Catégorie : PHONAK

« C’est quoi ce titre ?, du déjà vu ! »

« Encore un Phonak French américain !? »

« A moins qu’on ne parle des audioprothésiste exclusifs proches de la retraite ? »

 

Je sais, je vous ai déjà fait le coup dans un billet précédent et avec 20 ans de plus ! Alors quel est l’intérêt de ce billet ? Pas d’effet de surprise cette fois-ci, en effet il s’agit bien d’un vrai Phonak suisse (voire Celte ou Kymri ?  j’en perd mon latin). Dans le billet historique précédent j’avais évoqué les deux premiers modèles de la marque dont vous n’ignorez plus qu’ils fonctionnaient à lampes. L’idée est de vous en apprendre un peu plus.

 

Ca fait un bail…

« 60 ans » ça nous ramène  à 1952. C’est la date charnière entre la fin du premier appareil Phonak (lancé en 1947 puis décliné en 6 versions) et le deuxième produit de la marque.

Ce premier modèle joliment baptisé Turicum est un appareil boitier de type « tout-en-un » c’est à dire contenant les piles, l’amplificateur et le microphone. L’écouteur, relié par un fil, est maintenu à l’oreille grâce à une branche métallique passant derrière le pavillon. Il n’y a pas d’embout sur la photo mais je pense qu’il devait être possible d’en fixer un pour éviter l’effet larsen.

De taille « respectable » il entre cependant dans une poche de chemise.

La première version (ici présentée) possède un potentiomètre et un bouton on-off.

Aucun réglage n’est disponible pour le vendeur (à l’époque l’audioprothésiste n’existe pas).

Son amplification est réalisée par trois lampes : une Raytheon CK 518AX et deux… Philips DF 66 !

A la même époque Philips est déjà une solide société d’électronique qui fabrique de nombreux composants mais aussi des aides auditives (avec les mêmes lampes ?).

 

La suspension du microphone porte bien son nom (un jour je vous montrerai des « tiroirs » piles)

 

 

En tout, six versions auraient été commercialisées, dont une dorée, les plus récentes associant lampes et transistors.

La fin des lampes

Le deuxième modèle de la marque, de couleur noire et dorée, est plus qu’une variante puisque l’amplification est entièrement confiées à des transistors (Raytheon CK718). Non seulement les lampes disparaissent libérant du volume mais cela permet également de supprimer une des piles : celle qui servait à chauffer les filaments des lampes.
Ainsi la taille de l’appareil est presque diminuée de moitié.

Son nom commercial est « Alpina ». Il se vendait au public aux environs de 62000 francs suisses ce qui représenterait 1200 € d’aujourd’hui.

 

 

L’étymologie au service de l’imagination suisse.

Le nom de la marque PHON – AK  s’apparente à de très nombreux noms d’aides auditives fabriqués sur les racines antiques grecques : « phone » (la voix), « akoustikos » (auditif), mais aussi latines « tonus » (la corde), « sonere » (sonner/être sonore), « auditus » (écoute) et « auris » (oreille).
Toutes les combinaisons possibles ont existé et peut-être que la reprise d’un nom déjà utilisé aux USA avant-guerre et dont la marque avait disparue est une coïncidence (Cf billet précédent ).

Pour nommer les appareils, le choix aurait pu se porter sur l’ordre de production : 1 puis 2 ou sur une caractéristique technique comme le nombre de transistors : T3, T4…
D’emblée plus ambitieux, les créateurs ont choisi Turicum, plus original et qui nous permet de faire un peu d’étymologie. Il s’agit -selon Wikipedia- d’un nom romain d’origine pré-latine, dérivé du nom celte Turos, et désignant la ville de Zurich dans l’antiquité.

Pour le deuxième appareil leur imagination ayant déjà été beaucoup sollicitée, il décidèrent de choisir le nom Alpina dérivant de « alp« , mot kymrique désignant une roche escarpée lui-même probablement à l’origine de « alpes » mot romain désignant une montagne.

