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Nous sommes un collectif d'audioprothésistes, depuis 2006, qui cherchent à améliorer l'image et la diffusion de connaissances techniques à destination des audioprothésistes ! L'exercice nous permet de commenter et également d'améliorer nos connaissances. Il faut bien le dire ce blog bouillonne de bonnes idées !!!! Si toi aussi tu as envie de partager ton expérience ! Alors rejoins nous !

3 – Le Saint Graal de l’audioprothèse : mesurer le RSB en sortie d’aide auditive – Test 2

Suite du premier et second billet. Second test après celui ci.

Deuxième candidat : BERNAFON JUNA 9 CP. Couleur beige… mais ça, bon…

Il s’agit d’un contour d’oreille pile 13, successeur de l’ACRIVA 9, appareil que je trouvait assez difficile à mesurer en in-vivo car ultra-réactif au « chirp » de pré-calibration. Les appareils de la marque peuvent paraître entourés d’un certain mystère quant à leur fonctionnement « sans canaux » (en Schwyzerdütsch on dit « Channel Free »). Si vous avez la patience d’attaquer un bouquin pareil, leur anatomie est un peu dévoilée par leur créateur, Arthur Schaub, dans Digital Hearing Aids. L’Acriva était réputé pour un réducteur de bruit très très efficace, mais une pointe d’agressivité aux bruits impulsionnels. Son successeur le JUNA propose désormais deux modes de détection de la parole dans le bruit, basés soit sur la structure fine, soit sur l’enveloppe (mode testé ici) qui est, selon le fabricant, moins générateur d’inconfort pour les personnes les plus sensibles à des transitoires « explosifs ». Appareil testé sur un pré-réglage avec méthodologie propriétaire (Bernafit NL), base audiogramme KS100, réducteur de bruit au max (mais pas « ultra confort ») et microphone directionnel fixe, et priorité « parole dans le bruit » + « enveloppe ». Ouf !

Les résultats « visuels » à RSB -10dB :

JUNA9_RBmax_MicDir_env_Beyer Il ne faut que 3 à 4 secondes au RB pour intervenir (zone entourée noire). Rappelons que dans cette configuration, la parole (ISTS) est envoyée à 65dBA (Leq sur 30sec.) et le bruit (IFNoise) est à 75dBA (idem). Ce qui frappe, c’est la conservation, voire même le réhaussement, des crêtes du signal : les 8.5 premières secondes (ISTS seul) n’atteignent pas 0.5 d’amplitude relative puis l’apparition du bruit « efface » totalement les crêtes jusqu’à ce que le RB s’enclenche totalement; les crêtes ré-apparaissent, nettement plus amplifiées qu’au début de la mesure.

On écoute ?

Contrairement à l’appareil testé précédemment (le STARKEY), on sent moins le réducteur de bruit, mais le signal vocal semble (c’est une sensation) plus audible. Quand même pour comparaison, voici ce qui se passe en cabine en même temps, capté par le micro de référence : Qui a dit qu’en 2015 un appareil auditif ne fonctionne pas dans le bruit ? Il faudra penser un jour à arrêter le « Hearing Aid Bashing« , accepter un minimum de payer une recherche qui aboutit à ces résultats…

Des chiffres :

JUNA9_env_beyer Cela confirme l’écoute : quand le Starkey diminuait le signal vocal de plus de 7dB avec l’augmentation du bruit, le JUNA 9 le diminue très peu (env. 3dB de G3 à G7), et ce, quel que soit le niveau du RSB. On est donc en présence plus d’un « extracteur » de parole que d’un « réducteur de bruit ». Lorsque l’on regarde les enregistrements, on constate assez nettement ce renforcement du contraste temporel (réhaussement des pics de la parole). Bernafon communique depuis des années sur cette technologie, qui semble donc effective. Voici, pour s’en convaincre, l’enregistrement fait en parallèle par le micro de référence, celui en écoute plus haut (à RSB -10dB) : 5_DPA_ref_JUNA9_env_beyer_SNRm10_Aligned_Signals … difficile de distinguer la parole dans ce « magma » de bruit…   Et au même RSB, l’enregistrement du JUNA : 5_JUNA9_env_beyer_SNRm10_Aligned_Signals … les crêtes ré-apparaissent. Merci le micro directionnel (mais on a vu que ce n’était pas suffisant avec des modèles d’il y a plusieurs années) et surtout merci les algorithmes ! AN : Les deux enregistrements plus haut sont les signaux « SpN » des graphiques ci-dessus.

