Qui sommes nous ?

Nous sommes un collectif d'audioprothésistes, depuis 2006, qui cherchent à améliorer l'image et la diffusion de connaissances techniques à destination des audioprothésistes ! L'exercice nous permet de commenter et également d'améliorer nos connaissances. Il faut bien le dire ce blog bouillonne de bonnes idées !!!! Si toi aussi tu as envie de partager ton expérience ! Alors rejoins nous !

Sondage : pratique de la mesure in vivo en appareillage auditif

Bonjour à tous,   Je vous fais part de la demande d’une étudiante de Fougères (Capucine MARMORAT), dans le cadre de son mémoire de fin d’année. Ce mémoire porte sur la pratique de la MIV et les freins éventuels (formation, coût, temps, utilité, etc.) à cette pratique. Merci d’y consacrer quelques instants. Vous trouverez dans son message le lien pour répondre au questionnaire :
Cher(e) audioprothésiste,
Dans le cadre de mon mémoire, en vue de l’obtention du diplôme d’Etat d’audioprothésiste, je sollicite quelques minutes de votre temps (5 à 10 maximum) pour répondre à un questionnaire.
Mon mémoire a pour sujet : « La pratique de la Mesure In Vivo ». Je m’interroge sur la place de la MIV, à l’heure actuelle, en France.
Pour cela, j’ai besoin de connaître votre pratique pour faire une étude objective. Elle n’est en aucun cas un jugement de votre façon de travailler.
Bien entendu, toutes les réponses obtenues seront analysées uniquement dans le but de mon mémoire et de manière anonyme. J’insiste sur le fait qu’en aucun cas, votre nom ou vos réponses individuelles n’apparaîtront.
Enfin, si vous êtes intéressé(e) par les résultats de mon étude, je serai heureuse de vous les transmettre.
Pour remplir le questionnaire, il vous suffit de cliquer sur le lien suivant remplissez-le dans Google Forms et de répondre en ligne. Je vous remercie sincèrement pour toute l’attention et le temps que vous pourrez consacrer à ce questionnaire (d’autant plus que le CNA est intéressé par les résultats).
Bien cordialement,
Capucine MARMORAT, Etudiante en 3ème année à l’école de Fougères

3 – Le Saint Graal de l’audioprothèse : mesurer le RSB en sortie d’aide auditive – Test 3… et fin !

Suite du premier et second billet. Troisème test après celui ci et celui ci.

Troisième (et dernier) candidat : WIDEX UNIQUE 440 Fusion

Il s’agit d’un RIC pile 312, successeur du circuit DREAM 440. Le Widex UNIQUE marque une rupture technologique qui semble importante chez ce fabricant puisque l’on a pour la première fois une détection automatique de 9 environnements sonores différents, le choix entre la transposition fréquentielle « classique » ou une duplication (mais ce n’est pas le sujet qui nous intéresse aujourd’hui), 4 convertisseurs A/D  de 18bits, soit pas loin de 108dB de dynamique, un seuil d’enclenchement possible vers 5dB SPL (étonnant), etc… Surtout, et là c’est plus surprenant (pour les audios habitués à la marque) et intéressant, l’amélioration de l’intelligibilité ne repose pas uniquement sur un réglage de « réduction du bruit » à proprement parler, mais plusieurs réglages de détection et et d’amplification de la parole (Speech Enhancer), dont un mystérieux réglage « Audibilité ». Widex explique d’ailleurs que les patients agissant sur le potentiomètre à la hausse, agiront spécifiquement sur ce réglage de renforcement de la parole.

Alors ? Marketing tout ça ou réelle avancée technologique ?

Appareil testé sur un pré-réglage avec méthodologie propriétaire Widex, base audiogramme KS100. Le LTASS de la voix moyenne (65dB SPL) a été mis sur une cible sur DSL 5.0a, base insert et RECD HA1, comme pour les autres appareils testés, afin de tous les comparer dans des conditions de réglages similaires. Pour ce Widex UNIQUE comme pour les autres appareils testés, les rapports de compression sont restés tels que préconisés par leurs fabricants respectifs.