En allant chercher des racines géographiques celtes, les créateurs de ces modèles voulaient (consciemment ou non) pallier la jeunesse de leur entreprise et de leur produit en s’inscrivant dans une tradition millénaire, gage de longévité rassurante. Cette ancienneté, proche de la notion de tradition véhicule aussi une idée de qualité, enfin la référence géographique ancre le produit dans son terroir tout en étant ouvert sur l’Europe.

Aujourd’hui pour trouver un nom comme cela il faudrait faire travailler une équipe d’une douzaine de personnes du département marketing à temps plein pendant plusieurs mois. Ce qui permettrait juste d’éviter les « Siemens Berl » (pas très vendeur), « Philips Wodans Wodo » (pas si mal celui-là), Oticon « Kobmannahavn » (facile à prononcer) ou « Intrason Fraxinis »…
C’est ainsi qu’on se retrouve dans les années 2000 avec des Widex « Super » succédant aux Phonak « Extra »…

Brice Jantzem. Brest

 

PS : si vous savez ouvrir le boitier de l’Alpina, je suis preneur…

 

La miniaturisation des systèmes de liaisons sans fils, appelé IBAN chez PHONAK, permet des prouesses techniques comme la transmission en « temps réel » de l’information provenant d’un microphone satellite, installé à 15/20 cm de l’appareil auditif. Ce dispositif appelé CROS/BICROSS sans fils est utile dans le cas des cophoses unilatérales. Jusqu’à présent, les patients/clients porteurs d’une SSD ne pouvait être équipé que d’un :

  • CROS filaire
  • BAHA, ou CROS « osseux »
  • CROS sans fils, assez encombrant…

Avec l’arrivée de la plateforme SPICE et du logiciel TARGET, l’adaptation du CROS/BICROS a permis une amélioration cosmétique. Les microphones CROS sont ainsi désormais embarqués dans des micro contours.

Bien que didactique et intuitif, l’adaptation d’un CROS/BICROS via Target, reste difficile. En effet, une fenêtre permet de quantifier la sensibilité microphone du CROS. Ainsi, le réglage permet de faire une balance entre les micros du CROS et ceux de l’aide auditive.

Ceci dit, le réglage n’est pas évident, empirique et sujet à hésitations. Bref, tout ce que je déteste. Un magnifique outil sans métrologie…. Gasp, il me fallait trouver une solution !

La première est très subjective : en réalisant, un équilibrage tonal…. je demandais ainsi aux clients/patients si ceux ci entendaient de façon équivalente les sons provenant de l’hémichamps droit et gauche.

Encore une fois, le doute s’installait : »Avais je donné suffisament de gain pour compenser l’effet de masque du crâne ? »  ou « La personne ne risque-t-elle pas d’entendre trop fortement les sons provenant du coté cophotique ? ».

Sur le diagramme ci dessous, je voulais en forçant les réglages, en provoquant un déséquilibre des sensibilités microphoniques (captation coté capteur +2.3 dB, – 5 dB coté appareil) , faire apparaître l’effet du CROS/BICROS ! et c’est chose faite ! La courbe REIR 1 correspond à une mesure in vivo enregistré au niveau de l’oreille opposée à la cophose, la source se trouvant à 1 mètre coté cophotique. EN REIR 1, le microphone du capteur CROS n’est pas placé sur l’oreille. En REIR 5, le capteur micro du dispositif CROS est en fonction. On peut retrouver l’effet d’une meilleur captation en comparant REIR 1 et REIR 5. L’effet microphonique est ainsi mis en évidence.

 

 

CROS2 CROS3

Le troisième diagramme est un second enregistrement qui correspond au préréglage CROS/BICROS proposé par TARGET.

Dès l’apparition du logiciel PHONAK TARGET, une fonctionnalité alléchante a été mise en avant: la mesure RECD par le test de larsen.

