Catégorie : Physiologie du vieillissement

En guise de conclusion à propos de l’AUDITION PRIMAIRE :

« Nous rencontrons chez l’enfant sourd des difficultés qui induisent des troubles de comportement. Dès le premier âge l’enfant se situe dans un milieu frustrant par l’absence d’information sur une partie déterminante de la communication. D’un côté la parole et la voix ne lui parviennent pas, mais d’un autre côté tous les signes acoustiques du monde extérieur, ceux de l’espace qui l’entoure ont perdu toute acuité. Quand il vient à se déplacer au moment où il commence à marcher, l’espace où il évolue n’a pas d’existence acoustique. Contrairement à ce que l’on pense l’espace est très marqué de traits acoustiques. Nous vivons dans un monde acoustique. Nous apprécions la distance des objets, la profondeur du champ perceptif, le volume de l’environnement à l’oreille. L’œil apporte la perspective, l’oreille la direction, la profondeur. Pour l’enfant sourd, le monde est plat. L’œil lui apportera la perspective qui suppléera le manque acoustique à force d’apprentissage. En se heurtant aux personnes, aux objets, l’enfant apprend à mesurer ses pas pour connaître la distance, il prend conscience des réalités indirectement ne pouvant d’emblée les percevoir… … double handicap, celui qu’on connait de la relation verbale, et celui méconnu de la vie dans l’environnement plein d’embûches, où il est difficile d’en percevoir l’état, de s’y déplacer et encore plus d’en concevoir la réalité… »(1).

L’audioprothésiste, son expertise lui permettant d’appareiller l’enfant sourd, va permettre à cet enfant sourd de prendre conscience de la distance, du volume et par là-même de lui donner les meilleures conditions pour monter un langage de qualité.

JYM

(1) Professeur J.C. LAFON « handicap sensoriel et personnalité » Psychologie médicale 1989. 21. 13. page 1934/125.

Terminons par le volume.

………. 3) RÉVERBÉRATION / VOLUME :

Jusqu’à 5 millisecondes entre l’émission vocale et le retour à l’oreille, on entend une réverbération. Ce qui correspond, dans l’air, à environ 2 mètres de parcourus par le son. Donc à un objet situé à 1 mètre.

Exemple : prenons 6 millisecondes (pour être supérieur à 5 millisecondes et faciliter le calcul). Dans l’air, la vitesse du son est d’environ 340 m/s. Comme x = vt (distance x, vitesse v, temps t), on trouve x = 340 x 0.006 donc x = 2 mètres. Pour que le son parcourt au total aller/retour ces 2 mètres, la paroi réverbérante est située à 1 mètre.

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Continuons par la distance.

………. 2) ÉCHO / DISTANCE :

Quand on est en montagne et que l’on crie, on entend un écho qui nous revient. Si le temps entre le moment de l’émission vocale et le retour à nos oreilles est supérieur à 60 millisecondes, on perçoit un écho.

« Nous entendons le temps qui sépare deux signaux acoustiques. S’il est supérieur à 60 millisecondes on entend un écho : il y a séparation auditive, intervalle, entre un son et son renvoi. Cette distance dans l’air est de vingt quatre mètres, elle correspond donc à une paroi réverbérante située à 12 mètres et plus »(1).

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L’audition PRIMAIRE c’est ce qui nous permet d’être alerté, d’avoir la notion de direction, la notion de distance, la notion de volume. Ouaouhhhh, tout ça ? 😉 La fonction primaire de l’oreille « … est celle de la perception de l’environnement »(1).

Commençons par la direction.

………. 1) ALERTE / DIRECTION :

Dès que nous avons dans notre environnement une variation brusque du volume sonore, nous allons nous tourner automatiquement vers le lieu de cette variation brusque.

Cette alerte induit l’attention, automatiquement.

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On peut faire varier la voix, c’est ce qui donne la mélodie.

Cette mélodie se déroule dans le temps.

Il faut donc être capable de penser à ce que l’on va dire avant de le dire.

Parce que c’est un déroulement dans le temps de quelque chose.

Ce quelque chose, il faut être capable de le concevoir.

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Je vais, sans doute, être amené à utiliser souvent les termes : voix, parole. Ces termes sont-ils équivalents, autrement dit : est-ce que voix = parole ?

