Catégorie : Coup de gueule

A ma gauche, papy, en pure galalithe, rétractable en 3 parties, garanti 100% analogique. Période environ début XXème :

cornet

On peut estimer qu’à l’époque (autour de la 1ère guerre mondiale), ce cornet était vendu autour de 20 francs (anciens francs donc), ce qui donne aujourd’hui un prix équivalent de 60 à 70€.

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Nul n’est censé ignorer la loi. Encore moins lorsque les lois qui régissent notre profession, comme d’autres professions para-médicales (j’insiste…) sont finalement peu nombreuses et très claires.

Devant la multiplication « d’offres », « cadeaux », « le troisième à 1€ », « le second au prix du premier », etc, une caisse régionale à tenu à rappeler les textes de base , et ce que cela impliquait comme sanctions :

Je cite, sans plus de commentaires :

L’Assurance Maladie vous informe

Message de la Commission Paritaire Régionale des Audioprothésistes

Bonjour,

A la demande de la Commission Paritaire Régionale des Audioprothésistes, nous vous adressons, ci-dessous, une communication de son Président concernant les règles de publicité.

Pour toute information complémentaire, contactez le 0811 709 014

Avec toute notre attention,

Caisse Primaire d’Assurance Maladie du Calvados
_______________

Commission Paritaire Régionale des Audioprothésistes

Madame, Monsieur,

Devant la multiplication dans la profession de pratiques et de publicités non conformes au regard des dispositions de la convention, les caisses primaires en partenariat avec le Syndicat National des Audioprothésistes Français (UNSAF) ont décidé de rappeler les règles applicables en la matière.

Le rappel des règles :

Le Code de la Santé Publique qui régit la profession d’audioprothésiste détermine les conditions d’exercice et prohibe strictement certaines pratiques de vente :

Art. L. 4361-1. – Est considérée comme exerçant la profession d’audioprothésiste toute personne qui procède à l’appareillage des déficients de l’ouïe.

Cet appareillage comprend le choix, l’adaptation, la délivrance, le contrôle d’efficacité immédiate et permanente de la prothèse auditive et l’éducation prothétique du déficient de l’ouïe appareillé.

La délivrance de chaque appareil de prothèse auditive est soumise à la prescription médicale préalable et obligatoire du port d’un appareil, après examen otologique et audiométrique tonal et vocal.

Art. L. 4361-7. – La location, le colportage, les ventes itinérantes, les ventes dites de démonstrations, les ventes par démarchage et par correspondance des appareils de prothèse auditive sont interdits.

La Convention Nationale conclue entre les caisses d’assurances maladie et le Syndicat National des Audioprothésistes Français fixe en son article 3 les limites dans lesquelles la publicité peut être réalisée :

 » Les fournisseurs s’interdisent de faire pression sur les assurés au moyen de colportage, par des ventes itinérantes, des ventes dites de démonstration, des ventes par démarchage et par correspondance (Code de la Santé Publique), ainsi que par des procédés destinés à drainer la clientèle au moyen de dons de toute sorte, par des pressions auprès des organismes sociaux, ristournes aux praticiens sous quelque forme que ce soit, ou en se substituant aux médecins par la pratique illégale de l’audiométrie clinique, conformément à l’arrêté du 2 mai 1973 (J.O du 18-5-1973).

L’audioprothésiste a la faculté d’informer les assurés sociaux sur la nature de son activité ; cette information doit présenter un caractère général précisant essentiellement son lieu d’exercice et le type de matériel qu’il délivre « .

 

Sans que cette liste soit exhaustive, sont donc strictement interdits les procédés suivants :

 

*   Les propositions de bilan auditif : L’audioprothésiste ne peut en effet intervenir qu’en exécution d’une prescription médicale et un bilan auditif ne peut être réalisé que par un médecin. En effectuant un bilan auditif l’audioprothésiste se substitue au praticien et peut être poursuivi pour pratique illégale de la médecine.