Idée très intéressante sur le papier: mettons qu’un appareil ait été étalonné sur un coupleur de 1,26cc par exemple en usine, la « mesure RECD par calibration anti-larsen » permettrait de connaître la différence entre le niveau atteint dans le conduit (mesuré par le micro lors de la calibration du larsen) et la valeur de référence usine. Une sorte de RECD (différence oreille/coupleur), donc.

Bon, alors on y va:

Voici le sujet test, monsieur présentant une agénésie multi-reconstruite (6 fois) avec tympano-plastie. Le tympan est resté perforé.

Son audiogramme:

L’inconfort à 4 et 6K fait littéralement « mal »… Et ce patient qui a souffert déjà pas mal psychologiquement refuse l’ancrage osseux. Il a déjà été appareillé il y a quelques années. Pas d’audition à droite.

Voilà la « photo » de son conduit:

Ce scan montre le rétrécissement vers le haut du conduit auditif dans la partie osseuse. Scan réalisé pour la fabrication d’un écouteur déporté.

Mais l’adaptation a débuté avec un embout classique (tubé 1.4mm) avant de passer à l’écouteur déporté. Et justement, le RECD avait été mesuré sur cet embout, après une audiométrie avec insert sur ce même embout.

Voici la fameuse mesure RECD:

L’étanchéité est quasi-totale (ce qui s’est avéré être un tort…) malgré un évent (qui a bien du mal à déboucher dans ce tout petit conduit). La déflation vers 1900Hz est typique d’une perforation tympanique. Le volume résiduel du conduit est très faible: on atteint 20 à 30dB de RECD de 4 à 6KHz (20 à 30dB plus fort dans l’oreille que dans le coupleur).

Que dit TARGET avec mesure sur ce même embout:

 

Là on est en droit de se demander si je n’ai pas trafiqué l’article. Mais non: même patient, même embout, même jour.

Certes, les transducteurs  de mesure sont différents (écouteur insert EAR et écouteur de l’AA), ce qui peut avoir une influence acoustique.

Mais les caractéristiques propres à ce patient, à savoir:

  • RECD négatif (perfo. tympanique)
  • RECD élevé de 3 à 6KHz

n’ont pas été mesurées.

Comment aurait-il pu en être autrement ? Comment faire, en quelque sorte, de la mesure in-vivo sans sonde ?

En conclusion: OK pour les performances, OK pour l’anti-larsen, peut-être OK pour l’estimation de l’effet d’évent, pas du tout OK pour la mesure (ou l’estimation) du RECD sans y mettre une sonde. C’est comme ça: pas (encore) de raisin sans vin, pas (encore) de mesure au tympan sans sonde !

Encore un empêcheur de « marketter » en rond…

PS: merci à Mylène pour son aide dans les mesures.

Quelle drôle de surprise de voir une aide auditive PHONAK dont la technologie est celle des appareils à grenaille de carbone et correspond aux années vingt-trente.

                     

En effet la société suisse n’a été crée qu’après-guerre, époque à laquelle les appareils à lampes étaient déjà très diffusés et où le transistor ne devait plus tarder à faire son apparition (1952 dans les appareils grand public et en l’occurrence dans les aides auditives).

Une petite consultation du site internet du fabricant confirme bien la date de 1947 comme date de création, le lieu étant Zurich.
Il est mentionné comme créateurs : « un groupe d’investisseurs franco-belges« .

Selon Berger, on découvre également que les premiers appareils du fabricant furent à lampe avec le modèle « Turicum Super » en 1947 puis les modeles « Standard » et « Spezial » en 1950. En 1954 le quatrième appareil de la marque est un modele à transistor : « Alpina T3 ».

Alors quel est cet OANI* à grenaille  ?

