Catégorie : Audiométrie vocale

*elle est nulle celle là, j’en suis conscient !

Le test FRAMATRIX, ou FRench MATRIX test est un test d’intelligibilité clinique, dans le bruit. Il est « clinique », car il n’est pas « drôle », c’est à dire qu’il doit être administré de manière stricte, que le bruit masquant correspond au spectre à long terme des phrases, que sa calibration doit faire l’objet d’une procédure de calibration approuvée par l’institut Hörtech, etc.

Le FRAMATRIX n’est pas un test dans le bruit censé placer le patient dans de multiples situations sonores proches de la vie réelle. Il comptabilise et compare les performances du sujet testé, éventuellement en fonction de moyennes européennes, mais surtout en fonction des performances de traitement du signal de son appareillage auditif.

Donc si avec tout ça vous avez encore envie d’administrer ce test, ces lignes peuvent vous intéresser. Le FRAMATRIX peut être considéré, blague à part, comme « re-loaded » car il est sorti assez récemment de sa version pure laboratoire. Il a été repensé pour être administré de façon plus conviviale, et sa passation est quasi-automatisée bien que tout soit très paramétrable.

Matériel vocal

Il s’agit de listes de phrases, que vous pouvez configurer par 10 ou 20 phrases (recommandé). Contrairement au HINT ou la phrase est juste ou fausse dans son ensemble, le FRAMATRIX compte chaque mot juste dans chaque phrase :

framatrix-deroul

On a donc un test qui va comptabiliser 5 mots dans chacune des 20 phrases = 100 items, ce qui est très robuste statistiquement pour un test en une passe.

Il est également possible de tester en 10 phrases, bien que ce ne soit pas la procédure recommandée. La structure des phrases est toujours de type Prénom/Verbe/Nombre/Complément/Couleur.

Les phrases peuvent être « fermées », c’est à dire toujours identiques d’une session à l’autre, ou bien construites de manière aléatoire.

Configuration

Tout est paramétrable :

  • angles du bruit (bruit vocal stationnaire) et de la voix
  • Adaptativité du niveau des phrases ou du bruit
  • Rapport signal/bruit progressif croissant ou décroissant
  • Recherche automatique du SRT (50% d’intelligibilité)

framatrix-select

Vous pouvez créer, en plus des tests existants, vos propres tests pour les retrouver ensuite das votre liste de tests les plus courants (ici, les deux derniers ont été créés).

Entraînement et durée du test

Il est vivement conseillé de procéder à (au moins) une liste complète d’entraînement avant de comptabiliser réellement la performance. Ici, la première liste administrée au patient : le RSB nécessaire à 50% était médiocre au départ (entre 0 et 5dB), pour diminuer progressivement au cours du test. Le SRT est obtenu pour cette liste à un RSB moyen de -5,9dB, ce qui est très bon :

framatrix-l1

La deuxième liste :

framatrix-l2

On voit que le patient, avec entraînement, améliore encore son score : il passe à un SRT à -7,5dB de RSB… les aides auditives fonctionnent quand même bien aujourd’hui !

Vous remarquerez la variabilité des réponses en début de test, effet de surprise qui s’estompe après quelques phrases.

La synthèse :

framatrix-l3

Configuration des niveaux d’émission et de variation du RSB

  • paramétrage du type de signal fixé et variable : choix du bruit ou des phrases
  • paramétrage du niveau de départ et du RSB de départ : ici la voix est fixée à 68dB SPL, et le RSB de départ est de 0dB
  • test dans le bruit ou sans le bruit
  • recherche de pente de courbe psychomotrice
  • etc.

Recherche de SRT automatique

A mon humble avis, c’est la fonction la plus intéressante du test : si le patient répète plus de 2 mots justes, le RSB se dégrade de moins de 5dB; s’il ne répète rien, il s’améliore, et tout ceci en permanence. On obtient donc en permanence une fluctuation du RSB autour de 50% d’intelligibilité. Au final, le logiciel calcule automatiquement le SRT (Speech Reception Threshold = 50% d’intelligibilité) à un RSB moyen calculé lui aussi.

