Catégorie : Etude de cas

Après ces quelques heures de suspense insoutenable, ma boîte mail débordant de messages me demandant de poursuivre cette histoire (non, complètement mytho !), voici enfin la suite de cette histoire.

Pour rappel, lors du renouvellement de l’appareil de ce patient, les réglages (bande passante, dynamique) étaient identiques. Les fonctions n’existant pas sur l’ancien appareil (le BT4) du type expansion et réducteur de bruit avaient été désactivées sur les nouveaux. Et pourtant le premier remplaçant potentiel n’avait pas permis la localisation, le second, oui, de façon immédiate !

Fin du premier acte en octobre.

Mi-décembre, une mise à jour logicielle de l’Affinity 2, la version 2.04, apporte son lot de corrections et d’améliorations en tout genre (TEN-Test, Speech Mapping « du feu de Dieu », etc…) et au milieu du module HIT je découvre le test « Délai ».

« Délai », c’est un peu léger, d’autant que bien sûr, il n’y a pas le mode d’emploi, et d’autre part ce test n’est pas configurable : émission d’un « chirp noise » (sorte de bruit de mitraillette) à 70dB SPL d’entrée.

Résultat du test en ms (millisecondes) : ça y est, si ce n’est pas un temps d’attaque, c’est le délai entre l’entrée du signal au micro et la sortie à l’écouteur, bref le temps de traitement du processeur.

Ca m’a fait assez plaisir d’avoir accès à cette valeur qui était jusque là à la seule discrétion des fabricants. Qui n’a pas en effet remarqué ce léger « écho » avec certains appareils numériques d’il y a quelques années ? Et le test du crayon qui tombe et que l’on entend « en différé » ?

Je trouve quand même que ces problèmes ont tendance à s’estomper, mais l’appareillage croissant des surdités légères, et donc des oreilles encore « rapides », devrait nous faire un peu plus pencher sur ces données qui pourraient expliquer certains échecs.

Pour info, vous trouverez une liste non exhaustive de quelques mesures que j’ai pu réaliser. Quand j’ai pu le faire, j’ai respecté l’ordre chronologique de mise sur le marché afin de voir si l’inflation des fonctions entraînait un allongement du délai de traitement. Des fois oui… des fois non.

Il est très intéressant de toucher un peu les choix stratégiques des fabricants en matière de numérisation du signal. Si on demande toujours la même chose à une aide auditive, il y a apparemment plusieurs façons de le lui faire faire ! Et cette opération pour des appareils très récents peut prendre de 2 à 8ms… quatre fois plus de temps pour un résultat similaire.

Je dégage quelques grandes lignes :

  • De loin, les appareils analogiques « courraient » le plus vite. Doit-on le regretter ? Non, pour la pauvreté des réglages. Peut-être pour un certain confort, notamment dans la gestion des bruits impulsionnels : un circuit quasi-instantané avec un vrai écrêtage (et toutes les mauvaises conséquences induites) était parfois jugé plus doux. Le renouvellement de certains patients a pu poser problème de ce point de vue il y a quelques années. Quand il faut 8ms pour enclencher une protection, l’agression a déjà été subie… Aujourd’hui on semble revenir à une meilleure prise en charge des bruits impulsionnels avec les systèmes de réduction de bruits d’impact en entrée de circuit (cliquez sur la phrase pour le lien).
  • Une aide auditive plus « lente » est-elle moins bonne ? Sur ce point, je me garderai bien de me prononcer car j’ai aussi de très bons résultats avec des appareils « lents » du tableau que je vous fournis.
  • Et l’appareillage « ouvert » ? Là par contre, je suis perplexe. On peut légitimement se poser la question : lorsque l’oreille est totalement ouverte et que le patient présente une surdité légère/moyenne, de l’impact d’un temps de traitement à 8ms. Sur l’intelligibilité d’une part mais aussi sur le côté naturel d’une telle situation d’écoute, directe par l’évent et décalée par le circuit… Je note juste que certains fabricants ont fait le choix de la rapidité pour ce type d’appareillage, en modifiant même des fois leurs stratégies pour les adapter spécifiquement à l’appareillage ouvert.
  • Egalement, lors du renouvellement pour des surdités sévères et profondes, il est probable que le temps de traitement du signal joue un rôle important dans le processus de rétrocontrôle de la voix. En effet, ces patients sont très dépendants de leur(s) appareil(s) pour réguler le niveau d’émission de leur voix. Un renouvellement avec une aide auditive numérique (même réglée en linéaire) s’avère souvent délicat. Un décalage temporel de sa propre voix, même minime, pourrait-il expliquer des difficultés de renouvellement souvent rencontrées ?

