Catégorie : Audiométrie vocale

Avant tout, je désire remercier Xavier DELERCE et Sébastien GENY qui m’ouvrent leur talentueux Blog-Audioprothésiste. Ils y font honneur à la profession.

Si je me suis permis de les contacter, c’est dans la seule idée de faire mieux connaître les écrits et dires du Professeur Jean-Claude LAFON, né en 1922 et décédé fin 1998. A un rythme périodique j’envisage donc de diffuser, dans un article dénommé LAFON, ce que j’ai retenu de son enseignement.

Les travaux du Professeur LAFON, Docteur en Médecine, Docteur en Phonétique, Docteur es Sciences, Professeur d’ORL et de Phoniatrie (*), méritent d’être transmis aux jeunes audioprothésistes qui n’ont pas eu la chance, comme moi, de le rencontrer. J’ai en effet, suivi par correspondance et obtenu, trois des cinq Attestations d’Etudes Complémentaires (équivalents de nos D.U. actuels) qu’il proposait à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Besançon. Lors de nos regroupements à Besançon, il nous distribuait des numéros du Bulletin d’Audiophonologie, revue trimestrielle dont il était le créateur et le rédacteur en chef. En 1972, on trouvait dans le conseil scientifique de cette revue 22 éminentes personnalités dont certaines font encore écho dans nos mémoires : Pr. ORL Gabriel DECROIX, Pr. ORL Yves GUERRIER, Pr. ORL Michel PORTMANN, M. Paul VEIT Audioprothésiste.

Il est aussi l’auteur de trois livres, dont le plus connu a été publié en 1964 : Le Test Phonétique et la Mesure de l’Audition. Mais les deux autres sont aussi d’un vif intérêt : Message et Phonétique (1961), Les Enfants Déficients Auditifs (1985). J’ai la chance de tous les avoir sur mon bureau. Sur Internet, on trouve encore assez facilement celui de 1985 (réédité en 1997), plus rarement celui de 1961 et encore plus rarement celui de 1964.

Alors, bien sûr, cela fait 50 ans. Mais, j’ai la faiblesse de penser que l’oreille n’a pas changé depuis et que ce que le Professeur LAFON a pu écrire ou dire est toujours digne d’attention.

(*) C’est ainsi que le Professeur LAFON commençait son Curriculum Vitae en 1991.On trouvera ce C.V., avec d’autres excellents documents rassemblés pour la plupart par Monsieur Paul VEIT Audioprothésiste, dans le Vol.11 Nov/Déc.98 N°6 que les Cahiers de l’Audition consacraient au Professeur Jean-Claude LAFON suite a son décès. Ce Cahier de l’Audition mériterait d’ailleurs d’être réédité.

Jean-Yves MICHEL (JYM) Audioprothésiste Nîmes

« Après appareillage, et à intensité de 60dB SPL, l’intelligibilité de mon patient passe à 70% contre 30% avant appareillage à la même intensité ! »

 

Question: est-ce significatif ?

Indice: je teste en listes de Fournier disyllabiques.

Réponse: à vous de chercher dans le tableau joint plus loin…

Tout d’abord, rendons à César l’idée de ce post:

Suite à l’atelier du congrès 2014 de Xavier BASCLE et Jean-Yves MICHEL (page 21), ils ont eu l’amabilité de m’envoyer leur présentation en pdf dans laquelle j’ai retrouvé un document mis à jour en 2007: une table de « significativité » (ce mot…) de test, puis re-test (conditions différentes) en audiométrie vocale.

L’article originel date de 1978: il s’agit d’une table permettant savoir pour un même patient testé dans deux conditions différentes (ex: avant/après appareillage), en fonction des scores obtenus, si la différence entre les deux scores est « significative » ou « non-significative ».

