Que Choisir Janvier 2013 n°510 page 18-19, par Florence Humbert.
En haut de cette double page du magazine Que Choisir, on peut lire « décryptage ».
C’est ce que ce billet se propose de faire au sujet à la fois de l’article et du produit qu’il décrit.
Car cet article est malheureusement plus proche du publireportage que de l’enquête impartiale à laquelle on s’attendrait d’un magazine qui passe au crible les produits et défend les consommateurs de manipulations commerciales.
Quels sont les moyens utilisés par l’article ?
Sur la forme.
Rédiger des titres qui orientent la lecture.
Seules les conclusions de Que Choisir mettent en garde contre cet « assistant d’écoute » :
« Reste que l’avis d’un ORL est indispensable pour éviter de retarder le diagnostic d’une pathologie grave de l’oreille. »
« Du sur-mesure à un prix à peine plus élevé (qu’un appareil chez l’audioprothésiste) une fois déduites les prise en charge »
Car les titres, sous-titres et caractères en gras de l’article vont à peu près tous dans le même sens. Si on les compile on obtient un résumé surprenant :
» Audioprothèses trop chères. Prix des prothèses, opacité, opacité… Octave sème le trouble. Un assistant d’écoute tout à fait légal. Cet assistant auditif est 5 à 6 fois moins cher. Octave ne convient pas à tout le monde. Mieux vaut l’essayer. »
Espérons que ce n’est pas ce concentré  que retiendront les lecteurs.
Sur le fond.Â
Analysons maintenant le corps du texte dont l’attaché de presse de Sonalto pourrait revendiquer être l’auteur.
Jouer sur les termes pour contourner la loi et entrainer la confusion.
« le nouvel appareil, (…) ne nécessite ni prescription médicale, ni empreinte du conduit auditif, ni réglage par un professionnel« .
Cette phrase par laquelle démarre l’article n’a pas étonné plus que cela son auteur puisqu’il ne s’est pas demandé pour quelle raison ce « nouvel » appareil avait droit à un régime spécial. La réponse est pourtant simple : parce que -jouant sur les mots- cet appareil n’est pas vendu selon la législation encadrant les appareils auditifs et l’appareillage auditifs, mais comme un gadget pour des personnes ayant une bonne audition.
Sans grande difficulté le journaliste aurait pu trouver le texte de loi indiquant « est considéré comme audioprothésiste toute personnes qui procède à l’appareillage des déficients de l’ouïe », sans se soucier du type d’appareil utilisé. Et pour cause : l’évolution technologique des appareils ne permet pas de les définir par leurs caractéristiques mais bien par leur finalité. L’appareil des années 30 est bien différent de celui des années 70 ou 2000. De même que la moto des années 30 n’a rien a voir avec celle d’aujourd’hui. On n’irait pas dire qu’un vélo équipé d’un moteur n’est pas une moto et peut se conduire sans permis et sans casque… sauf peut-être d’astucieux « jeunes fondateurs de start-up ».
Ainsi, que fait M. Auguste Laplace lorsqu’il « prête l’appareil au client » « pour vérifier qu’il procure une réelle amélioration de l’audition » ? Il s’intéresse à des consommateurs qui entendent bien ou il s’intéresse, en tant que professionnel de santé, à des patients qui entendent mal ? Il équipe, appareille, vend des aides auditives, ou il ne fait que vendre un jouet pour écouter les oiseaux ? Mais dans ce cas pourquoi le vend-il en pharmacie, y vend-il aussi des Ipod ou des légos ?
Est-ce cette vérité qui « indigne Maxence Petit«  ? C’est pourtant simple : un appareil auditif sert à améliorer l’audition des gens qui entendent mal. La mise sur le marché de cet appareil est soumise à des règles afin d’éviter d’appareiller n’importe qui n’importe comment. Comment expliquer les choses autrement ?
Pour être plus clair : l’audioprothésiste travaille sur prescription médicale et après examen audiométrique. L’appareil qu’il vend est réglé au cours de l’adaptation (dirait-on « préréglé sur mesure » ?), puis sera réajusté dans le temps -pendant 5 à 10 ans- selon l’évolution de l’audition et/ou de l’accoutumance du patient.
Justifier médicalement ce contournement de la loi
1)  Les fondateurs de Sonalto n’hésitent pas à réviser la classification des surdités et à faire une classe à part des presbyacousies traitables par les « assistants d’écoute » (comme d’autres avaient revisité les catégories d’antidiabétiques afin de laisser leur produit sur le marché…) .
Ce produit « ne concurrence pas directement les audioprothèses », puisqu’il « ne corrige que les gènes auditives légères ou débutantes » sous entendu : la surdité légère peut être corrigée par n’importe qui, avec n’importe quoi, tandis que l’audioprothésiste n’est utile que pour les surdités moyennes ou sévères.
Dans la même veine, pourquoi ne pas traiter les cancers « débutants » par des plantes chez des végétothérapeutes et seulement les cancers « sérieux » ou métastasés à l’hôpital par des cancérologues… ?