*   Les essais et les prêts d’appareil sans prescription médicale préalable : La délivrance de chaque appareil de prothèse auditive est soumise à la prescription médicale préalable et obligatoire du port d’un appareil, après examen otologique et audiométrique tonal et vocal qui est de la seule compétence du médecin.

*   Les opérations de publipostage (par mailing) et les distributions de prospectus nominatifs ou non qui constituent un démarchage illicite dès qu’elles contiennent une incitation à se rendre sur les lieux de vente par la promesse d’un avantage quelconque (cadeau, gratuité, remise…)

*   L’affichage de tarifs non personnalisés par des sites Internet : ou sur tout autre support de communication (courriers, prospectus, flyers…) qui constituent des prix d’appels trompeurs et une forme de devis sans prescription et sans examen de la situation du patient.

*   L’annonce de manifestations de type  » journées d’information  » ou  » journées techniques  » qui constituent des ventes dites de démonstrations lorsqu’elles s’adressent à des prospects et ne sont pas préalablement autorisées par les autorités compétentes (ARS, CPAM…)

*   Les offres promotionnelles, qu’elles soient ponctuelles ou renouvelées : les annonces de remises (exemple :  » pour 1€ de plus  » ou  » x%  » ou  » accessoire offert « …) sont des  » dons de toutes sortes  » faisant pression sur les assurés.

Pour rappel, l’article 8 de la convention des Audioprothésistes stipule :  » En cas de non-respect par l’une des deux parties de ses engagements conventionnels, la commission paritaire régionale doit être réunie (…). La commission paritaire régionale, après audition de l’intéressé, émet un avis sur la décision à prendre à son encontre et qui peut-être selon la gravité de la faute :

– un avertissement ;
– une mise en demeure ;
– le retrait du bénéfice de la procédure de dispense d’avance des frais.

En outre, les organismes peuvent demander au fournisseur défaillant le reversement des sommes indûment perçues. (…) « .

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

Le Président,                      Le Vice-Président,

Gilles LEBLANC                Jean-Jacques VIVET

Tiré d’un article de Hearing Review, la courbe de progression des aides auditives type « Ecouteur dans le conduit » (RIC), que l’auteur qualifie de « Meteoric Rise », on devine pourquoi:

 

Nous on est français, alors on va faire ce qu’on sait faire le mieux: râler ! —> Est-il normal qu’un fabricant nous garantisse 4 ans (moyennant finance, ce qui est normal) un contour ou intra « classique », écouteur compris, et pas l’écouteur sur la même durée lorsqu’il s’agit d’un RIC ?  Ce dernier est garanti un an ou deux au mieux et n’est pourtant pas plus exposé (et pas moins) à la panne que dans le cas de l’intra-auriculaire ? C’est un peu le point négatif de cette « meteoric rise ».

Voilà, c’est dit !

Progression très impressionnante quand même…

Ce n’est pas La Marseillaise, ce serait plutôt La Gardoise…

Une communication d’un groupe d’opticiens du Gard en colère contre la dérive du système et la disparition programmée du libre choix du consommateur. Ils ont choisi l’angle de l’humour, teinté d’un poil de démagogie quand même:

 

ODG-FORMAT-A4-web

 

 

 

Brice: sort tes vieux tromblons, on va faire pareil ! 😉 Mais non, nous on aura bientôt le S…..O, agréé toutes mutuelles…

 

Leur site: http://odg30.fr

Deux sujets, qui n’ont rien à voir, mais révélateurs du grand écart de notre profession entre le médical, le para-médical, le diagnostique, le commercial, la clientèle, la patientèle, etc.

  • Pour relayer un tweet de Sébastien au sujet d’un communiqué de l’académie de médecine:

http://www.cis.gouv.fr/spip.php?article5808

C’est bien… très bien que l’académie de médecine se préoccupe de nous autant que cela. En tout cas, il est toujours agréable (à moi) de lire ce genre de lignes, comme une bouée, une balise à laquelle on se raccroche. Ca soulage les (bonnes) consciences en quelque sorte.

