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La confiance règne… par intervalles*

Written by xavdelerce on . Posted in Audiométrie vocale, Investigations audiologiques, Le gain, Réglages des appareils

« Après appareillage, et à intensité de 60dB SPL, l’intelligibilité de mon patient passe à 70% contre 30% avant appareillage à la même intensité ! »

 

Question: est-ce significatif ?

Indice: je teste en listes de Fournier disyllabiques.

Réponse: à vous de chercher dans le tableau joint plus loin…

Tout d’abord, rendons à César l’idée de ce post:

Suite à l’atelier du congrès 2014 de Xavier BASCLE et Jean-Yves MICHEL (page 21), ils ont eu l’amabilité de m’envoyer leur présentation en pdf dans laquelle j’ai retrouvé un document mis à jour en 2007: une table de « significativité » (ce mot…) de test, puis re-test (conditions différentes) en audiométrie vocale.

L’article originel date de 1978: il s’agit d’une table permettant savoir pour un même patient testé dans deux conditions différentes (ex: avant/après appareillage), en fonction des scores obtenus, si la différence entre les deux scores est « significative » ou « non-significative ».

Tout d’abord, qu’est-ce que la notion de différence significative ? En statistique, on retrouve souvent la notion de p-value, ou en quelque sorte la robustesse des résultats des tests statistiques. Elle est souvent fixée à 0.05, ce qui veut dire qu’entre deux conditions de tests, il y a moins de 5% de risque que la différence observée (ex: intelligibilité avant appareillage et après) soit le fruit du hasard uniquement. Si P<0.05, le résultat est alors considéré comme le fruit d’une amélioration réelle par le traitement ou l’appareillage dans ce qui nous concerne.

Tout aussi intéressante, voire plus, est la notion statistique d’intervalle de confiance d’une valeur. Par exemple en ce qui nous concerne, le score d’intelligibilité avant puis après appareillage.

Pour cela, les statisticiens considèrent les résultats d’une l’audiométrie vocale comme une variable aléatoire discrète (…) obéissant donc à une loi de probabilité binomiale (re-…). En gros, comme des lancés de dé, à dix faces (dissyllabiques de Fournier), 50 faces (l’arrondi de 51 pour les cochléaires de Lafon), 20 faces (phrases du HINT), etc.

Mais si l’audiométrie vocale obéit à une loi de probabilités, celà n’empêche pas son résultat de fluctuer de manière très importante alors que les conditions de réalisation peuvent être les mêmes (appareillé ou non et réglage identique pour chaque condition). Selon l’état de fatigue ou la concentration, l’effet placebo, la chemise ou le décolleté de l’audioprothésiste, etc., ce ne sera pas 40% ou rien ! Ce sera certains jours 60% et d’autres 30% dans les mêmes conditions, avec quand même un « pic » de probabilité d’intelligibilité. Autour de ce maximum de probabilité d’intelligibilité existe un intervalle de fluctuation souvent important: le fameux intervalle de confiance. En statistique, il est souvent calculé à 95%, c’est à dire que la moyenne (le pic de probabilité) a 95% de chances de se trouver dans cet intervalle.

Cela donne, par exemple, les probabilités suivantes de répétitions de mots avant et après appareillage:

Proba binom fournier

 

Pas besoin d’être un expert statisticien pour comprendre deux choses:

  • les « courbes » se superposent, et entre 40 et 70% de répétition il est difficile de démêler ce qui serait de l’ordre d’un « coup de chance » sans appareil ou d’une « contre performance » avec appareil.
  • Les intervalles de confiance de la moyenne « sans » et « avec » se chevauchent beaucoup lorsque les échantillons (la grandeur des listes ici) sont faibles. 10 mots ça semble un peu court pour être sûr de départager les performances des deux conditions avec 95% de certitude, puisque 1 mot de travers, c’est 10% d’erreur d’un coup. On voit aisément que 20 phrases, voire 50 phonèmes, ce serait tout de suite mieux.

Afin de répondre à la question posée au début de ce billet: en 1978, Thornton & Raffin on publié une table de « Intervalles critiques à 95% » permettant par une lecture facile de savoir si les résultats d’une audiométrie vocale sont significativement différents (à risque de 5% d’erreur maximum).

