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LAFON 9 LA LISTE DE RECRUTEMENT (1)

Written by Jean-Yves MICHEL on . Posted in Audiométrie vocale, Audioprothese, Histoire de l'audioprothèse, Investigations audiologiques, Tests phonétiques de LAFON

Grâce à la liste cochléaire (voir « LAFON 7 la liste cochléaire (2) »), si l’on fait varier l’intensité d’émission au fur et à mesure des éléments utilisés, on trouve les déformations acoustiques générées par la cochlée.
Il est raisonnable de penser, l’amplification améliorant normalement l’audibilité, que les déformations acoustiques donc le nombre d’erreurs phonétiques puissent alors diminuer avec l’aide d’un appareillage auditif.

Y a t-il d’autres renseignements que la cochlée puisse nous livrer ?
Oui : grâce à la liste de recrutement qui « … confirme l’atteinte cochléaire… »(1)

Voici comment pratiquer :

Vous trouverez les mots composant cette liste de recrutement sur http://www.college-nat-audio.fr/fichiers/img89a.pdf
Un grand remerciement au Collège National des Audioprothésistes (CNA) pour avoir réalisé 5 CD d’audiométrie vocale :
http://www.college-nat-audio.fr/listes-cd-audiometrie-vocale.html
Tout audioprothésiste devrait les posséder.Comme on le voit grâce à ce lien, la liste de recrutement qui se trouve sur le CD 2 comporte 4 éléments de 10 mots chacun.
Devant chaque mot se trouve le phonème utile, c’est sur lui seul qu’on vérifie qu’il n’y ait pas d’erreur phonétique commise.
Exemple : Au lieu de répéter « chape » où le phonème utile est /a/ la personne répète « tape », « chatte », « échappe »… Le /a/ n’est pas déformé : aucune erreur n’est comptée sur ce mot. Par contre si au lieu de répéter « chape » la personne répète « chope », il y a une erreur phonétique puisque le phonème utile /a/ est déformé en /o/.
Chaque élément est formé de 10 mots, donc 10 erreurs possibles sur le phonème utile.
« …l’on émet successivement un mot de chaque élément contrairement aux autres listes. »(2)

La liste de recrutement est émise
– au casque,
– en mesure monaurale principalement,
– à un niveau de 30 dB au dessus de la moyenne arithmétique des pertes tonales de 500 à 4000 Hz,
Une fois les 40 mots émis, on compte les erreurs commises dans chaque élément.

Dans l’élément noté 1, qui teste la zone fréquentielle 500 – 1200 Hz, le recrutement est certain dès qu’on atteint 3 erreurs.
Dans l’élément noté 2, qui teste la zone fréquentielle 2000 – 3000 Hz, le recrutement est certain dès qu’on atteint 3 erreurs.
Dans l’élément noté 3, qui teste la zone fréquentielle 3000 – 4000 Hz, le recrutement est certain dès qu’on atteint 3 erreurs.
Dans l’élément noté 4, qui teste la zone fréquentielle supérieure à 4000 Hz, le recrutement est certain dès qu’on atteint 5 erreurs, à condition que la perte à l’audiométrie tonale ne soit pas égale ou supérieure à 80 dB HL à 8000 Hz.
« Une correction est à faire lorsque la distorsion globale étudiée avec les listes cochléaires fait apparaître une perte d’intelligibilité supérieure à 40% (20 phonèmes perturbés sur 50) à 90 dB. Dans ce cas, on doit prendre comme seuil du recrutement un chiffre supérieur de l’ordre de 4, le niveau exact est à déterminer en fonction des qualités du système amplificateur utilisé. »(3)

Admettons qu’on détecte un recrutement dans une des ces zones fréquentielles, que faire alors ?