Voici sa progression :

JUNA9 L’amélioration du RSB est constante dans cette configuration de réglages, d’environ +6.7dB en moyenne, quel que soit le RSB en entrée.

Emergence du message

Voici l’émergence du signal par rapport au bruit, calculé sur 30sec. (merci Franck) sans passer par l’appareil (capté par le micro de référence), à RSB 0dB : SII_DPA_ref_JUNA9_RSB0dB Et avec l’appareil : SII_JUNA9_RSB0dB On obtient bien une émergence améliorée de 15% du signal par rapport au bruit.  

Conclusion(s)

On le voit, deux marques, deux stratégies totalement différentes. La première (STARKEY) est axée sur le confort (avec tout de même 5dB d’amélioration constante du RSB), quand BERNAFON avec le JUNA recherche une extraction constante de la parole, que que soit le RSB en apportant quasiment 7dB d’amélioration du RSB. Deux fonctionnements très différents, deux typologies de clientèles ? On finira par entendre mieux dans le bruit avec un appareil auditif que sans ! Quels progrès depuis 5 à 10ans, ne boudons pas notre plaisir.   Formule d’usage : l’auteur ne signale aucun lien d’intérêt avec le fabricant testé. N’y voyez aucune malice, ne déduisez rien d’absolu au vu des seuls résultats. L’appareillage auditif est une alchimie entre l’audioprothésiste, son patient et la technologie la plus appropriée qu’ils choisissent en commun.   Où s’arrêteront les fabricants ? jusqu’où vont les performances actuelles ? Vous le saurez (peut-être) dans une troisième et dernier épisode fin septembre…   Allez, zou ! en vacances !! Vous lisez trop le blog 😉

LAFON 17 DIE LISTEN DER PHONETISCHEN TESTS AUF DEUTSCH‏

Au cours du dernier Congrès des Audioprothésistes qui s’est déroulé en Avril 2015, j’ai eu l’occasion de rencontrer un confrère intéressé à avoir les listes du test phonétique en langue espagnole car lui-même parle l’espagnol et certains de ses patients le parle en tant que langue maternelle.   Cela m’a donné l’idée de communiquer les listes du test phonétique dans toutes les langues dont je possédais une trace écrite.   Je termine donc aujourd’hui avec l’allemand, parlé dans au moins 33 pays, ce qui représente environ 100 millions d’habitants.(1)   On trouve ces listes en pages 43 à 45 du Bulletin d’Audiophonologie Volume 2 – Numéro 1 – Année 1972 intitulé « LE TEST PHONETIQUE THEORIE et PRATIQUE », elles ont été réalisées par Heidrun VINCENT-SORRIES : img664 img665   Il ne semble donc pas y avoir de liste de recrutement en allemand.   JYM   (1) d’après le paragraphe intitulé « Nombre de locuteurs par pays » trouvé sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9partition_g%C3%A9ographique_de_l%27allemand