Mais d’un autre côté, nous sommes (malheureusement ?) des commerçants, enregistrés en tant que tels, et je n’ai jamais entendu des représentants de la profession militer en faveur d’un passage à une profession para-médicale. Même, c’est pour dire, la publicité est autorisée, et ce principe a été défendu il y a quelques années au ministère de la santé dirigé à l’époque par X. BERTRAND. Dont acte…Donc aujourd’hui, communiquer sur les malheureuses dérives commerciales, voire commerçantes, de notre profession, c’est un peu vain: le principe de la publicité a été défendu… et autorisé. On peut le regretter, mais c’est fait. Comment dès lors en accepter le principe mais n’en vouloir qu’un peu ? Schizophrénie…

J’expose encore une fois mon point de vue qui n’engage que moi (c’est un blog ici): une solution si l’on veut réellement « moraliser » le secteur de l’audio (car le commerce n’est pas moral, c’est connu) serait de scinder la pratique de l’audioprothèse en deux catégories

  1. une « para-médicale », mais soumise à une régulation stricte de sa pratique (aucune publicité d’aucune sorte), mais dont les prestations seraient soumises à remboursement sur les bases légales actuelles
  2. une « commerçante », qui en gros ferait ce qu’elle veut, mais ne donnerait droit à aucune prise en charge

Bien sûr, en médecine, aucune dérive « commerçante » n’est à déplorer… c’est entendu !

  • Pour enfoncer le clou, je vous recommande la lecture d’Audio Infos 180:

Marisol, au secours ! En effet, nous avons là un exemple édifiant des grands écarts entre les divers « acteurs » de la profession: dans un article, la ministre Marisol TOURAINE fait part de sa volonté de moraliser les rapports entre les audioprothésistes (puisqu’elle est citée dans Audio Infos) et les prescripteurs. Il doit donc y avoir matière à moraliser. Bravo, donc !

Dans le même journal, deux pages avant et deux pages après, Audika annonce fièrement son intention de renforcer son partenariat avec les prescripteurs, et une autre chaîne d’audio, je ne sais plus laquelle, nous explique qu’elle est très fière d’avoir créé ou de subventionner les assises ORL de l’Océanie (et bien sûr aucun prescripteur du continent n’y est invité, et on y bosse 8h/jour…). Oui, moraliser…

Pensons quand même aux malentendants : consommateurs (car vous êtes des clients puisque nous sommes des commerçants), soyez grands, soyez critiques, demandez-vous toujours « Pourquoi veut-on m’envoyer ici, ou là ? » et « Apparaître à la TV plusieurs fois par jour est-il normal dans le domaine de la santé ? », « La publicité pourrait-elle avoir des conséquences sur ma facture ? ». Ces questions et d’autres constitueraient à coup sûr le début d’une démarche très « moralisatrice ».

 

Où trouver « le phare et la balise » aujourd’hui dans ce monde agité ? Tous ces gens et institutions qui nous veulent du bien ou du moins bien, qui nous donnent des conseils ou des leçons sont finalement bien éloignés de notre quotidien: rétablir le lien social. Corriger la surdité, quoi…

Que Choisir Janvier 2013 n°510 page 18-19, par Florence Humbert.

 

En haut de cette double page du magazine Que Choisir, on peut lire « décryptage ».

C’est ce que ce billet se propose de faire au sujet à la fois de l’article et du produit qu’il décrit.

Car cet article est malheureusement plus proche du publireportage que de l’enquête impartiale à laquelle on s’attendrait d’un magazine qui passe au crible les produits et défend les consommateurs de manipulations commerciales.

Quels sont les moyens utilisés par l’article ?

 

Sur la forme.

Rédiger des titres qui orientent la lecture.