Après quelques recherches il n’est pas si difficile d’identifier une aide auditive fabriquée entre 1928 et 1934 par French Electric Co.
M French, retraité des chemins de fer américains, intéressé par la surdité, avait créé sa société à New-York en 1928. Celle-ci n’a fabriqué que 3 ou 4 modèles. L’observation de ces appareils montre qu’ils étaient tout à fait à la hauteur de ceux de l’époque sans être pour autant très modernes (ni booster ni vibrateur contrairement à Sonotone à la même époque). Seul le modèle C ressemblant à un petit appareil photographique innovait sur le plan esthétique.

Le modèle représenté ici est semble-t-il un PHONAK D de 1931 ou 1932.

Mais alors comment peut-il porter le même nom que la marque mondialement connue ? (ou plutôt l’inverse ?)

Sur les registres officiels américains je n’ai retrouvé que 4 brevets (dès 1926) portant sur : « Telephone Receiver« , « Telephone Receiver Cap« , « Ear Receiver Nipple » (visible sur l’appareil) et « Microphone Transmitter« , mais aucun sur une aide auditive complète et aucun sur le nom de marque.
Contrairement à ce que mentionne l’étiquette : « Trademark registered« , il semblerait que Georges Barton French n’ait pas pensé ou jugé nécessaire de déposer le nom.

Les mêmes registre montrent qu’en revanche une société suisse : « AG fur Elektro-Akustik » a déposé le nom PHONAK le 19 juin 1951 pour des aides auditives, date à laquelle elle l’utilisera également comme nom de société. Une antériorité lui est reconnue pour la Suisse à dater du 26 septembre 1947.

Les fondateurs de Phonak avaient-ils eu connaissance de la marque de French ? Ont-ils profité de son abandon par son créateur ou l’idée leur est-elle venue spontanément ?
Ils étaient trois dont un « frenchie » : JE FOURNIER qui avait une excellente connaissance du marché américain pour avoir été l’importateur de Sonotone dans les années 30. Il est décédé en 1972. Ses deux associés étaient Brasseur (décédé en 1968) et Ernst Rihs qui avait racheté la totalité des parts (en 1956 selon Wikipedia ou en 1965 selon Phonak.com) et est décédé en 1979 ou 1980.
Ainsi seul un des descendant -Andy Rihs ?- ou un proche des fondateurs encore en vie pourrait répondre… à bon entendeur…

Enfin, pour information, la marque Phonak a été renouvelée le 19 juin 1971 (20 ans) puis tous les dix ans : le 15 août 1991 et le 25 août 2001.
Cinq jours après la nouvelle échéance, son renouvellement n’est pas encore publié en ligne… guettez l’occasion on ne sait jamais ! (mais ne dites rien sinon l’action va encore dévisser sur un quiproquo…)

Rectificatif du 1er septembre : je viens de trouver un renouvellement de la marque en date du 6 juillet 2011 sur un autre site que le site gouvernemental américain .

*(objet amplifiant non identifié)

Ca porte en général un doux nom du type « Sound Recover » (SR) ou « Audibility Extender » (AE). Le terme générique souvent utilisé est « frequency shifting » ou « frequency lowering » (décalage ou rabaissement fréquentiel).
On peut considérer que ces techniques ont franchement changé la vie des utilisateurs de ces systèmes, même si on peut discuter de l’apport d’intelligibilité (la masse d’articles sur le sujet est assez impressionnante).

Le principe de ces système, la zone 3, non audible pour causes multiples va être ramenée dans la zone 2 (AE) ou en lisière audible de la zone 2 (SR):

