-ce que 90% de nos évaluations du SSI étaient assez bonnes (pas moins bonnes que celles de Mr Pascoe en tout cas), je crois que de toutes façons nous n’avons rien à perdre à « individualiser » l’adaptation.

Vous trouverez en téchargement ici une étude sur l’utilisation des seuils d’inconforts saisis pour différents logiciels de réglages. Plusieurs choses ont été analysées: si un seuil d’inconfort est trouvé par le logiciel, l’utilise t-il pour le calcul des compressions ? juste pour le calcul du MPO/PC/SSPL90 ? pas du tout ? quelques surprises…

Article et étude rédigés conjointement par Thibaut DUVAL (pour l’étude des logiciels et tableau), Sébastien GENY et Xavier DELERCE.

Je découvre un article très intéressant du Dr Christian Meyer-Bisch dans le bulletin d’octobre 2009 de la société française d’audiologie (SFA), sur l’incertitude en audiométrie tonale.

Si l’on a bien conscience  de l’incertitude liée au sujet testé, sa concentration, sa fatigue ou fatigabilité, sa bonne volonté ou sa compréhension des consignes, il existe d’autre facteurs d’incertitude.

L’ISO (International Organization for Standardization)  liste actuellement 8 facteurs d’incertitude :

Le respect des méthodes, le contrôle de la conformité des audiomètres, celui de la conformité des écouteurs/vibrateurs, l’insonorisation, les bonnes pratiques de masquage, l’expérience du testeur, la coopération du sujet, des conditions de mesurage exceptionnellement difficiles. Les trois dernières catégories n’étant pas actuellement estimées par l’ISO.

Au total, l’incertitude audiométrique dans les meilleures conditions de test atteint 5 à10dB en CA et 7 à 15dB en CO… quand même !

Quand on pense que le critère de détermination d’une Zone Cochléaire Morte par le TEN-Test est un décalage du seuil masqué de 10dB au moins (critère de BCJ Moore), juste la marge d’incertitude calculée par l’ISO, on se dit que prudence est mère de sûreté…

XD

Chouette, un mot nouveau !

Comme lors d’un précédent billet sur le bruit sous-marin, je vous fais profiter de mon abonnement à Science et Vie (si j’étais abonné à Voici, imaginez de quoi je vous parlerais…) pour vous parler de synesthésie, terme et notion que je découvre dans le dernier numéro d’octobre.

La synesthésie est l’association cérébrale de deux sens (voire plus). Cette notion remet en cause la stricte séparation cérébrale de nos sens (vision, audition, olfaction, toucher, goût). En effet, les synesthètes (c’est comme cela qu’ils sont nommés), lors d’une stimulation sensorielle, associent fréquemment une autre sensation. Par exemple, dans le cas de la synesthésie « graphème-couleur », la personne concernée ne pourra s’empêcher d’associer le chiffre 2 au jaune, le 4 au rouge, etc…

Dans le cas de l’audition, la synesthésie la plus fréquente est l’association hauteur tonale-forme (petit point aigu et gros rond grave).

Nous avons tous à faire à des synesthètes qui s’ignorent avec nos patients : il est très difficile pour des gens sans formation musicale ou acoustique de « qualifier » leurs sensations sonores lors d’un appareillage auditif. Les termes de « ce son était plus lourd que l’autre qui est tout fin », « la voix est sombre », « c’est sec », etc… révèlent un peu les associations sensorielles possibles. Mais on n’est pas non plus synesthète parce qu’on manque de vocabulaire sensoriel. Cependant la synesthésie est beaucoup plus fréquente qu’on l’imagine dans la population. Souvent, les personnes concernées ne se rendent pas compte qu’elles sont « atteintes » (ou « possèdent ce don », c’est selon). Il est probable que certains de nos patients à qui nous faisons passer des tests auditifs aient des « évocations sensorielles » autres que le stimulus envoyé.

L’article évoque également une chose qui m’a fait « tilt » (ça doit être ma synesthésie graphème-audition !) : une possible « potentialisation » de nos sens par la mise en commun de plusieurs canaux sensoriels. C’est l’exemple de certains synesthètes forme-audition améliorant leur audition dans le bruit par la reconnaissance du visage de la personne qu’elles veulent entendre dans un brouhaha (en dehors de toute lecture labiale). Cela vous est peut-être en effet arrivé de reconnaître la voix d’une personne que vous voyez au milieu d’une foule, alors que « acoustiquement parlant », son émergence était nulle.

J’en reviens toujours à la même réflexion : le petit point d’audiométrie que notons sur nos audiogrammes est vraiment peu de chose. Nous testons par un « oui/non » une chaîne neurosensorielle complète, complexe, et encore largement inconnue.

XD.

Je remercie les commentaires déposés suite à l’article sur les stratégies d’adaptation, je vous livre la version 1.1.