LAFON 16 LAS LISTAS DE PRUEBA FONETICA EN ESPANOL‏

Au cours du Congrès des Audioprothésistes qui s’est déroulé en avril 2015, j’ai eu l’occasion de rencontrer un confrère intéressé à avoir les listes du test phonétique en langue espagnole car lui-même parle l’espagnol et certains de ses patients le parlent en tant que langue maternelle. Cela m’a donné l’idée de communiquer les listes du test phonétique dans toutes les langues étrangères trouvées dans les écrits du Professeur LAFON. Je continue donc aujourd’hui avec l’espagnol d’Amérique du Sud, parlé dans au moins 17 pays ce qui représente environ 330 millions d’habitants.(1) J’écris espagnol d’Amérique du Sud car le Professeur LAFON spécifie en page 245 de son livre « the test phonetic and the measurement of hearing » : « Based on the Spanish spoken in South Amerika; not suitable for the testing of person who speak Castilian. » On trouve ces listes en page 246 et 247 de ce même livre : img663 Cochlear lists pour liste cochléaire. Integration lists pour liste d’intégration. Il n’y a donc pas de liste de balayage ni de liste de recrutement en espagnol. La liste cochléaire, quant à elle, ne possède que 12 éléments au lieu des 20 habituels. JYM (1) d’après le tableau trouvé sur : http://www.axl.cefan.ulaval.ca/Langues/2vital_inter_espagnolTABLO.htm

LAFON 15 – THE LISTS OF PHONETIC TEST IN ENGLISH

Au cours du Congrès des Audioprothésistes qui s’est déroulé en avril 2015, j’ai eu l’occasion de rencontrer un confrère intéressé par les listes du test phonétique en langue espagnole car lui-même parle l’espagnol et certains de ses patients le parle en tant que langue maternelle. Cela m’a donné l’idée de communiquer les listes du test phonétique dans toutes les langues étrangères trouvées dans les écrits du Professeur LAFON. Je commence donc aujourd’hui avec l’anglais, « …langue officielle ou langue spéciale dans au moins 75 pays du monde, pour une population mondiale de plus de 2 milliards de personnes ». (1)
On trouve ces listes en page 234 à 237 du livre du Professeur LAFON « The phonetic test and the measurement of hearing » :
img683 Sweep word lists pour liste de balayage. Cochlear lists pour liste cochléaire.
img684 Integration lists pour liste d’intégration.
On s’aperçoit donc qu’il n’existe pas de liste de recrutement en anglais.
JYM