Laisser faire les automatismes ou « fixer » l’appareil dans un mode particulier ?

Connaissant depuis un petit moment déjà l’anti-larsen Widex, on pourra certes lui reprocher plein de choses, mais en aucun cas d’inverser la phase du signal. C’est le genre d’effets collatéraux que l’on découvre en faisant ce genre de tests… Donc, et contrairement aux autres fabricants testés précédemment, j’ai décidé :
  • dans un premier temps, de le tester en désactivant la détection automatique d’environnements, d’activer le micro directionnel fixe avant, mais en activant ce fameux réglage « d’audibilité » au maximum; donc en fixant l’appareil dans une sorte de mode « parole dans le bruit », avec anti-larsen actif
  • puis de le tester dans un second temps « tel quel », sans activer, désactiver ou sur-activer de traitement du signal particulier, ni désactiver la reconnaissance automatique d’environnements. Je ne l’avais pas fait lors des essais précédents, les extractions n’auraient alors pas été possibles à cause de l’anti-larsen par opposition de phase des deux appareils précédents testés (et dans une moindre mesure, de la détection automatique des environnements)
  • enfin, de comparer les deux conditions afin de savoir si ce réglage d’extraction de la parole améliore réellement le RSB

Les résultats « visuels » à RSB -5dB :

U440_AUDIB_SNRm5 Les connaisseurs de Widex reconnaitront le fonctionnement typique de la marque : la réduction du bruit et/ou l’activation du mode directionnel est très progressif, mais nettement plus rapide que sur les modèles précédents où il fallait 10 à 15 secondes à l’appareil pour activer ses divers systèmes. Sur cet UNIQUE440, c’est beaucoup plus rapide : environ 7 secondes. Les crêtes semblent bien préservées tout au long de la mesure, n’oublions pas que nous sommes à un RSB de -5dB en entrée.

On écoute ?

 Voici d’abord ce que le micro de référence capte en cabine à RSB -5dB :

REF_CABINE_SNRm5Et ce que ça donne à l’écoute en cabine, sans appareil (il y a de l’ambiance !) :

 Et voici avec l’appareil, toujours à RSB -5dB en entrée, réglage d’audibilité au maximum (c’est l’écoute du visuel avec les zones temporelles entourées) :

On sent très nettement, entre la 12ème et la 15ème seconde, la réduction du bruit. La parole devient alors de plus en plus audible. Est-il plus probable que ce que l’on entende soit dû à l’enclenchement du microphone directionnel et/ou à l’activation d’un réducteur de bruit ? Nous verrons cela plus en détail par la suite… Suspenssssssss inssssssoutenable !!

 Des chiffres (réglage « Audibilité » maximum + micro. dir. fixe avant) :

Juste à noter, un détail : les extractions des signaux issus du Widex UNIQUE 440 ne peuvent se faire qu’avec un alignement par l’enveloppe des signaux SpN, SmN, mSmN et mSpN. Impossible d’avoir des extractions correctes en alignant par la structure fine… à l’inverse des deux autres fabricants testés ! Mystère… U440_audMax_micDir On trouve sur ce graphique :
  • ce que capte en parallèle le micro de référence (lignes 10 à 14)
  • les Leq en dBA(30s) respectifs du signal et du bruit (colonnes D et E)
  • lignes 3 à 7 : les extractions avec le UNIQUE 440
  • colonne C3<–>C7 le RSB réel en entrée (issu du micro de réf.)
  • colonne I3<–>I7 le RSB en sortie de l’appareil
  • colonne J17<–>J21 la différence entre le RSB à la sortie de l’appareil et le RSB réel en cabine (mic. de réf.)
La parole est très stable (delta de 3,5dB de RSB +10 à RSB -10), l’appareil « n’emporte pas » le signal avec le réducteur de bruit (ça arrive des fois…). Le bruit varie de 20 dB en entrée pour 17dB en sortie. L’amélioration du RSB par l’appareil est d’environ 8dB dans ce mode (colonne I – colonne C) de +10 à à 0dB en entrée. Les deltas sont en J17<–>J21. On est donc face à un appareil très performant dans le bruit, présentant un très efficace mode directionnel, mais couplé à un système qui semblerait préserver (donc différentier ?) le signal utile. Comment mettre en évidence ce système ? S’agit-il plutôt d’un réducteur de bruit ou d’un détecteur/expanseur de parole ?

