Qui sommes nous ?

Nous sommes un collectif d'audioprothésistes, depuis 2006, qui cherchent à améliorer l'image et la diffusion de connaissances techniques à destination des audioprothésistes ! L'exercice nous permet de commenter et également d'améliorer nos connaissances. Il faut bien le dire ce blog bouillonne de bonnes idées !!!! Si toi aussi tu as envie de partager ton expérience ! Alors rejoins nous !

2 – Le Saint Graal de l’audioprothèse : mesurer le RSB en sortie d’aide auditive – Mise en place d’un test

La technique d’extraction du signal et du bruit à la sortie d’une aide auditive proposée par Hagerman&Olofsson est fréquemment utilisée en mastering audio, sous le nom de « NULL TEST« . Elle permet entre autres, de quantifier la perte de qualité liée à un ré-échantillonage du signal d’origine. Comme nous l’avons vu précédemment, Miller (2013) utilise 4 signaux pour l’extraction et l’estimation du facteur de qualité de cette extraction, permettent une analyse du RSB assez robuste à la sortie d’une aide auditive : (+S+N) + (+S-N) extrait le signal (+S+N) + (-S+N) extrait le bruit et (+S+N) + (-S-N) extrait… rien !, ou plutôt devrait tendre vers -∞ mais en réalité doit être 20dB plus faible que le plus faible extrait des deux précédents. C’est un critère de qualité/d’erreur. La difficulté majeure de ce type de test vient de l’alignement de tous ces signaux : plus elle est rigoureuse et précise, plus le calcul fera « disparaître » les signaux se retrouvant en opposition de phase. Et ça se joue quelques échantillons près (un échantillon avec une fréquence d’échantillonnage de 96kHz dure… 10μs !).  Les éléments technologiques présents dans les aides auditives actuelles rendent très difficile cet alignement : les anti-larsen notamment ont tendance à inverser la phase du signal pendant le test, et bien sûr, jamais au même moment… Les systèmes « d’aide à la décision » analysant également la scène sonore ont tendance à ne jamais faire exactement la même chose au même moment entre deux mesures. Enfin, entre autres joyeusetés, les appareils peuvent présenter un phénomène de « Time shifting », c’est à dire qu’ils allongent (certes de quelques ms) le signal, mais jamais non plus aux mêmes endroits des tests… Bref, une solution s’impose : se méfier des anti-larsen ( = les désactiver) et fixer les appareils dans un mode programme défini. De là à dire qu’il faudrait faire pareil avec les appareils de nos patients… mais ça pourrait des fois se discuter pour des raisons de qualité sonore ! Alignement précis = élimination précise de la parole ou du bruit = besoin d’un enregistrement « HiRes », c’est à dire en 96kHz/24bits = de bon gros fichiers .wav pour 45′ environ d’enregistrement (RSB testés +10/+5/0/-5/-10dB, pour 4 configurations différentes +S+N, -S-N, +S-N et -S+N). Bien aligner ensuite tout le monde, pour bien éliminer ce qui doit l’être. Exemple avec l’ISTS et l’IFnoise à RSB -4dB :   SpN+SmN   Le signal +S+N à l’écoute :   Le signal +S-N à l’écoute (aucune différence à l’oreille) :     Ici deux fichiers +S+N et +S-N se retrouvant strictement synchronisés (configuration Hagerman & Olofsson de 2004), l’addition des deux va donner la parole + 6dB, le bruit, en opposition de phase dans +S-N, s’annulant avec +S+N :   Parole extraite   Pour ceux qui voudraient écouter le signal extrait (extraction médiocre… non conservée) ci-dessus, non trafiqué, même si ça a un petit côté magique :     Et si vous ne me croyez pas, vous pouvez télécharger ces +S+N et +S-N et les fusionner dans Audacity, vous retrouverez bien la voix extraite ! Et si vous avez tout suivi, et que vous maîtrisez un peu Audacity, avec ces deux extraits, vous pourriez même, connaissant le RSB à l’entrée (-4dB), reconstituer