Le Professeur LAFON nous le dit en page 67-68 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« Dans les surdités dites « avec recrutement », il existe en plus de la perte tonale, des distorsions qui réduisent la capacité informationnelle de l’oreille en modifiant la netteté du message. Les zones fréquentielles perturbées détruisent la structure significative des éléments acoustiques correspondant de la parole qui deviennent des bruits réduisant d’autant plus la capacité informationnelle. On peut constater expérimentalement qu’il est préférable de supprimer dans une amplification les zones perturbées ce qui ne fait qu’amputer le message de quelques éléments significatifs, mais réduit dans une proportion appréciable le bruit et par là même augmente la netteté des signaux restants. »

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page 70 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji:
« When recruitment-like phenomena are present, the tonal loss is accompanied by distortions which reduce the informational capacity of the ear, modifying the clarity of the messages received. The frequency zones affected destroy the significant structure of the corresponding acoustic elements of the speech, giving rise to noise which reduces the informational capacity even further. It has been shown experimentally that it is better to use a hearing aid which does not amplify the frequency zones in question. This only cuts a number of significant elements out of message, but appreciably reduces the noise and thus increases the clarity of the remaining signals. »

Formidable, n’est-ce pas ?

Cette conclusion que je répète :
« … On peut constater expérimentalement qu’il est préférable de supprimer dans une amplification les zones perturbées ce qui ne fait qu’amputer le message de quelques éléments significatifs, mais réduit dans une proportion appréciable le bruit et par là même augmente la netteté des signaux restants. »
ne vous rappelle t-elle pas celle proposée, au début des années 2000, par le Professeur MOORE avec le TEN TEST et les zones inertes cochléaires ?

On peut, bien sûr, pratiquer la liste de recrutement avec chacune des personnes que l’on reçoit.
Mais le Professeur LAFON insiste sur les deux moments essentiels où il faut l’utiliser.
Le premier :
« Devant la présence d’une distorsion à 90 dB qui ne porte pas essentiellement sur des consonnes ou lorsque l’intelligibilité phonétique ne s’améliore pas de façon nette avec l’intensité la courbe tendant à devenir horizontale ou même décroissante, il est indispensable de pratiquer des épreuves de recrutement. »(4)
Le second :
« La présence de vertiges implique la mesure du recrutement, en mono ou en biauriculaire suivant la forme du seuil tonal, en commençant par la plus mauvaise oreille en mono-auriculaire. »

En résumé : après la liste cochléaire, facile à pratiquer, pourquoi se priver de la liste de recrutement !

Dans le prochain article, je donnerai quelques informations complémentaires sur cette liste de recrutement.

JYM

(1) Page 161 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(2) Page 145 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(3) Page 147 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(4) Page 144-145 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ».

LAFON 8 QUELS SONT LES MOTS UTILISÉS ?

Written by Jean-Yves MICHEL on . Posted in Audiométrie vocale, Audioprothese, Histoire de l'audioprothèse, Investigations audiologiques, Tests phonétiques de LAFON

Nous avons vu que le Professeur LAFON utilisait dans sa liste cochléaire, comme d’ailleurs dans toutes ses listes, des mots de 3 phonèmes.
Mais pourquoi 3 phonèmes et non pas 2, 4 ou plus ? S’agit-il de n’importe quels mots de 3 phonèmes ? Choisis suivants quels critères ?