La voix, ce sont les impulsions produites par le larynx, on les appelle les impulsions laryngées. La voix c’est « le son émis par le larynx »(1). La voix « … possède des qualités d’intensité, de hauteur tonale et de timbre, le timbre correspondant à l’abondance et à la proportion relative des harmoniques »(2).

La parole « est constituée de sons émis par des rétrécissements placés sur le trajet du souffle et modulés par le jeu de l’articulation »(1). Cette modulation de la voix « en fait le support d’un message en provoquant des variations de timbres évocatrices des phonèmes »(1). Ce « timbre représente plus précisément la parole »(1).

« Le son est nécessaire pour donner une structure acoustique à la parole, la voix est le support des informations de la parole »(3).

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Un court billet pour vous parler rapidement de lectures qui peuvent sembler ne pas avoir de rapports mais qui se rejoignent sur un point : la fonction centrale de l’audition, le cerveau et ses capacités d’apprentissage; et indirectement, les conséquences de la privation sensorielle.

Jean-Yves MICHEL vous fait découvrir depuis plusieurs mois les tests de LAFON, dont certains ont la particularité de tester les fonctions auditives largement au-delà de la cochlée. Je pense que ces deux lectures peuvent nous faire prendre conscience de notre rôle d’audioprothésiste va beaucoup plus loin que le simple fait d’appareiller.

 

  1. Vous avez peut-être dû entendre parler, de congrès en EPU, d’études récentes prouvant que l’appareillage auditif aurait une influence sur le déclin cognitif. Vous avez alors peut-être entendu prononcer, entre autres, le nom de « Lin » dont les études récentes établissent le lien entre baisse d’audition et déclin cognitif. J’ai été amené à lire, sur un conseil de l’UNSAF, la récente thèse de Séverine LEUSIE : « Privation sensorielle auditive et réhabilitation chez le sujet âgé : conséquences sur le fonctionnement cognitif ». Vous pouvez la consulter et la télécharger (50Mo…) directement à cette adresse. Elle y expose notamment une méthode d’acoumétrie (audiométrie à voix nue) et décrit les effets d’une prise en charge tardive de la surdité, son coût pour la société. C’est un très beau travail. Si vous n’avez pas le courage d’en lire les 300 pages, ce que je peux comprendre, j’en ai fait une synthèse de quelques points pour le syndicat, et je trouve important d’en faire part à notre profession.
  2. Chaque année, la revue Ear&Hearing attribue le prix du meilleur article dans le domaine… de l’audition (vous l’auriez deviné !). Cette année, il s’agit de l’article « Benefits of Phoneme Discrimination Training in a Randomized Controlled Trial of 50- to 74-Year-Olds With Mild Hearing Loss ». Vous pouvez le télécharger ici. Les sujets testés ici présentent une baisse d’audition et ne sont pas appareillés. Les chercheurs ont voulu savoir s’il était possible d’améliorer leur discrimination phonétique par un entraînement cognitif (concentration, mémorisation, etc.) et auditif. Je vous résume grossièrement le travail, mais il a été mis en évidence chez un certain nombre de sujets que l’entraînement améliorait la discrimination, mais plus surprenant, que l’entraînement cognitif semblait encore plus efficace que l’auditif…
  3. Enfin, je vous renvoie vers le blog STARKEY qui régulièrement met en lumière quelques articles marquant. Le dernier post aborde la relation entre audition, appareillage et déclin cognitif.

Voilà donc des lectures qui mènent à penser que notre rôle dépasse largement celui que l’on imagine.

  • Le « simple » fait d’appareiller, et d’appareiller tôt, va avoir des conséquences sur la vie du patient. A court terme (quelques mois) mais aussi à beaucoup plus long terme. Les pouvoirs publics doivent en être conscients. L’appareillage auditif a peut être un coût s’il est correctement fait, mais il sera certainement à l’origine d’économies en santé pour la société.
  • La prise en charge de la surdité peut s’assimiler à une rééducation fonctionnelle. L’appareillage est un point de départ, et la part la plus importante du travail va se faire dans les semaines, voire les mois qui suivent. Seul ? Séverine LEUSIE insiste beaucoup sur une prise en charge pluri-disciplinaire et ses effets très positifs.
  • Dernier point en forme de clin d’œil : ne déduisez rien d’une audiométrie vocale post prothétique avant au moins 4 semaines d’appareillage !

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