le RSB à la sortie de ce Widex Dream Fashion 440 😉 Allez, je vous aide ! On n’a rien sans rien… Cet alignement est très long et fastidieux. Si vous avez eu le courage de tenter la manip ci-dessus, vous avez dû comprendre. Et encore, les signaux sont déjà alignés et tous prêts à l’emploi ! Une solution mise en place par Franck LECLERE et avant lui, l’institut Fraunhofer, a été un traitement par lots (batch processing) des divers fichiers enregistrés à divers RSB avec « alignement automatique » basé sur la structure fine ou bien l’enveloppe du signal (au choix, selon les appareils) :   Décomposition signal_Seewave   Pourquoi des signaux mesurés à la sortie de certains appareils s’alignent mieux avec l’enveloppe (une majorité) ou d’autres par la structure fine ? cela reste un mystère… Donc pour faire court, on obtient un « train » de 4 signaux à 5 RSB différents (20 combinaisons), enregistrés en 96kHz/24bits qu’il va falloir découper, puis aligner entre eux afin d’en extraire la substantifique moelle (y’a pas que l’audio dans la vie… vous lisez trop le blog !) :   TrainH&O C’est un algorithme qui va découper ce train, aligner les signaux (ici sur l’enveloppe) et extraire signal et bruit. Il ne restera plus qu’à recalculer le RSB à la sortie. Conditions de test :
  • Signal ISTS, bruit IFnoise (même densité spectrale de niveau), téléchargeables sur le site de l’EHIMA
  • Appareil réglé selon méthodologie fabricant, dont le niveau de sortie pour l’ISTS à 65dB SPL d’entrée a été fixé dans un coupleur 2cc sur cible DSL 5.0a (EAR + RECD HA2) sur la base d’un audiogramme normalisé KS100 (sans inconfort entré)
  • Cabine : TR 0,23s et BDF 27dBA
  • HP : 1 à l’avant (émission de l’ISTS) à 0.70m et 2 à l’arrière (émission de l’IFnoise) à 135 et 225°, à 1,5m chacun
  • Etalonnage du niveau d’émission de l’ISTS par sonomètre au niveau du micro de l’AA par Leq 30s en dBA; étalonnage identique pour l’IFnoise
  • enregistrement en fond de coupleur par un microphone DPA 4061 en 96kHz/24bits, en acquisition sur carte Echo 2 en USB et Audacity en mode natif sous Mac
  • enregistrement en parallèle par enregistreur Roland R26 afin de vérifier la RSB à l’entrée
  • Découpage, extraction par un code Matlab sur les 30 dernières secondes de chaque mesure (afin de laisser les algos se stabiliser) pour l’enregistrement de l’appareil, et pour l’enregistrement de référence
Le premier testé sera un appareil qui ne prêtera pas à polémique, puisqu’il n’est plus diffusé : un Widex Inteo 19, de 2006 si j’ai bonne mémoire. Il y a eu 3 générations de circuits après cet appareil (puces Mind, Clear puis Dream). On obtient, par exemple à RSB -10dB, la séparation des signaux :   Exemple fig extraction RSB-10dB   Voici sa progression :   IN19   Pas d’amélioration du RSB, sauf à -10dB (lissage du bruit par la compression WDRC, j’en avais parlé dans l’article précédent) et détérioration (légère) du RSB à +10dB par l’effet inverse (= un lissage des crêtes du signal utile). On retrouve tout à fait les résultats décrits par Taylor & Johannesson en 2009 (le Widex Inteo avait un temps de retour variable, comme le lièvre, mais plutôt long) :   Capture   Par la même occasion, si vous avez eu la patience de lire la thèse de Miller (2013), les résultats étaient quasi identiques avec son successeur, le Widex Mind 440. Je précise : les autres fabricants ne faisaient pas mieux à l’époque, voire plutôt moins bien.   A suivre…

La semaine du Son, les pieds dans les starting blocks :-)

Pour engager cette semaine du son, un retour sur la conférence de presse qui fait la part belle aux jeunes et à l’usage inconséquent des « iPOd » et autres « MP3 ». A visualiser avant de recevoir le public lors des 15 prochains jours !  

