Catégorie : Investigations audiologiques

Je découvre un article très intéressant du Dr Christian Meyer-Bisch dans le bulletin d’octobre 2009 de la société française d’audiologie (SFA), sur l’incertitude en audiométrie tonale.

Si l’on a bien conscience  de l’incertitude liée au sujet testé, sa concentration, sa fatigue ou fatigabilité, sa bonne volonté ou sa compréhension des consignes, il existe d’autre facteurs d’incertitude.

L’ISO (International Organization for Standardization)  liste actuellement 8 facteurs d’incertitude :

Le respect des méthodes, le contrôle de la conformité des audiomètres, celui de la conformité des écouteurs/vibrateurs, l’insonorisation, les bonnes pratiques de masquage, l’expérience du testeur, la coopération du sujet, des conditions de mesurage exceptionnellement difficiles. Les trois dernières catégories n’étant pas actuellement estimées par l’ISO.

Au total, l’incertitude audiométrique dans les meilleures conditions de test atteint 5 à10dB en CA et 7 à 15dB en CO… quand même !

Quand on pense que le critère de détermination d’une Zone Cochléaire Morte par le TEN-Test est un décalage du seuil masqué de 10dB au moins (critère de BCJ Moore), juste la marge d’incertitude calculée par l’ISO, on se dit que prudence est mère de sûreté…

XD

PHONAK apporte une pierre à l’édifice. En effet, les outils de connaissance de l’audition restent peu nombreux. Ainsi, pointe depuis quelques années, des tests, que l’on peut qualifier de psychoacoustique, permettant de mieux appréhender l’aptitude à comprendre la parole. On peut citer les tests dichotiques. Néanmoins, ces tests restent relativement long à mettre en place.

Ainsi, on peut savoir si le patient est atteint de troubles centraux de la compréhension (APD). L’application immédiate est la détection des troubles de l’intelligibilité dans le bruit chez les sujets ne présentant pas de surdités sur les audiogrammes tonaux, mais qui se plaignent de pas correctement percevoir dans le bruit. On parle alors du syndrome de King-Kopersky. Ces tests existent mais sont difficiles à utiliser en routine.

PHONAK va plus loin en proposant de comprendre le fonctionnement chez le malentendant par le biais de tests. La nouveauté est évidemment de comprendre où se situe le dysfonctionnement parmis les nombreux étages du systèmes auditifs.

On est impatient de voir ce bijou en Français ! A noter qu’une équipe ORL de Bruxelles a sorti il y a 4/5 ans un CD proposant des tests dichotiques et permettant d’évaluer la présence d’ADP.

https://www.phonakpro.com/phonak/com/b2b/en/professional_tools/diagnostic/lisn-s/lisn-s_in_detail.html

Les seuils en conduction osseuses sont souvent oubliés dans les informations entrées dans les logiciels fabricants… et pourtant, en étant réducteur à l’extrême, il modifie fortement les préconisations d’adaptation des méthodologies usuelles : NALNL1, DSL v5.0 et les méthodes propriétaires des fournisseurs : CONNEXXFIT, Audiogram+ et consorts !

On est loin des ajouts bruts des valeurs de rinne du temps des méthodes type LIBBY ou BERGER. Les compensations dues aux rinnes audiométriques sont fortement pondérées, mais représentent dans l’ensemble entre 20 et 50 % de la valeur du Rinne. Une petite vidéo toujours sous CONNEXX 6.0 pour vous permettre d’apprécier les différences de préconisation du NALNL1 (modifié pour connexx 6.0) et de la méthode propriétaire (assez « douce ») Connexxfit. L’oreille droite est une surdité de percpetion pure, celle de gauche a un rinne sur les fréquences graves. La preuve par la vidéo ! C’est évident désormais, je n’oublierai plus ma courbe osseuse !

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=j6swRi_4SoA&hl=en&fs=1&color1=0x3a3a3a&color2=0x999999]

J’ai lu dans L’Ouïe Magazine de Juillet-Août 2009 (n°27) un article très intéressant de Christophe Micheyl: « Atteintes cochléaires et difficultés d’écoute sélective ».