Le Professeur LAFON nous en donne la réponse en pages 119-120-121-122 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« LE MOT
Nous devons choisir l’échelle unitaire suivante : le mot. Comment choisir les mots ?
… Plus le mot est long, moins la quantité d’information par élément phonétique est grande. On a donc intérêt à choisir des mots dont la structure phonologique est aussi courte que possible et on est conduit aux mots de deux phonèmes qui sont aussi les plus nombreux dans la langue parlée (35% du français parlé).
Mais il faut disposer du maximum de transitions phonétiques possibles puisque ce sont les unités du langage. Plus nous aurons un test riche en transitions, plus l’échantillon qu’il représente sera proche de la réalisation linguistique.
Entre ces deux impératifs nous avons choisi un moyen terme, le mot de trois phonèmes. Il contient une potentialité de phonèmes caractéristiques suffisante donc représente une quantité d’information encore importante. Les transitions phonétiques sont au nombre de quatre puisque l’on compte le passage d’un point d’articulation neutre au point d’articulation phonétique. Dans une liste de mots on peut ainsi atteindre un nombre assez grand de transitions.
La phrase qui contient un échantillonnage de transitions presque idéal a une si pauvre valeur d’information, de telles possibilités de suppléance à des niveaux d’intégration extra auditifs que son utilisation n’est d’aucun secours.
LE CHOIX DES MOTS
Le choix des mots ne peut être laissé au hasard, il est indispensable de préférer ceux qui possèdent la plus grande quantité d’information… Il faut que les phonèmes du mot choisi permettent un grand nombre d’erreurs. Si l’on considère un phonème de ce mot, il est donc nécessaire qu’il y ait le plus de mots possibles n’ayant que ce phonème comme différence. C’est la définition même du phonème caractéristique et surtout de phonème hautement caractéristique. Cette notion doit nous guider dans la sélection des mots du test.
Lorsqu’un mot est mal perçu, celui qui est évoqué est d’abord le mot dont nous avons le plus grand usage, le mot disponible. Sans que celui-ci soit obligatoirement celui que nous utilisons le plus dans la conversation. Un mot comme « table » ne sert statistiquement pas très souvent, c’est pourtant un mot très connu. On peut définir le mot le plus disponible comme étant celui dont nous avons acquis le sens le plus précocement dans notre enfance, celui qui est le mieux gravé dans notre mémoire. Le critère de la disponibilité du mot est donc très important. Parmi le groupe de mots qui peuvent être confondus entre eux il sera préférable de ne pas choisir le plus disponible qui vient le premier à l’esprit… il faut éliminer les mots qui appartiennent au vocabulaire du très jeune enfant…
D’un autre côté il est préférable de ne pas choisir un mot trop peu connu qui risque de ne pas faire partie du vocabulaire du sujet examiné.
L’ÉCHELLE DE RÉFÉRENCE
Suivant quels critères les listes seront-elles construites ? D’après la statistique phonétique de la langue parlée ou un autre critère ?
Nous avons pu constater l’inutilité de l’usage de la fréquence de récurrence des phonèmes de la langue parlée. En effet nous voulons mettre en évidence des difficultés auditives. Celles-ci ont le plus de chance d’apparaître avec des phonèmes peu utilisés donc plus informatifs qu’avec des phonèmes fréquents. Ces phonèmes, bien que peu employés, sont plus utiles que les autres. Leur audition apportant des informations qui, grosso modo, sont au contraire inversement proportionnelles à leur usage. Ceci est surtout valable pour les consonnes. Une étude de la quantité d’information contenue dans les mots de trois phonèmes nous a montré qu’elle reposait pour plus de 72% sur les consonnes bien qu’elles aient une fréquence d’usage d’environ 51% seulement, alors que les voyelles ne dépassent pas 28%.
Choisir des listes de mots phonétiquement équilibrées est donc une double erreur : on préfère délibérément les phonèmes les moins informatifs et on néglige ceux qui sont le plus facilement perturbés dans l’audition, donc ceux qui permettent de déceler le plus facilement une anomalie auditive, les spirantes particulièrement…
En ce qui concerne les transitions phonétiques, l’échantillonnage en découle automatiquement pour les éléments de listes de 50 phonèmes. La variété des phonèmes dans les mots de la liste donne une grande diversité de transitions phonétiques dons un aperçu aussi varié que possible de l’unité de langage.
En conclusion, le test est basé sur un échantillonnage phonétique donnant une diversité de transitions et sur la difficulté d’identification souvent parallèle à la quantité d’information.
Nous avons abandonné la structure syllabique qui n’apporte aucune précision supplémentaire et qui n’est qu’une unité de phonation et surtout l’Equilibre Phonétique qui est une erreur sur le plan théorique lorsqu’il s’agit de mesurer l’audition. »Vous allez sûrement relire plusieurs fois ces phrases écrites par le Professeur LAFON.
Peut-être pour les trouver d’une banalité affligeante, peut-être pour les trouver géniales car elles répondent à une question que vous vous posez depuis longtemps.

