Catégorie : bruit

Suite du premier et second billet.

Troisème test après celui ci et celui ci.

Troisième (et dernier) candidat : WIDEX UNIQUE 440 Fusion

Il s’agit d’un RIC pile 312, successeur du circuit DREAM 440.

Le Widex UNIQUE marque une rupture technologique qui semble importante chez ce fabricant puisque l’on a pour la première fois une détection automatique de 9 environnements sonores différents, le choix entre la transposition fréquentielle « classique » ou une duplication (mais ce n’est pas le sujet qui nous intéresse aujourd’hui), 4 convertisseurs A/D  de 18bits, soit pas loin de 108dB de dynamique, un seuil d’enclenchement possible vers 5dB SPL (étonnant), etc… Surtout, et là c’est plus surprenant (pour les audios habitués à la marque) et intéressant, l’amélioration de l’intelligibilité ne repose pas uniquement sur un réglage de « réduction du bruit » à proprement parler, mais plusieurs réglages de détection et et d’amplification de la parole (Speech Enhancer), dont un mystérieux réglage « Audibilité ». Widex explique d’ailleurs que les patients agissant sur le potentiomètre à la hausse, agiront spécifiquement sur ce réglage de renforcement de la parole.

Alors ? Marketing tout ça ou réelle avancée technologique ?

Appareil testé sur un pré-réglage avec méthodologie propriétaire Widex, base audiogramme KS100. Le LTASS de la voix moyenne (65dB SPL) a été mis sur une cible sur DSL 5.0a, base insert et RECD HA1, comme pour les autres appareils testés, afin de tous les comparer dans des conditions de réglages similaires. Pour ce Widex UNIQUE comme pour les autres appareils testés, les rapports de compression sont restés tels que préconisés par leurs fabricants respectifs.

Laisser faire les automatismes ou « fixer » l’appareil dans un mode particulier ?

Connaissant depuis un petit moment déjà l’anti-larsen Widex, on pourra certes lui reprocher plein de choses, mais en aucun cas d’inverser la phase du signal. C’est le genre d’effets collatéraux que l’on découvre en faisant ce genre de tests… Donc, et contrairement aux autres fabricants testés précédemment, j’ai décidé :

  • dans un premier temps, de le tester en désactivant la détection automatique d’environnements, d’activer le micro directionnel fixe avant, mais en activant ce fameux réglage « d’audibilité » au maximum; donc en fixant l’appareil dans une sorte de mode « parole dans le bruit », avec anti-larsen actif
  • puis de le tester dans un second temps « tel quel », sans activer, désactiver ou sur-activer de traitement du signal particulier, ni désactiver la reconnaissance automatique d’environnements. Je ne l’avais pas fait lors des essais précédents, les extractions n’auraient alors pas été possibles à cause de l’anti-larsen par opposition de phase des deux appareils précédents testés (et dans une moindre mesure, de la détection automatique des environnements)
  • enfin, de comparer les deux conditions afin de savoir si ce réglage d’extraction de la parole améliore réellement le RSB

Les résultats « visuels » à RSB -5dB :

U440_AUDIB_SNRm5

Les connaisseurs de Widex reconnaitront le fonctionnement typique de la marque : la réduction du bruit et/ou l’activation du mode directionnel est très progressif, mais nettement plus rapide que sur les modèles précédents où il fallait 10 à 15 secondes à l’appareil pour activer ses divers systèmes. Sur cet UNIQUE440, c’est beaucoup plus rapide : environ 7 secondes. Les crêtes semblent bien préservées tout au long de la mesure, n’oublions pas que nous sommes à un RSB de -5dB en entrée.

On écoute ?

 Voici d’abord ce que le micro de référence capte en cabine à RSB -5dB :

REF_CABINE_SNRm5Et ce que ça donne à l’écoute en cabine, sans appareil (il y a de l’ambiance !) :

 Et voici avec l’appareil, toujours à RSB -5dB en entrée, réglage d’audibilité au maximum (c’est l’écoute du visuel avec les zones temporelles entourées) :

On sent très nettement, entre la 12ème et la 15ème seconde, la réduction du bruit. La parole devient alors de plus en plus audible. Est-il plus probable que ce que l’on entende soit dû à l’enclenchement du microphone directionnel et/ou à l’activation d’un réducteur de bruit ? Nous verrons cela plus en détail par la suite… Suspenssssssss inssssssoutenable !!

 Des chiffres (réglage « Audibilité » maximum + micro. dir. fixe avant) :

Juste à noter, un détail : les extractions des signaux issus du Widex UNIQUE 440 ne peuvent se faire qu’avec un alignement par l’enveloppe des signaux SpN, SmN, mSmN et mSpN. Impossible d’avoir des extractions correctes en alignant par la structure fine… à l’inverse des deux autres fabricants testés ! Mystère…

U440_audMax_micDir

On trouve sur ce graphique :

  • ce que capte en parallèle le micro de référence (lignes 10 à 14)
  • les Leq en dBA(30s) respectifs du signal et du bruit (colonnes D et E)
  • lignes 3 à 7 : les extractions avec le UNIQUE 440
  • colonne C3<–>C7 le RSB réel en entrée (issu du micro de réf.)
  • colonne I3<–>I7 le RSB en sortie de l’appareil
  • colonne J17<–>J21 la différence entre le RSB à la sortie de l’appareil et le RSB réel en cabine (mic. de réf.)

La parole est très stable (delta de 3,5dB de RSB +10 à RSB -10), l’appareil « n’emporte pas » le signal avec le réducteur de bruit (ça arrive des fois…). Le bruit varie de 20 dB en entrée pour 17dB en sortie.

L’amélioration du RSB par l’appareil est d’environ 8dB dans ce mode (colonne I – colonne C) de +10 à à 0dB en entrée. Les deltas sont en J17<–>J21.

On est donc face à un appareil très performant dans le bruit, présentant un très efficace mode directionnel, mais couplé à un système qui semblerait préserver (donc différentier ?) le signal utile. Comment mettre en évidence ce système ? S’agit-il plutôt d’un réducteur de bruit ou d’un détecteur/expanseur de parole ?

« Audibilité renforcée » : réglage utile ou gadget ?

Vous vous demandez certainement (comme moi…) si le fait de déplacer un curseur de deux crans va réellement agir sur l’audibilité de la parole. Et quelle est l’action de ce réglage ? Une réduction du bruit dans les silences de la parole permettant une émergence du signal utile (comme le Bernafon) ? Ou au contraire une détection des indices vocaux et une amplification renforcée sélective ?