Voici un tableau extrait de la page 515 de l’article de Thornton et Raffin, et tiré également de Essentials of Audiology de Gelfand (2011):

IC95_vocale_1978

Comment lire (et interpréter) ce tableau: dans l’exemple du début, le score sans appareil est de  30% d’intelligibilité, à lire dans la première colonne nommée « % score« . En recherchant dans la colonne « n=10 » (parce que ce sont des listes de 10 mots) on s’aperçoit que l’intervalle critique à 95% est compris entre 10 et 70%. Ce qui veut dire que tout résultat avec appareillage se situant dans cet intervalle n’est pas significativement différent du premier (30%).

Donc dans notre cas: amélioration non significative. De justesse, certes…

Ces tables ont été récemment mises à jour, et je remercie encore Xavier BASCLE et Jean-Yves MICHEL d’en avoir fait part à la communauté lors de leur atelier; une mise à jour de ces intervalles critiques à été faite par Carney et Sclauch en 2007 et diffère dans 23% des entrées de celle de 1978. A privilégier donc (toujours repris de Essentials of Audiology):

IC95_vocale_2007

En reprenant notre exemple, c’est toujours non-significatif: 70% après appareillage est une valeur se trouvant encore dans la zone critique 10% <—> 70%.

Mais regardez-bien: si on avait eu toujours 30% de score avant appareillage, mais avec des listes cochléaires de Lafon (50 phonèmes) cette fois ci. Vous constaterez que l’intervalle critique passe à 16% <—> 48%. Un score après appareillage de 70% serait donc hors de la zone d’incertitude des deux distributions. Les tests diffèreraient significativement (meilleur après appareillage, avec 5% ou moins de risque de se tromper).

Conclusions de tout ceci:

  • Les résultats en audiométrie vocale sont des variables… très variables, y compris pour un même individu et dans les mêmes conditions
  • Les listes courtes sont quasiment inexploitables pour mettre en évidence une quelconque différence statistique, à éviter donc si on cherche à prouver quelque chose (mémoires, recherches, preuve, …) ou alors utiliser 2 listes de 10 mots pour faire une moyenne
  • Par honnêteté intellectuelle, il est peut être bon d’avoir ce second tableau à porté de main et d’audiomètre…

 

* citation reprise de Denis POINSOT et de son ouvrage « Statistiques pour Statophobes« , un régal de clarté, et de l’humour…

 

« Dark Side of the Head »* Réglage objectif d’un système CROS/BiCROS

Written by xavdelerce on . Posted in Affinity, Astuces sur les appareils, BICROS, Chaînes de mesure, CROS, Marques, mesure in vivo, mesure in-vivo, Réglages des appareils, WIDEX

J’avais déjà évoqué la possibilité sur Affinity d’activer le microphone de référence opposé à la mesure in-vivo, et de l’intérêt de cette technique de mesure dans l’évaluation de l’ombre de la tête et de sa compensation par un système CROS.

Voici un cas clinique de validation de la mesure avec un patient appareillé dans un premier temps avec un Widex DREAM Fusion 330 à gauche, et cophose à droite:

Aud_CROS

Ce monsieur, très actif dans sa commune, participe à de nombreuses réunions et autres joyeuses activités associatives à base de canard gras dont Les Landes ont le secret…

Bref, sans surprise, il n’entend pas son voisin de droite, et ça l’embête bien. Donc une adaptation est programmée pour l’essai d’un système CROS Widex, qui en l’occurrence dans ce cas est un système BiCROS puisque son côté « bon » nécessite un appareillage.

La mise en évidence de l’ombre de la tête et le réglage de la balance microphonique se fait en trois étapes:

  1. Mesure in-vivo de la bonne oreille (Cas du CROS) ou de l’oreille appareillée (cas du BiCROS) avec HP à 90° (pile face à l’oreille)
  2. On laisse la sonde dans l’oreille et on fait tourner le patient de manière à présenter son oreille cophotique face au HP (mesure à 270°), MAIS on active le micro de référence opposé à la mesure =  mesure in-vivo oreille OK, mais micro de référence activé oreille cophotique –> on obtient l’ombre de la tête.
  3. Même mesure que 2 (toujours avec micro de référence activé à l’opposé de la mesure in-vivo), mais on place et on active le système CROS: si tout va bien on doit revenir à la mesure 1, sinon on ajuste le niveau de transmission dans le logiciel Compass GPS (ou Target ;-) ).

Démonstration pour ce patient:

REM_shadow

La partie colorée en jaune correspond pour ce patient à l’ombre de la tête.