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, pages 121-122-123-124 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing » pour une diffusion internationale Emoji:
« THE WORD
We thus come to the next rug of the ladder, the word. If we are to use words as our test unit, on what basis are we to choose them ?
The longer the word, the less information per phonetic element. It is thus advisable to choose the words which are as short as possible. This would seem to indicate the use of two-phoneme words, which are also the most abundant in the spoken language (35% in French).
But on the other hand we must have as great a variety as possible of phonetic transitions, as these are the real units of the spoken language. The more phonetic transitions (i.e. the more phonemes per word), the better the sample can be made to correspond to the language as spoken.
We have thus made a compromise between these two opposing requirements, and have chosen words of three phonemes. These can be chosen to contain a sufficient proportion of characteristic phonemes, and hence a reasonable amount of information. Each word contains four phonetic transitions, since we count the passage from a neutral point of articulation to an active one. One word lists will thus also contain a reasonable number of phonetic transitions.
The phrase, which is almost ideal regarded as a sample of phonetic transitions, contains so little infromation and offers such a lot scope of the activities of the extra-auditory integration levels that its use is out of the question.

THE CHOICE OF WORDS
The choice of words cannot be left to chance; one must take care to select which contain the largest amount of information… It follows that the phonemes of the words chosen must allow a large number of errors. If we consider a given phoneme of a given word, we should thus try to ensure that there are many words as possible which only differ from this word in this phoneme. But this is simply the definition of the characteristic phoneme. This notion must guide us in the selection of the words used for the test.
When a word is perceived incorrectly, the first word to be evoked in its place is the most common word of those resembling it, the most available word. This need not however be the one which is most often used in conversation. For example, a word like « table » will not come very high up the statistical frequency lists, but it is nevertheless very well known. One may define the most available word as that which we acquired earliest on in our childhood, that which is most clearly graven on our memory. This criterion of the availability of words is very important. Within a group of words which can be confused one with another, one should not choose the most available one, the one which will come first to mind in case of doubt… one should eliminate, not select, the words belonging to the vocabulary of the very young child…
On the other hand, it is advisable not to choose words which are too rare, in case they are entirely unknown to the person being tested.

THE SCALE OF REFERENCE
According to what criteria should the word lists be constructed ? According to the phonetic statistics of the spoken language or according to some other criterion ?
We have found that is not a good idea to use the frequency with which the various phonemes occur in the spoken language. What we are after is a method of detecting hearing difficulties. Now these are more likely to be detected with the aid of the phonemes which are less often used, and which thus carry more information than the more frequent ones. These speech sounds, although less used, are thus in fact more useful than the others; the amount of acoustic information which they carry is broadly speaking inversely proportional to their frequency of use. This is particulary true of the consonants. A study of the amount of information contained in three-phoneme words has shown than more 72% of the information is carried by the consonants although the frequency of occurrence is only about 51%; while the vowels with a frequency of 49% only carry 28% of the information.
Choosing the word lists so as to make them phonetically balanced is thus a double error: one deliberately gives preference to the least informative phonemes, and one neglects those which are most easily distorted by the hearing and which would thus be most useful in detecting a hearing defect, in particular the spirants…
As regards the phonetic transitions, a reasonable sampling of these is obtained automatically in the 50-phoneme lists. The variety of the phonemes in the words of these lists naturally give rise to a wide range of phonetic transitions, and thus as varied a view as possible of this unit element of the individual language.
Summarizing, we may state that the test is based on a phonetic sampling giving a wide variety of transitions, and on the difficulty of identification which is a measure of the amount of information carried. We have abandoned the syllabic structure, which does not increase the precision in any way as the syllabe is merely a unit of phonation, and above all we have given up the idea of phonetic balancing, which is theoretically a great mistake for the purposes of measuring hearing.

Dans le prochain article, je reviendrai à la pratique du test phonétique en évoquant la suite logique de la liste cochléaire : la liste de recrutement.

JYM

LAFON 7 LA LISTE COCHLÉAIRE (2)

Written by Jean-Yves MICHEL on . Posted in Audiométrie vocale, Audioprothese, Histoire de l'audioprothèse, Investigations audiologiques, Tests phonétiques de LAFON