Une seconde série de mesure à été refaite :

  1. comme la précédente, audibilité max et mic. directionnel avant fixe
  2. réglage « standard » en mode automatique total

AN : le réglages sont très reproductibles, puisque les deux mesures faites en « audibilité max. + mic. dir. » sont quasi-identiques sur les deux mesures.

Réponse avec l’analyse LeqA des divers signaux extraits sur les 30 dernières secondes (de 40″ à 1’10 ») du mix signal + bruit (donc après l’activation du microphone directionnel qui a dû se produire dans les 7 premières secondes) :

U440_STDvsAUDIB

Les réglages des gains sont les mêmes dans les deux conditions :

  • Il n’y a quasiment pas de différence entre les niveaux du bruit (lignes E3/E7 et E11/E15) avec le réglage d’audibilité « moyenne » ou « maximum » : le LeqA(30s) évolue dans les deux conditions de 63 à 80dB environ de +9 à -11dB de RSB(in). Le réglage d’audibilité n’est donc pas principalement un réducteur de bruit.
  • Par contre, on constate un net renforcement du signal de parole entre les deux conditions : +3 à +5dB en « audibilité maximum » par rapport au réglage « standard » (lignes D3/D7 par comparaison à D11/D15).

C’est donc l’action de ce réglage qui explique l’amélioration du RSB entre les deux conditions. Il ne s’agit donc pas d’un réducteur de bruit, mais bien d’une détection spécifique et d’un renforcement du signal de parole.

Voici la progression du UNIQUE 440 :

U440_auto_audib

L’amélioration du RSB est de 4dB environ en « mode auto » (courbe orange), ce que bien des fabricants aimeraient atteindre en mode directionnel fixe et RB au maximum… On notera juste que l’appareil, dans les deux modes de réglages va privilégier le confort plus que l’efficacité sous RSB 0dB.

Par contre en mode d’audibilité renforcée (courbe rouge), l’appareil regagne encore 4dB de RSB, ce qui donne au total une amélioration du RSB de 8dB entre 0 et +10dB et 6 à 7dB environ entre -10 et 0dB. Impressionnant tout de même, c’est le maximum mesuré jusque là entre les divers fabricants en monaural…

Au-delà de la performance pure, certains appareils performants atteignent quasiment ce niveau, mais avec une qualité sonore du signal utile très « artificielle » (je présume, hachée par les compressions). Ici, et c’est souvent le cas chez Widex, la qualité du son reste très bonne. Les extractions (en sortie de l’appareil) donnent un signal de parole clair, comme ici extraite des 30 dernières secondes d’un mix RSB -5dB :

Ca fonctionne quand même bien la méthode de séparation des signaux par opposition de phase… Merci Messieurs Hagerman & Olofsson !

Il faudra un jour que je vous fasse écouter les extractions de parole de 7 fabricants testés, en blind test : nous aurons des surprises dans la qualité sonore… C’est un aspect des choses ignoré, mais qui doit avoir aussi son importance…

Emergence du message

Widex dit utiliser un SII « HD » dans son algorithme. Je ne connais pas de norme SII « HD »… mais la bonne vieille (et toujours en vigueur) norme ANSI S3.5-1997 qui définit le calcul du SII, auquel, c’est vrai, on peut ajouter un calcul (non encore normé) du SII bilatéral. Bref… améliore t-il le SII ? On peut présumer que oui puisque la parole est détectée et amplifiée sélectivement.

Voici ce qui se passerait si l’appareil n’améliorait pas le RSB (situation encore fréquente ces dernières années…) :

U440_SNR0in_SNR0out RSBin_equal_RSBout_corr_KS100Le SII avec l’appareil serait d’environ 0,38 à RSB 0dB.

Et avec l’appareil, dont l’amélioration RSB est d’environ 7,2dB à RSB 0dB en entrée :

U440_SNR0in_SNR7out U440_SIILe SII passe à 0.61 (SII calculé sur base audiogramme KS100, signal à l’avant et bruit arrière, par le logiciel SIP-Toolbox).

On obtient une émergence améliorée de 23% du signal par rapport au bruit. Pour vous donner une idée : un SII de 0,33 est suffisant à un normo-entendant pour répéter 50% des mots de listes dysyllabiques, et 0,4 pour répéter 90% des phrases d’un test (selon la norme SII).

Vous noterez au passage qu’il serait impossible d’obtenir un SII supérieur à 0,8…

Conclusion(s)

  • Le réglage « Audibilité » de ce Widex UNIQUE 440 fonctionne bien comme un détecteur et « expanseur » de parole
  • absence de potentiomètre standard, remplacé par ce réglage croissant de détection de la parole améliore progressivement de RSB; vous êtes gêné pour comprendre dans le bruit = appuyez sur la touche + !!!
  • les meilleurs résultats dans le bruit (+8dB de RSB) sont obtenus avec un programme spécifique, en désactivant le détecteur d’environnements, en mode directionnel fixe et audibilité au maximum, comme sur les modèles testés précédemment. La directionnalité fixe potentialise toujours nettement l’action des algorithmes.

Fichiers et extractions

Pour les incrédules de la méthode (ou des résultats obtenus), ce que je peux comprendre, vous trouverez à l’adresse de ce lien tous les fichiers de calibration des micros de référence (Behringer) et de mesure (DPA) ainsi que les enregistrements avec ce UNIQUE 440 FS, découpages des séquences et extraits correspondants de parole et bruit à chaque RSB. Condition de test : Audibilité max. et mic. dir. fixe avant.

Formule d’usage : l’auteur signale un lien d’intérêt avec le fabricant testé, puisqu’il a accepté de me prêter cet appareil avant sa commercialisation officielle, mais pas dans le but de ces tests. Le « risque » est relativement important pour Widex qui a décidé de prêter quelques appareils à des fins comparatives à des patients déjà équipés de technologies évoluées. Si les résultats n’avaient pas été à la hauteur, je n’en aurait peut-être pas parlé, et chacun se serait fait son idée. Ce n’est pas (à mon humble avis), le cas. Comme d’habitude, n’y voyez aucune malice (et d’ailleurs, j’arrête la diffusion publique de ces tests, en attendant que les facs, en études multi-centriques, prennent le relai avec du matériel professionnel en cours d’installation), ne déduisez rien d’absolu au vu des seuls résultats. L’appareillage auditif est une alchimie entre l’audioprothésiste, son patient et la technologie la plus appropriée qu’ils choisissent en commun.