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Stratégie d’adaptation en audioprothèse – version 1.1 by GENY Sébastien is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivs 3.0 License.
version 1.0

Voici une représentation matricielle des différentes stratégies d’adaptation des aides auditives. Globalement, les logiciels d’aide à l’adaptation des apppareils auditifs permettent de régler d’obtenir 70 % de satisfait. Les 30 % restant nécessitent des tests complémentaires, une étude de la résonnance du conduit auditif, une connaissance fine du seuil subjectif d’inconfort, l’ébauche d’une explication du résultat potentiel et surtout le respect d’un timing d’adaptation : en effet, à perte auditive égale, les patients (ou clients) auront une dynamique d’adaptation différentes. Certains auront besoin d’un gain immédiat pour leur donner confiance dans l’appareillage… d’autres, hyperstésiques, nécessiteront une approche plus lissée, plus soft, avec un accompagnement sur plusieurs semaines pour les rassurer et leur facilité une transition d’écoute entre un monde sonore feutré (virtuel) et un monde réel sonore, bruyant et stressant.

J’ai essayé de représenter les injonctions permettant de sélectionner tels ou tels stratégies. Mais ne nous y trompons pas chaque client nécessite une approche différente : c’est le dialogue et l’écoute qui permettra au professionnel d’apporter une réponse (quelquefois touter relative, mais nécessaire) adaptée au besoin sonore du client.


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J’ai lu dans L’Ouïe Magazine de Juillet-Août 2009 (n°27) un article très intéressant de Christophe Micheyl: « Atteintes cochléaires et difficultés d’écoute sélective ».

Ce chercheur évoque la perte de sélectivité fréquentielle qui entraîne la disparition ou l’atténuation nette des pics d’activations cochléaires; dégénérescence cochléaire responsable en grande partie des difficultés des malentendants à percevoir la parole dans le bruit, voire dans le calme.

Tout ça pour faire un petit retour en arrière: lors de la sortie du Senso Diva il y a quelques années, WIDEX avait insisté sur l’usage d’un « anti-lissage spectral » dans cette aide auditive. Ceci dans le but de favoriser les contrastes spectraux, atténués chez les malentendants, et donc de favoriser l’émergence ou la détection du signal vocal.

Extrait fiche technique Senso Diva

Effectivement, celà donnait des courbes de réponses très inhabituelles:

Extrait fiche technique Senso Diva
Courbes au coupleur du Senso Diva[/caption]

A l’usage, je n’ai pas ‘impression que Widex aura fait trop de mécontents avec cet aide auditive dont les caractéristiques spectrales inédites (quoique on retrouvait aussi ce phénomène sur le Resound BZ5, mais ce n’était peut-être pas voulu…) semblaient aller dans le sens de l’audiologie.

J’avais oublié cette caractéristique du Diva, jusqu’à ce que cet article me la remette en mémoire.

Sans communication sur le sujet, il semble que le « lissage » soit revenu sur les gammes suivantes (Intéo et Mind). Pourquoi ? Les audiologistes Widex ont-ils jugé que l’apport était faible ? Les audioprothésistes trouvaient les courbes de réponses « moches » ?

Je veux bien des explications complémentaires sur le sujet…

XD.

Si dans la majorité des cas, un drain transtympanique ou une petite perforation tympanique n’ont aucun effet sur le comportement acoustique du conduit auditif ouvert (gain étymotique) ou fermé (RECD), il arrive cependant que des perforations plus larges ou la présence de drains type « T-tubes » génèrent des déviations nettes par rapport aux résonances « standards » qui sont fonction de la longueur du conduit.

On retrouve ce phénomène pour les perforations souvent supérieures à celles provoquées par un drain, bien qu’il n’y ait rien de systématique en la matière, comme semblent confirmer les diverses études faites sur le sujet.

A la mesure in-vivo, on retrouve généralement une anti-résonance vers 1 à 2KHz:

GNO conduit tympan perforé 1800Hz
REUG tympan perforé: anti-résonance 1900Hz

Mais ce n’est pas systématique, car des perforations plus larges peuvent induire la disparition du pic primaire:

REUR et REUG tympan perforé: anti-résonance 3,5KHz
GNO et REUR CAE tympan percé: anti-résonance 3,5KHz

La plupart des études sur le sujet expliquent ce phénomène par une modification d’admittance du tympan (inverse de la résistance et qui s’exprime en … Siemens) pour certaines fréquences; ceci en relation avec la grandeur de la perforation et son emplacement sur la membrane tympanique.

Sur le plan prothétique, si l’on fait des mesures in-vivo, on s’apercevra d’une difficulté à donner de l’amplification dans la zone fréquentielle concernée, donc à effectuer une sur-correction pour être efficace. Sans MIV, le champ libre tonal appareillé donnera une sous-correction de la zone qu’il faudra mettre en rapport avec l’examen otoscopique. A noter: le RECD présente les mêmes anomalies.

Une étude sur le sujet.

XD.

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