Tout d’abord, qu’est-ce que la notion de différence significative ? En statistique, on retrouve souvent la notion de p-value, ou en quelque sorte la robustesse des résultats des tests statistiques. Elle est souvent fixée à 0.05, ce qui veut dire qu’entre deux conditions de tests, il y a moins de 5% de risque que la différence observée (ex: intelligibilité avant appareillage et après) soit le fruit du hasard uniquement. Si P<0.05, le résultat est alors considéré comme le fruit d’une amélioration réelle par le traitement ou l’appareillage dans ce qui nous concerne.

Tout aussi intéressante, voire plus, est la notion statistique d’intervalle de confiance d’une valeur. Par exemple en ce qui nous concerne, le score d’intelligibilité avant puis après appareillage.

Pour cela, les statisticiens considèrent les résultats d’une l’audiométrie vocale comme une variable aléatoire discrète (…) obéissant donc à une loi de probabilité binomiale (re-…). En gros, comme des lancés de dé, à dix faces (dissyllabiques de Fournier), 50 faces (l’arrondi de 51 pour les cochléaires de Lafon), 20 faces (phrases du HINT), etc.

Mais si l’audiométrie vocale obéit à une loi de probabilités, celà n’empêche pas son résultat de fluctuer de manière très importante alors que les conditions de réalisation peuvent être les mêmes (appareillé ou non et réglage identique pour chaque condition). Selon l’état de fatigue ou la concentration, l’effet placebo, la chemise ou le décolleté de l’audioprothésiste, etc., ce ne sera pas 40% ou rien ! Ce sera certains jours 60% et d’autres 30% dans les mêmes conditions, avec quand même un « pic » de probabilité d’intelligibilité. Autour de ce maximum de probabilité d’intelligibilité existe un intervalle de fluctuation souvent important: le fameux intervalle de confiance. En statistique, il est souvent calculé à 95%, c’est à dire que la moyenne (le pic de probabilité) a 95% de chances de se trouver dans cet intervalle.

Cela donne, par exemple, les probabilités suivantes de répétitions de mots avant et après appareillage:

Proba binom fournier

 

Pas besoin d’être un expert statisticien pour comprendre deux choses:

  • les « courbes » se superposent, et entre 40 et 70% de répétition il est difficile de démêler ce qui serait de l’ordre d’un « coup de chance » sans appareil ou d’une « contre performance » avec appareil.
  • Les intervalles de confiance de la moyenne « sans » et « avec » se chevauchent beaucoup lorsque les échantillons (la grandeur des listes ici) sont faibles. 10 mots ça semble un peu court pour être sûr de départager les performances des deux conditions avec 95% de certitude, puisque 1 mot de travers, c’est 10% d’erreur d’un coup. On voit aisément que 20 phrases, voire 50 phonèmes, ce serait tout de suite mieux.

Afin de répondre à la question posée au début de ce billet: en 1978, Thornton & Raffin on publié une table de « Intervalles critiques à 95% » permettant par une lecture facile de savoir si les résultats d’une audiométrie vocale sont significativement différents (à risque de 5% d’erreur maximum).

Voici un tableau extrait de la page 515 de l’article de Thornton et Raffin, et tiré également de Essentials of Audiology de Gelfand (2011):

IC95_vocale_1978

Comment lire (et interpréter) ce tableau: dans l’exemple du début, le score sans appareil est de  30% d’intelligibilité, à lire dans la première colonne nommée « % score« . En recherchant dans la colonne « n=10 » (parce que ce sont des listes de 10 mots) on s’aperçoit que l’intervalle critique à 95% est compris entre 10 et 70%. Ce qui veut dire que tout résultat avec appareillage se situant dans cet intervalle n’est pas significativement différent du premier (30%).

Donc dans notre cas: amélioration non significative. De justesse, certes…

Ces tables ont été récemment mises à jour, et je remercie encore Xavier BASCLE et Jean-Yves MICHEL d’en avoir fait part à la communauté lors de leur atelier; une mise à jour de ces intervalles critiques à été faite par Carney et Sclauch en 2007 et diffère dans 23% des entrées de celle de 1978. A privilégier donc (toujours repris de Essentials of Audiology):

IC95_vocale_2007

En reprenant notre exemple, c’est toujours non-significatif: 70% après appareillage est une valeur se trouvant encore dans la zone critique 10% <—> 70%.