La Semaine du Son 2015 – Conférence de presse – Sondage Ipsos from VideoScopie Production on Vimeo.

 

IDA Institut le retour du retour !

Il y a déjà quelques années (… et oui le temps passe vite) je vous avais recommandé l’excellent site http://idainstitute.com/, institut de recherche sur le comportement des malentendants appareillés qui a pour vocation d’intégrer de nouvelles techniques lors du processus d’appareillage, basé surtout sur le versant pyschologique du malentendant. Cette « académie » est supportée par le groupe William DEMANT. J’avais été fasciné par les outils développés par les chercheurs du IDA Institut : on y trouvait des tests de motivation et du « training » pour améliorer la communication. Ceci me renvoyait à mes patients qui ne voulait décidément pas porter leurs aides auditives ou qui ne voyait pas l’intérêt de les mettre dès le petit matin…  » bein oui, M’sieur, je vis seul… A qui bon le porter… ». Je restais souvent désarmer face à ces arguments… Le plus difficile était d’utiliser aisément ces outils quotidiennement. J’avais conçu des fiches plastifiées qui me servaient de support aux outils de base en cas d’appareillage non porté… et pourtant techniquement réglé aux poils de dB près :-). Force a été de constater que quelques semaines plus tard, mes beaux efforts pour améliorer mon « councelling » étaient retombés… Ma façon d’aborder les outils était décalée et ne provoquer pas une augmentation significative du temps de port… Las, j’ai abandonné mes fichettes plastifiées… Et puis… l’autre jour, au détour d’un surf, je retombe dans mes bookmarks sur le site de l’Ida. Nouvelle présentation. Nouveau design. Un compte à ouvrir. je m’empresse souris à la main de remplir le formulaire d’inscription. Je découvre alors une masse de documents et de fichiers « téléchargeables » permettant de mieux accompagner et appréhender la démarche du malentendant en cours ou en échec d’appareillage. J’y ai trouvé à nouveau de grandes sources d’inspiration, avec peut être un peu plus de recul et l’envie de formaliser un peu plus les étapes de réglages en les ponctuant d’outils de motivation (au cas où ça traine un peu à s’habituer :-)) et de feed back précis sur certaines scènes auditives rencontrées par le patient/client.  

scènes auditives – ouverture à la discussion

 

Mettre à jour les objectifs de communication et identifier les solutions dans les situations sonores difficiles

Bref, je vous conseille vivement d’explorer ce site qui permet de faire une « piqure de rappel » sur l’écoute et la disponibilité quotidienne d’un professionnel compétent ! Attention les tutoriels vidéos du site en anglais, dommage !

Vous préférez « Tuuuuuuuuuuuut » ou « Têêêêêêêêêêêêêt » ?

L’audioprothésiste adapte des aides auditives dont les capacités sont de plus en plus évoluées. De l’anti-larsen à la directionnalité adaptative , les algorithmes semblent progresser d’année en année. Un bon vieux réflexe persiste cependant dans notre profession, héritage d’une époque bénie/révolue/archaïque (rayez la mention inutile) où les réseaux de soins n’existaient pas, l’audioprothésiste écoute les aides auditives. Des fois (ça devient rare) nous en trouvons le son « clair » ou « agréable »; souvent… pas du tout ! Comment quantifier cette sensation d’écoute ? Le domaine spectral (mesure en caisson, mesures in-vivo, logiciels de réglages) ne nous donnera aucune indication. Je vous livre ici une mesure temporelle (pression acoustique en fonction du temps) de trois aides auditives très récentes et performantes, de trois fabricants différents, lors de l’émission d’un son pur de 880Hz. Le micro de mesure 1/2 pouce placé dans le coupleur, je le précise, est de haute qualité (DPA) et ne peut pas être responsable de ce qui va suivre… Fabricant 1: Une sinusoïde chez fab1     Fabricant 2: Une sinusoïde chez fab2     Fabricant 3:

Une sinusoïde chez fab3

    Devinez quel appareil est le plus agréable à l’écoute ? Mais si, vous avez une petite idée !