Durée

Une liste d’entraînement puis une liste de comptage durent au total 4min 57s… Si vous effectuez une liste d’entraînement + 1 liste en programme automatique et enfin 1 liste en programme dédié bruit, la durée est d’environ 8min. Ca reste très raisonnable, mais fatiguant sur 3 listes. Sachez quand même que l’idéal se situe à trois listes.

 Consignes et public visé

  • Les consignes doivent être explicites : le patient doit savoir à quoi s’attendre, autant sur le plan syntaxique (« Sophie attrape deux vélos bleus ») que sur le plan de la difficulté du test, qui ne sera jamais facile (si recherche du SRT). Il faut bien l’expliquer au patient avant de débuter, sous peine de très rapidement se retrouver face à une sensation d’échec bloquant.
  • Tous les patients, a priori, s’ils peuvent maintenir une attention soutenue de 5 à 8′, sont testables, à condition aussi que leur appareillage ou leur surdité permettent une amélioration de l’intelligibilité dans le bruit
  • Le vocabulaire très simple des phrases en fait un test administrable aux enfants

Comparaison par rapport à la normale statistique

Hörtech fournit une courbe psychomotrice normale des résultats au FRAMATRIX. Le SRT est atteint à -6dB de RSB (ici en rouge, une recherche de SRT avec pente de courbe psychomotrice) :

psychomotrice-framatrix

Attention cependant : cette courbe normale n’est fournie par Hörtech que pour la situation « Phrases + Bruit de face ». Il est tout à fait possible (plus logique ?) d’administrer le test avec phrases en face et bruit arrière, mais dans ce cas, Hörtech se refuse à fournir une courbe d’intelligibilité moyenne, car la diversité des locaux de test est alors trop importante pour obtenir une moyenne raisonnable. Rigueur germanique…

Installation(s)

  • Le test est proposé à l’achat (ce n’est pas un abonnement)
  • Une calibration du champ libre, du casque et des inserts (possibilité de le faire autrement qu’en champ libre) est OBLIGATOIRE et exigée par HörTech afin de garder un agrément « clinique »
  • S’installe en module complémentaire pour les possesseurs d’Affinity
  • Peut s’installer en module StandAlone sous Windows pour ceux qui n’ont pas Affinity
  • Distribution : Interacoustics France

Voilà, je pense qu’un test dans le bruit de plus, robuste et clinique, et en français, n’est pas inutile. Il est très simple en usage quotidien et montre très rapidement les performances de tel ou tel programme ou réglage de réduction du bruit.

Je vous mets en lien la description du test. Je mettrai régulièrement à jour ce billet pour rajouter quelques unes des innombrables publications sur le sujet (le MATRIX Test existe dans une multitude de langues).

Je viens donc de redécouvrir un texte qui devrait plaire à beaucoup d’entre nous. Ce texte s’intitule « le temps et l’oreille : dix sept vérités ». Il fait partie d’un recueil de 34 textes compilés par le Professeur J.C. LAFON, écrits par lui ou parfois en collaboration, édité par la Faculté Mixte de Médecine et de Pharmacie de Besançon, service d’Audiophonologie. Ce recueil se nomme « Échantillonnage de textes ». Il n’a pas de date d’édition, mais d’après les années données pour chacun des textes, j’en déduis qu’il n’a pas pu être édité avant 1992.

Ce thème « Le temps et l’oreille : dix sept vérités », page 71 à 87 du recueil, a été exposé par le Professeur J.C. LAFON à MADRID en novembre 1982. A noter qu’on peut le trouver, grâce au travail de synthèse de Monsieur Paul VEIT, dans les CAHIERS DE L’AUDITION Volume 11 de novembre/décembre 1998 N°6 pages 25 à 31. Monsieur Paul VEIT était un de nos remarquables aînés et ami du Professeur J.C LAFON.

Voici ce texte, vérité par vérité. Les parties soulignées le sont également dans le texte du Professeur J.C. LAFON :

« 9. Le champ auditif des intervalles devient un champ fréquentiel, on le montre par les sons de battement.