Mais regardez-bien: si on avait eu toujours 30% de score avant appareillage, mais avec des listes cochléaires de Lafon (50 phonèmes) cette fois ci. Vous constaterez que l’intervalle critique passe à 16% <—> 48%. Un score après appareillage de 70% serait donc hors de la zone d’incertitude des deux distributions. Les tests diffèreraient significativement (meilleur après appareillage, avec 5% ou moins de risque de se tromper).

Conclusions de tout ceci:

  • Les résultats en audiométrie vocale sont des variables… très variables, y compris pour un même individu et dans les mêmes conditions
  • Les listes courtes sont quasiment inexploitables pour mettre en évidence une quelconque différence statistique, à éviter donc si on cherche à prouver quelque chose (mémoires, recherches, preuve, …) ou alors utiliser 2 listes de 10 mots pour faire une moyenne
  • Par honnêteté intellectuelle, il est peut être bon d’avoir ce second tableau à porté de main et d’audiomètre…

 

* citation reprise de Denis POINSOT et de son ouvrage « Statistiques pour Statophobes« , un régal de clarté, et de l’humour…

 

Malgré le raffinement et la très grande diversité des tests à la disposition des audioprothésistes aujourd’hui, nous ne faisons qu’une « photographie », très imparfaite de l’état du système auditif.

L’audiométrie, tonale ou vocale ne s’avère ne tester que les capacités auditives résiduelles, sans nous donner d’informations « au-delà de la quantité ». Des fois, nous aimerions savoir « où » et « quoi » est touché. Ceci ne nous avancerait peut être pas dans nos réglages, mais aurait au moins le mérite de donner une probabilité de chance ou d’échec d’une amplification.

Pour illustrer ce propos, je voulais vous soumettre le cas d’un patient avec deux tentatives d’appareillage sur les dix dernières années. La première en 2003, soldée par un échec, la seconde en cours, et soldée… je me demande bien encore par quoi !

Ce monsieur consulte en 2003 pour une sensation de déséquilibre OD/OG et volonté d’appareiller son oreille la plus basse, son oreille droite:

2003

Je vous passe les détails, mais après deux mois d’essais en tous genres, stratégies diverses, etc., ce patient n’a aucun apport avec une amplification à droite. Pire: cette oreille droite appareillée se révèle perturber l’intelligibilité relativement préservée à gauche. Force est de constater que la fusion binaurale n’intervient pas. Mais comment l’interpréter ? Ca coince quelque part, mais l’audiométrie ne renseigne en rien sur l’origine…

Arrêt de l’adaptation sur un échec à droite en 2003.

Ce patient revient en 2013 (pas rancunier !), pour « un appareillage à gauche, la droite est morte ». Effectivement:

2013

Plus de seuil en tonale en 2013, intelligibilité nulle de ce côté. Ca me laisse penser qu’en 2003, j’avais tenté de m’attaquer à une oreille interne en train de dégénérer, et dont l’audition à fini par totalement disparaître. D’où cet échec je présume.

L’audition à gauche s’est relativement bien maintenue, ainsi que la vocale, très légèrement en baisse, mais pas si mauvaise quand même (LAFON cochléaires).

Nous repartons pour une adaptation à gauche. Je me dis que la technologie actuelle, 15 canaux, directivité, etc. etc., tout cela devrait donner quelque chose de bien:

MIV 2013

C’est beau, c’est carré, pas comprimé, dans la dynamique, écrêté où il faut, programme 2 anti-bruité, anti-larsenné, réducto-bruité, confortable, porté, supporté, etc.

Une « petite » tonale:

CL 2013

Persiste quand même toujours une sensation « métallique » et « claquante », en régression après un mois de port. Tout essai d’amplification plus importante de 2 à 4KHz se solde par un inconfort au quotidien.

