Catégorie : Formation continue

Nous sommes fin mai 1994. Je suis tout heureux car j’ai réussi à obtenir du Professeur Jean-Claude LAFON qu’il intervienne durant deux jours au siège parisien de l’entreprise pour laquelle je travaille. Une petite dizaine d’Audioprothésistes est là pour l’écouter. J’enregistre ses paroles sur cassettes à bande magnétique. Ce que je vous propose en est une retranscription écrite, non in extenso car malheureusement certaines cassettes s’avéreront de mauvaise qualité et donc inaudibles à l’écoute. Je m’en veux encore !

Professeur Jean-Claude LAFON :

« Quand on a une impulsion très courte, à la sortie de la prothèse elle est dégradée (elle n’est plus très courte) pas toujours de la même façon dans le spectre. Je pense que cela sera un moyen ultérieurement d’avoir une certaine connaissance des prothèses de façon très rapide (le contenu de l’impulsion d’entrée doit être pratiquement un bruit blanc : tout le spectre y est ainsi représenté). On peut très bien, avec les logiciels, calculer « l’équation » de la prothèse. C’est du futur.

Etude sur le test phonétique du spectre moyen. Dominante à 500Hz / 60dBHL, 2000 / 40, 4000 / 30. Ce qui donne la puissance c’est le premier formant entre 250 et 800 Hz. Il y a 20 dB d’écart entre la zone du premier formant des voyelles et la zone du deuxième formant mais qui est occupé en grande partie par des consonnes. L’information est relativement peu dans la zone 500 Hz alors qu’on en a énormément dans la zone 2000 qui est moins puissante, d’où la tentation dans les prothèses de donner une courbe de réponse qui privilégie le 2000 par rapport au 500 de façon à réduire l’intensité des sons moins significatifs et de privilégier les sons significatifs. Cela a deux inconvénients : d’abord on déforme le rapport d’intelligibilité du spectre et on réduit les informations qui ne sont pas de la parole (qui se situent vers 250-500) mais qui peuvent être importantes pour la perception de l’environnement. Il est vrai que l’on réduit les bruits(ils sont souvent graves) donc cela permet de mieux faire émerger les traits pertinents de la parole. L’intelligibilité est meilleure mais c’est moins confortable. La « loi » des Belges doit être pondérée en fonction des niveaux du 500, 1000, 2000, 4000 de la courbe de réponse de la prothèse. Ca c’est le spectre moyen, il est faux dans la réalité car un « ch » à 2500 Hz est aussi puissant qu’une voyelle mais il se présente suffisamment rarement pour que quand on fait le spectre moyen il n’ait plus beaucoup d’importance. Le spectre moyen est un graphique faux sur le plan de l’intelligibilité ou de la représentation phonétique dans la mesure où il donne une valeur moyenne qui va dépendre essentiellement de la voix et très peu de la structure phonétique. Le « s » et le « ch » qui sont importants sont tout à fait négligés là-dedans puisque c’est statistique »

JYM

Nous sommes fin mai 1994. Je suis tout heureux car j’ai réussi à obtenir du Professeur Jean-Claude LAFON qu’il intervienne durant deux jours au siège parisien de l’entreprise pour laquelle je travaille. Une petite dizaine d’Audioprothésistes est là pour l’écouter. J’enregistre ses paroles sur cassettes à bande magnétique. Ce que je vous propose en est une retranscription écrite, non in extenso car malheureusement certaines cassettes s’avéreront de mauvaise qualité et donc inaudibles à l’écoute. Je m’en veux encore !

Professeur Jean-Claude LAFON :

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Nous sommes fin mai 1994. Je suis tout heureux car j’ai réussi à obtenir du Professeur Jean-Claude LAFON qu’il intervienne durant deux jours au siège parisien de l’entreprise pour laquelle je travaille. Une petite dizaine d’Audioprothésistes est là pour l’écouter. J’enregistre ses paroles sur cassettes à bande magnétique. Ce que je vous propose en est une retranscription écrite, non in extenso car malheureusement certaines cassettes s’avéreront de mauvaise qualité et donc inaudibles à l’écoute. Je m’en veux encore !

Professeur Jean-Claude LAFON :

« Qu’est-ce que l’environnement pour l’oreille ?