Cette possibilité extraordinaire que l’oreille est seule capable de réaliser, va permettre à l’individu d’avoir une sensation du temps qui n’est plus de la durée mais une hauteur. Cette propriété de l’oreille va être possible pour des intervalles situés entre 0.06 milliseconde, soit 60 us, et 60 millisecondes, avec une très grande finesse. C’est le champ auditif fréquentiel de l’oreille correspondant à la transformation d’intervalle en lieu d’excitation, le temps en espace. (figure 4)

Ces propriétés se remarquent très bien expérimentalement avec le battement. Deux sons de fréquence proche produisent une modulation régulière d’intensité dont la périodicité dépend de l’écart en fréquence des sons. Lorsqu’on éloigne leur fréquence, le battement s’accélère. Il arrive un moment où l’on entend simultanément le battement et un son grave dont la hauteur correspond à la périodicité du battement. Je l’ai appelé son de battement c’est un son différentiel en physique acoustique. »

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Page 80, le Professeur J.C. LAFON a écrit en espagnol l’intitulé de cette VÉRITÉ N°9 : «El campo auditivo de los intervalos se vuelve campo de frecuencia. Esto se demuestra a traves de los sonidos de pulsacion» ainsi que le titre générique de son texte « El tiempo y el oído : 17 verdades ».

A bientôt pour la VÉRITÉ N°10.

JYM

*Ca aurait pu s’appeler « Revue de presque », mais le nom était déjà utilisé par Canteloup ! « Presque », pour presque bien, presque fini, presque réglé, presque achevé, presque satisfait. La frontière entre « presque bien » et « bien » est ténue.

Revue de deux communications tirées :

  1. du International Journal of Audiology : Speech recognition in noise using bilateral open-fit hearing aids: The limited benefit of directional microphones and noise reduction. Vous pouvez le télécharger ici également.
  2. d’une présentation d’un mémoire de master que vous pouvez télécharger ici.

En voici un petit résumé :

Le premier article date de deux ans, mais je pense que sur le fond, l’état de fait est le même. Les auteurs se sont intéressés aux performances subjectives d’intelligibilité dans le bruit avec une aide auditive « performante », c’est à dire dotée d’un nombre de canaux suffisant et nécessaire, et d’un mode microphonique évolué, le tout couplé à un réducteur de bruit. Si avec tout ça…

Nous le ressentons bien aujourd’hui, les appareils récents sont tout à fait aptes à améliorer de 5, 6 ou 8dB le rapport signal/bruit. Mais ces mesures de séparation du signal dans le bruit sont des mesures objectives (mathématiques), difficilement transposables au malentendant. Car utilisera t-il intégralement les 8dB d’amélioration du RSB ? ou alors une partie de cette amélioration objective se perdra t-elle dans la diminution de ses capacités périphériques et centrales, ce qui est très probable à des degrés divers ?

Sur ce plan, nous n’y pourrons rien. Par contre, il est un facteur à ne pas négliger : le couplage acoustique aide auditive/oreille. C’est un fondamental de l’audioprothèse. Nous avons des responsabilités sur ce point, et c’est ce qu’ont cherché à tester les auteurs de cet article.

Ils ont pour cela mesuré l’intelligibilité dans le bruit, dans trois conditions (non-appareillé, appareillage open, appareillage avec micro-embout) et trois modalités d’appareillage (Omni, directionnel adaptatif et directionnel+réducteur de bruit). Les patients (qui avaient déjà porté un appareillage auditif) ont été testés en audiométrie vocale dans le bruit, avec un test de type HINT (phrases dans le bruit). Afin d’éviter les effets de « plateau » en audiométrie vocale, les audiologistes ont effectué une recherche de SRT (50% d’intelligibilité), méthode beaucoup plus robuste pour mesurer et comparer inter-sujets l’intelligibilité dans le bruit qu’une recherche de 100% :

srt

Pour résumer :