Un zone fréquentielle non audible (3) va être "décalée" vers une zone audible

Mais… (sinon il n’y aurait pas d’article !), comment « objectiver » (pas joli ce mot) ces systèmes ? Où démarrer ? Où s’arrêter ? Que transposer/compresser ? Et surtout: comment observer l’effet produit sur la parole amplifiée ?
A titre personnel, j’ai assez vite pu mettre en évidence la transposition fréquentielle (AE) par le Visible Speech, sur une voix « live ». Le plus frappant est de prononcer un /s/, en général bien ciblé vers 5/6KHz et de le voir se décaler vers 3KHz. C’est frappant, mais un peu « appuyé » comme démonstration…
Quant à la compression fréquentielle (SR), je faisais confiance… bref je séchais !
Alors Zorro est arrivé ! Zorro ce n’est pas moi, c’est un constructeur de chaînes de mesure: Audioscan. Non distribué en France, ce constructeur a mis au point un signal (trois signaux pour être exact) de mesure (signaux vocaux) afin de tester les appareils à décalages fréquentiels. Ca fait déjà quelques mois de ça quand même, mais les nouvelles d’Amérique me sont amenées par les mouettes qui font la traversée, désolé…
Donc je reprends: la manip. consiste à créer un signal vocal dont les médiums sont « amputés » et dont seule une bande dans les aiguës est laissée, 4000 ou 5000 ou 6300Hz:

Le « creux » dans les médiums sert en fait à mettre en évidence le rabaissement fréquentiel induit par l’appareil (transposition ou compression); c’est à dire que la zone « enlevée » permettra de ne pas « polluer » la visualisation (mesure in-vivo) du glissement fréquentiel. Le but étant de tester d’abord sans le système de décalage fréquentiel, puis avec.

Le choix de signal 4KHz, 5KHz ou 6.3KHz se fait (à mon avis) surtout pour les systèmes à transposition, en fonction de la fréquence de démarrage. Pour les systèmes à compression fréquentielle, le signal filtré 4 ou 5KHz semble suffire (encore mon avis).

Et ces signaux ? Comme souvent Audacity est l’ami des audios, l’ISTS est passé à la casserolle:

Donc trois fichiers wave distincts selon le filtre passe-bande souhaité, intégrés dans la chaîne de mesure.

Intégrés à la chaîne de mesure, ça donne un test « test REM décalages fréquentiels » que vous pouvez télécharger pour Affinity (2.0.4 sp2). Voyons voir si ça marche… va t-on enfin visualiser tout le travail de ces systèmes ? Est-ce que ça marche ? Quelques surprises…

  • La transposition fréquentielle:

Le principe est connu, rétrograder d’une octave une bande fréquentielle:

Principe de la transposition fréquentielle

Là, je dirais que l’effet est tellement ENOOOORME qu’il a toujours été facile de le mettre en évidence in-vivo. Il suffisait de produire un son situé dans la zone transposée et de le chercher une octave plus basse.

Par exemple sur ce patient:

NS in-vivo sans transposition

La perception est nulle pour la zone 6KHz (le /s/ par exemple). Si on active un programme de transposition de la zone:

Proposition logicielle de transposition

En utilisant l’ISTS filtré sur 6.3KHz, on obtient:

Transposition du 6KHz

On voit bien que la zone 3KHz est plus élevée que sans la transposition (à comparer avec la courbe verte de la mesure REM précédente). Est-ce que ce réglage sera toléré sans problème, c’est encore une autre histoire… mais la visualisation est possible, le système est objectivable (ah ! ce mot !). Par contre, la zone transposée « s’ajoute » en intensité à la zone « saine », d’où la nécessité parfois soit de minimiser l’AE (c’est réglable), soit de diminuer le gain de la zone à transposer dans le programme sans transposition.

L’avantage d’un signal vocal filtré, je le redis, est de mieux visualiser la zone transposée puisqu’elle se retrouve seule dans les médiums/aigus.

  • La compression fréquentielle:

Alors là, il y a du boulot. A titre personnel, je n’avais jamais réussi à visualiser l’effet de ce système en action. Ca restait « noyé » dans les fréquences contiguës en mesure in-vivo jusqu’à maintenant.

Allez zou:

Voici l’audiogramme du gentil « cobaye ».