Seules les conclusions de Que Choisir mettent en garde contre cet « assistant d’écoute » :

« Reste que l’avis d’un ORL est indispensable pour éviter de retarder le diagnostic d’une pathologie grave de l’oreille. »
« Du sur-mesure à un prix à peine plus élevé (qu’un appareil chez l’audioprothésiste) une fois déduites les prise en charge »

Car les titres, sous-titres et caractères en gras de l’article vont à peu près tous dans le même sens. Si on les compile on obtient un résumé surprenant :

 » Audioprothèses trop chères. Prix des prothèses, opacité, opacité… Octave sème le trouble. Un assistant d’écoute tout à fait légal. Cet assistant auditif est 5 à 6 fois moins cher. Octave ne convient pas à tout le monde. Mieux vaut l’essayer. »
Espérons que ce n’est pas ce concentré  que retiendront les lecteurs.

 

Sur le fond. 

Analysons maintenant le corps du texte dont l’attaché de presse de Sonalto pourrait revendiquer être l’auteur.

Jouer sur les termes pour contourner la loi et entrainer la confusion.

« le nouvel appareil, (…) ne nécessite ni prescription médicale, ni empreinte du conduit auditif, ni réglage par un professionnel« .

Cette phrase par laquelle démarre l’article n’a pas étonné plus que cela son auteur puisqu’il ne s’est pas demandé pour quelle raison ce « nouvel » appareil avait droit à un régime spécial. La réponse est pourtant simple : parce que -jouant sur les mots- cet appareil n’est pas vendu selon la législation encadrant les appareils auditifs et l’appareillage auditifs, mais comme un gadget pour des personnes ayant une bonne audition.

Sans grande difficulté le journaliste aurait pu trouver le texte de loi indiquant « est considéré comme audioprothésiste toute personnes qui procède à l’appareillage des déficients de l’ouïe », sans se soucier du type d’appareil utilisé. Et pour cause : l’évolution technologique des appareils ne permet pas de les définir par leurs caractéristiques mais bien par leur finalité. L’appareil des années 30 est bien différent de celui des années 70 ou 2000. De même que la moto des années 30 n’a rien a voir avec celle d’aujourd’hui. On n’irait pas dire qu’un vélo équipé d’un moteur n’est pas une moto et peut se conduire sans permis et sans casque… sauf peut-être d’astucieux « jeunes fondateurs de start-up ».

Ainsi, que fait M. Auguste Laplace lorsqu’il « prête l’appareil au client » « pour vérifier qu’il procure une réelle amélioration de l’audition » ? Il s’intéresse à des consommateurs qui entendent bien ou il s’intéresse, en tant que professionnel de santé, à des patients qui entendent mal ? Il équipe, appareille, vend des aides auditives, ou il ne fait que vendre un jouet pour écouter les oiseaux ? Mais dans ce cas pourquoi le vend-il en pharmacie, y vend-il aussi des Ipod ou des légos ?

Est-ce cette vérité qui « indigne Maxence Petit » ? C’est pourtant simple : un appareil auditif sert à améliorer l’audition des gens qui entendent mal. La mise sur le marché de cet appareil est soumise à des règles afin d’éviter d’appareiller n’importe qui n’importe comment. Comment expliquer les choses autrement ?

Pour être plus clair : l’audioprothésiste travaille sur prescription médicale et après examen audiométrique. L’appareil qu’il vend est réglé au cours de l’adaptation (dirait-on « préréglé sur mesure » ?), puis sera réajusté dans le temps -pendant 5 à 10 ans- selon l’évolution de l’audition et/ou de l’accoutumance du patient.

 

Justifier médicalement ce contournement de la loi

1)  Les fondateurs de Sonalto n’hésitent pas à réviser la classification des surdités et à faire une classe à part des presbyacousies traitables par les « assistants d’écoute » (comme d’autres avaient revisité les catégories d’antidiabétiques afin de laisser leur produit sur le marché…) .