  • les auteurs révèlent une perte de directivité dans les basses fréquences, passant de 4,2dB en fermé, à 1,9dB avec évent de 2mm et -2dB en open
  • la baisse d’efficacité moyenne du micro directionnel est de 1,6dB en open
  • en open, le réducteur de bruit n’a quasiment aucun effet sur l’intelligibilité
  • en open, les modalités « micro directionnel » et « micro directionnel+réducteur de bruit » ne sont quasiment pas meilleures que sans appareillage (à peine 1dB de gagné en SRT…)
  • avec embout plus fermé, l’amélioration du SRT est de plus de 4dB en condition « micro directionnel » par rapport à « sans appareil »
  • et enfin, le réducteur de bruit (qui a été largement amélioré ces dernières années) n’est efficace qu’à la seule condition « embout + micro directionnel », soit 5dB de mieux en SRT que sans appareil, et 4dB de mieux qu’en appareillage open dans les mêmes modalités.

Tout cela fait réfléchir à la facilité apparente de l’appareillage open. Ce type de couplage ne devrait-il être qu’une étape dans le suivi patient, vers l’occlusion progressive (type « tulipe » par exemple), même en pertes légères/moyennes. L’anti-larsen efficace est-il un piège ? Je vous laisse juges…

La seconde publication peut sembler ne pas avoir de lien avec l’article cité précédemment, mais ce serait oublier que ce qui différencie un PSAP (pour Personal Sound Amplification Product outre-atlantique) ou « assistant d’écoute » in french, et une aide auditive, en dehors du fait que le premier est vendu sans aucun suivi ni réglage, c’est aussi l’algorithme de traitement du signal (j’y inclus aussi le micro directionnel adaptatif).

Donc comme on le sait, ces PSAP malgré leurs promesses alléchantes en terme de prix et d’efficacité (« comme les grands »), n’ont aucun réglage, aucun algorithme de traitement du signal, aucune adaptation en fonction de la perte auditive, etc, mais promettent tout de même de « filtrer automatiquement les bruits parasites pour un rendu haute-définition ». Mazette ! Moi-même après quelques années de pratique, je n’oserais pas en promettre autant à mes patients !

Et si c’était vrai ?

C’est ce qu’à cherché à déterminer l’audiologiste américaine Danielle Breitbart en comparant les préférences de patients utilisant alternativement un assistant d’écoute et une aide auditive « conventionnelle ». Pour info, voici les audiogrammes de ces gens, et vous remarquerez que l’on est parfois loin de la « surdité légère ». Je dirais même plus que l’on est à la limite de la « perte de chance » médicale :

Sans titre

Pour résumer :

  • un « PSAP » coûte aux US environ 350$ en moyenne contre 1250$ pour une aide auditive. Des prix somme toute communs sur la planète
  • les MIV faites avec tous les modèles d’appareils auditifs, y compris les plus basiques, sont correctes (corrigent de manière adéquate la perte)
  • les MIV faites avec les PSAP ne corrigent pas les aigus correctement, on s’en serait douté. C’est également normal : en corrigeant normalement les HF, ils enfreindraient la loi sur les niveaux maximums sonores admissibles…
  • l’amélioration de la conversation dans le calme est très inférieure avec les PSAP par comparaison à tous les modèles d’aides auditives conventionnelles testés
  • revers de la médaille : comme ils corrigent peu, les PSAP ne sont pas mal tolérés face aux bruits de la vie quotidienne par rapport aux AA
  • l’écoute de la musique ne montre pas de différences
  • En conclusion, les PSAP ou « assistants d’écoute » améliorent nettement moins l’intelligibilité qu’une aide auditive « conventionnelle », dans le calme. Encore fallait-il le prouver, même si cela pouvait paraître évident !

Donc en conclusion, la « frontière » existe bel et bien entre un assistant d’écoute et une aide auditive. Par contre, elle peut drastiquement se réduire dans le bruit en ne recherchant qu’une solution à court terme ou de confort, c’est à dire en open pur. L’essai d’un couplage auriculaire plus efficace à moyen terme semble très important. Cela s’appelle l’accompagnement (ou le suivi) du patient appareillé, et c’est finalement ce qui nous différencie de ces solutions « toutes prêtes à l’emploi ». Trop privilégier le confort du patient à court terme, ou pire, faire preuve d’une recherche de « facilité » dans l’adaptation prothétique, risque se payer cher (c’est le cas de le dire…).