« Audibilité renforcée » : réglage utile ou gadget ?

Vous vous demandez certainement (comme moi…) si le fait de déplacer un curseur de deux crans va réellement agir sur l’audibilité de la parole. Et quelle est l’action de ce réglage ? Une réduction du bruit dans les silences de la parole permettant une émergence du signal utile (comme le Bernafon) ? Ou au contraire une détection des indices vocaux et une amplification renforcée sélective ? Une seconde série de mesure à été refaite :
  1. comme la précédente, audibilité max et mic. directionnel avant fixe
  2. réglage « standard » en mode automatique total
AN : le réglages sont très reproductibles, puisque les deux mesures faites en « audibilité max. + mic. dir. » sont quasi-identiques sur les deux mesures.

Réponse avec l’analyse LeqA des divers signaux extraits sur les 30 dernières secondes (de 40″ à 1’10 ») du mix signal + bruit (donc après l’activation du microphone directionnel qui a dû se produire dans les 7 premières secondes) : U440_STDvsAUDIB Les réglages des gains sont les mêmes dans les deux conditions :
  • Il n’y a quasiment pas de différence entre les niveaux du bruit (lignes E3/E7 et E11/E15) avec le réglage d’audibilité « moyenne » ou « maximum » : le LeqA(30s) évolue dans les deux conditions de 63 à 80dB environ de +9 à -11dB de RSB(in). Le réglage d’audibilité n’est donc pas principalement un réducteur de bruit.
  • Par contre, on constate un net renforcement du signal de parole entre les deux conditions : +3 à +5dB en « audibilité maximum » par rapport au réglage « standard » (lignes D3/D7 par comparaison à D11/D15).
C’est donc l’action de ce réglage qui explique l’amélioration du RSB entre les deux conditions. Il ne s’agit donc pas d’un réducteur de bruit, mais bien d’une détection spécifique et d’un renforcement du signal de parole.

Voici la progression du UNIQUE 440 :

U440_auto_audib L’amélioration du RSB est de 4dB environ en « mode auto » (courbe orange), ce que bien des fabricants aimeraient atteindre en mode directionnel fixe et RB au maximum… On notera juste que l’appareil, dans les deux modes de réglages va privilégier le confort plus que l’efficacité sous RSB 0dB.

Par contre en mode d’audibilité renforcée (courbe rouge), l’appareil regagne encore 4dB de RSB, ce qui donne au total une amélioration du RSB de 8dB entre 0 et +10dB et 6 à 7dB environ entre -10 et 0dB. Impressionnant tout de même, c’est le maximum mesuré jusque là entre les divers fabricants en monaural…

Au-delà de la performance pure, certains appareils performants atteignent quasiment ce niveau, mais avec une qualité sonore du signal utile très « artificielle » (je présume, hachée par les compressions). Ici, et c’est souvent le cas chez Widex, la qualité du son reste très bonne. Les extractions (en sortie de l’appareil) donnent un signal de parole clair, comme ici extraite des 30 dernières secondes d’un mix RSB -5dB : Ca fonctionne quand même bien la méthode de séparation des signaux par opposition de phase… Merci Messieurs Hagerman & Olofsson ! Il faudra un jour que je vous fasse écouter les extractions de parole de 7 fabricants testés, en blind test : nous aurons des surprises dans la qualité sonore… C’est un aspect des choses ignoré, mais qui doit avoir aussi son importance…

Emergence du message

Widex dit utiliser un SII « HD » dans son algorithme. Je ne connais pas de norme SII « HD »… mais la bonne vieille (et toujours en vigueur) norme ANSI S3.5-1997 qui définit le calcul du SII, auquel, c’est vrai, on peut ajouter un calcul (non encore normé) du SII bilatéral. Bref… améliore t-il le SII ? On peut présumer que oui puisque la parole est détectée et amplifiée sélectivement.