Comment utiliser la liste cochléaire ?
1)   Pour l’exploration du champ auditif. On fait varier la netteté en faisant varier l’intensité d’émission de chacun des éléments.Le Professeur LAFON utilisait volontiers des niveaux dégressifs allant, suivant le niveau de surdité de la personne, de 100dB SPL (quelques fois 120 dB SPL) à 70dB SPL (quelques fois 60 dB SPL), par paliers de 10 dB SPL(1).
Pour ma part, j’utilise en champ libre des niveaux dégressifs allant de 90dB SPL à 40dB SPL, comme d’ailleurs le Professeur LAFON l’évoque en page 140 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« Exploration du champ auditif
Les mots sont lus par élément (colonne) à des intensités variables entre 40 et 100 dB suivant le type de surdité, le seuil tonal et l’intérêt diagnostique ou technique (recherche) présenté par le sujet ».
Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page 143 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji :
« Exploration of the auditory field
The words are read a list (column) at a time at various intensities between 40 and 100 dB depending of the type of deafness, the tonal threshold and any other special diagnostic or scientific points of interest presented by the subject. »

Si vous émettez les mêmes éléments au même niveau sans puis avec appareil, oreille après oreille (voire en binaural si vous n’avez pas trop le temps), vous obtenez un gain prothétique vocal diablement intéressant pour valider l’amélioration des « qualités phonétiques(2) » de votre patient dans une situation calme.

Je vous conseille, pour savoir si la différence entre deux scores est « significative » ou « non-significative », l’article de Xavier DELERCE du 1 mai 2014 « LA CONFIANCE RÈGNE… PAR INTERVALLES* » paru sur le site « blog-audioprothésiste ». Son article faisait suite à l’intervention de Xavier BASCLE, audioprothésiste Nîmois, lors de l’atelier N°4 du Congrès des Audioprothésistes mi-avril 2014.

2)   Pour connaître le pourcentage de distorsions supraliminaires.

En page 184 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« … connaître les erreurs faites à une intensité acoustique élevée permet de savoir quelle forme de distorsions resteront présentes lorsque le sourd utilisera sa prothèse… Le calcul du pourcentage des distorsions au niveau Nm donne le degré de difficulté d’adaptation de la prothèse. Expérimentalement nous avons remarqué qu’en dessous de 20% l’appareillage est facile au prix de quelques précautions. Entre 20 et 40% on est obligé de tenir compte des résultats de la liste de recrutement et de la liste d’intégration qui seules peuvent montrer une contre-indication éventuelle. Entre 40 et 50% il est nécessaire de faire une comparaison entre le pourcentage de distorsions avec lecture labiale seule et avec lecture labiale et amplification Nm. En effet la distorsion est tellement importante…que la présence d’une mauvaise lecture labiale nettement améliorée avec l’amplification justifie seule un appareillage. Au-delà de 50%, sauf cas exceptionnels jugés comme précédemment, tout appareillage est inutile, il n’apportera aucun complément d’information au sourd. »

Précisions :
« On choisira comme niveau maximum que nous appellerons Nm, l’intensité la plus élevée sans distorsion statistiquement apparente. Si l’appareil est de bonne qualité on prend pour Nm la valeur de 90 dB, sinon 85 dB ou même 80 dB. »(3)
Pour ma part j’utilise en champ libre un niveau Nm de 90 dB SPL.
Lorsque le Professeur écrit « en dessous de 20% », cela équivaut à obtenir moins de 10 erreurs phonétiques sur un élément entier (17 mots).
Lorsque le Professeur écrit « entre 20 et 40% », cela équivaut à obtenir entre 10 et 20 erreurs phonétiques sur un élément entier (17 mots).
Lorsque le Professeur écrit « entre 40 et 50% », cela équivaut à obtenir entre 20 et 25 erreurs phonétiques sur un élément entier (17 mots).
Lorsque le Professeur écrit « Au-delà de 50% », cela équivaut à obtenir plus de 25 erreurs phonétiques sur un élément entier (17 mots).

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page 187 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji :
« … investigation of the errors made at a high acoustic intensity will tell us about the form of the distorsions remaining when the patient is wearing his hearing aid… Calculation of the percentage distorsion at Nm gives a measure of the unsuitability of the hearing aid. We have found in practice that below 20% the fitting will be easy, if certain precautions are taken. Between 20 and 40%, one must take the results obtained with the recruitment and integration lists into account; only these can give a counter-indication. Between 40 and 50% one must compare the percentage distorsion with lip-reading alone and with lip-reading at an amplification Nm. The distorsion is so large in this case… that in improvement in lip-reading caused by the amplification is enough to justify the use of the hearing aid. Above 50%, except in rare cases where the lip-reading is greatly improved, no hearing aid will greatly increase the amount of information reaching the patient. »

Dans le prochain article, j’évoquerai deux principes du test phonétique : pourquoi n’utiliser que des mots de 3 phonèmes et comment s’est fait le choix de ces mots ?