Un court billet pour vous parler rapidement de lectures qui peuvent sembler ne pas avoir de rapports mais qui se rejoignent sur un point : la fonction centrale de l’audition, le cerveau et ses capacités d’apprentissage; et indirectement, les conséquences de la privation sensorielle.

Jean-Yves MICHEL vous fait découvrir depuis plusieurs mois les tests de LAFON, dont certains ont la particularité de tester les fonctions auditives largement au-delà de la cochlée. Je pense que ces deux lectures peuvent nous faire prendre conscience de notre rôle d’audioprothésiste va beaucoup plus loin que le simple fait d’appareiller.

 

  1. Vous avez peut-être dû entendre parler, de congrès en EPU, d’études récentes prouvant que l’appareillage auditif aurait une influence sur le déclin cognitif. Vous avez alors peut-être entendu prononcer, entre autres, le nom de « Lin » dont les études récentes établissent le lien entre baisse d’audition et déclin cognitif. J’ai été amené à lire, sur un conseil de l’UNSAF, la récente thèse de Séverine LEUSIE : « Privation sensorielle auditive et réhabilitation chez le sujet âgé : conséquences sur le fonctionnement cognitif ». Vous pouvez la consulter et la télécharger (50Mo…) directement à cette adresse. Elle y expose notamment une méthode d’acoumétrie (audiométrie à voix nue) et décrit les effets d’une prise en charge tardive de la surdité, son coût pour la société. C’est un très beau travail. Si vous n’avez pas le courage d’en lire les 300 pages, ce que je peux comprendre, j’en ai fait une synthèse de quelques points pour le syndicat, et je trouve important d’en faire part à notre profession.
  2. Chaque année, la revue Ear&Hearing attribue le prix du meilleur article dans le domaine… de l’audition (vous l’auriez deviné !). Cette année, il s’agit de l’article « Benefits of Phoneme Discrimination Training in a Randomized Controlled Trial of 50- to 74-Year-Olds With Mild Hearing Loss ». Vous pouvez le télécharger ici. Les sujets testés ici présentent une baisse d’audition et ne sont pas appareillés. Les chercheurs ont voulu savoir s’il était possible d’améliorer leur discrimination phonétique par un entraînement cognitif (concentration, mémorisation, etc.) et auditif. Je vous résume grossièrement le travail, mais il a été mis en évidence chez un certain nombre de sujets que l’entraînement améliorait la discrimination, mais plus surprenant, que l’entraînement cognitif semblait encore plus efficace que l’auditif…
  3. Enfin, je vous renvoie vers le blog STARKEY qui régulièrement met en lumière quelques articles marquant. Le dernier post aborde la relation entre audition, appareillage et déclin cognitif.

Voilà donc des lectures qui mènent à penser que notre rôle dépasse largement celui que l’on imagine.

  • Le « simple » fait d’appareiller, et d’appareiller tôt, va avoir des conséquences sur la vie du patient. A court terme (quelques mois) mais aussi à beaucoup plus long terme. Les pouvoirs publics doivent en être conscients. L’appareillage auditif a peut être un coût s’il est correctement fait, mais il sera certainement à l’origine d’économies en santé pour la société.
  • La prise en charge de la surdité peut s’assimiler à une rééducation fonctionnelle. L’appareillage est un point de départ, et la part la plus importante du travail va se faire dans les semaines, voire les mois qui suivent. Seul ? Séverine LEUSIE insiste beaucoup sur une prise en charge pluri-disciplinaire et ses effets très positifs.
  • Dernier point en forme de clin d’œil : ne déduisez rien d’une audiométrie vocale post prothétique avant au moins 4 semaines d’appareillage !

Tout au long de ce que je vous ai écrit à propos des listes du test phonétique, le terme erreur ou distorsion phonétique est souvent revenu.

Mais on peut se demander quelles erreurs/distorsions sont les plus facilement commises par l’adulte.