Voici ce qui se passerait si l’appareil n’améliorait pas le RSB (situation encore fréquente ces dernières années…) : U440_SNR0in_SNR0out RSBin_equal_RSBout_corr_KS100Le SII avec l’appareil serait d’environ 0,38 à RSB 0dB.

Et avec l’appareil, dont l’amélioration RSB est d’environ 7,2dB à RSB 0dB en entrée : U440_SNR0in_SNR7out U440_SIILe SII passe à 0.61 (SII calculé sur base audiogramme KS100, signal à l’avant et bruit arrière, par le logiciel SIP-Toolbox). On obtient une émergence améliorée de 23% du signal par rapport au bruit. Pour vous donner une idée : un SII de 0,33 est suffisant à un normo-entendant pour répéter 50% des mots de listes dysyllabiques, et 0,4 pour répéter 90% des phrases d’un test (selon la norme SII). Vous noterez au passage qu’il serait impossible d’obtenir un SII supérieur à 0,8…

Conclusion(s)

  • Le réglage « Audibilité » de ce Widex UNIQUE 440 fonctionne bien comme un détecteur et « expanseur » de parole
  • absence de potentiomètre standard, remplacé par ce réglage croissant de détection de la parole améliore progressivement de RSB; vous êtes gêné pour comprendre dans le bruit = appuyez sur la touche + !!!
  • les meilleurs résultats dans le bruit (+8dB de RSB) sont obtenus avec un programme spécifique, en désactivant le détecteur d’environnements, en mode directionnel fixe et audibilité au maximum, comme sur les modèles testés précédemment. La directionnalité fixe potentialise toujours nettement l’action des algorithmes.

Fichiers et extractions

Pour les incrédules de la méthode (ou des résultats obtenus), ce que je peux comprendre, vous trouverez à l’adresse de ce lien tous les fichiers de calibration des micros de référence (Behringer) et de mesure (DPA) ainsi que les enregistrements avec ce UNIQUE 440 FS, découpages des séquences et extraits correspondants de parole et bruit à chaque RSB. Condition de test : Audibilité max. et mic. dir. fixe avant.

Formule d’usage : l’auteur signale un lien d’intérêt avec le fabricant testé, puisqu’il a accepté de me prêter cet appareil avant sa commercialisation officielle, mais pas dans le but de ces tests. Le « risque » est relativement important pour Widex qui a décidé de prêter quelques appareils à des fins comparatives à des patients déjà équipés de technologies évoluées. Si les résultats n’avaient pas été à la hauteur, je n’en aurait peut-être pas parlé, et chacun se serait fait son idée. Ce n’est pas (à mon humble avis), le cas. Comme d’habitude, n’y voyez aucune malice (et d’ailleurs, j’arrête la diffusion publique de ces tests, en attendant que les facs, en études multi-centriques, prennent le relai avec du matériel professionnel en cours d’installation), ne déduisez rien d’absolu au vu des seuls résultats. L’appareillage auditif est une alchimie entre l’audioprothésiste, son patient et la technologie la plus appropriée qu’ils choisissent en commun.

Ce troisième test conclura donc les billets sur l’analyse du RSB en sortie d’aide auditive par la méthode de séparation des signaux de Hagerman & Olofsson. Elle est cependant incomplète, car potentiellement améliorable par une même mesure, mais en binaural. Il est intéressant (j’espère) et rassurant de voir que la technologie a énormément évolué ces dernières années. Ce que nous ressentons vaguement dans les dires de nos patients est une réalité tangible et mesurable avec quelques appareils récents.