Ce chercheur évoque la perte de sélectivité fréquentielle qui entraîne la disparition ou l’atténuation nette des pics d’activations cochléaires; dégénérescence cochléaire responsable en grande partie des difficultés des malentendants à percevoir la parole dans le bruit, voire dans le calme.

Tout ça pour faire un petit retour en arrière: lors de la sortie du Senso Diva il y a quelques années, WIDEX avait insisté sur l’usage d’un « anti-lissage spectral » dans cette aide auditive. Ceci dans le but de favoriser les contrastes spectraux, atténués chez les malentendants, et donc de favoriser l’émergence ou la détection du signal vocal.

Extrait fiche technique Senso Diva

Effectivement, celà donnait des courbes de réponses très inhabituelles:

Extrait fiche technique Senso Diva
Courbes au coupleur du Senso Diva[/caption]

A l’usage, je n’ai pas ‘impression que Widex aura fait trop de mécontents avec cet aide auditive dont les caractéristiques spectrales inédites (quoique on retrouvait aussi ce phénomène sur le Resound BZ5, mais ce n’était peut-être pas voulu…) semblaient aller dans le sens de l’audiologie.

J’avais oublié cette caractéristique du Diva, jusqu’à ce que cet article me la remette en mémoire.

Sans communication sur le sujet, il semble que le « lissage » soit revenu sur les gammes suivantes (Intéo et Mind). Pourquoi ? Les audiologistes Widex ont-ils jugé que l’apport était faible ? Les audioprothésistes trouvaient les courbes de réponses « moches » ?

Je veux bien des explications complémentaires sur le sujet…

XD.

Supporteriez-vous de vivre dans un niveau sonore permanent de 90dB SPL (bien qu’un niveau exprimé en dBa ou dBc soit plus approprié) avec des pics fréquents allant jusqu’à 150dB SPL ?
Non, bien sûr… et pourtant, ce milieu sonore existe, et bien sûr, c’est l’homme qui en est reponsable: c’est le milieu sous-marin.
Sans vouloir brandir la carte du WWF, mais par curiosité, je vous conseille vivement la lecture du n°1100 de Science & Vie du mois de mai 2009 (je suis un peu à la bourre…), et plus particulièrement l’article « Alerte au vacarme sous-marin » de la page 78, que vous pouvez acheter en ligne.
Vous y découvrirez l’énorme incidence des bruits mécaniques produits par l’homme sur le milieu marin: moteurs de bateaux, sonars, déflagrations sous-marines de la recherche pétrolière, etc…
Ce niveau sonore intense serait responsable de l’échouage sur les plages de nombreux cétacés par les destructions cochléaires induites. Vous découvrirez la technique permettant de mesurer l’audition des dauphins. Et pour ces espèces marines, pas d’audition = mort…
Incidemment, on apprend que certains niveaux sonores peuvent dépasser 240dB, mais attention, l’échelle sous marine n’utilise pas le même niveau de référence que l’échelle aérienne (1μPa dans l’eau contre 20μPa dans l’air), vous trouverez plus d’explications sur les échelles de niveaux sonores aquatiques sur ce site.

XD

Si dans la majorité des cas, un drain transtympanique ou une petite perforation tympanique n’ont aucun effet sur le comportement acoustique du conduit auditif ouvert (gain étymotique) ou fermé (RECD), il arrive cependant que des perforations plus larges ou la présence de drains type « T-tubes » génèrent des déviations nettes par rapport aux résonances « standards » qui sont fonction de la longueur du conduit.

On retrouve ce phénomène pour les perforations souvent supérieures à celles provoquées par un drain, bien qu’il n’y ait rien de systématique en la matière, comme semblent confirmer les diverses études faites sur le sujet.