JYM

(1) Pages 182, 186, 192, 196, 198, 199 et 200 du texte « APPLICATIONS CLINIQUE DU TEST PHONETIQUE » écrit par le Professeur LAFON et paru dans le Volume N°1 de l’année 1972 du Bulletin d’Audiophonologie ayant pour titre « LE TEST PHONÉTIQUE THÉORIE et PRATIQUE ».
(2) Page 188 du livre du Professeur LAFON « Le test phonétique et le mesure de l’audition ».
(3) Page 153 du livre du Professeur LAFON « Le test phonétique et le mesure de l’audition ».

LAFON 6 LA LISTE COCHLÉAIRE (1)

Written by Jean-Yves MICHEL on . Posted in Audiométrie vocale, Audioprothese, Histoire de l'audioprothèse, Investigations audiologiques, Tests phonétiques de LAFON

Le Professeur LAFON a nommé une de ses quatre listes :  la liste cochléaire.
Est-ce donc à dire qu’avec cette liste cochléaire, l’on teste la cochlée ?
Eh bien, oui !
« La mesure cochléaire renseigne sur les déformations acoustiques provoquées par la cochlée. »(1)

mais encore :
« La liste contient une série d’éléments de 17 mots, elle est destinée à mesurer les déformations apportées par les surdités. Elle doit donc représenter un large éventail phonétique, chaque élément de liste contient presque tous les phonèmes de la langue. »(2)
Lorsque le Professeur parle d’élément, c’est une des 20 colonnes de la liste cochléaire, chaque colonne/élément comportant 17 mots.

et aussi :
« … 17 mots de trois phonèmes dont la structure et la difficulté sont semblables d’un élément à l’autre. »(3)
On passe d’une liste à l’autre : le nombre d’erreurs phonétiques, à niveau d’émission égal, reste constant.
Formidable, non !

Vous trouverez les mots composants cette liste cochléaire sur http://www.college-nat-audio.fr/fichiers/img85a.pdf Un grand remerciement au Collège National des Audioprothésistes (CNA) pour avoir réalisé 5 CD d’audiométrie vocale: http://www.college-nat-audio.fr/listes-cd-audiometrie-vocale.html
Tout audioprothésiste devrait les posséder.
Sans le CNA, les plus anciens se le rappelleront, nous en serions peut-être encore aux 3 CD diffusés par DAHLBERG dont un, celui de couleur violette, était consacré au test phonétique(4).Comme vous le voyez grâce à ce lien, la liste cochléaire qui se trouve sur le CD 1, comporte 20 éléments de 17 mots chacun.
Chaque mot étant composé de 3 phonèmes, vous avez 17(mots) x 3(phonèmes) = 51 erreurs phonétiques de possibles.
C’est pour cela que si vous savez compter jusqu’à 50…ce dont je ne doute pasEmoji… vous pouvez faire vôtre la liste cochléaire.
On arrondit à 50 au lieu de 51, ce qui permet de facilement passer à un pourcentage en multipliant par 2 le nombre d’erreurs phonétiques commises.Pour bien expliciter le comptage des erreurs phonétiques, prenons le deuxième mot de l’élément 1 de la liste cochléaire : « ride » soit /rid/ en transcription phonétique internationale(5).
Admettons que la personne ajoute quelque chose au mot mais que les 3 phonèmes soient toujours bien présents, il n’y aura aucune erreur phonétique de comptée. Exemple : « bride », « hagrid (Emojipour les amateurs d’Harry Potter) »…
Admettons qu’au lieu de « ride », la personne réponde « ribe ». Seul le /d/ est transformé. Il n’y a donc qu’une seule erreur phonétique à comptabiliser.
Admettons qu’au lieu de « ride », la personne réponde « vive ». Le /r/ et le /d/ sont transformés. Il y a donc deux erreurs phonétiques à comptabiliser.
Admettons qu’au lieu de « ride », la personne dise « vube » ou ne réponde pas. Le /r/, le /i/ et le /d/ sont transformés ou ne sont pas répétés. Il y a donc trois erreurs phonétiques à comptabiliser.
On agit de même pour les 16 autres mots du premier élément.
On additionne, à la fin de l’élément, chaque nombre d’erreurs phonétiques commises sur chacun des 17 mots, admettons X. Ce total est donc du type X/50 soit 2X % d’erreurs phonétiques.