On active le micro:

CROS_REM

La courbe bleue montre la captation de la bonne oreille/de l’oreille appareillée lorsque le son arrive du côté cophotique : l’ombre de la tête a été compensée.

Eventuellement, la balance microphonique permettra d’ajuster le niveau de la courbe bleue, jusqu’à coller à la noire:

CROX Dex

CQFD. Il restera à savoir si le patient en tire un bénéfice dans sa vie sociale.

Donc en résumé:

  • ça semble fonctionner et c’est un des rares moyens de mesurer cet « effet ombre »
  • ça permet d’ajuster la sensibilité du micro CROS avec précision et en connaissance de cause
  • permet de démontrer au patient le problème et la solution proposée…
  • attention aux appareils adaptatifs dans le cas du BiCROS, qui ont tendance, à l’opposé du HP, à augmenter l’amplification et donc à « gommer » l’ombre de la tête

Vous trouverez sous ce lien le fichier .iax pour Affinity permettant cette mesure. Attention: l’activation du micro de réf. opposé (en orange sur les copies d’écran) est à faire manuellement pour les étapes 2 et 3.

Mesures et création du test: Xavier DELERCE et Gilles ASSOULANT.

 

* The Pink CROS …

Du pressentiment à la preuve

Written by xavdelerce on . Posted in appareillage de l'enfant, Audiologie, formation, Qualité de services, Réglages des appareils

Pour toute spécialité médicale ou para-médicale, le besoin de preuves scientifique s’accroit ces dernières années.

La prudence vis à vis de tel ou tel traitement augmente, une méthode ou pratique évolue au gré de nouvelles connaissances. Nous le constatons tous les jours, par exemple avec ces listes de médicaments « à faible bénéfice » voire « bénéfice nul » qui s’allongent d’année en année. Et ce n’est pas uniquement pour faire plaisir à la sécurité sociale: ces changements s’appuient sur des études ou méta-analyses d’études scientifiques.

L’audiologie prothétique échappe t-elle à ce mouvement ? Non, bien sûr. Et ce mouvement a même un nom: la pratique de l’audiologie basée sur des preuves (Evidence based practice).

Par exemple, aux questions: « Un réducteur de bruit est-il efficace ? dans quelle mesure ? », « Le microphone directionnel est-il recommandé chez l’enfant ? », « La pratique de la mesure in-vivo améliore t-elle significativement la précision de réglage ? », « L’utilisation d’un seuil d’inconfort statistique au lieu de le mesurer induit-elle un appareillage significativement moins confortable ? », etc.

Que répondre ? Sur quelles bases ? Notre « ressenti », notre intuition ou notre expérience (alias nos plus ou moins bonnes habitudes…) ? Non, ce n’est pas acceptable. Ce n’est PLUS acceptable.

Au jour d’aujourd’hui, nous devons prouver que ce que nous faisons s’appuie sur des bases scientifiques. Certes, un patient n’est pas une règle de calcul millimétrée, mais nous devons être capables aujourd’hui de lui PROUVER que ce que nous avons fait pour lui est un choix rationnel, pensé et établi sur des pratiques validées scientifiquement. C’est un peu le sens de l’imminente certification AFNOR NF, qui à mon avis ne va pas assez loin dans la pratique obligatoire (mesure in-vivo par exemple), mais qui est un excellent début.

Mais la certification valide un service minimal de qualité, pas une pratique scientifique. Pour cela, il faudrait que chacun d’entre nous se plonge dans les revues scientifiques, en extraient les articles intéressants, les traduisent, les confrontent, en analysent leur robustesse statistique, etc. Vous m’avez compris…

Et bien, des audiologistes l’ont fait pour nous ! Dans le cadre de l’appareillage de l’enfant, mais par extension chez l’adulte également.

Car plus que tout autre appareillage, l’appareillage de l’enfant ne tolère pas l’approximation. Le « Pediatric Amplification 2013 » fait suite à sa précédente version publiée 10 ans plus tôt:

Pediatric amplification 2013

Ce guide est en fait une revue de littérature donnant des réponses claires sur des questions techniques concernant l’appareillage de l’enfant. Chaque point est analysé, en fonction du nombre d’articles publiés sur un sujet particulier, mais aussi et surtout en fonction de la robustesse statistique de ces articles.