A la mesure in-vivo, on retrouve généralement une anti-résonance vers 1 à 2KHz:

GNO conduit tympan perforé 1800Hz
REUG tympan perforé: anti-résonance 1900Hz

Mais ce n’est pas systématique, car des perforations plus larges peuvent induire la disparition du pic primaire:

REUR et REUG tympan perforé: anti-résonance 3,5KHz
GNO et REUR CAE tympan percé: anti-résonance 3,5KHz

La plupart des études sur le sujet expliquent ce phénomène par une modification d’admittance du tympan (inverse de la résistance et qui s’exprime en … Siemens) pour certaines fréquences; ceci en relation avec la grandeur de la perforation et son emplacement sur la membrane tympanique.

Sur le plan prothétique, si l’on fait des mesures in-vivo, on s’apercevra d’une difficulté à donner de l’amplification dans la zone fréquentielle concernée, donc à effectuer une sur-correction pour être efficace. Sans MIV, le champ libre tonal appareillé donnera une sous-correction de la zone qu’il faudra mettre en rapport avec l’examen otoscopique. A noter: le RECD présente les mêmes anomalies.

Une étude sur le sujet.

XD.

Nous parlons souvent dans ce blog de formules de calcul de gains, de mesures in-vivo, de fonctions extraordinaires d’appareils sophistiqués, etc… et je crois qu’il le faut, car nous avons tous une forte demande de savoir ; il suffit de voir le monde présent aux EPU…

Mais pour une fois, je vais vous parler de « pifomètre », d’ à-peu-près et d’expérience de l’audioprothésiste (les uns n’entraînant pas l’autre !).

Lors de recherches en 2004 sur les Zones Mortes Cochléaires (ZMC), j’étais tombé sur un article d’un audiologiste Nord-américain connu, Van Summers, posant la question de l’utilité du test de ZMC (mais ne contestant pas l’existence de ces dernières).

Il faut se souvenir du contexte à l’époque : en 2000, B.C.J. Moore présentait le TEN-Test, test tonal de passation simple et rapide, supposé alors dépister les ZMC avec une fiabilité de 86% (par rapport aux courbes psychoacoustiques d’accord de fiabilité admise à 100%). Le congrès annuel américain de 2004 avait alors vu se déchaîner les passions avec de nombreuses communications remettant en cause le pourcentage de fiabilité (T. Trinne) ou le décalage de seuil nécessaire au test pour déterminer une ZMC (Van Summers). Finalement, Moore au congrès français avait été mieux acceuilli et moins attaqué !

Dans une publication en 2004, Van Summers en se demandait (malicieusement!) s’il était utile de pratiquer le test de dépistage des ZMC ou bien si l’expérience suffisait. Pour cela un audiogramme test (type pente de ski avec le 4000Hz à 90dB HL) avait été présenté à des audiologistes classés par années d’expérience (de pratique). On leur avait posé deux questions : Combien ? (de gain maximum) et Où ? (allez vous arrêter votre amplification) ; sous-entendu à « vue de nez », présumez-vous une ZMC, et si oui (ou non), quel gain allez-vous appliquer dans la zone concernée. Mais à aucun moment il n’était fait explicitement état d’une possible ZMC.

Il est intéressant de constater que les audiologistes les plus expérimentés ont spontanément limité leur bande passante (frequency cut-off) avant 4000Hz, et n’ont donc pas donné de gain dans la zone alors qu’ils en avaient les moyens. Les audiologistes les plus jeunes ont presque systématiquement fait le contraire, de manière inversement proportionnelle à leur nombre d’années de pratique… (« Yes, we can! »).

On aime les mesures in-vivo, on utilise ces formules de calcul de plus en plus précises, ces bandes passantes à 20000Hz (!), ces anti-larsen « du feu de Dieu » et autres réglages « diaboliques »… mais j’ai adoré cette petite touche de « Je le sens pas trop ce 4000! », bref, un peu de théorie du bordel ambiant dans ce monde cartésien (théorie de Roland Moreno, inventeur de la carte à puce, et qui veut qu’un peu d’incertitude soit nécessaire en toute chose)!

XD

L’article en question (extrait): « Do tests for cochlear dead regions provide important information for fitting hearing aids?« 

Une présentation intéressante sur les zones mortes et la transposition qui rejoint ce billet sur les « fausses routes » phonétiques.