Ce produit  « ne concurrence pas directement les audioprothèses », puisqu’il « ne corrige que les gènes auditives légères ou débutantes » sous entendu : la surdité légère peut être corrigée par n’importe qui, avec n’importe quoi, tandis que l’audioprothésiste n’est utile que pour les surdités moyennes ou sévères.

Dans la même veine, pourquoi ne pas traiter les cancers « débutants » par des plantes chez des végétothérapeutes et seulement les cancers « sérieux » ou métastasés à l’hôpital par des cancérologues… ?

2)  L’absence de prise d’empreinte justifierait une différence ? De nombreux appareils actuellement adaptés sur embouts ouverts sont réalisés sans prise d’empreinte… Et l’on connait d’ailleurs bien les variations acoustiques liées aux variations d’embouts (que l’on peut mesurer et adapter).

3) Le préréglage distinguerait ce produit, qui serait une sorte de « générique » ou de lunette-loupe ? Déjà dans les années 40 les appareils étaient préréglés et il fallait les comparer pour trouver le plus adapté, puis dans les années 70, les intra-auriculaires (anatomiquement sur mesure) l’étaient également et disposaient de peu de possibilité d’ajustement par la suite. Il fallait le cas échéant les renvoyer chez les fournisseurs, Aujourd’hui encore, tous les appareils auditifs sont préréglés en usine (soit à gain maximal, soit à gain linéaire) puis adaptés par l’audioprothésiste en fonction de l’audiogramme. La différence c’est qu’ensuite l’audioprothésiste mesure et adapte le réglage au patient avec l’appareil en place. Vendre un appareil auditif préréglé ce serait juste comme s’arrêter après le premier rendez-vous, voire même avant…

Justifier « moralement » ce contournement de la loi

1) A la façon de Robin des bois ou d’Arsène Lupin on peut enfreindre la loi pour le bien des plus démunis, n’est-ce pas ? Ainsi Sonalto serait la solution pour sauver le pouvoir d’achat des pauvres malentendants contre les vilains fournisseurs trop chers ?

« La France compte plus de six millions de malentendants, mais seulement un million d’entre eux sont appareillés« . Ces chiffres sont simplement faux. Mais c’est surtout la relation de cause à effet prix-taux d’appareillage qui est erronée : « Toutes les enquêtes réalisées ces dernières années montrent que le prix élevé des aides auditives représente le premier obstacle » « Loin devant la honte de montrer son handicap » « .
Sauf que, justement, quand on a honte on ne le dit pas, et il est plus facile d’utiliser le prétexte du prix… La preuve : le taux d’appareillage est à peu près le même quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle et les revenus.

Trop chères ? On cite l’Allemagne, le Danemark et l’Angleterre mais les prix des prothèses auditives y est supérieur à celui pratiqué en France. (en revanche le remboursement est meilleur et malgré cela le taux d’appareillage est loin des 100%).

2) Serait-ce le monopole (tout de suite ça fait méchant) qui altère la vision des audioprothésistes et entrave leur capacité d’innovation ?

« Les audioprothésistes qui campaient depuis des années sur une situation de monopole commencent à sentir l’édifice vaciller ». et « découvrent (un peu tard) les besoins d’une clientèle plus vaste à laquelle ils pourraient proposer des modèles bons marché au lieu de les orienter systématiquement vers le dernier cri« .

Laissons de coté le procès d’intention fait à l’audioprothésiste qui vendrait systématiquement du haut de gamme (les patients sont-ils bêtes au point d’accepter systématiquement le plus cher chez l’audioprothésiste ?). Faudra t-il protéger les gens contre eux-mêmes ?
La réglementation est liée à l’histoire de la profession : de 1900 à 1967 les appareils étaient en effet vendus sans consultation médicale et sans prescription par des personnes non obligatoirement diplômées. Ce sont les pouvoirs publics, les caisses d’anciens combattants et les patients eux-mêmes qui ont amené à la création d’une profession régulée. Ce que Sonalto nous propose au nom de la modernité des » start-up » est donc simplement un grand retour cinquante ans en arrière.