Ce troisième test conclura donc les billets sur l’analyse du RSB en sortie d’aide auditive par la méthode de séparation des signaux de Hagerman & Olofsson. Elle est cependant incomplète, car potentiellement améliorable par une même mesure, mais en binaural.

Il est intéressant (j’espère) et rassurant de voir que la technologie a énormément évolué ces dernières années. Ce que nous ressentons vaguement dans les dires de nos patients est une réalité tangible et mesurable avec quelques appareils récents.

J’ai entendu parler (mais je ne lis pas ce genre d’articles) qu’un journal de consommateurs assimilait les appareils auditifs à des biens électroniques de grande consommation, et dont le prix ne pouvait que baisser dans le temps, comme tout bien électronique qui se respecte… C’est bien vite oublier que toutes ces améliorations sont le fruit d’algorithmes de plus en plus sophistiqués associés à l’évolution de composants ultra-spécifiques à l’appareillage auditif. Ces derniers ne sont qu’au service des premiers. Car, quelle est la différence entre l’appareil d’il y a 5 ans, et par exemple ce Widex UNIQUE 440 ? Pas le micro directionnel…

Cette recherche, je veux bien le croire, nécessite des moyens colossaux en temps, en cerveaux et technologie.

Les appareils de 2015 n’ont finalement plus grand chose en commun avec ceux de 2005, mais présentent des spécificités importantes de comportement inter-marques.

Entre celui qui privilégie le confort avec une diminution de sonie importante, mais en conservant toujours un RSB amélioré, celui qui mise sur un « nettoyage » du bruit dans les silences de la parole, celui qui va chercher à améliorer la perception des crêtes afin d’améliorer le RSB, et que sais-je encore, les différences de fonctionnement sont très variées et très différentes selon les fabricants.

Pouvons-nous penser un seul instant que tous pourraient s’adapter indifféremment à n’importe quel patient ? Certainement pas…

Malheureusement, la seule lecture des fiches techniques ne nous renseignera pas sur leurs manières d’agir. Et certaines fois, la présentation de ces technologies se résume à une soirée promotionnelle…

A nous d’être curieux 😉

« Send out the Signals… Deep and Loud ! »*

Et pour finir cette série de 5 billets sur une note légère, un peu de musique avec un très beau morceau de Peter Gabriel (* paroles de la chanson) qui colle bien au sujet : Signal to Noise ! Où même le bruit peut devenir signal, si on le décide…

 

 

Encore merci à Franck et François-Xavier !

Suite du premier et second billet.

Second test après celui ci.

Deuxième candidat : BERNAFON JUNA 9 CP. Couleur beige… mais ça, bon…

Il s’agit d’un contour d’oreille pile 13, successeur de l’ACRIVA 9, appareil que je trouvait assez difficile à mesurer en in-vivo car ultra-réactif au « chirp » de pré-calibration.

Les appareils de la marque peuvent paraître entourés d’un certain mystère quant à leur fonctionnement « sans canaux » (en Schwyzerdütsch on dit « Channel Free »). Si vous avez la patience d’attaquer un bouquin pareil, leur anatomie est un peu dévoilée par leur créateur, Arthur Schaub, dans Digital Hearing Aids.

L’Acriva était réputé pour un réducteur de bruit très très efficace, mais une pointe d’agressivité aux bruits impulsionnels. Son successeur le JUNA propose désormais deux modes de détection de la parole dans le bruit, basés soit sur la structure fine, soit sur l’enveloppe (mode testé ici) qui est, selon le fabricant, moins générateur d’inconfort pour les personnes les plus sensibles à des transitoires « explosifs ».

Appareil testé sur un pré-réglage avec méthodologie propriétaire (Bernafit NL), base audiogramme KS100, réducteur de bruit au max (mais pas « ultra confort ») et microphone directionnel fixe, et priorité « parole dans le bruit » + « enveloppe ». Ouf !

Les résultats « visuels » à RSB -10dB :

JUNA9_RBmax_MicDir_env_Beyer

Il ne faut que 3 à 4 secondes au RB pour intervenir (zone entourée noire). Rappelons que dans cette configuration, la parole (ISTS) est envoyée à 65dBA (Leq sur 30sec.) et le bruit (IFNoise) est à 75dBA (idem). Ce qui frappe, c’est la conservation, voire même le réhaussement, des crêtes du signal : les 8.5 premières secondes (ISTS seul) n’atteignent pas 0.5 d’amplitude relative puis l’apparition du bruit « efface » totalement les crêtes jusqu’à ce que le RB s’enclenche totalement; les crêtes ré-apparaissent, nettement plus amplifiées qu’au début de la mesure.

On écoute ?

Avec le Juna 9 :

Contrairement à l’appareil testé précédemment (le STARKEY), on sent moins le réducteur de bruit, mais le signal vocal semble (c’est une sensation) plus audible.

Quand même pour comparaison, voici ce qui se passe en cabine en même temps, capté par le micro de référence :

Qui a dit qu’en 2015 un appareil auditif ne fonctionne pas dans le bruit ? Il faudra penser un jour à arrêter le « Hearing Aid Bashing« , accepter un minimum de payer une recherche qui aboutit à ces résultats…

Des chiffres :

JUNA9_env_beyer

Cela confirme l’écoute : quand le Starkey diminuait le signal vocal de plus de 7dB avec l’augmentation du bruit, le JUNA 9 le diminue très peu (env. 3dB de G3 à G7), et ce, quel que soit le niveau du RSB. On est donc en présence plus d’un « extracteur » de parole que d’un « réducteur de bruit ». Lorsque l’on regarde les enregistrements, on constate assez nettement ce renforcement du contraste temporel (réhaussement des pics de la parole). Bernafon communique depuis des années sur cette technologie, qui semble donc effective.

Voici, pour s’en convaincre, l’enregistrement fait en parallèle par le micro de référence, celui en écoute plus haut (à RSB -10dB) :

5_DPA_ref_JUNA9_env_beyer_SNRm10_Aligned_Signals

… difficile de distinguer la parole dans ce « magma » de bruit…

 

Et au même RSB, l’enregistrement du JUNA :

5_JUNA9_env_beyer_SNRm10_Aligned_Signals

… les crêtes ré-apparaissent. Merci le micro directionnel (mais on a vu que ce n’était pas suffisant avec des modèles d’il y a plusieurs années) et surtout merci les algorithmes !

AN : Les deux enregistrements plus haut sont les signaux « SpN » des graphiques ci-dessus.

Voici sa progression :

JUNA9

L’amélioration du RSB est constante dans cette configuration de réglages, d’environ +6.7dB en moyenne, quel que soit le RSB en entrée.