Ce patient n’a quand même pas l’air très emballé par l’apport qualitatif. Les discussions sont « à peine plus faciles », la TV « un tout petit peu mieux ».

La vocale:

CL voc 2013

Sans appareil: bleu. Avec appareil: rouge. Pas de quoi pavoiser. Il faut se rendre à l’évidence: l’amplification ne débouche nulle part en quelque sorte. La zone stimulée (1.5-6KHz) ne semble pas « coder » pour l’intelligibilité chez ce patient. Ce qui pourrait être le cas en présence d’une zone morte cochléaire.

Arme ultime, le TEN-Test:

TEN

Le TEN est émis à 80dB/ERB et de 1KHz (!) à 3KHz, si ce n’est pas franchement positif, ce n’est pas non plus négatif. On peut supposer qu’il y a encore des CCI, peut-être, mais fonctionnent-elles correctement ? Et que s’est-il passé à droite en 10 ans ? Y a t-il un rapport avec la disparition de l’OD et le fonctionnement erratique de l’OG ? Qu’a testé l’audiométrie ?

OU EST LE PROBLEME ?

Des questions, des questions, des questions. Pas de réponses. Tout s’améliore aujourd’hui, nos techniques, nos mesures, nos appareils, mais nous ne testons que la périphérie, avec peu de tests capables de nous donner une indication précise du point de dysfonctionnement.

Rendez-vous en 2023 ?

Ah, les listes de phrases ou de mots en français ! Ce petit côté suranné ! Ce vocabulaire légèrement démodé: la capuchon (et « se garantir »…), le troupier (Fournier), etc. Epoque révolue du fioul domestique, Nicolas et Pimprenelle et robinets d’eau chaude et froide séparés (quel est le ### qui avait inventé ça !!!).

Oui, mais en 2012, Combescure est en passe de devenir un test de phrases sans signification (fallait l’inventer ce test 😉 ).

A notre époque mondialisée, le test à la mode souvent cité dans les différentes études est le HINT (Hearing In Noise Test). Test de phrases se pratiquant dans un bruit de fond dont on fait varier le niveau. C’est un test intéressant, certainement plus réaliste ou représentatif de la vie quotidienne que des mots isolés accompagnés d’un « bruit vocal ». Chose subtile aussi: les phrases testent aussi une certaine capacité à mémoriser sur le court terme, et à suppléer.

Le CD du Collège propose le HINT (pistes 43 et suivantes du CD 3). Il est également possible de télécharger les listes imprimées. Le problème est qu’il est délicat de savoir comment comptabiliser les erreurs: rien n’est indiqué sur le document. Quel mot est « éliminatoire » ? Les articles faux comptent-ils ? En enfin: d’où viennent ces listes et ont-elles été validées scientifiquement ?

Tout, vous saurez tout en lisant cet article. Le HINT en français proposé sur le CD du collège vient du Québec, et a été validé très scientifiquement (on n’en doutait pas). En bonus, à la fin de l’article, les listes avec les « erreurs acceptables » et les répétitions obligatoires.

 

Merci à Cécile G. pour son aide.

Le nain sourd de Bilbo le Hobbit en mode « super-directionnel »

 

Devant l’apparition ces derniers temps de « solutions auditives non-prothétiques » comme leurs distributeurs aiment à les appeler, sortes d’amplificateurs en accès direct en pharmacies ou par correspondance, vendus sans bilan, sans adaptation, sans suivi… et sans honte (!), je voulais vous relater une étude assez récente du NAL.

On présente souvent la baisse d’audition légère comme une baisse d’audition également « légère à corriger »; c’est à dire « simple » à corriger et donc ne nécessitant finalement qu’une amplification de faible niveau pour être « compensée ». Mais alors, pourquoi dépenser 300€ en pharmacie et s’acheter un S…..O, alors que pour beaucoup moins cher (24,95€) chez Nature et Découvertes, vous avez le canon à sons (et en semi-stéréo s’il vous plait !):

Là c’est clair, vous allez briller en société. Finalement, c’est vrai, vous ne serez plus gêné par les conversations dans le bruit, car celles ci cesseront dès que vous paraîtrez avec l’engin au poing, en même temps que les regards se porteront sur vous !