Et mon chasseur de sanglier dans tout ça ? si on présume que ce monsieur a une demande de localisation essentiellement dans le calme (en pleine campagne), donc que les temps d’attaque/retour des compressions sont sans effet à ces niveaux sonores, je constate qu’il est passé d’un BT4 (1,1ms) à un premier appareil X (non listé, 8,1ms) puis à son appareil actuel Y (non listé, 2,7ms). Ce décalage temporel entre les deux appareils a t-il pu induire ces difficultés de localisation ? Si les deux aides auditives avaient eu le même temps de traitement (long ou court), y aurait il eu ce problème ?

Evidemment, le choix de l’appareil Y ne s’est pas fait sur ces critères « temporels ». Le hasard a bien fait les choses… Mais il est probable que maintenant je fasse attention à ce critère lors d’un renouvellement ou d’un complément d’appareillage (qui a dit qu’un renouvellement était facile ?).

Mais à l’inverse, rien ne dit qu’un patient habitué à un CANTA 770D (10,8ms) apprécierait de passer facilement à 2ms !!

Ralenti Forrest, ralenti !!

Un article en français sur le sujet (bases).

Le temps de traitement (delay) du signal par les aides auditives et ses conséquences.

Le rôle des différences interaurales de temps dans la localisation: la différence interaurale de temps entre les deux oreilles est extêmement faible… loin des millisecondes. Mais décaler temporellement les deux oreilles par des temps de traitements différents doit bien être à déconseiller… On change les deux ou rien !!

XD.

C’est une étude de cas, sans la prétention d’en être une, car dans cette histoire, il s ‘agit probablement de facteurs prothétiques sur lesquels je n’ai pas d’incidence (sauf le choix des appareils…) :

J’ai appareillé un patient début 2000 avec deux Resound BT4. Il s’agissait de contours d’oreille analogiques, bi-canaux et amplification de type WDRC. Ces appareils étaient réputés très « doux » (mieux que la moyenne à l’époque de leur sortie) et « increvables » (la preuve, après 10ans de service).

Ce patient, pourtant pas tout jeune, est « tout terrain » : agriculteur retraité, toujours dehors, sa grande passion c’est la chasse au sanglier (comme Obélix !), ennemi juré du cultivateur de maïs…

La spécificité de ce genre d’activité si j’ai bien compris, consiste à localiser la meute de chiens et se déplacer sur le terrain en conséquence. Si si, on parle bien d’audioprothèse sur ce blog !

LOCALISATION sans vision = audition, ça y est, on revient aux oreilles.

Voici l’audiogramme de ce monsieur :

 tonale LG

 

Il existe une différence importante entre les deux oreilles, corrigée de telle façon que la localisation a toujours été très bonne, inchangée sur les 10 années passées.

Mais voilà, son appareil droit s’est cassé, même pas tombé en panne, et il faut renouveller… juste le droit !

Je respecte la décision du patient dans ce choix finalement dicté par un certain bon sens rural puisque « le gauche fonctionne très bien encore ».

Mais mon bon sens « audioprothésiste » à moi me dit que je n’aime déjà pas trop renouveller des BT4 qui se sont littéralement « greffés » sur leurs porteurs, alors un analogique avec un numérique… Et sur ce dernier point, je n’avais pas vraiment d’arguments audiologiques (le BT4 était déjà un circuit WDRC).

J’ai pris toutes les précautions du monde pour faire un copier/coller des niveaux de sortie in-vivo de l’ancien vers le nouvel appareil. Et même si je ne dispose pas des formidables engins d’équilibrage stéréophonique que nous présente chaque année L. Dodelé aux EPU, mes échelles d’intensité/fréquence étaient similaires entre les deux appareils.

La sensation sonore oreilles séparées était bonne, équilibrée, mais « la localisation des chiens est à l’envers » ! Impossible d’obtenir les performances de localisation précédentes !

Après plusieurs séances de réglages infructueuses avec cet appareil, je fais ce dont je ne suis pas toujours fier : je prends un autre modèle…

Je n’aime jamais trop cela si je ne sais pas exactement pourquoi je le fais. Je veux bien faire des erreurs, mais je voudrais apprendre de ces erreurs, pas juste le « ah oui, la dernière fois j’avais essayé le modèle truc sur cette surdité, et ça passait pas mal ! ».

En tout cas, je n’ai pas fais mieux que ça : j’ai sorti un appareil du placard, adapté comme le précédent, courbes REM à l’identique, etc…

Verdict immédiat : localisation retrouvée !

Pourquoi ? je n’aurais pas pu le dire…

C’était il y a un mois, j’ai « dormi » dessus, mais un élément récent est venu me refaire penser à cet appareillage, et au pourquoi (peut-être) de ces difficultés de localisation avec le premier appareil.

Amis lecteurs, la suite au prochain épisode…

Quel suspense sur le blog !!!

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