J’ai entendu parler (mais je ne lis pas ce genre d’articles) qu’un journal de consommateurs assimilait les appareils auditifs à des biens électroniques de grande consommation, et dont le prix ne pouvait que baisser dans le temps, comme tout bien électronique qui se respecte… C’est bien vite oublier que toutes ces améliorations sont le fruit d’algorithmes de plus en plus sophistiqués associés à l’évolution de composants ultra-spécifiques à l’appareillage auditif. Ces derniers ne sont qu’au service des premiers. Car, quelle est la différence entre l’appareil d’il y a 5 ans, et par exemple ce Widex UNIQUE 440 ? Pas le micro directionnel… Cette recherche, je veux bien le croire, nécessite des moyens colossaux en temps, en cerveaux et technologie.

Les appareils de 2015 n’ont finalement plus grand chose en commun avec ceux de 2005, mais présentent des spécificités importantes de comportement inter-marques.

Entre celui qui privilégie le confort avec une diminution de sonie importante, mais en conservant toujours un RSB amélioré, celui qui mise sur un « nettoyage » du bruit dans les silences de la parole, celui qui va chercher à améliorer la perception des crêtes afin d’améliorer le RSB, et que sais-je encore, les différences de fonctionnement sont très variées et très différentes selon les fabricants.

Pouvons-nous penser un seul instant que tous pourraient s’adapter indifféremment à n’importe quel patient ? Certainement pas…

Malheureusement, la seule lecture des fiches techniques ne nous renseignera pas sur leurs manières d’agir. Et certaines fois, la présentation de ces technologies se résume à une soirée promotionnelle…

A nous d’être curieux 😉

« Send out the Signals… Deep and Loud ! »*

Et pour finir cette série de 5 billets sur une note légère, un peu de musique avec un très beau morceau de Peter Gabriel (* paroles de la chanson) qui colle bien au sujet : Signal to Noise ! Où même le bruit peut devenir signal, si on le décide…     Encore merci à Franck et François-Xavier !

Ceci est un carré !

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Définition de la mesure in-vivo : moyen technique confirmant que ce que nous pensons être en train de faire est réellement ce que nous sommes en train de faire.

J’ai trouvé dans un résumé de conférence cette définition simple, humoristique et très juste. Cette conférence aborde le sujet intéressant de la dynamique de la parole, son analyse percentile par les chaînes de mesure et les effets collatéraux sur cette dynamique des temps d’attaque et de retour, TK et compressions…

Mais plus intéressant encore, la présentation rebondit sur un article de Hearing Revue paru cette année, issu d’un travail de mémoire en cours. En 2015, nous pouvons avoir cette fausse sensation de sécurité que les appareils actuels sont tellement bons (et je vais dans ce sens : certains sont vraiment très bons dans le bruit) que ce que vous voyez dans le logiciel (niveau de sortie et compressions) est ce que vous pensez obtenir réellement dans l’oreille.

Grave excès de confiance ! Et bien non, c’est un vieux serpent de mer, même en 2015 : à 10, voire 15dB près, vous ne savez toujours pas ce qui se passe dans le conduit auditif du patient !!! Pire encore : les compressions affichées ne sont pas celles réellement obtenues, avec une erreur moyenne de 10dB (en trop !) pour des niveaux d’entrée de 75dB SPL. Vous comprendrez aisément que lorsque les fabricants s’échinent à mettre au point des algorithmes capables d’améliorer de 8dB le RSB, il est dommage de ne pas savoir à 10 ou 15dB près ce que nous mettons dans le conduit, au risque de perdre tout ce que peut apporter la technologie…

Comment ont procédé les audiologistes : ils ont pré-réglé 5 appareils en méthodologie NAL-NL2, puis ont tout simplement effectué une mesure in-vivo avec une cible NAL-NL2 à 55, 65 et 75dB SPL en entrée. Et enfin, calculé la différence entre la cible NAL-NL2 et le LTASS réel du signal de mesure amplifié (REAR). Bien entendu, ces différences ne sont pas liées à NAL-NL2; elles auraient été identiques avec DSL 5.0.