2)  L’absence de prise d’empreinte justifierait une différence ? De nombreux appareils actuellement adaptés sur embouts ouverts sont réalisés sans prise d’empreinte… Et l’on connait d’ailleurs bien les variations acoustiques liées aux variations d’embouts (que l’on peut mesurer et adapter).
3) Le préréglage distinguerait ce produit, qui serait une sorte de « générique » ou de lunette-loupe ? Déjà dans les années 40 les appareils étaient préréglés et il fallait les comparer pour trouver le plus adapté, puis dans les années 70, les intra-auriculaires (anatomiquement sur mesure) l’étaient également et disposaient de peu de possibilité d’ajustement par la suite. Il fallait le cas échéant les renvoyer chez les fournisseurs, Aujourd’hui encore, tous les appareils auditifs sont préréglés en usine (soit à gain maximal, soit à gain linéaire) puis adaptés par l’audioprothésiste en fonction de l’audiogramme. La différence c’est qu’ensuite l’audioprothésiste mesure et adapte le réglage au patient avec l’appareil en place. Vendre un appareil auditif préréglé ce serait juste comme s’arrêter après le premier rendez-vous, voire même avant…
Justifier « moralement » ce contournement de la loi
1) A la façon de Robin des bois ou d’Arsène Lupin on peut enfreindre la loi pour le bien des plus démunis, n’est-ce pas ? Ainsi Sonalto serait la solution pour sauver le pouvoir d’achat des pauvres malentendants contre les vilains fournisseurs trop chers ?
« La France compte plus de six millions de malentendants, mais seulement un million d’entre eux sont appareillés« . Ces chiffres sont simplement faux. Mais c’est surtout la relation de cause à effet prix-taux d’appareillage qui est erronée : « Toutes les enquêtes réalisées ces dernières années montrent que le prix élevé des aides auditives représente le premier obstacle » « Loin devant la honte de montrer son handicap » « .
Sauf que, justement, quand on a honte on ne le dit pas, et il est plus facile d’utiliser le prétexte du prix… La preuve : le taux d’appareillage est à peu près le même quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle et les revenus.
Trop chères ? On cite l’Allemagne, le Danemark et l’Angleterre mais les prix des prothèses auditives y est supérieur à celui pratiqué en France. (en revanche le remboursement est meilleur et malgré cela le taux d’appareillage est loin des 100%).
2) Serait-ce le monopole (tout de suite ça fait méchant) qui altère la vision des audioprothésistes et entrave leur capacité d’innovation ?
« Les audioprothésistes qui campaient depuis des années sur une situation de monopole commencent à sentir l’édifice vaciller ». et « découvrent (un peu tard) les besoins d’une clientèle plus vaste à laquelle ils pourraient proposer des modèles bons marché au lieu de les orienter systématiquement vers le dernier cri« .
Laissons de coté le procès d’intention fait à l’audioprothésiste qui vendrait systématiquement du haut de gamme (les patients sont-ils bêtes au point d’accepter systématiquement le plus cher chez l’audioprothésiste ?). Faudra t-il protéger les gens contre eux-mêmes ?
La réglementation est liée à l’histoire de la profession : de 1900 à 1967 les appareils étaient en effet vendus sans consultation médicale et sans prescription par des personnes non obligatoirement diplômées. Ce sont les pouvoirs publics, les caisses d’anciens combattants et les patients eux-mêmes qui ont amené à la création d’une profession régulée. Ce que Sonalto nous propose au nom de la modernité des » start-up » est donc simplement un grand retour cinquante ans en arrière.
3) La satisfaction et l’adhésion populaire sous entendu : puisque ça plait pourquoi ne pas l’autoriser ?
« 3500 utilisateurs » en deux ans en étant « présent dans 2000 pharmacies« . Les chiffres, invérifiables, diffèrent d’un article à l’autre mais représentent environ 2 appareils par pharmacie… et en terme de marché : moins d’1% des ventes en France !  Les « business angels » qui soutiennent cette « start’up » espèrent probablement un retour sur investissement un peu plus rapide nécessitant une com‘ un peu plus directe…
« Après essais le taux de retour de l’appareil est d’environ 50%« . Ces patients seront-ils pour longtemps découragés d’aller vers un appareil auditif bien adapté par un professionnel compétent ?
4) L’argument imparable : d’autres le font, ça se fera de toute façon, alors pourquoi pas nous ?
« D’autres assistants d’écoutes sont sur le marché sous forme de boitiers ou de casques« .
Cet argument, qui n’est pas éthiquement recevable, masque des chiffres ridicules et des appareils bien spécifiques. Quelles quantités sont en jeu et de quoi parle-t-on ? Probablement quelques centaines par an et ils sont soit vendus à des personnes qui entendent bien et veulent entendre des bruits particuliers (mécanicien, ornithologue, détectives…), soit vendus par les audioprothésistes après examen auditif et audiométrique en appoint d’un appareil auditif (casque TV amplifié par exemple).
5) Enfin, si ça ne suffisait pas pour emporter l’adhésion du lecteur : se poser en victime et pointer le complot.