Emergence du message

Voici l’émergence du signal par rapport au bruit, calculé sur 30sec. (merci Franck) sans passer par l’appareil (capté par le micro de référence), à RSB 0dB :

SII_DPA_ref_JUNA9_RSB0dB

Et avec l’appareil :

SII_JUNA9_RSB0dB

On obtient bien une émergence améliorée de 15% du signal par rapport au bruit.

 

Conclusion(s)

On le voit, deux marques, deux stratégies totalement différentes. La première (STARKEY) est axée sur le confort (avec tout de même 5dB d’amélioration constante du RSB), quand BERNAFON avec le JUNA recherche une extraction constante de la parole, que que soit le RSB en apportant quasiment 7dB d’amélioration du RSB. Deux fonctionnements très différents, deux typologies de clientèles ?

On finira par entendre mieux dans le bruit avec un appareil auditif que sans !

Quels progrès depuis 5 à 10ans, ne boudons pas notre plaisir.

 

Formule d’usage : l’auteur ne signale aucun lien d’intérêt avec le fabricant testé. N’y voyez aucune malice, ne déduisez rien d’absolu au vu des seuls résultats. L’appareillage auditif est une alchimie entre l’audioprothésiste, son patient et la technologie la plus appropriée qu’ils choisissent en commun.

 

Où s’arrêteront les fabricants ? jusqu’où vont les performances actuelles ?

Vous le saurez (peut-être) dans une troisième et dernier épisode fin septembre…

 

Allez, zou ! en vacances !! Vous lisez trop le blog 😉

Suite du premier et second billet.

Premier candidat : STARKEY Z Series i110, BTE pile 13.

Pourquoi ? parce qu’il s’agit de tester un « saut technologique » puisque à ma connaissance, ce fabricant était encore le seul à utiliser sur ses générations précédentes un microphone directionnel simple à deux entrées; technologie désormais obsolète, car réellement plus performante (potentiellement) en utilisant deux micros séparés.

C’est donc le cas avec le Z Series testé ici qui inaugure une technologie microphonique « MEMS », supérieure à la précédente selon le fabricant, et mise sur le marché par Knowles en 2002 dans ses premières versions.

L’appareil est ici testé en microphone directionnel fixe (pour les raisons citées dans les posts précédents) avec le réducteur de bruit mis à -15dB (préconisé par le logiciel).

Voici par exemple la sortie à RSB -5dB et l’action dans le temps du réducteur de bruit :

Z110_RSB-5

Il a fallu environ 15 secondes au réducteur de bruit pour atteindre sa réduction maximale après l’apparition du bruit (zone entourée en noir).

Le voir c’est bien, l’entendre c’est encore mieux…

Voici la mesure en question (ré-échantillonnage en 16bits@44.1kHz pour gagner en taille ici) :

Quel ressenti ? Le réducteur de bruit est efficace, et rend la scène sonore confortable. On sent quand même une nette diminution du signal « utile » (l’ISTS) dans le temps avec une sonorité un poil artificielle.

Comment quantifier ces résultats ?

Z110_data

La colonne G3<–>G7 donne le niveau relatif de la parole de RSB +10 à RSB -10dB. De +10 à 0dB le niveau de la parole (ISTS) est relativement stable (-27dB environ). Dès que le bruit va dominer, le niveau du signal utile va décroitre progressivement, « emporté » par le réducteur de bruit (pas par la compression, insuffisante pour justifier cette baisse). Le bruit, lui, augmente de 20dB entre H3 et H7 dans le champ libre, l’appareil le maintiendra à 14dB de variation.

L’amélioration du RSB est constante, d’environ +5dB dans cette configuration de réglages, quel que soit le RSB en entrée, mais encore une fois, la patient perd 7dB de signal utile lorsque le bruit augmente de 20dB. C’est donc potentiellement plus confortable qu’efficace. Mais qui resterait dans une ambiance à RSB -10dB ???

Il faut certainement relativiser la notion de test dans le bruit. Un individu « normal » fuira une ambiance sonore dès qu’elle sera inférieure à RSB 0dB, et la majeure partie de la vie sociale « normale » se situe aux alentours de +20 à 0dB de RSB. C’est là que nous devons attendre les meilleurs résultats possibles des aides auditives. Au-delà, on peut effectivement s’attendre à ce que le fabricant privilégie le confort (le cas ici), plus que la performance pure.

Voici sa progression :

Z110A RSB +10dB en entrée, le RSB en sortie est de +15dB environ. Il semble donc que l’apport de la directionalité soit déterminante dans ce cas, et ce, jusqu’à RSB 0dB en entrée. La technologie microphonique semble efficace. Le réducteur intervient ensuite progressivement, sans améliorer le RSB de sortie, mais certainement en améliorant le confort.

Conclusion(s)

Donc OUI, en 2015, les aides auditives AMELIORENT le RSB. C’est quasiment (presque…) toujours le cas avec les appareils actuels à condition que directivité et réducteurs de bruit multi-canaux soient présents. On note donc une réelle différence avec ce qui se faisait ces dernières années; on parlait alors plutôt de « conservation du RSB » plus que d’amélioration…

J’en profite d’ailleurs pour rebondir et dénoncer un certain « moins disant tarifaire » poussé par la plupart des OCAM aujourd’hui (la fameuse « offre déprime l’audio ») : proposer de manière systématique en second choix au patient l’appareil le moins évolué (= le moins cher possible). Ce sera au détriment du confort et de la performance dans le bruit ! Une sorte de « perte de chance » proposée dans 100% de devis alternatifs… Le patient aura peut être oublié qu’il a payé moins cher, il n’oubliera jamais qu’il n’est ni confortable, ni efficace.

Bref, je ferme la parenthèse. Mes confrères auront compris !

 

Formule d’usage : l’auteur ne signale aucun lien d’intérêt avec le fabricant testé. N’y voyez aucune malice, ne déduisez rien d’absolu au vu des seuls résultats. L’appareillage auditif est une alchimie entre l’audioprothésiste, son patient et la technologie la plus appropriée qu’ils choisissent en commun.

 

A plus tard pour de prochaines aventures…

Bronzez bien 😉

La technique d’extraction du signal et du bruit à la sortie d’une aide auditive proposée par Hagerman&Olofsson est fréquemment utilisée en mastering audio, sous le nom de « NULL TEST« . Elle permet entre autres, de quantifier la perte de qualité liée à un ré-échantillonage ou compression « lossy » du signal d’origine.