Pour ceux qui aiment parler d’intelligibilité, celle-ci sera égale à (100% – 2X%).
Le Professeur LAFON n’aimait pas trop parler d’intelligibilité, préférant parler de nombre d’erreurs phonétiques car « l’intelligibilité fait intervenir le sens donc un concept. »(6)

Le prochain article donnera des indications sur la manière d’utiliser cette liste cochléaire.

JYM

(1) Page 160 du livre du Professeur LAFON « Le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(2) Page 127 du livre du Professeur LAFON « Le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(3) Page 140 du livre du Professeur LAFON « Le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(4) DAHLBERG « Le test phonétique » DAI 911 (1991).
Anecdote au sujet de la liste cochléaire contenue sur ce CD : le premier mot du premier élément n’est pas buée mais ride. Le mot buée se trouvant relégué entre le mot col et le mot fort. Interrogé à ce sujet, le Professeur LAFON m’avait répondu que c’était volontaire car beaucoup de personnes achoppaient sur le mot buée quand il était en tête de liste, ce qui pouvait fausser le résultat de cet élément. Ce qui n’était pas le cas si le mot ride était placé en tête de liste.
(5) Annexe V page 303 du Précis d’Audioprothèse Tome 1 « L’appareillage de l’adulte » édité par le Collège National d’Audioprothèse.
(6) Page 63 du livre du Professeur LAFON « Le test phonétique et la mesure de l’audition ».

LAFON 4 Le test phonétique et la mesure de l’audition

Written by Jean-Yves MICHEL on . Posted in Audiométrie vocale, Audioprothese, Histoire de l'audioprothèse, Investigations audiologiques, Tests phonétiques de LAFON

« Le test phonétique et la mesure de l’audition » est le titre du livre phare, édité en 1964, du Professeur LAFON.

Quand on évoque le Professeur LAFON, on pense tout de suite à son test phonétique.
Mais sachez que lorsque vous utilisez ce test phonétique, vous pouvez aussi accédez à la mesure de l’audition.
Fantastique, non ?
Grâce aux articles précédents « LAFON 1 Qu’est-ce que l’audition ? », puis « LAFON 2 Le mécanisme d’intégration » et enfin  « LAFON 3 Les altérations de l’identification », vous savez ce qu’est l’audition et ce qu’elle englobe : recevoir l’information, l’adapter en un message nerveux et intégrer le message en l’identifiant à une structure déjà mémorisée. L’audition commence à la fenêtre ovale et s’arrête à l’identification.
Précision :
Le mécanisme d’intégration qui mène à l’identification nous est commun, à nous êtres humains.
Les animaux possèdent aussi ce mécanisme d’intégration.

Au-delà de l’acoustique et de l’intégration auditive, c’est le domaine du langage.
Le langage est individuel, chacun d’entre nous possède son propre langage. Le langage est une activité psycho-linguistique qui n’appartient qu’à l’être humain.
Le Professeur, en page 48 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition », précise ce qu’est le langage :
« …langage qui permet la communication et l’élaboration d’une pensée verbale grâce à l’existence d’un système symbolique, la langue ».
Cette même phrase, en langue anglaise, page 49 du livre « the phonetic test and the measuring of hearing » pour une diffusion internationale Emoji
« language, which allows communication and the elaboration of verbal thoughts thanks to the existence of a conventional system of symbols, the (accepted) language ».
Si vous savez compter jusqu’à 50…ce dont je ne doute pas Emoji…vous pouvez, vous ne devez pas hésiter à utiliser le test phonétique du Professeur LAFON.
Suivez-moi !…
JYM

Les commentaires récents

Anonyme

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Bonjour Xavier,
Merci pour ta question très pertinente.