« Une campagne de déstabilisation de la part des audioprothésistes« . Il n’y a que la vérité qui blesse dit-on. Calmoniez, calomniez, il en restera toujours quelques chose…
Justifier juridiquement ce contournement de la loi en la ré-interprétant
Le mieux est encore de se mettre du côté des autorités sanitaires :
« une catégorie de DM reconnue par l’ANSM« .
Plus c’est gros plus ça passe… sauf que justement là , c’est trop gros, et ça ne passe plus !!!
Dans le contexte de mise en cause récurrente de l’ANSM, la journaliste aurait pu contacter cette institution pour apprendre qu’au contraire Sonalto est dans le collimateur et que l‘ANSM tente -tant bien que mal- de faire appliquer la législation en vigueur auprès du fabricant.
L’ANSM ne reconnait pas ces appareils comme des DM (Dispositifs Médicaux) spécifiques ou à part, mais bien au contraire, demande au fabricant de faire un choix : soit il s’agit de DM et ils doivent respecter les normes (marquage CE, adaptation selon la législation en vigueur, etc.), soit il s’agit de gadgets (qui doivent respecter d’autres normes et ne peuvent être vendus en pharmacie).
Pour ceux qui en doutent :
- tout d’abord le mail d’une correspondance privée indiquant  :
« Je vous informe que l’ANSM n’a reconnu aucun statut spécifique particulier pour ce matériel. » :
-  puis un courrier officiel en réponse à une association d’audioprothésistes qui demandait le statut précis de ce produit. Ce courrier, comme le corps médical, ne proposa pas de différence de traitement entre une presbyacousie, une surdité légère et tout autre type d’hypoacousie.

Quelles sont les conséquences pour les patients :
Espérons que les cadres commerciaux ne suivront pas l’exemple cité par Que Choisir et n’irons pas voir ce pharmacien de Vincennes. En effet, lorsqu’on est salarié et qu’on a moins de 60 ans, il est possible d’obtenir (en faisant certes un dossier, mais sans difficulté) une prise en charge quasi-complète d’aides auditives modernes et performantes, adaptées également à son téléphone portable. Ce patient aurait-il néanmoins préféré un appareil bas de gamme sans prestation pour 299€  à un appareil adapté dans les règles de l’art et sans reste à charge (et pour lequel les piles seront également remboursées) ? On ne peut qu’espérer qu’il a fait son choix en connaissance de cause, que le pharmacien a exercé son devoir de conseil et l’a informé.
On pourrait aussi s’inquiéter pour les patients comme madame X, nonagénaire, atteinte de DMLA, appareillée à l’aide d’Octave d’une seule oreille sur un bouchon de cérumen et une surdité moyenne…
Après avoir détruit son Octave par une manipulation trop hésitante et avoir vu un ORL qui a retiré le bouchon, elle a pu être remboursée intégralement au titre de la cécité, d’un appareillage adapté par un audioprothésiste. (Son Octave est lui définitivement inutile).
On attend maintenant le premier cas de neurinome ou cholestéatome qui n’aura pas été pris en charge à temps… et dont le pharmacien sera responsable des conséquences engendrées par cette perte de chance et ce défaut de conseil.
Pour aller plus loin :Â
Quelques bonnes questions qui auraient pu améliorer l’information :
- quelle est la procédure normale de mise sur le marché d’un produit ? en particulier d’un produit de santé ?
- quelles normes doivent respecter ces produits ?
- pourquoi le pharmacien ne vend-il pas de Legos ou d’Ipod ?
-  quels sont les prix pratiqués en Europe ?
- pourquoi l’audioprothésiste affiche-t-il depuis 2009 une prestation indissociable sur ses devis ?
- …
xavdelerce
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J’ai oublié de préciser: le ME-intra n’a jamais été normalisé, son niveau de sortie assez limité, et donc n’a jamais été considéré comme un transducteur audiométrique.
Par contre, Aurical donnait aussi la possibilité de faire la même mesure (REDD) avec un EAR 3A plus sonde in-vivo dans l’oreille pour la mesure du SPLoGramme. Et là c’était très intéressant…
xavdelerce
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Les inserts 3A et 5A sont des transducteurs audiométriques normalisés (norme ISO ou ANSI), dont on connait précisément le RETSPL (pour passer de SPL à HL dans le coupleur). Les EAR 3A sont le plus anciens, mais toujours très appréciés et vendus, les EAR 5A plus récents et pas forcément pratiques pour les audios désirant directement les brancher sur les tubes des embouts (ce que l’on fait rarement quand même).
Le ME-intra est en fait une sorte de porte-sonde mis au point sur l’Aurical ancienne génération. Ce porte sonde se branche sur l’écouteur du casque in-vivo ET sur le micro de mesure du même casque. Donc en gros, on faisait l’audiométrie par l’écouteur du casque in-vivo, en dB HL et la sonde avait mesuré préalablement le niveau résultant SPL en fond de conduit du HL envoyé. On avait donc directement le SPLoGramme. Ca s’appelle une mesure REDD (on envoie du HL et on mesure directement du SPL en fond de conduit).
micmac
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Bonjour, quelle est la différence entre insert 3A/5A et me intra?
Merci
micmac
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Bonjour, quelle est la différence entre insert 3A/5A et les me intra?
Merci