3) La satisfaction et l’adhésion populaire sous entendu : puisque ça plait pourquoi ne pas l’autoriser ?

« 3500 utilisateurs » en deux ans en étant « présent dans 2000 pharmacies« . Les chiffres, invérifiables, diffèrent d’un article à l’autre mais représentent environ 2 appareils par pharmacie… et en terme de marché : moins d’1% des ventes en France !  Les « business angels » qui soutiennent cette « start’up » espèrent probablement un retour sur investissement un peu plus rapide nécessitant une com‘ un peu plus directe…
« Après essais le taux de retour de l’appareil est d’environ 50%« . Ces patients seront-ils pour longtemps découragés d’aller vers un appareil auditif bien adapté par un professionnel compétent ?

4) L’argument imparable : d’autres le font, ça se fera de toute façon, alors pourquoi pas nous ?

« D’autres assistants d’écoutes sont sur le marché sous forme de boitiers ou de casques« .
Cet argument, qui n’est pas éthiquement recevable, masque des chiffres ridicules et des appareils bien spécifiques. Quelles quantités sont en jeu et de quoi parle-t-on ? Probablement quelques centaines par an et ils sont soit vendus à des personnes qui entendent bien et veulent entendre des bruits particuliers (mécanicien, ornithologue, détectives…), soit vendus par les audioprothésistes après examen auditif et audiométrique en appoint d’un appareil auditif (casque TV amplifié par exemple).

5) Enfin, si ça ne suffisait pas pour emporter l’adhésion du lecteur : se poser en victime et pointer le complot.

« Une campagne de déstabilisation de la part des audioprothésistes« . Il n’y a que la vérité qui blesse dit-on. Calmoniez, calomniez, il en restera toujours quelques chose…

 

Justifier juridiquement ce contournement de la loi en la ré-interprétant

Le mieux est encore de se mettre du côté des autorités sanitaires :

« une catégorie de DM reconnue par l’ANSM« .

Plus c’est gros plus ça passe… sauf que justement là, c’est trop gros, et ça ne passe plus !!!

Dans le contexte de mise en cause récurrente de l’ANSM, la journaliste aurait pu contacter cette institution pour apprendre qu’au contraire Sonalto est dans le collimateur et que lANSM tente -tant bien que mal- de faire appliquer la législation en vigueur auprès du fabricant.

L’ANSM ne reconnait pas ces appareils comme des DM (Dispositifs Médicaux) spécifiques ou à part, mais bien au contraire, demande au fabricant de faire un choix : soit il s’agit de DM et ils doivent respecter les normes (marquage CE, adaptation selon la législation en vigueur, etc.), soit il s’agit de gadgets (qui doivent respecter d’autres normes et ne peuvent être vendus en pharmacie).

Pour ceux qui en doutent :

  • tout d’abord le mail d’une correspondance privée indiquant  :
    « Je vous informe que l’ANSM n’a reconnu aucun statut spécifique particulier pour ce matériel. » :
  •  puis un courrier officiel en réponse à une association d’audioprothésistes qui demandait le statut précis de ce produit. Ce courrier, comme le corps médical, ne proposa pas de différence de traitement entre une presbyacousie, une surdité légère et tout autre type d’hypoacousie.

 

Quelles sont les conséquences pour les patients :

Espérons que les cadres commerciaux ne suivront pas l’exemple cité par Que Choisir et n’irons pas voir ce pharmacien de Vincennes. En effet, lorsqu’on est salarié et qu’on a moins de 60 ans, il est possible d’obtenir (en faisant certes un dossier, mais sans difficulté) une prise en charge quasi-complète d’aides auditives modernes et performantes, adaptées également à son téléphone portable. Ce patient aurait-il néanmoins préféré un appareil bas de gamme sans prestation pour 299€  à un appareil adapté dans les règles de l’art et sans reste à charge (et pour lequel les piles seront également remboursées) ? On ne peut qu’espérer qu’il a fait son choix en connaissance de cause, que le pharmacien a exercé son devoir de conseil et l’a informé.