Et voici le réglage logiciel proposé:

Réglage défaut du Sound Recover
Réglage défaut du SoundRecover

Il est donc proposé de démarrer la compression fréquentielle à 4.8KHz. Si je ne doute pas que certains sons soient perçus dans cette zone, j’ai nettement plus de doutes pour les indices vocaux, et effectivement, mesure in-vivo à la voix (ISTS):

NS in-vivo voix moyenne

Aucune information ne passe au-delà de 4KHz: le choix d’une fréquence « receveuse » à 4.8KHz n’est pas judicieux si on veut faire passer des informations vocales dan cette zone.

Donc première chose: si on se sert de la compression fréquentielle pour améliorer la perception vocale des zones fréquentielles aiguës, il est quasiment indispensable de réaliser une mesure in-vivo de niveau de sortie (REAR avec ISTS par exemple) afin de bien déterminer à quel endroit exact on enclenche le système. Dans le cas ci dessus, la zone 3K/3.5Khz semble appropriée si on ne veut pas plus augmenter le gain à 4KHz (zones mortes par exemple…). Le principe de la compression fréquentielle étant de démarrer en « lisière » de la bande passante audible, autant bien calculer sa zone de réception, la fameuse « cut-off frequency » de l’illustration suivante:

Le principe de la compression fréquentielle

Et après essais à 3.9 puis 3.3KHz pour le patient suivant, on obtient:

REAR ISTS filtré 4KHz sans et avec SoundRecover démarré à 3.3KHz

J’explique la mesure: la courbe fine orange est le signal filtré 4KHz sans activation du SoundRecover, la courbe grasse après activation. On constate une élévation du niveau de sortie (légère, environ 5 dB) vers 3.5KHz provoquée par le rabaissement fréquenciel de la zone 4KHz et plus.

Donc léger « glissement » en fréquence et augmentation de niveau.

  • Discussion:

A l’usage, on peut tous le constater, la transposition est très efficace, « visible » et audible et permet à certains patients de retrouver des sons totalement oubliés et inaccessibles autrement. De là à dire que la transposition est un système plus dédié aux « zones mortes » ou pentes audiométriques importantes, il n’y a qu’un pas… que je ne franchis pas ! Toujours est-il que la transposition demandera un temps d’apprentissage.

La compression, elle, est plus discrète, moins surprenante pour les patients que la transposition. En essayant de tester in-vivo par le moyen de signaux filtrés, on s’aperçoit qu’elle est peut-être moins « visible » que la transposition pour les pentes fortes, donc peut-être moins adaptée. Mais à l’inverse, elle permet d’enrichir les informations vocales dans des zones en général inaccessibles (4K et au-delà), sans choquer. L’usage d’un tel système sur une surdité plate et moyenne est très facile à mettre en évidence avec ces signaux (voir l’article de Phonak suivant).

Donc transpo ? compression fréquentielle ? Vous avez des éléments de réponse. A vos tests !

  • A propos du test:

Vous trouverez en téléchargement un test prédéfini pour Affinity 2.0.4 sp2, il suffit de placer les signaux filtré, téléchargeables ici dans un dossier quelconque et de paramétrer le test pour aller les chercher.

Pour les autres chaînes de mesure récentes (Unity 2 ou FreeFit), je pense qu’il est possible aussi d’intégrer ces signaux wave.

Bibliographie:

Présentation du test mis au point par Audioscan (c’est vers la fin).

Le test Affinity à importer.

Les signaux à télécharger.

Un article de PHONAK sur les tests in-vivo d’efficacité du SoundRecover, très impressionant pour les surdités « plates »… ça marche !

Une « contre-étude » d’un fabricant (!!!) sur les systèmes de rabaissement fréquentiels. Censuré ! (non, je blague, je ne le retrouve plus !).

Un article du Kuk qui met au point un test vocal tentant de mettre en évidence les effets de ces systèmes de décalages fréquentiels: le test ORCA.

Du même auteur, un article sur les tests des systèmes de rabaissement fréquentiel.

Merci à Jean-Baptiste BARON pour les manips.