Comme nous l’avons vu précédemment, Miller (2013) utilise 4 signaux pour l’extraction et l’estimation du facteur de qualité de cette extraction, permettent une analyse du RSB assez robuste à la sortie d’une aide auditive :

  • (+S+N) + (+S-N) extrait le signal (+6dB)
  • (+S+N) + (-S+N) extrait le bruit (+6dB)
  • et (+S+N) + (-S-N) extrait… rien !, ou plutôt devrait tendre vers -∞ mais en réalité « doit être 20dB plus faible que le plus faible extrait des deux précédents (parole ou bruit) ». C’est un critère de qualité/d’erreur décrit dans la thèse de Taylor (voir post précédent).

La difficulté majeure de ce type de test vient de l’alignement de tous ces signaux : plus elle est rigoureuse et précise, plus le calcul fera « disparaître » les signaux se retrouvant en opposition de phase. Et ça se joue quelques échantillons près (un échantillon avec une fréquence d’échantillonnage de 96kHz dure… 10μs !).  Les éléments technologiques présents dans les aides auditives actuelles rendent très difficile cet alignement :

  • les anti-larsen notamment ont tendance à inverser la phase du signal pendant le test, et bien sûr, jamais au même moment…
  • Les systèmes « d’aide à la décision » analysant également la scène sonore ont tendance à ne jamais faire exactement la même chose au même moment entre deux mesures.
  • Enfin, entre autres joyeusetés, les appareils peuvent présenter un phénomène de « Time shifting », c’est à dire qu’ils allongent (certes de quelques pouillèmes de sec…) le signal, mais jamais non plus aux mêmes endroits des tests…

Bref, une solution s’impose : se méfier des anti-larsen ( = les désactiver) et fixer les appareils dans un mode programme défini. De là à dire qu’il faudrait faire pareil avec les appareils de nos patients… mais ça pourrait des fois se discuter pour des raisons de qualité sonore !

Alignement précis = élimination précise de la parole ou du bruit = besoin d’un enregistrement « HiRes », c’est à dire en 96kHz/24bits = de bon gros fichiers .wav pour 45′ environ d’enregistrement (RSB testés +10/+5/0/-5/-10dB, pour 4 configurations différentes +S+N, -S-N, +S-N et -S+N).

Bien aligner ensuite tout le monde, pour bien éliminer ce qui doit l’être. Exemple avec l’ISTS et l’IFnoise à RSB -4dB :

 

SpN+SmN

 

Le signal +S+N à l’écoute :

 

Le signal +S-N à l’écoute (aucune différence à l’oreille) :

 

 

Ici deux fichiers +S+N et +S-N se retrouvant strictement synchronisés (configuration Hagerman & Olofsson de 2004), l’addition des deux va donner la parole + 6dB, le bruit en opposition de phase dans +S-N, s’annulant avec +S+N :

 

Parole extraite

 

Pour ceux qui voudraient écouter le signal extrait (extraction médiocre… non conservée) ci-dessus, non trafiqué, même si ça a un petit côté magique :

 

 

Et si vous ne me croyez pas, vous pouvez télécharger ces +S+N et +S-N et les fusionner dans Audacity, vous retrouverez bien la voix extraite ! Et si vous avez tout suivi, et que vous maîtrisez un peu Audacity, avec ces deux extraits, vous pourriez même, connaissant le RSB à l’entrée (-4dB), reconstituer le RSB à la sortie de ce Widex Dream Fashion 440 😉

Allez, je vous aide ! On n’a rien sans rien…

Cet alignement est très long et fastidieux. Si vous avez eu le courage de tenter la manip ci-dessus, vous avez dû comprendre. Et encore, les signaux sont déjà alignés et tous prêts à l’emploi !

Une solution :

mise en place par Franck LECLERE et avant lui, l’institut Fraunhofer (François-Xavier NSABIMANA), a été un traitement par lots (batch processing) des divers fichiers enregistrés à divers RSB avec « alignement automatique », basé soit sur la structure fine, soit l’enveloppe du signal (au choix, selon les appareils) :

 

Décomposition signal_Seewave

 

Pourquoi des signaux mesurés à la sortie de certains appareils s’alignent mieux avec l’enveloppe (une majorité) ou d’autres par la structure fine ? cela reste un mystère…

Donc pour faire court, on obtient :

  • un « train » de 4 signaux à 5 RSB différents (20 combinaisons),
  • enregistrés en 96kHz/24bits,
  • qu’il va falloir découper,
  • puis aligner entre eux afin d’en extraire la substantifique moelle (y’a pas que l’audio dans la vie… vous lisez trop le blog !) :

 

TrainH&O

C’est un algorithme Matlab qui va découper ce train, aligner les signaux (ici sur l’enveloppe) et extraire signal et bruit. Il ne restera plus qu’à recalculer le RSB à la sortie.

Conditions de test :

  • Signal ISTS, bruit IFnoise (même densité spectrale de niveau), téléchargeables sur le site de l’EHIMA
  • Appareil réglé selon méthodologie fabricant, dont le niveau de sortie pour l’ISTS à 65dB SPL d’entrée a été fixé dans un coupleur 2cc sur cible DSL 5.0a (EAR + RECD HA2) sur la base d’un audiogramme normalisé KS100 (sans inconfort entré)
  • Cabine : TR 0,23s et BDF 27dBA
  • HP : 1 à l’avant (émission de l’ISTS) à 0.70m et 2 à l’arrière (émission de l’IFnoise) à 135 et 225°, à 1,5m chacun
  • Etalonnage du niveau d’émission de l’ISTS par sonomètre au niveau du micro de l’AA par Leq 30s en dBA; étalonnage identique pour l’IFnoise
  • Emission du signal numérisé par lecteur Cowon PLENUE 1 relié en optique au convertisseur D/A d’un ampli NAD C375 BEE
  • enregistrement en fond de coupleur HA1 ou HA2 par un microphone DPA 4061 en 96kHz/24bits, en acquisition sur enregistreur Roland R26
  • enregistrement en parallèle (micro de référence) par un microphone BEHRINGER ECM8000 afin de vérifier la RSB à l’entrée
  • Calibration des deux microphones avant enregistrements par calibrateur B&K 4231
  • Découpage, extraction et calcul du RSB à la sortie de l’AA par un code Matlab sur les 30 dernières secondes de chaque mesure (afin de laisser les algos se stabiliser) pour l’enregistrement de l’appareil, et pour l’enregistrement de référence

Le premier testé sera un appareil qui ne prêtera pas à polémique, puisqu’il n’est plus diffusé : un Widex Inteo 19, de 2006 si j’ai bonne mémoire. Il y a eu 3 générations de circuits après cet appareil (puces Mind, Clear puis Dream).