On pourrait aussi s’inquiéter pour les patients comme madame X, nonagénaire, atteinte de DMLA, appareillée à l’aide d’Octave d’une seule oreille sur un bouchon de cérumen et une surdité moyenne…
Après avoir détruit son Octave par une manipulation trop hésitante et avoir vu un ORL qui a retiré le bouchon, elle a pu être remboursée intégralement au titre de la cécité, d’un appareillage adapté par un audioprothésiste. (Son Octave est lui définitivement inutile).

On attend maintenant le premier cas de neurinome ou cholestéatome qui n’aura pas été pris en charge à temps… et dont le pharmacien sera responsable des conséquences engendrées par cette perte de chance et ce défaut de conseil.

 

 

 

Pour aller plus loin : 

Quelques bonnes questions qui auraient pu améliorer l’information :

– quelle est la procédure normale de mise sur le marché d’un produit ? en particulier d’un produit de santé ?
– quelles normes doivent respecter ces produits ?
– pourquoi le pharmacien ne vend-il pas de Legos ou d’Ipod ?
–  quels sont les prix pratiqués en Europe ?
– pourquoi l’audioprothésiste affiche-t-il depuis 2009 une prestation indissociable sur ses devis ?
– …

Le nain sourd de Bilbo le Hobbit en mode « super-directionnel »

 

Devant l’apparition ces derniers temps de « solutions auditives non-prothétiques » comme leurs distributeurs aiment à les appeler, sortes d’amplificateurs en accès direct en pharmacies ou par correspondance, vendus sans bilan, sans adaptation, sans suivi… et sans honte (!), je voulais vous relater une étude assez récente du NAL.

On présente souvent la baisse d’audition légère comme une baisse d’audition également « légère à corriger »; c’est à dire « simple » à corriger et donc ne nécessitant finalement qu’une amplification de faible niveau pour être « compensée ». Mais alors, pourquoi dépenser 300€ en pharmacie et s’acheter un S…..O, alors que pour beaucoup moins cher (24,95€) chez Nature et Découvertes, vous avez le canon à sons (et en semi-stéréo s’il vous plait !):

Là c’est clair, vous allez briller en société. Finalement, c’est vrai, vous ne serez plus gêné par les conversations dans le bruit, car celles ci cesseront dès que vous paraîtrez avec l’engin au poing, en même temps que les regards se porteront sur vous !

Bref ! J’ai découvert cette étude du NAL (Mild Hearing Loss is  Serious Business) pour un tout autre sujet, mais l’analyse de fond (faut-il une réponse simple à un problème « léger » ?) est très intéressante.

Car au final, la surdité légère est-elle un problème simple ? Une « banale » amplification suffira t-elle ? Les tenants de la solution « péri-prothétique », vous dirons que ces amplificateurs sont une solution de démarrage, un « pied à l’étrier » en quelque sorte, en attendant de passer le pas vers le « vrai » appareillage auditif. Et même (c’est un comble…), le BUCODES a publié ces derniers mois un communiqué de presse vantant les mérites des amplificateurs de sons pour les surdités débutantes ! Là, pour un organisme censé apporter un éclairage informé sur l’audition à destination du grand public, cela dénote une connaissance très « 19éme siècle » de la physiologie cochléaire !

Non: la perte auditive, même légère, n’est pas assimilable à la presbytie. La perte auditive, dès son apparition, n’est que le reflet apparent d’une somme de dérèglements physiologiques. Je vous laisse lire cette présentation du NAL pour une revue (non-exhaustive) des atteintes neuro-physiologiques présentes dès la perte auditive légère.