 

Le Professeur LAFON nous éclaire sur celles-ci pages 196 – 197 de son livre « Le test phonétique et la mesure de l’audition » où il livre ses statistiques réalisées sur les distorsions phonétiques faites, d’un côté par l’adulte sourd et de l’autre par l’adulte entendant souffrant d’un trouble d’intégration :

« Une deuxième série de résultats concerne des adultes  entendants et sourds. Nous en avons choisi une centaine qui présentaient, pour les uns des surdités (surdités congénitales, surdités acquises traumatiques, labyrinthisation d’affections d’oreille moyenne, surdités de sénescences), pour les autres des difficultés de compréhension (perturbations d’intégration). Ces derniers ont été classés en fonction des résultats donnés par le test phonétique sur leur niveau d’intégration…

Nous trouvons statistiquement les perturbations suivantes chez le sourd :
  • de 10 à 8% f
  • de 8 à 6% v, m, an, d n, p
  • de 6 à 4% on, b, s, i, z
  • de 4 à 2% t, œ, r, je, in, ch
et dans les difficultés de compréhension :
  • de 12 à 10% f, n
  • de 10 à 8% v
  • de 8 à 6% d, b, p
  • de 6 à 4% z, in, ch, s, t, l, r
  • de 4 à 2% an, j, on, m

La comparaison de ces deux statistiques montre que… les phonèmes /f/, /n/et /ch/ sont relativement mieux perçus par le sourd ; /f/ 8.1% contre 11.3% ; /n/ 6.3% contre 11% ; /ch/ 2.1% contre 4.6%… /r/ 2.4% contre 4% ; /in/ 2.1% contre 5.1%…

Inversement… le /on/ est moins bien perçu par le sourd (5.7% – 2.7%), de même que le /m/ (7.2% – 2.1%)… Notons encore le phonème /œ/… (2.7% -0.5%) et le /an/ (7.2% – 3.8%)… Les autres variations ne se distinguent pas des marges d’erreurs… les qualités acoustiques des phonèmes expliquent les difficultés de compréhension »

 

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, pages 197 – 198 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji :

« A second series of results concern adults. Here again, we considered two groups : deaf subjects (congenital deafness, traumatic deafness, middle-ear affections, deafness of old age) and subjects with normal hearing but comprehension difficulties (integration troubles). The latter were classed according to their integration level as indicated by the phonetic test…

We find the following distortion frequencies in the deaf adult :
  • from 10 to 8% f
  • from 8 to 6% v, m, an, d, n, p
  • from 6 to 4% on, b, i , s, z
  • from 4 to 2% t, œ, r, je, in, ch
and in the adult with comprehension difficulties :
  • from 12 to 10% f, n
  • from 10 to 8% v
  • from 8 to 6% d, b, p
  • from 6 to 4% z, in, ch, s, t, l, r
  • from 4 to 2% an, j, on, m

Comparison of the two above lists shows that… the deaf adult perceives the phonemes  /f/, /n/ and /ch/ rather better than the adult with identification difficulties : /f/ 8.1% as compared to 11.3%, /n/ 6.3% as compared to 11% and /ch/ 2.1% compared to 4.6%… /r/ 2.4% and 4%, /in/ 2.1% and 5.1%…

In the other hand… the /on/ is not perceived so well by the deaf subject (5.7% – 2.7%), nor is the /m/ (7.2% – 2.1%)… We may also mention the /œ/… (2.7% – 0.5%) and the /an/ (7.2% – 3.8%)… The other variations are not statiscally significant… the acoustic properties of the phonemes explain the comprehension difficulties »

 

Vous allez sûrement  relire plusieurs fois ces phrases écrites par le Professeur LAFON.

Peut-être pour les trouver d’une banalité affligeante, peut-être pour les trouver géniales car elles répondent à une question que vous vous posez depuis longtemps.

 

Pour ceux qui aimeraient des renseignements du même ordre pour les enfants, je tiens à leur disposition les pages 193 à 195 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition ». Merci de m’en faire la demande.