On obtient, par exemple à RSB -10dB, la séparation des signaux :

 

Exemple fig extraction RSB-10dB

 

Voici sa progression :

 

IN19

 

Pas d’amélioration du RSB, sauf à -10dB (lissage du bruit par la compression WDRC, j’en avais parlé dans l’article précédent) et détérioration (légère) du RSB à +10dB par l’effet inverse (= un lissage des crêtes du signal utile).

On retrouve tout à fait les résultats décrits par Taylor & Johannesson en 2009 (le Widex Inteo avait un temps de retour variable, comme le lièvre, mais plutôt long) :

 

Capture

 

Par la même occasion, si vous avez eu la patience de lire la thèse de Miller (2013), les résultats étaient quasi identiques avec son successeur, le Widex Mind 440.

Je précise : les autres fabricants ne faisaient pas mieux à l’époque, voire plutôt moins bien.

 

A suivre…

Dans un souci légitime de réaliser en cabine des tests en conditions « comme pour de vrai », les audioprothésistes se dotent depuis quelques années de systèmes de reproduction sonore 5.1, 7.1, etc., immergeant le patient sur le quai d’une gare, au restaurant ou autre, tout en lui demandant de répéter un message.

C’est louable, et c’est ce pourquoi il vient nous voir le plus souvent (intelligibilité en milieux bruyants). Mais après ? Qu’en conclure ?

Faire un « sans/avec » ou un « avant/après » (RB, mic. dir.,) est à la rigueur possible, puisqu’il s’agit de comparer deux conditions de test différentes…

Mais en aucun cas nous ne pourrons dire à un patient « Vous êtes dans la norme », ou « Plutôt mieux que la moyenne », car nous ne pourrons pas nous référer aux valeurs absolues de référence établies pour un test dans le bruit particulier.

Pourquoi ?

Parce qu’à l’heure actuelle, il n’existe en France aucun test dans le bruit « clinique », c’est à dire appliqué tel qu’il a été conçu !

Certes, nous pouvons faire du/des bruit(s) pendant un test d’audiométrie vocale, par exemple lors de l’ANL et du HINT qui ont été conçus pour être administrés en milieu bruyant, mais c’est oublier que ces tests, dans leurs versions d’origine, n’utilisent pas n’importe quels bruits. Et c’est là que réside tout leur intérêt et leur robustesse : le bruit utilisé en parallèle au message a été spécifiquement créé en fonction du matériel vocal utilisé.

Un audioprothésiste français souhaitant aujourd’hui faire un test dans le bruit va, par exemple, émettre les phrases du HINT (Hearing In Noise Test) dans leur version française à un niveau fixe de 65dB SPL, et envoyer en même temps l’OVG (Onde Vocale Globale) dont le niveau variera au cours du test par paliers de 5dB autour du niveau des phrases à répéter. Si cet audioprothésiste possède un système plus élaboré de reproduction sonore avec un logiciel lui permettant de choisir son bruit dans une banque de données, il décidera peut être d’utiliser un bruit qu’il jugera plus réaliste : par exemple une simulation de restaurant sur le même principe de variation du rapport signal/bruit.

Rapport signal/bruit (RSB) ?

  • Ls est l’énergie du signal à comprendre (ANL) ou répéter (HINT),
  • Lb l’énergie du bruit qui va être émis à divers niveaux en parallèle,
  • l’usage courant se base sur les niveaux à long terme (RMS) de chaque signal pour déterminer le RSB:

RSBglobal

 

Donc, si on suit bien cette équation, les phrases du HINT, le texte de l’ANL ou les listes dissyllabiques de Fournier émises à 65dB SPL, plus l’OVG (Bruit de « cocktail »), un bruit de restaurant ou un bruit blanc à 65dB SPL donneraient pour chaque condition un RSB = 0dB ?

Vous pressentez bien à la lecture de cette phrase que quelque chose cloche… Comment des signaux de bruit aussi différents qu’un bruit blanc (WN), l’OVG ou une ambiance de restaurant pourraient-ils donner un RSB identique parce qu’ils sont « juste » émis au même niveau que la parole ?

C’est de la simplification de ce calcul de RSB que vient l’erreur des « tests dans le bruit faits maison », car ils ne sont alors plus utilisés dans leurs versions d’origine. Dans l’équation ci dessus, il manque « juste » un petit quelque chose :

RSBfreq

 

C’est le !

Pour faire un « vrai » test d’audiométrie vocale dans le bruit, le RSB doit être identique à chaque fréquence entre le signal et le bruit ! Ce qui veut dire en clair que si vous administrez un test à un RSB de +5dB (le bruit est 5dB plus faible que le signal), vous devrez retrouver cette différence entre les deux signaux à 251Hz, 1356Hz, 4800Hz, etc. et non pas uniquement entre le niveau global du signal et du bruit car dans ce cas, il est possible que le RSB réel soit de +13dB à 6000Hz et -1dB à 800Hz, etc.

Un signal de bruit doit donc être spécifiquement créé pour les listes vocales avec lesquelles il est émis.

Exemple: sur le graphique ci-dessous ont été représentées les densités spectrales de niveau (le niveau en dB pour chaque fréquence, en Hz) des listes dissyllabiques de Fournier (en bleu, voix d’homme) concaténées (élimination des silences) face à l’OVG (en rouge):

ComparaisonSignaux
Comparaison de signaux de test et de l’OVG – Cliquez sur le graphe pour l’agrandir.

 

  • Déjà une chose : les audios ayant encore de bonnes oreilles ont certainement dû ressentir ce vague bruit de couverts renversés au loin (excusez l’image !) lors de l’émission de l’OVG… c’est le méchant pic à 18KHz !
  • Ensuite : le niveau des listes de Fournier a été aligné sur celui de l’OVG (donc RSB = 0dB pour leur niveau global), mais on voit bien que leur niveau n’est pas égal à toutes les fréquences. Deux marqueurs (violet, en pointillés et ligne continue) ont été placés à environ 7000Hz et la différence de niveau entre les deux signaux est d’environ 7dB (donc RSB = -7dB à cette fréquence…). Jusqu’à 5000Hz les deux signaux sont tout de même assez proches, mais « assez » n’est pas suffisant…

Pour les phrases du HINT (Hearing In Noise Test), concaténées elles aussi, mais qui n’ont pas été mises au même niveau que l’OVG, on constate quand même que leur DSN (Densité Spectrale de Niveau) n’est pas identique à celle de l’OVG, ce qui, là aussi, entraînera un RSB non homogène en fréquence entre ces deux signaux.