Bref ! J’ai découvert cette étude du NAL (Mild Hearing Loss is  Serious Business) pour un tout autre sujet, mais l’analyse de fond (faut-il une réponse simple à un problème « léger » ?) est très intéressante.

Car au final, la surdité légère est-elle un problème simple ? Une « banale » amplification suffira t-elle ? Les tenants de la solution « péri-prothétique », vous dirons que ces amplificateurs sont une solution de démarrage, un « pied à l’étrier » en quelque sorte, en attendant de passer le pas vers le « vrai » appareillage auditif. Et même (c’est un comble…), le BUCODES a publié ces derniers mois un communiqué de presse vantant les mérites des amplificateurs de sons pour les surdités débutantes ! Là, pour un organisme censé apporter un éclairage informé sur l’audition à destination du grand public, cela dénote une connaissance très « 19éme siècle » de la physiologie cochléaire !

Non: la perte auditive, même légère, n’est pas assimilable à la presbytie. La perte auditive, dès son apparition, n’est que le reflet apparent d’une somme de dérèglements physiologiques. Je vous laisse lire cette présentation du NAL pour une revue (non-exhaustive) des atteintes neuro-physiologiques présentes dès la perte auditive légère.

  1. Sur le dégénérescence « légère » du système auditif: je pense que le mot « dégénérescence » n’est pas exagéré. On emploierait le même s’il s’agissait de la rétine subissant les mêmes phénomènes (DMLA). Perte des cellules sensorielles, cellules ciliées externes, et même dans certains cas, des cellules ciliées internes. Si la perte des secondes interdit toute intervention, la surdité légère est surtout le résultat d’une réduction du nombre de CCE. Dans ce cas, il va falloir, on pourrait le penser, « mettre le son plus fort », ce sera au détriment de la sélectivité fréquentielle.
  2. Augmentation du temps de traitement temporel des informations auditives, et également (lié ?), augmentation de l’intervalle de temps minimal perceptible (quasiment doublé).
  3. Perte des informations de structure temporelle fine.
  4. Dégradations de l’intelligibilité dans le bruit.
  5. Etc.

Juste un rappel: on parle ici de surdité LEGERE….

Le NAL, pour cette étude aura mis à contribution toute une région de l’Australie, les Blue Mountains, et des milliers de patients appareillés, centralisation du secteur audiologique oblige, et s’est surtout intéressé à ce qui touche en premier lieu les patients présentant une surdité légère: l’intelligibilité en milieu bruyant. Ils ont mesuré pour cela les apports respectifs:

  1. d’une correction et captation par micro omnidirectionnel
  2. d’une correction et captation par micro directionnel (adaptatif, j’imagine)
  3. d’une correction et captation par réseau de micro super-directionnels (du pays de la vache violette…)
  4. et enfin d’une correction, captation par micro super-directionnel avec adaptation « spéciale NAL » (du suspens !!!!)
  5. … le tout comparé à l’intelligibilité dans le bruit de sujets normo-entendants

Correction d’une surdité légère par des moyens classiques (appareillage open, comparatif des micro omni. et dir.:

Surdité légère corrigée en mic. omni. et dir. (reprise données NAL)

 

Petites surdités, mais déjà perte conséquente en milieu bruyant. Par rapport à la normale, de 10 à 50% d’intelligibilité en moins ! L’apport de la captation directionnelle est relativement limité, au maximum 1dB de S/B gagné. Et la différence entre le mode microphonique omni. et directionnel est insignifiante. Comme dirait Bashung, « Y’a un truc qui fait masse ! », mais les lecteurs de Dillon savent déjà quoi…

Donc, sortons la grosse artillerie et tentons la captation « Super-directionnelle », disponible depuis quelques années.