 

JYM

Je n’utilise pas la liste d’intégration pour la raison donnée dans « LAFON 14 LA LISTE D’INTÉGRATION ».
Mais peut-être ai-je tort !
Je viens de relire ce LAFON 14 et il me semble, à la réflexion, que la figure 10 page 154 pourrait apporter un approfondissement dans ma pratique.
A suivre donc.
Il y a sûrement maintes manières d’envisager la passation des trois autres épreuves que sont la liste cochléaire, la liste de recrutement et la liste de balayage.
Pour ma part il me semble important de savoir, en premier lieu, si la personne que l’on veut appareiller a un trouble d’intégration ou en est exempt. Pour cela je pratique, de suite, la liste de balayage.

  • Si la personne est exempt d’un trouble d’intégration, donc si seule la cochlée est en cause, cela devient un « simple » problème d’audibilité que je peux penser nettement améliorer avec l’appareillage auditif.
    Dans un tel cas, je continue donc par la liste cochléaire puis la liste de recrutement si besoin (en cas de vertiges associés, en cas de distorsion spatiale ou en cas de distorsion spatiale aggravée).
    Au niveau de l’appareil choisi, le haut de gamme est à privilégier si financièrement cela est possible car la personne pourra tirer avantage des réducteurs de bruit, des nombreux canaux, des divers algorithmes embarqués…
  • Si, par contre, la personne a un trouble d’intégration, il sera difficile de redonner une bonne compréhension avec l’appareillage auditif spécialement dans un milieu bruyant.
    Au niveau de l’appareil choisi, un entrée de gamme voire un moyen de gamme peut alors suffire car le problème n’est plus purement physiologique, il est devenu neuro-physiologique et physio-psychologique.
    Je continue tout de même ici aussi par la liste cochléaire et la liste de recrutement si besoin (en cas de vertiges associés, en cas de distorsion spatiale ou en cas de distorsion spatiale aggravée).
    L’appareillage doit, dans les deux cas, diminuer au maximum le nombre d’erreurs phonétiques commises.

Mais, je sais que les résultats seront meilleurs lorsque la personne n’a pas de souci d’intégration.
Pour quantifier l’apport de l’appareillage, je recherche le gain prothétique vocal.
J’utilise pour cela, en champ libre, les éléments de la liste cochléaire à des niveaux décroissants allant de 90 dB SPL à 40 dB SPL par pas de 10 dB SPL.
Je pratique ainsi oreille par oreille sans appareil, puis après avec appareil, en utilisant les mêmes mots pour un même niveau.
Je pense à utiliser le tableau mis en avant par Xavier BASCLE (voir « LAFON 7 LA LISTE COCHLÉAIRE (2)« ) pour vérifier que l’apport de l’appareillage est réellement significatif.

 

J’espère vous avoir convaincu, tout au long de ces 18 parutions, de l’intérêt à utiliser le Test Phonétique du Professeur J.C. LAFON. Mais le Professeur J.C. LAFON a beaucoup écrit ou dit après ce livre de 1964 « Le Test Phonétique et la Mesure de l’Audition ». Je vais essayer de porter à votre connaissance, dans les prochaines parutions, les sujets qui ont attiré mon attention.

Merci.
JYM

Au cours du dernier Congrès des Audioprothésistes qui s’est déroulé en Avril 2015, j’ai eu l’occasion de rencontrer un confrère intéressé à avoir les listes du test phonétique en langue espagnole car lui-même parle l’espagnol et certains de ses patients le parle en tant que langue maternelle.

 

Cela m’a donné l’idée de communiquer les listes du test phonétique dans toutes les langues dont je possédais une trace écrite.

 

Je termine donc aujourd’hui avec l’allemand, parlé dans au moins 33 pays, ce qui représente environ 100 millions d’habitants.(1)

 

On trouve ces listes en pages 43 à 45 du Bulletin d’Audiophonologie Volume 2 – Numéro 1 – Année 1972 intitulé « LE TEST PHONETIQUE THEORIE et PRATIQUE », elles ont été réalisées par Heidrun VINCENT-SORRIES :
img664
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Il ne semble donc pas y avoir de liste de recrutement en allemand.

 

JYM

 

(1) d’après le paragraphe intitulé « Nombre de locuteurs par pays » trouvé sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9partition_g%C3%A9ographique_de_l%27allemand

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