LAFON 14 LA LISTE D’INTÉGRATION

Le but de cette liste d’intégration me semble être de situer, le long des voies auditives, le lieu de la lésion provoquant un trouble d’intégration : « Lorsque l’identification par les voies auditives droite et gauche est significativement différente, il ne s’agit plus d’un trouble fonctionnel mais d’une atteinte lésionnelle… »(1) Pour ma part,  je n’utilise donc pas cette liste d’intégration car elle me paraît être réservée à la détection du siège de problèmes pathologiques sur lesquels l’audioprothésiste n’a aucune prise. Le Professeur LAFON écrit en page 161 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » : « Les atteintes lésionnelles doivent être examinées comparativement à l’audiogramme tonal…Le diagnostic d’une atteinte rétro-cochléaire s’effectue par la discordance entre la perturbation phonétique beaucoup plus marquée que la baisse de l’audition des sons purs ne permet de le prévoir, par l’absence de dominance des distorsions phonétiques de type cochléaire, l’importance de l’aggravation en présence de bruit. » Puis en page 199 de ce même livre : « Les troubles de l’audition sans surdité relèvent donc des processus d’intégration du message nerveux provoqué au niveau des cellules ciliées de l’organe de Corti jusqu’à sa diffusion au niveau des aires corticales. Nous pouvons rencontrer deux catégories de perturbation : celles qui sont liées à des lésions des circuits d’intégration auditive, celles qui répondent à des troubles fonctionnels. » Vous trouverez la liste I (= liste 1) des mots composant cette liste d’intégration sur : http://www.college-nat-audio.fr/fichiers/img90a.pdf Un grand remerciement au Collège National des Audioprothésistes pour avoir réalisé 5 CD d’audiométrie vocale : http://www.college-nat-audio.fr/listes-cd-audiometrie-vocale.html Tout audioprothésiste devrait les posséder. Le Professeur avait créé également une liste II (= liste 2), la voici extraite de la page 235 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition » : img658 On utilise les mêmes niveaux Nm puis Nm + Bm que pour la liste de balayage (voir « LAFON 12 LA LISTE DE BALAYAGE (1) » pour la valeur de ces niveaux respectifs et ce qu’ils signifient). La liste I est, tout d’abord, émise au niveau Nm en lisant les mots horizontalement. Puis, cette même liste I est émise au niveau Nm mélangé à un niveau Bm de bruit, les mots étant lus verticalement. La différence du nombre d’erreurs phonétique entre ces deux listes I montre le degré du trouble d’intégration pour une première oreille : « La différence d’erreurs dans les deux mesures permet de connaître de façon précise les qualités de discrimination du sujet testé. Et si l’on définit statistiquement chez le sujet normal l’intervalle de confiance de cette identification on peut reconnaître les niveaux pathologiques. » (2) Pour tester la seconde oreille, on pratique de même en utilisant la liste II ou en reprenant la même liste I. Précisions : Le Professeur LAFON utilise le terme « trouble fonctionnel » dans une des phrases ci-dessus. Il nous en dit plus sur ce qu’il entend par trouble fonctionnel en page 201 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » :  ce trouble apparait lorsque « …nous n’entretenons pas le conditionnement phonétique auditif…Lorsque par ailleurs il n’est pas utile de garder un bon conditionnement ou que le sujet a peu l’occasion de parler et d’écouter, les qualités de discrimination diminuent entraînant une régression de l’identification phonétique. C’est le cas des isolés, des milieux fermés silencieux (ordres religieux), de certains travaux intellectuels entraînant une distraction auditive. » Le trouble d’intégration est alors bilatéral et symétrique, « il n’y a pas de dominance significative d’une oreille par rapport à l’autre. »(3) J’ai interrogé le Professeur LAFON, dans le courant des années 1990, sur la possibilité offerte par les réducteurs de bruit (balbutiants à l’époque) d’améliorer un trouble d’intégration fonctionnel. Il était très sceptique sur l’amélioration possible avec ces systèmes car lorsque le message nerveux n’est pas interprété correctement, quoiqu’on fasse il restera déficient. Donc, dès que je suis face à une difficulté d’intégration, je sais que j’aurai des problèmes à redonner une compréhension correcte dans le calme et a fortiori en ambiance bruyante. Le Professeur LAFON utilise le terme « discrimination » dans une des phrases ci-dessus. Il nous en dit plus sur ce qu’il entend par discrimination en page 68 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » : « Les possibilités de discrimination dont nous disposons sont très importantes. On est étonné de la facilité avec laquelle parmi tous les sons complexes qui nous parviennent nous arrivons à accorder une valeur préférentielle à certains complexes acoustiques : on distingue une voix, donc une parole, parmi un groupe de plusieurs personnes, un message au milieu de bruits complexes aidés probablement par les possibilités de localisation sonore… Dans un concert on peut suivre le jeu d’un instrument que l’on choisit, le reste de l’orchestre devenant un fond sonore, nous pouvons suivre un timbre déterminé de préférence à l’ensemble des timbres instrumentaux… La discrimination repose sur une extraordinaire analyse du message nerveux, mais elle nécessite l’identification des messages acoustiques. » Le Professeur LAFON, par la figure qui se trouve en page 154 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition », nous donne, pour les surdités de perception, les limites des distorsions pour une liste de la liste d’intégration émise au niveau Nm : img659 154 Un autre intérêt de la liste d’intégration est, pour ceux qui s’occupent d’appareillage d’enfants, de suivre les progrès de l’intégration de l’enfant au fur et à mesure de l’évolution de son âge. La figure suivante, que l’on trouve en page 152 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition », donne les limites de la différence entre les erreurs phonétiques commises au niveau Nm+Bm et celles commises au niveau Nm : img660 152 Pour le prochain article, il m’a semblé utile de fournir les listes de balayage, cochléaire, de recrutement, d’intégration en langue anglaise, espagnole et allemande. Le test phonétique du Professeur LAFON a donc une portée internationale. Emoji JYM (1) Page 202 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ». (2) Page 19 du Bulletin d’Audiophonologie « LE TEST PHONETIQUE THEORIE et PRATIQUE » Volume 2 – Numéro 1 – Année 1972. (3) Page 199 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».