Correction d’une surdité légère par des moyens classiques (appareillage open, comparatif des micro omni., directionnels et super-directionnels:

Surd. légère et trt par micro super-directionnel (reprise données NAL)

 

Comme dirait Bertrand dans « Des Chiffres et des Lettres » (j’ai ma culture !): « Pas mieux ! ». Mais enfin, toute cette technologie pour rien ? N’oublions pas que les sujets testés ont une surdité légère, appareillée en open (gros indice, là…).

Et donc les gens du NAL ont repris les mêmes patients, en appareillage « Super-directionnel », mais ont juste modifié, non pas le réglage, mais un « petit quelque chose », et là:

 

Surd. légère et appareillage super-directionnel « spécial » (reprise données NAL)

 

Ca y est ! Là, nos patients pourraient vraiment penser qu’ils ont retrouvée une audition « normale » dans le bruit.

Comment a fait le NAL pour arriver à ce résultat ? En réalité, ils ont trouvé le moyen d’utiliser cette super-directivité dans les basses fréquences, mais vous en saurez plus en lisant ce ppt de 120 dias environ ! Le premier qui trouve gagne un abonnement à « Teckel magazine ». (AN: CG, tu es hors-concours !).

 

C’était aussi un clin d’oeil du NAL: la surdité légère, « Serious Business » = « Affaires florissantes » ou « Sujet sérieux » ?

Juste pour info, patient du début de semaine.

Voici la tonale:

Voici la vocale (cochléaires LAFON):

Là, ça ressemble à ce que tu as eu, Sébastien…

En « grattant » un peu, c’est à dire avec un TEN-Test:

L’OD n’est même pas montrée (tout est positif après 1K). L’OG, après utilisation du TEN à 80dB HL (barre noire rajoutée), fait plonger le 1.5K, puis le 3K. La cochlée est « trouée » ou en tout cas bien désafférentée (flèches).

Que faire ? Pas grand chose, sinon au moins pouvoir expliquer le problème, sans solutions (évidentes)…

Le TEN-Test: 5 min. de passation, des heures de galère évitées !

 

Celà faisait un bout de temps que je voulais vous faire (re)découvrir ces feuillets de Jean-Etienne FOURNIER (vous savez, celui des listes !). Ce livre n’est pas tombé dans le domaine public, mais comme il est introuvable, je me dis qu’il vaut vraiment le coup d’être parcouru; à vous de juger… (fichier 8mo): temporairement retiré du téléchargement.

Abrégé d’audiométrie – J.E. FOURNIER – 1949 (3ème édition)

Ces feuillets datent de 1949, annotés pour certains par l’auteur, il s’agit déjà de la troisième édition. Je reste éberlué de la somme de connaissance et l’aspect visionnaire de Jean-Etienne FOURNIER. Il aura tout inventé ou presque de l’audiométrie, beaucoup compilé et publié, souvent en langue étrangère, étudié à l’étranger (aux Etats-Unis), le tout à une époque où l’Atlantique ne se traversait pas aussi facilement qu’aujourd’hui…

Il faut quand même se replacer dans le contexte de l’époque, il y a 65ans (l’audition ne se testait pas, ou alors au diapason !), et se dire que certains des sujets abordés dans ce livre sont dignes du master, en tout cas pas si facilement assimilables.

A une époque où tout était à construire (la profession n’existait même pas en temps que telle), J.E. FOURNIER créait la CFA (Compagnie Française d’Audiologie, rachetée depuis 1999 par Audika), sur un modèle de grande qualité professionelle, quand on sait ce qui se pratiquait à l’époque:

Pub CFA années 50

Donc voilà encore un petit bout d’histoire de la profession. Je me dis que ça vaudrait peut-être le coup que quelqu’un se colle à un ouvrage ou un site sur le sujet, d’autant que de belles collections d’appareils préhistoriques existent en France…

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