Par exemple, aux questions suivantes, vous avez les preuves associées, avec le nombre d’articles publiés, leurs références:

  • Le réducteur de bruit est-il souhaitable chez l’enfant ?
  • Une compression WDRC améliore t-elle l’intelligibilité ?
  • L’appareillage d’un oreille cophotique chez l’enfant est-il meilleur en CROS ou en aide FM sur la bonne oreille ?
  • La transposition fréquentielle est-elle utile à l’enfant ?
  • Le microphone directionnel adaptatif doit-il être activé chez le tout petit ? Et en grandissant ?
  • etc., etc.

Vous avez des 10aines de points de ce genre abordés. On parle ici de l’appareillage de l’enfant, mais vous constaterez qu’une grande majorité des articles cités ont été obtenus sur des tests faits avec adultes (les études extrapolées à l’enfant sont indiquées). Nous avons donc ces réponses pour les adultes également.

Pour ne plus jamais dire « J’ai l’impression que… » !

La troisème dimension (presque…)

Written by xavdelerce on . Posted in Affinity, Astuces sur les appareils, Chaînes de mesure, Fonix, La compression, mesure in-vivo

En audioprothèse, nous nous sommes longtemps contentés d’un affichage en « 2D », c’est à dire Gain/Fréquence ou Niveau de sortie/fréquence.

Exemple classique:

noeud 6K

Les spécialistes reconnaitront le type de mesure… et son erreur !

Ces représentations graphiques étaient valables pour des signaux stables en intensité à une fréquence donnée, c.à.d. ne fluctuant pas au cours du temps. Mais intégrer la « troisième dimension », le temps, ne rendrait pas les choses très faciles non plus; nous aurions accès aux variations temporelles, en perdant les informations spectrales (ici le famous fabricant 1…):

AC9_ISTS_OVG_RSB0_temporal domain

L’utilisation de la parole comme signal de test, fluctuant en intensité, change la donne. Pour s’en convaincre, la mesure du premier graphique à été réalisée avec un signal de parole (l’ISTS). Ce signal, normalisé, présente des fluctuations d’intensité de plus de 30dB. La mesure du graphique ci-dessus également avec le même signal. Nous avons donc deux représentations différentes qui présentent toutes deux des informations intéressantes, mais chacune incomplète.

Comment concilier spectral et temporel en quelque sorte ? Comment obtenir la classique représentation spectrale mais en intégrant le traitement des fluctuations d’intensité par l’aide auditive ?

Les fabricants de matériel de mesure nous apportent aujourd’hui des réponses à ce problème.

En reprenant le premier graphique: la mesure de l’amplification (en gain) par l’oreille nue donnera un gain identique (le REUG) quelle que soit l’intensité de la voix « normale ». La voix « moyenne » (prenons 65dB SPL) peut fluctuer entre 40 et 65dB SPL à 2KHz:

Capture2

L’ensemble Torse/Tête/Pavillon/Conduit présente une amplification linéaire pour les niveaux d’entrée, c’est à dire que les niveaux faibles (vallées) et plus forts (crêtes) sont autant amplifiés les uns que les autres. Donc toujours dans cet exemple à 2KHz, la dynamique d’entrée du signal est de 25dB, en fond de conduit on retrouve bien la même dynamique, on peut considérer que l’on a un facteur de compression de 1.0 (amplitude du signal d’origine = amplitude en fond de conduit).

Dans quel cas aurions-nous une altération ? lors du passage dans une aide auditive, typiquement.

Imaginons une aide auditive dont un point de compression serait à 30dB SPL et un second à 55dB SPL, linéaire de 30 à 55dB SPL et de facteur de compression 1.3 de 55 à 75dB SPL par exemple, lorsque que l’on utilise des systèmes capables de vous donner le gain pour des régions spécifiques en intensités (les percentiles d’intensité), on obtient non pas la première courbe, mais celle-ci (attention ça pique !):

ISTS Gain Fonix

Difficile à croire, mais cette mesure de gain est faite avec le même signal que le premier graphique (l’ISTS), mais passé par une aide auditive, puis analyse séparée pour chaque percentile d’intensité.

La courbe verte est le « LTASS », niveau à long terme moyenné sur le temps de mesure (20 sec. ici). Cette courbe verte correspond à la courbe rouge du premier et du troisième graphique.