En 2015, cessons de prendre des ronds pour des carrés (et vice versa) ! 😉

LAFON 21 PAS DE SURDITÉ EN DESSOUS DE 20dB HL DE PERTE AUDITIVE MOYENNE ?

Dans le résumé, réalisé par Xavier DELERCE, de la thèse du Docteur Séverine LEUSIE, on peut lire sous le premier tableau : « En effet, selon cet organisme, il n’existe « pas de surdité » en dessous de 20 dB HL de perte auditive moyenne. »

J’ai retrouvé un texte du Professeur J.C. LAFON écrit en 1995 et intitulé « AUDITION ET LANGAGE en 1968 » où il est écrit en page 10 -11 :

« LA NOTION DE SEUIL ET CHAMP AUDITIF

On ne connaît scientifiquement que ce que l’on a mesuré ou dénombré. Et notre connaissance s’arrête aux éléments étudiés et préalablement définis.

La connaissance du fonctionnement de la cochlée (organe récepteur des signaux acoustiques situés dans l’oreille interne) est avant tout celle des ses limites et uniquement pour la réception des sons purs (ou de bandes de fréquences) continus dans le temps. On considère en physiologie et en physique une limite extrême des possibilités de l’oreille représentée pour une courbe (dite de Wegel). Elle se mesure dans des conditions acoustiques exceptionnellement bonnes avec des sujets choisis pour la qualité de leur audition. Le niveau de référence physique est :

2 x 10 puissance -5 pascal à 1000 Hertz

référence utilisée aussi pour toutes les fréquences. On remarque ainsi que les sons graves et les sons aigus doivent avoir une certaine intensité au-dessus de ce niveau pour être perçus.

Dans la mesure clinique, le principe de détermination du zéro change : on compare l’audition d’un sujet à l’audition de sujets « standard ».

Autrement dit, le niveau de référence physiologique devient la courbe de Wegel précédemment établie et l’on note note sur le graphique la perte en déciBEL, par rapport à l’oreille normale. Le déciBEL, unité de mesure des sons, correspond au logarithme du rapport des pressions du niveau mesuré au niveau de référence, physique pour la courbe de Wegel, physiologique pour l’examen audiométrique.

En fait, malheureusement, la définition du niveau de référence audiométrique n’a pas été donné par des physiciens, mais par des psychologues-audiologistes. La notion de seuil est normalisée à partir des réponses de 50% des sujets étudiés. Le seuil n’est plus la limite physiologique mais l’exploitation statistique d’une population. Il devient ainsi différent aux U.S.A., en Angleterre, en France, en Allemagne, suivant les valeurs adoptées par les comités de normalisation. Pour remédier à cet état de fait, une commission internationale (I.S.O.) a défini un standard ces dernières années, se rapprochant des normes physiologiques.

Par ailleurs, on sait que la marge d’erreur entre l’audition de « quelque chose » et la certitude d’entendre un son peut dépasser 10 dB suivant l’état d’attention du sujet. Le seuil n’est pas une limite précise, mais une zone d’incertitude et de probabilité. Nous verrons de plus que, d’un sujet à l’autre, on rencontre dans ce niveau de seuil des variations dépendant des qualités de structuration des perceptions, variations physiologiques, sans aucune signification « auditive », qui peuvent dépasser 10 dB.