Comment ne plus « bidouiller » ? Comment passer du « bruit pendant le test » au « test clinique dans le bruit » ?

Les auteurs de la version française du HINT nous livrent les secrets de l’élaboration du signal de bruit utilisé dans ce test (p361, traduction maison) :

  • toutes les phrases du test ont été mises au même niveau RMS après suppression des silences
  • ces phrases ont ensuite été regroupées en un seul fichier
  • le spectre à long terme de ce fichier a été calculé
  • un filtre (FIR) correspondant à ce spectre à long terme sur 256 fréquences a été créé
  • un bruit blanc a été filtré sur la base de ce filtre, dont la différence d’amplitude avec le LTASS des phrases n’excédait pas 0,6dB

Ceci permet donc d’être certain que le RSB est le même à toutes les fréquences, et à partir de là, d’établir des moyennes cliniquement robustes pour ce test.

Voici le résultat d’un bruit blanc (WN) filtré sur le spectre à long terme des phrases du HINT :

Et à l’écoute, un extrait de ce bruit blanc filtré sur le spectre à long terme (LTASS) des phrases (la courbe rouge – 2,2sec) :

Donc pour chaque test dans le bruit (HINT, QuickSIN, ANL), existe un bruit masquant spécifique au matériel vocal se trouvant en face. Les différences de résultats entre différents tests dans le bruit s’expliquant alors par le niveau d’abstraction du matériel vocal employé et non pas par la « difficulté du bruit ».

Dans leurs versions d’origine, le HINT doit être administré avec un bruit blanc filtré et l’ANL avec un « babble ». Ils n’ont pas été prévus pour être utilisés avec d’autres bruits, ou alors il ne s’agit plus des mêmes tests…

Un exemple du « babble » pour l’ANL (3sec.) :

Je ne sais pas si l’ANL a été développé pour être utilisé en français (mais c’est probable, car issu de recherches canadiennes), mais utilisé avec un texte enregistré quelconque et l’OVG ou un autre bruit non spécifiquement filtrés en face, ce test ne peut vous donner aucun résultat cohérent, car vous ne pourrez pas le rapprocher des grilles de notation de Nabelek, déterminées avec un texte bien spécifique ET un bruit bien spécifiquement filtré.

Le HINT existe pour sa partie phrases sur le CD n°3 du CNA. Le bruit sur la piste stéréo B de ce CD est l’OVG, et n’a pas été filtré spécifiquement pour ce test. Sachez pour la petite histoire que l’achat du HINT dans sa version d’origine, avec semble t-il un matériel spécifique d’administration du test, coûte plusieurs milliers de dollars !

Une solution (script) identique à celle présentée plus haut pour le HINT peut être utilisée afin de filtrer n’importe quel signal de bruit. Elle consiste tout d’abord à filtrer le matériel vocal selon le spectre vocal international (masculin, féminin, enfant) de Byrne & Al.

Exemple ci dessous, les listes de Fournier (voix d’homme) sont d’abord filtrées sur le ILTASS (International Long Term Average Speech Spectrum) « mâle » de Byrne :

 

Puis ensuite, l’OVG est filtré sur le résultat précédent (courbe noire avant filtrage/courbe rouge après filtrage) :

 

Ce qui donne d’assez bons résultats jusqu’à 12000Hz, malgré (ou à cause) ce … de pic présent dans l’OVG qui perturbe le filtrage dès 15000Hz.

On pourrait également faire la même manip. avec les phrases du HINT et l’OVG, selon le principe vu plus haut pour le bruit blanc. Bref, avec une telle méthode mathématique, on peut créer tous les bruits que l’on veut, qui seront de même DSN/même RSB à toutes les fréquences que les listes. Attention cependant : on s’éloigne de la version d’origine du test…

Ce design de bruit n’est pas réservé qu’aux tests d’intelligibilité dans le bruit. On le retrouve également le même souci d’un RSB constant sur 1024 points fréquentiels dans l’élaboration de l’IFNoise (International Female Noise) par l’EHIMA (téléchargeable dans la section « Technical documents » de cette page) qui est en tous points identique en DSN avec l’ISTS (testez, vous verrez !). Donc ce qui vaut au casque ou en champ libre, vaut également pour les tests au caisson lors de recherches de performances des aides auditives avec variations du RSB.

Utiliser du bruit blanc filtré ou un babillage filtré ne vous semble pas très « réaliste » ? Certes, mais c’est à ce prix que nous pourrons harmoniser toutes nos mesures, avoir des courbes de références solides, les comparer, et comparer de façon correcte des résultats obtenus dans divers endroits, par différentes équipes. Le début des « vrais » tests cliniques dans le bruit.

Je terminerai par un test dans le bruit qui semble intéressant, distribué par l’université d’Oldenburg, le « Framatrix » ou « French Matrix Test » permettant de réaliser des tests dans le bruit de façon scientifiquement robuste. Si quelqu’un a un retour sur ce test, je pense que cela pourrait vivement intéresser la communauté.. et moi en premier, avant d’investir  😉 .

 

Un (TRES) grand merci à deux activateurs de mes neurones : Franck LECLERE (Audioprothésiste D.E.) et François-Xavier NSABIMANA (chercheur à l’institut Fraunhofer).

Ah, les listes de phrases ou de mots en français ! Ce petit côté suranné ! Ce vocabulaire légèrement démodé: la capuchon (et « se garantir »…), le troupier (Fournier), etc. Epoque révolue du fioul domestique, Nicolas et Pimprenelle et robinets d’eau chaude et froide séparés (quel est le ### qui avait inventé ça !!!).

Oui, mais en 2012, Combescure est en passe de devenir un test de phrases sans signification (fallait l’inventer ce test 😉 ).

A notre époque mondialisée, le test à la mode souvent cité dans les différentes études est le HINT (Hearing In Noise Test). Test de phrases se pratiquant dans un bruit de fond dont on fait varier le niveau. C’est un test intéressant, certainement plus réaliste ou représentatif de la vie quotidienne que des mots isolés accompagnés d’un « bruit vocal ». Chose subtile aussi: les phrases testent aussi une certaine capacité à mémoriser sur le court terme, et à suppléer.

Le CD du Collège propose le HINT (pistes 43 et suivantes du CD 3). Il est également possible de télécharger les listes imprimées. Le problème est qu’il est délicat de savoir comment comptabiliser les erreurs: rien n’est indiqué sur le document. Quel mot est « éliminatoire » ? Les articles faux comptent-ils ? En enfin: d’où viennent ces listes et ont-elles été validées scientifiquement ?