La courbe jaune correspond à l’amplification des 30èmes percentiles, c’est à dire en gros, des niveaux environ 18dB moins élevés que le niveau moyen (le LTASS), ou autrement, des niveaux dépassés 70% du temps, que l’on nomme habituellement « les vallées » de la parole.

La courbe bleue correspond à l’amplification des percentiles 99 d’énergie, les niveaux les plus élevés de la voix moyenne, ses crêtes, les niveaux atteints et dépassés 1% du temps.

Que constate t-on: que les vallées de la parole sont plus amplifiées que ses niveaux moyens (en rouge et en vert) que ses crêtes. Si on considère la parole « non-traitée » (comme les oranges après récolte…) comme ayant une dynamique standardisée de 30dB à laquelle on attribue un facteur 1.0 de compression (non comprimée donc), dans ce cas mesuré ici par la chaîne de mesure, les « vallées » ont été remontées et les crêtes, lissées. Sa dynamique de sortie est donc réduite (ce qui est quand même bien dommage pour de la voix moyenne) et donc à la louche elle subit une compression de 1.3 jusqu’à 2KHz dans l’exemple mesuré par la Fonix ci-dessus.

En connaissant donc le gain appliqué à chaque tranche de percentiles d’énergie, vous pouvez alors avoir une action sur une zone de compression bien définie:

  • l’expansion et son mystérieux et jamais renseigné point d’enclenchement…
  • la première compression en entrée (premier TK) qui peut être trop haut (vallées échappant à l’amplification) ou trop bas (plus rare) comme l’exemple ci-dessus
  • la seconde compression au TK mal placé (quasiment pas réglable) ou tranche trop comprimée (percentiles 65 à 99 trop comprimés)
  • Un AGCo trop bas et qui lisse tout

Beaucoup de chaînes de mesure vont aujourd’hui vous donner ces renseignements soit sous la forme d’un gain appliqué à chaque niveau (la Fonix ci-dessus), soit sous la forme d’un taux de compression:

Capture

Ce taux varie de zéro et quelques (rarement sous 0.8) si les niveaux bas ne sont pas assez amplifiés (le plus souvent) à plus de 1 (rarement plus de 1.8) si les niveaux de crête ou les niveau moyens (percentiles 65) sont réduits par la compression ou un système de compression en sortie très agressif et très (trop ?) bas.

Il est très hasardeux de comparer ces taux compression de dynamique aux taux de compressions affichés dans les logiciels de réglage, bien qu’il y ait évidemment un rapport. Sachez cependant qu’il ne serait pas franchement normal de trop comprimer la dynamique de la voix moyenne.

On est donc passé en quelques années d’un affichage en « 2D » (gain ou niveaux de sortie moyen/Fréquence) à un « presque 3D » dans le sens où les systèmes de mesure nous donnent une indication sur la façon dont le signal a été traité au cours du temps, dans ses fluctuations.

Une petite gymnastique de lecture et d’interprétation, mais au final, beaucoup plus d’informations à disposition et d’actions possibles sur les réglages.

Une dernière chose: bonne année 2014 à tous !

REMFit Bernafon – Le fait-il bien ?

Written by xavdelerce on . Posted in Affinity, BERNAFON, Chaînes de mesure, Etude de cas, Marques, mesure in vivo, mesure in-vivo, RECD, SPLoGramme, TEN-Test, transposition fréquentielle

RemFit désigne la passerelle entre le logiciel Bernafon Oasis (version 19) et Affinity (version maxi 2.3).

Bernafon et les autres (sauf Starkey et Widex…) récupèrent déjà les données REM type REUR et RECD, mais le concept va plus loin en pilotant directement la mesure in-vivo d’Affinity par le logiciel de réglage. A noter que Siemens fait déjà ça et même Widex, il y a très lontemps pilotait Aurical depuis Compass (et ça marchait !).

Le but: appuyez sur le bouton « Start » et le logiciel vous met l’appareil sur cibles. Magnifique !

Test !!

Le patient test:

image1

Bien sûr, comme tout le monde, quand on teste un nouvel appareil ou une nouvelle fonctionnalité, on prend le pire de nos patients (le pire des audiogrammes). C’est de bonne guerre !

Dans ce cas précis, les appareils choisis sont des Acriva 7 Rite adapté en dômes ouverts. Le TEN-Test est positif dès 3KHz, donc la correction se fera jusqu’à 2KHz et transposition fréquentielle (pardon « Frequency Composition » !) sur l’intervalle de mon choix (voir post sur le sujet plus bas).