Je ne pense pas que cela ait été fait car il faut savoir utiliser, à la fois, la liste de recrutement et le TEN TEST.

Pour ma part, je ne pratique (malheureusement) pas, pour l’instant, le TEN TEST et ceux qui pratiquent le TEN TEST ne connaissent peut-être pas l’existence de la liste de recrutement.

Sans aucun doute un très bon sujet de mémoire pour un étudiant de troisième année.
J’espère que ta question va susciter une (ou plusieurs) recherche en ce sens

xavdelerce

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Bonjour Jean-Yves, et merci pour toutes tes remises à niveau.

Une éventuelle corrélation a t-elle déjà été recherchée entre un mauvais résultat au test de recrutement et un TEN Test positif ?

Jean-Yves MICHEL

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Bonjour Xavier,
Merci pour tes questions.

1/ Le Professeur LAFON écrit, pour la liste cochléaire émise en exploration du champ auditif, en page 141 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« La mesure est effectuée pour chaque oreille séparément, si la surdité est asymétrique, elle peut-être faite en biauriculaire pour deux courbes tonales identiques ».
Donc on peut comprendre que l’émission puisse être faite au casque.
J’ai choisi le champ libre car cela me permet de visualiser le gain prothétique vocal (différence entre le nombre d’erreur phonétique sans appareil versus avec appareil) alors que je ne le pourrai pas si la liste avait été émise au casque.
A l’appui de mon option champ libre je peux citer l’exemple en page 201-202 du Bulletin d’Audiophonologie année 1972 Volume 2 « Le Test Phonétique Théorie et Pratique » :
« …Atteinte auditive bilatérale d’étiologie inconnue. La perte moyenne est de 60 dB à droite comme à gauche. Appareillage biauriculaire par deux contours d’oreille. Le test phonétique montre une nette distorsion liminaire avec cependant une atteinte du champ auditif puisque l’on trouve à droite et à gauche une distorsion de 6 à 10% à 100 dB. L’usage des prothèses est bon, il ne reste que 4% d’erreurs avec les deux contours d’oreille 18% et 16% respectivement à droite et à gauche avec chaque contour utilisé isolément. Ce résultat montre que lorsque la distorsion n’est pas trop importante l’appareillage des deux oreilles séparément par contour améliore très nettement la perception de la parole (erreurs réduites des trois quart)… »

2/ Je balaye systématiquement, sans appareil, de 90 dB SPL jusqu’à 40 dB SPL sauf si avant 40 dB SPL j’atteins les 100% d’erreurs phonétiques, auquel cas je m’arrête là évidemment. Avec appareil, j’émets à nouveau les mêmes éléments aux mêmes niveaux. Je n’ai donc pas d’intensité de « départ » calculée à « seuil 2K + 10dB » ou autre.

3/ J’accorde une importance aux hauts niveaux (80 – 90 dB SPL) car il me semble important que mon appareillage ne génère pas plus d’erreurs phonétiques que ce que la personne en fait sans appareil. Je le vérifie donc.

J’espère avoir répondu à tes questions.

JYM

xavdelerce

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Bonjour Jean-Yves

J’ai plusieurs interrogations:
1/ tu parles de niveaux d’émission en dB SPL pour l’administration des listes. Est-ce que ça veut dire que le test doit se faire en champ libre (ce que tu fais) ?
2/ comment est calculée l’intensité de « départ » (le confort) ? J’avais entendu dire « seuil 2K + 10dB » ?
3/ est-il réaliste de tester, à ton avis, l’intelligibilité au-delà de 75dB HL (au casque/inserts), en sachant alors que l’on va stimuler plusieurs bandes critiques avec l’augmentation globale de niveau, perdant du même coup en résolution fréquentielle et alors que l’appareillage, lui, n’aura pas une augmentation de niveau identique à toutes les fréquences et toutes les intensités ? Ce qui était valable à l’époque du Pr LAFON (technologie linéaire) avec une augmentation de niveau est-il valable aujourd’hui ?

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