Tout, vous saurez tout en lisant cet article. Le HINT en français proposé sur le CD du collège vient du Québec, et a été validé très scientifiquement (on n’en doutait pas). En bonus, à la fin de l’article, les listes avec les « erreurs acceptables » et les répétitions obligatoires.

 

Merci à Cécile G. pour son aide.

Le nain sourd de Bilbo le Hobbit en mode « super-directionnel »

 

Devant l’apparition ces derniers temps de « solutions auditives non-prothétiques » comme leurs distributeurs aiment à les appeler, sortes d’amplificateurs en accès direct en pharmacies ou par correspondance, vendus sans bilan, sans adaptation, sans suivi… et sans honte (!), je voulais vous relater une étude assez récente du NAL.

On présente souvent la baisse d’audition légère comme une baisse d’audition également « légère à corriger »; c’est à dire « simple » à corriger et donc ne nécessitant finalement qu’une amplification de faible niveau pour être « compensée ». Mais alors, pourquoi dépenser 300€ en pharmacie et s’acheter un S…..O, alors que pour beaucoup moins cher (24,95€) chez Nature et Découvertes, vous avez le canon à sons (et en semi-stéréo s’il vous plait !):

Là c’est clair, vous allez briller en société. Finalement, c’est vrai, vous ne serez plus gêné par les conversations dans le bruit, car celles ci cesseront dès que vous paraîtrez avec l’engin au poing, en même temps que les regards se porteront sur vous !

Bref ! J’ai découvert cette étude du NAL (Mild Hearing Loss is  Serious Business) pour un tout autre sujet, mais l’analyse de fond (faut-il une réponse simple à un problème « léger » ?) est très intéressante.

Car au final, la surdité légère est-elle un problème simple ? Une « banale » amplification suffira t-elle ? Les tenants de la solution « péri-prothétique », vous dirons que ces amplificateurs sont une solution de démarrage, un « pied à l’étrier » en quelque sorte, en attendant de passer le pas vers le « vrai » appareillage auditif. Et même (c’est un comble…), le BUCODES a publié ces derniers mois un communiqué de presse vantant les mérites des amplificateurs de sons pour les surdités débutantes ! Là, pour un organisme censé apporter un éclairage informé sur l’audition à destination du grand public, cela dénote une connaissance très « 19éme siècle » de la physiologie cochléaire !

Non: la perte auditive, même légère, n’est pas assimilable à la presbytie. La perte auditive, dès son apparition, n’est que le reflet apparent d’une somme de dérèglements physiologiques. Je vous laisse lire cette présentation du NAL pour une revue (non-exhaustive) des atteintes neuro-physiologiques présentes dès la perte auditive légère.

  1. Sur le dégénérescence « légère » du système auditif: je pense que le mot « dégénérescence » n’est pas exagéré. On emploierait le même s’il s’agissait de la rétine subissant les mêmes phénomènes (DMLA). Perte des cellules sensorielles, cellules ciliées externes, et même dans certains cas, des cellules ciliées internes. Si la perte des secondes interdit toute intervention, la surdité légère est surtout le résultat d’une réduction du nombre de CCE. Dans ce cas, il va falloir, on pourrait le penser, « mettre le son plus fort », ce sera au détriment de la sélectivité fréquentielle.
  2. Augmentation du temps de traitement temporel des informations auditives, et également (lié ?), augmentation de l’intervalle de temps minimal perceptible (quasiment doublé).
  3. Perte des informations de structure temporelle fine.
  4. Dégradations de l’intelligibilité dans le bruit.
  5. Etc.

Juste un rappel: on parle ici de surdité LEGERE….

Le NAL, pour cette étude aura mis à contribution toute une région de l’Australie, les Blue Mountains, et des milliers de patients appareillés, centralisation du secteur audiologique oblige, et s’est surtout intéressé à ce qui touche en premier lieu les patients présentant une surdité légère: l’intelligibilité en milieu bruyant. Ils ont mesuré pour cela les apports respectifs:

  1. d’une correction et captation par micro omnidirectionnel
  2. d’une correction et captation par micro directionnel (adaptatif, j’imagine)
  3. d’une correction et captation par réseau de micro super-directionnels (du pays de la vache violette…)
  4. et enfin d’une correction, captation par micro super-directionnel avec adaptation « spéciale NAL » (du suspens !!!!)
  5. … le tout comparé à l’intelligibilité dans le bruit de sujets normo-entendants

Correction d’une surdité légère par des moyens classiques (appareillage open, comparatif des micro omni. et dir.:

Surdité légère corrigée en mic. omni. et dir. (reprise données NAL)

 

Petites surdités, mais déjà perte conséquente en milieu bruyant. Par rapport à la normale, de 10 à 50% d’intelligibilité en moins ! L’apport de la captation directionnelle est relativement limité, au maximum 1dB de S/B gagné. Et la différence entre le mode microphonique omni. et directionnel est insignifiante. Comme dirait Bashung, « Y’a un truc qui fait masse ! », mais les lecteurs de Dillon savent déjà quoi…

Donc, sortons la grosse artillerie et tentons la captation « Super-directionnelle », disponible depuis quelques années.

Correction d’une surdité légère par des moyens classiques (appareillage open, comparatif des micro omni., directionnels et super-directionnels:

Surd. légère et trt par micro super-directionnel (reprise données NAL)

 

Comme dirait Bertrand dans « Des Chiffres et des Lettres » (j’ai ma culture !): « Pas mieux ! ». Mais enfin, toute cette technologie pour rien ? N’oublions pas que les sujets testés ont une surdité légère, appareillée en open (gros indice, là…).

Et donc les gens du NAL ont repris les mêmes patients, en appareillage « Super-directionnel », mais ont juste modifié, non pas le réglage, mais un « petit quelque chose », et là:

 

Surd. légère et appareillage super-directionnel « spécial » (reprise données NAL)

 

Ca y est ! Là, nos patients pourraient vraiment penser qu’ils ont retrouvée une audition « normale » dans le bruit.

Comment a fait le NAL pour arriver à ce résultat ? En réalité, ils ont trouvé le moyen d’utiliser cette super-directivité dans les basses fréquences, mais vous en saurez plus en lisant ce ppt de 120 dias environ ! Le premier qui trouve gagne un abonnement à « Teckel magazine ». (AN: CG, tu es hors-concours !).

 

C’était aussi un clin d’oeil du NAL: la surdité légère, « Serious Business » = « Affaires florissantes » ou « Sujet sérieux » ?

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