Que fait RemFit:

REMFit

Un conseil: faire la calibration anti-larsen avant la MIV, le gain disponible réel étant bien supérieur des fois à l’estimation logicielle.

Il faut d’abord mettre des sondes in-vivo sur le casque REM et les calibrer par le logiciel Oasis:

Calib Sondes

Les sondes sont calibrées comme en MIV « classique »: sonde de mesure devant le micro de référence, le tout face au HP.

La MIV par le logiciel se fait par défaut à 65dB SPL d’entrée, mais on peut ajouter les intensités 50 et 80dB SPL par défaut dans le logiciel ou à la demande:

REAG cible

Le petit côté magique: en fait à Berne, des milliers de marmottes, au moment où vous appuyez sur « Droit », « Gauche » ou « Les deux », prennent le contrôle de votre PC et vont faire les mesures, plusieurs fois s’il le faut, automatiquement, jusqu’à ce que les cibles soient atteintes au mieux !

Ah non, les marmottes qui plient le papier d’alu, c’est un autre truc Suisse…

Bref ! Ca marche effectivement tout seul et vous voyez de façon miraculeuse les appareils se régler seuls en plusieurs étapes automatiques. Pour peu que vous ayez fait votre audiométrie aux inserts, que le logiciel ait récupéré un RECD, et donc que vos cibles soient précises au tympan, tout devrait donc coller au mieux:

REMFit ajustés

Ici, le niveau 80dB n’a pas pu être émis (c’est trop fort, il faudrait plutôt 75dB SPL max.), et il faut le décocher pour ne pas bloquer le test. Le logiciel n’est pas content car il n’est pas « sur cibles » (à 3K et plus), et c’est là que l’on voit la différence entre un cerveau humain (« Mais c’est ce que je voulais ! ») et la machine (« J’ai pas pu taper le 3 et 4KHz dans les cibles. End of message ! »), donc avertissement. Mais nous savons, nous les humains, que c’est mort/désafférenté au-delà de 3KHz, et qu’il n’est pas important d’aller y mettre de l’information ! Rage against the machine !

Et ça marche ?

REAR REMFit

Et oui ! Pile poile ce que je voulais.

Avouons quand même: une MIV avec ISTS et calcul des CR de la dynamique vocale, vous avez plus d’information qu’avec REMFit, non ?

Donc oui, ça marche, mais quitte à mettre une sonde, pourquoi ne pas passer directement sur la chaîne de mesure avec toutes les subtilités et les informations apportées par les signaux vocaux réels.

D’autant plus qu’ici, la transposition était proposée par le logiciel à partir de 2.9KHz, en plein dans la zone inaudible pour le patient, et seule une « vraie MIV » pouvait mettre en évidence qu’il fallait rabaisser son point de départ:

FC REMFit

Pour ce qui est de la mesure in-vivo de l’énergie transposée, voir ce post.

Bravo quand même à Bernafon, beau travail d’interface Oasis/Affinity. Seul regret: les courbes de MIV ne sont pas stockées dans Noah.

Prochain test: Oticon et sa MIV intégrée, qui, elle, permet l’utilisation de signaux vocaux. A suivre…