Schizophrénie ambiante

Deux sujets, qui n’ont rien à voir, mais révélateurs du grand écart de notre profession entre le médical, le para-médical, le diagnostique, le commercial, la clientèle, la patientèle, etc.
  • Pour relayer un tweet de Sébastien au sujet d’un communiqué de l’académie de médecine:
http://www.cis.gouv.fr/spip.php?article5808 C’est bien… très bien que l’académie de médecine se préoccupe de nous autant que cela. En tout cas, il est toujours agréable (à moi) de lire ce genre de lignes, comme une bouée, une balise à laquelle on se raccroche. Ca soulage les (bonnes) consciences en quelque sorte. Mais d’un autre côté, nous sommes (malheureusement ?) des commerçants, enregistrés en tant que tels, et je n’ai jamais entendu des représentants de la profession militer en faveur d’un passage à une profession para-médicale. Même, c’est pour dire, la publicité est autorisée, et ce principe a été défendu il y a quelques années au ministère de la santé dirigé à l’époque par X. BERTRAND. Dont acte…Donc aujourd’hui, communiquer sur les malheureuses dérives commerciales, voire commerçantes, de notre profession, c’est un peu vain: le principe de la publicité a été défendu… et autorisé. On peut le regretter, mais c’est fait. Comment dès lors en accepter le principe mais n’en vouloir qu’un peu ? Schizophrénie… J’expose encore une fois mon point de vue qui n’engage que moi (c’est un blog ici): une solution si l’on veut réellement « moraliser » le secteur de l’audio (car le commerce n’est pas moral, c’est connu) serait de scinder la pratique de l’audioprothèse en deux catégories
  1. une « para-médicale », mais soumise à une régulation stricte de sa pratique (aucune publicité d’aucune sorte), mais dont les prestations seraient soumises à remboursement sur les bases légales actuelles
  2. une « commerçante », qui en gros ferait ce qu’elle veut, mais ne donnerait droit à aucune prise en charge
Bien sûr, en médecine, aucune dérive « commerçante » n’est à déplorer… c’est entendu !
  • Pour enfoncer le clou, je vous recommande la lecture d’Audio Infos 180:
Marisol, au secours ! En effet, nous avons là un exemple édifiant des grands écarts entre les divers « acteurs » de la profession: dans un article, la ministre Marisol TOURAINE fait part de sa volonté de moraliser les rapports entre les audioprothésistes (puisqu’elle est citée dans Audio Infos) et les prescripteurs. Il doit donc y avoir matière à moraliser. Bravo, donc ! Dans le même journal, deux pages avant et deux pages après, Audika annonce fièrement son intention de renforcer son partenariat avec les prescripteurs, et une autre chaîne d’audio, je ne sais plus laquelle, nous explique qu’elle est très fière d’avoir créé ou de subventionner les assises ORL de l’Océanie (et bien sûr aucun prescripteur du continent n’y est invité, et on y bosse 8h/jour…). Oui, moraliser… Pensons quand même aux malentendants : consommateurs (car vous êtes des clients puisque nous sommes des commerçants), soyez grands, soyez critiques, demandez-vous toujours « Pourquoi veut-on m’envoyer ici, ou là ? » et « Apparaître à la TV plusieurs fois par jour est-il normal dans le domaine de la santé ? », « La publicité pourrait-elle avoir des conséquences sur ma facture ? ». Ces questions et d’autres constitueraient à coup sûr le début d’une démarche très « moralisatrice ».   Où trouver « le phare et la balise » aujourd’hui dans ce monde agité ? Tous ces gens et institutions qui nous veulent du bien ou du moins bien, qui nous donnent des conseils ou des leçons sont finalement bien éloignés de notre quotidien: rétablir le lien social. Corriger la surdité, quoi…