D’abord c’est le phénomène de l’écho. La distance est connue par le temps entre le son émis et celui qui revient. On a donc à l’oreille la notion d’une temporalité donc d’une distance. Le temps équivalent à la distance. C’est un phénomène qui existe jusqu’à 12 mètres, c’est-à-dire jusqu’au moment où la réponse qui vient se trouve dans un temps trop court par rapport à la réponse qui est envoyée pour être distincte. L’écho, c’est deux éléments distincts. Mais quand vous voyez un claquement (le Professeur tape sur la table), le claquement vous revient jusqu’à 12 mètres. Jusqu’à 12 mètres, vous avez un claquement qui vous revient à peu près distinct, il y a un intervalle de temps entre les deux. Quand vous vous rapprochez, vous n’avez plus d’intervalle de temps mais vous avez un son qui vous revient et qui modifie le son primaire. Si vous avez un son impulsionnel (donc très bref) vous trouvez entre l’écho jusqu’à 1 milliseconde d’écart (théorique). 1 milliseconde c’est en distance 40 centimètres aller-retour, donc 20 centimètres. A partir de 20 centimètres on peut entendre un certain écart si vous émettez des impulsions très courtes. En fait de 20 centimètres, c’est plutôt 1 mètre (5 millisecondes) pour commencer à entendre quelque chose. C’est-à-dire entendre sa présence. Quand vous avez un objet à 1 mètre de vous, vous pouvez très bien entendre son écho, sa présence. Donc vous appréciez les distances à l’oreille et la profondeur des choses est acoustique (et non visuelle). En visuel vous avez le relief, la perspective, mais la profondeur est acoustique. C’est une autre sensation qui appartient aussi au relief et à la perspective, qui les complète mais qui est différente. Les aveugles sont beaucoup moins gênés qu’on ne le croit. Ils sont gênés quand il y a un bruit qui masque (ils n’entendent pas les échos). Le très jeune enfant sourd n’a pas la notion de cette distance. Dans une école d’enfants sourds ils se précipitent sur vous et vous cognent brutalement. Ils ne se rendent compte de la distance que lorsqu’ils touchent pour connaître la distance. Petit à petit ils apprennent avec le nombre de pas, donc avec d’autres données visuelles, ils apprennent ce que c’est que la distance. Mais de toute façon la notion de distance n’est pas la même que celle de l’entendant »

JYM

Nous sommes fin mai 1994. Je suis tout heureux car j’ai réussi à obtenir du Professeur Jean-Claude LAFON qu’il intervienne durant deux jours au siège parisien de l’entreprise pour laquelle je travaille. Une petite dizaine d’Audioprothésistes est là pour l’écouter. J’enregistre ses paroles sur cassettes à bande magnétique. Ce que je vous propose en est une retranscription écrite, non in extenso car malheureusement certaines cassettes s’avéreront de mauvaise qualité et donc inaudibles à l’écoute. Je m’en veux encore !

Professeur Jean-Claude LAFON :

« Quand vous êtes dans des conditions quelconques vous avez perpétuellement des choses qui changent autour de vous (visuel, acoustique, tactile, odorat…). Si vous n’aviez pas un contrôle de ce qui survient, vous seriez incapable de réfléchir. On peut réfléchir quand on contrôle ses sensations. On peut très bien travailler dans un milieu bruyant à partir du moment où l’on fait abstraction des sons qui nous parviennent. La meilleure façon de faire abstraction, c’est de faire du bruit ! Quand vous faites du bruit vous-même, vous vous habituez à votre bruit et ce bruit masque les bruits qui surviennent de l’environnement. C’est la raison, sûrement, pour laquelle les étudiants travaillent volontiers avec de la musique assez forte à laquelle ils s’habituent. Ce seuil de masque équivaut à du silence car vous vous habituez au masque, vous ne l’entendez plus. Vous travaillez dans le silence alors que pour les autres vous êtes très bruyant. L’habituation, c’est quelque chose de tout à fait fondamental dans la vie et c’est un des problèmes avec les prothèses »

Avec les prothèses c’est beaucoup plus complexe pour s’habituer, tous les sons deviennent signifiants et le malentendant contrôle mal. Plus le malentendant écoute, plus il est gêné, moins il s’habitue. Il faudrait qu’il oublie ce qu’il entend, qu’il n’y fasse plus attention si cela n’a pas de signification pour lui. C’est un problème aussi chez le jeune enfant, il faut créer cette habituation et qu’il puisse choisir les sons qui parviennent à travers sa prothèse. Ceci aussi peut être (difficile) car les sons à travers la prothèse ne sont pas naturels, ils n’ont pas le caractère de l’environnement acoustique : sur une bande (magnétique) enregistrée dans une pièce où il y a beaucoup de bruit on a beaucoup de mal à entendre la parole, alors que lorsqu’on était dans la pièce on n’avait pas de problème.

Cela parce qu’il y a superposition des deux informations et que vous ne pouvez pas les localiser, vous ne pouvez pas savoir d’où elles viennent. Quand vous êtes dans la pièce, vous localisez les sons, vous privilégiez alors des directions (même sans tourner la tête) et vous écoutez plus facilement tel ou tel phénomène acoustique.

On dit qu’avec les Intras c’est mieux (micros latéraux et non frontaux donc plus directionnels). Mais je ne suis pas très sûr que cela soit exact, je n’ai pu le vérifier. La perception de l’environnement se mesure très mal parce que la spatialisation n’est pas la perception de l’environnement, c’est la perception d’une direction, ce n’est pas la perception d’un ensemble structuré. La représentation volumétrique (plus de 3 dimensions) devient plate avec les prothèses. Elle n’a pas de profondeur. Je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas pourquoi le micro perturbe la structure de l’environnement. C’est sûr qu’il y a des progrès à faire en prothèse. Le jour où l’on aura une meilleure perception globale de l’environnement, on aura aussi un bien meilleur appareillage social, même si pour la parole cela ne change pas. N’oublions pas que la prothèse n’est pas seulement la perception de la parole mais c’est aussi la perception de tout ce qui se passe autour de nous (= environnement social)

JYM

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