Autrement dit, dans de bonnes conditions de mesure, dans des cabines sourdes bien construites avec un audiomètre correctement calibré, on peut rencontrer des variations qui, à la limite, peuvent atteindre 20 dB, sans qu’il s’agisse de modifications anormales et sans que l’on puisse attribuer à un groupe de sujets déterminé une modification significative. Avec les courbes de référence I.S.O., ces variations sont incluses entre 0 et 20 dB. Toute courbe comprise dans ces limites peut être considérée comme subnormale. Si la plupart des courbes se situent entre 5 et 15 dB, la répartition statistique d’une population prise au hasard, sans atteinte de l’oreille, sans perturbation de la perception, fait apparaître une probabilité un peu plus large. Lorsqu’on sait par ailleurs que l’échelle de mesure va de 5 en 5 dB, donc, par définition, qu’un chiffre avancé est estimé à + ou – 5 dB; on est surpris de voir attribuer une signification à des variations qui n’expriment que la marge d’erreur de la mesure effectuée »

JYM

LAFON 20 NOURRISSON ET PERSONNE ÂGÉE, MÊME FINALITÉ

J’abandonne le fil de mes parutions car je viens de lire le blog de Xavier « Apprentissage, rééducation précoce et déclin cognitif ».
Cela m’a fait immédiatement pensé à ceci :
En 1985 le Professeur J.C. LAFON intervient, avec d’autres éminentes personnalités, dans une émission d’Igor BARRERE diffusée sur FR 3. Le titre de cette émission : « ENTENDRE ». On peut obtenir cette émission, moyennant quelques euro, sur INA (Institut National de l’Audiovisuel) : http://www.ina.fr/video/CAC85110022/entendre-video.html L’extrait suivant se trouve entre les minutes 33.45 – 35.56.
Interrogé par une personne (que je nommerai Q comme questionneur), le Professeur J.C. LAFON (que je nommerai Pr) répond :
  •  » Q : Une fois que le langage est acquis, c’est définitif. Une acquisition pour toujours.
  • Pr : Non, pas du tout. Le langage doit être entretenu pour persister, comme la parole d’ailleurs. Il faut parler, il faut écouter pour garder son acquis. L’acquis se perd progressivement.
  • Q : Donc, dans les surdités acquises, il faut faire très attention.
  • Pr : Ah ! Surtout d’abord à la parole. C’est la première chose qui commence à disparaître ou à se détériorer. La parole devient plus rapide, la mélodie n’est plus très bonne, l’articulation, on parle au rythme de sa pensée. Autrement dit l’articulation devient plus floue, plus estompée et donc moins intelligible. Le langage moins, parce que la surdité acquise, en tout cas chez l’adulte, a la possibilité de lire et donc d’avoir un contact avec la langue donc de garder, à travers la lecture, les acquis de langage qu’il n’a plus aussi bien à travers son audition.
  • Q : C’est la parole donc qui risque d’être abîmée ?
  • Pr : La parole oui plutôt. La parole plutôt. Par contre, chez les personnes âgées où il y a un problème de langage, parce que le langage se détériore progressivement avec l’âge, c’est inéluctable, cela fait partie de la vie et de la sénescence et du vieillissement. Si on n’entretient pas un niveau de langage, on n’arrive plus à récupérer ce niveau là parce que l’apprentissage chez la personne âgée est très difficile. On ne réapprend pas un langage qu’on a perdu. Et il faut faire très attention chez les personnes âgées de socialiser la personne. C’est-à-dire, dès qu’elle commence à être à-part, à s’écarter du groupe familial, à quitter les discussions. Il faut, à ce moment-là veiller, d’une part à son niveau de langage, d’autre part à son niveau d’audition, l’audition qui est la clé de la communication, donc la clé du développement du langage. Il faut appareiller précocement les personnes âgées. C’est assez curieux de voir qu’on retrouve chez le vieillard ce qu’on a chez le nourrisson. On appareille le nourrisson pour qu’il ait un accès au langage et qu’il construise son langage avec des traits acoustiques. Et chez le vieillard, on appareille précocement de la même façon, pour sa communication. »
  Xavier merci. Quel merveilleux et combien important métier que le nôtre ! Ton blog me confirme aussi dans mon intention de traiter au Congrès (si l’on veut bien encore de moi en 2016 Emoji) un sujet qui évoquerait l’Audition, le Langage, de l’Audition au Langage.
JYM