  1. Sur le dégénérescence « légère » du système auditif: je pense que le mot « dégénérescence » n’est pas exagéré. On emploierait le même s’il s’agissait de la rétine subissant les mêmes phénomènes (DMLA). Perte des cellules sensorielles, cellules ciliées externes, et même dans certains cas, des cellules ciliées internes. Si la perte des secondes interdit toute intervention, la surdité légère est surtout le résultat d’une réduction du nombre de CCE. Dans ce cas, il va falloir, on pourrait le penser, « mettre le son plus fort », ce sera au détriment de la sélectivité fréquentielle.
  2. Augmentation du temps de traitement temporel des informations auditives, et également (lié ?), augmentation de l’intervalle de temps minimal perceptible (quasiment doublé).
  3. Perte des informations de structure temporelle fine.
  4. Dégradations de l’intelligibilité dans le bruit.
  5. Etc.

Juste un rappel: on parle ici de surdité LEGERE….

Le NAL, pour cette étude aura mis à contribution toute une région de l’Australie, les Blue Mountains, et des milliers de patients appareillés, centralisation du secteur audiologique oblige, et s’est surtout intéressé à ce qui touche en premier lieu les patients présentant une surdité légère: l’intelligibilité en milieu bruyant. Ils ont mesuré pour cela les apports respectifs:

  1. d’une correction et captation par micro omnidirectionnel
  2. d’une correction et captation par micro directionnel (adaptatif, j’imagine)
  3. d’une correction et captation par réseau de micro super-directionnels (du pays de la vache violette…)
  4. et enfin d’une correction, captation par micro super-directionnel avec adaptation « spéciale NAL » (du suspens !!!!)
  5. … le tout comparé à l’intelligibilité dans le bruit de sujets normo-entendants

Correction d’une surdité légère par des moyens classiques (appareillage open, comparatif des micro omni. et dir.:

Surdité légère corrigée en mic. omni. et dir. (reprise données NAL)

 

Petites surdités, mais déjà perte conséquente en milieu bruyant. Par rapport à la normale, de 10 à 50% d’intelligibilité en moins ! L’apport de la captation directionnelle est relativement limité, au maximum 1dB de S/B gagné. Et la différence entre le mode microphonique omni. et directionnel est insignifiante. Comme dirait Bashung, « Y’a un truc qui fait masse ! », mais les lecteurs de Dillon savent déjà quoi…

Donc, sortons la grosse artillerie et tentons la captation « Super-directionnelle », disponible depuis quelques années.

Correction d’une surdité légère par des moyens classiques (appareillage open, comparatif des micro omni., directionnels et super-directionnels:

Surd. légère et trt par micro super-directionnel (reprise données NAL)

 

Comme dirait Bertrand dans « Des Chiffres et des Lettres » (j’ai ma culture !): « Pas mieux ! ». Mais enfin, toute cette technologie pour rien ? N’oublions pas que les sujets testés ont une surdité légère, appareillée en open (gros indice, là…).

Et donc les gens du NAL ont repris les mêmes patients, en appareillage « Super-directionnel », mais ont juste modifié, non pas le réglage, mais un « petit quelque chose », et là:

 

Surd. légère et appareillage super-directionnel « spécial » (reprise données NAL)

 

Ca y est ! Là, nos patients pourraient vraiment penser qu’ils ont retrouvée une audition « normale » dans le bruit.

Comment a fait le NAL pour arriver à ce résultat ? En réalité, ils ont trouvé le moyen d’utiliser cette super-directivité dans les basses fréquences, mais vous en saurez plus en lisant ce ppt de 120 dias environ ! Le premier qui trouve gagne un abonnement à « Teckel magazine ». (AN: CG, tu es hors-concours !).

 

C’était aussi un clin d’oeil du NAL: la surdité légère, « Serious Business » = « Affaires florissantes » ou « Sujet sérieux » ?

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