Les commentaires récents

xavdelerce

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Bonjour madame,

Je farfouillais dans les entrailles du blog pour les MAJ et je vois votre commentaire… dans les indésirables ! Juré, ce n’est pas moi ou Sébastien GENY, c’est le moteur Askimet (trie les indésirables).
Donc votre commentaire n’est pas indésirable, bien que le blog ne soit pas un espace pour ce genre de commentaires de malentendants, mais plutôt tourné vers les professionnels. Vous l’aurez compris, notre démarche à travers ce blog est d’élever, dans la mesure de nos petits moyens intellectuels, l’intérêt de nos confrères pour des sujets que nous jugeons importants pour l’audioprothésiste et donc en retour, pour son patient.
Son PATIENT, oui, ce nom n’est pas choisi au hasard. Vous êtes certes un consommateur (puisque nous sommes des commerçants..), mais nous sommes également des paramédicaux avec nos obligations. Autant je ne supporte pas en tant que professionnel d’avoir à fournir un devis sur un coin de bureau quand un malentendant me tend l’audiométrie de l’ORL en me demandant « Combien ? », autant, comme vous le décrivez, un devis ne doit pas se faire à la légère.
Pour faire simple, l’audioprothésiste se doit de faire des tests COMPLEMENTAIRES à ceux de l’ORL (ne s’y substituent pas, mais les enrichissent): tests vocaux différents des FOURNIER disyllabiques, recherche d’inconfort vocal et tonal, mesure audiométrique largement préférable aux inserts (et pas au casque), REUR, RECD, empreintes (ne serait-ce que pour avoir l’orientation des CAE et la faisabilité de tel ou tel couplage auriculaire). Et avant tout, une anamnèse sérieuse: qui êtes-vous ? que recherchez-vous ? que pouvez-vous/voulez-vous financièrement (n’oubliez pas que ce choix vous appartient) ? Quels sont vos possibilités de prise en charge (vous êtes en activité, vous avez peut être droit à l’AGEFIPH) ? L’état/la taille de vos CAE permet-il toutes les formes d’appareillage ? etc. etc.
Vous n’avez manifestement pas eu ces services que vous étiez en droit d’attendre, je le déplore. Faites jouer la concurrence.
Mais ne pensez pas non plus l’appareillage en tant que « consommateur »: ce n’est pas un produit « à emporter ». Les termes de « refaire à l’identique », « refaire une empreinte sur un scan existant », « faire un devis d’après l’audiométrie de l’ORL », non, ces demandes ne sont et ne seront pas acceptables par un audioprothésiste qui se respecte ! Le tout au bas mot pour un bilan pré-prothétique de 1 heure minimum…

sab

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bonjour,
j’ai 43 ans, suis appareillée depuis l’âge de 3 ans…
je suis professionnel de santé et je travaille dans mon cabinet médical +domicile.
je suis actuellement appareillée du côté droit pour convenance personnelle. Ayant besoin d’un deuxième appareil identique au premier pour m’en servir « d’appareil de secours » si le premier tombe en panne, je suis allée voir plusieurs audiopr afin de leur demander des devis. je suis rentrée chez moi bredouille. Aucun devis ne m’a été proposé. ce que l’on m’a proposé :
-une autre marque
-un café
-une empreinte dont je n’ai pas besoin car avec le numéro de série de mon appareil elle est reproduite en 3D par le fabriquant
-un audiogramme car soi-disant le prix varie en fonction de la surdité (ah bon????) que j’ai refusé aussi car je demande le « duplicata de mon premier appareil acquis en sept 2012. Pas besoin d’audiogramme pour en savoir le prix.
Au vu de ces sympathiques rdv qui m’ont fait perdre du temps, je me suis dépêchée de téléphoner au fabriquant, lui expliquant que je ne parvenais pas à obtenir un devis .
L’audio de la marque m’explique ce que je sais : les audiop ont une obligation légale de fournir des devis avant de vendre un appareil. Et qu’il peut me refaire le mien à l’identique, avec le numéro de série et le lieu d’achat du premier exemplaire.
je considère que les malentendants sont pris rééllement pour des imbéciles par ces vendeurs. Car à mon avis ils ne sont plus audioprothésistes mais vendeurs. Les deux que j’ai vus étaient littéralement nuls. Je retourne chez le premier qui m’a vendu le premier appareil . Il était tellement vexé que j’aie pu tel au fabriquant qui lui a demandé pourquoi il ne faisait pas de devis que j’ai obtenu un appareil à 1000 euros, deux fois et demi moins cher que mon premier achat où j’avais considéré être volée.
J’espère que ce commentaire ne sera pas effacé car manifestement lorsqu’un sourd est un peu habile, il est effacé car « gênant ».
je reçois des sourds dans mon cabinet et je vois leur fragilité et leur dépendance face à ces prothèses. Il est vite fait de leur faire avaler n’importe quoi quant à l’achat. Pour les personnes âgées, c’est le même problème, la plupart ont des prothèses très mal adaptées qui finissent dans des tiroirs… avec des audioprothésistes impossibles à joindre dès que l’achat est fait , barrière de secrétariat intéressante dans ce cas….

Hugo

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Effectivement plus aucun domaine (comme les opticiens ou les audioprothésistes) ne peuvent compter sans internet.
Mais par contre même si le e-commerce présente beaucoup d’avantages, pour les appareils auditifs rien ne vos les conseils en directe de votre audioprothésiste.
Un article très intéressant néanmoins.

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