Autant un écouteur vieillissant, un circuit défaillant, un bruit de fond quelconque sont faciles à détecter (BDF, distorsion harmonique ou d’intermodulation, etc.), autant la panne d’un microphone arrière est assez délicate à percevoir.

C’est pourtant une panne très handicapante pour le patient, car il n’y a plus de directivité dans le bruit, voire un déséquilibre D/G lorsque les appareils sont censés communiquer.

L’écoute de l’appareil ne donnera rien, et un test de directionalité au caisson n’est pas facile à mener : il faut avoir un caisson dédié, et le plus souvent, forcer l’appareil en directionnel par logiciel de programmation. Bref, il faut vraiment en vouloir…

Je vous livre ici le résumé d’un RDV pendant lequel la patiente se plaignait d’une baisse significative de son intelligibilité en milieu bruyant pendant les fêtes. Elle se demande si son audition n’a pas changée. Un seuil aux inserts ne donne rien : aucune baisse.

La mesure in vivo n’indiquait pas de changements notables :

Bonne bande passante (12,5kHz, les appareils et l’audition jusqu’à au moins 8000Hz, le permettant). Pas de bruit de fond à l’écoute. Pas de distorsions : rien de très différent par rapport à la correction habituelle. Si on s’arrête là, on peut considérer que tout va bien (pour l’appareil, pas pour la patiente !). Comme quoi la MIV n’est absolument pas une méthode d’appareillage, mais une partie d’un tout.

Les choses étant ce qu’elles sont, et devant la gêne manifeste d’une patiente qui n’est pas coutumière de plaintes récurrentes, une recherche approfondie s’impose.

La technique ne fait pas tout, mais là, je pense pouvoir dire qu’elle seule pouvait mettre en évidence le problème : aujourd’hui certaines chaînes de mesure permettent la mesure in vivo ou au caisson de deux signaux spatialement distincts, en simultané.

Mesure du réducteur de bruit (RB)

Freefit et Audioscan permettent aujourd’hui l’analyse des réducteurs de bruit sur x secondes, comme ici après 30 secondes de « babble » à 70dB SPL :

L’appareil droit ne semble pas fonctionner tout à fait comme le gauche, la RB n’étant pas aussi importante alors qu’aucun réglage ne le justifie. C’est un début de piste.

Plus intéressante : la mesure de signaux spatialisés

Par exemple, la voix (ISTS) peut être envoyée sur un HP avant, et un bruit (de même DSN) sur un HP arrière : la chaîne de mesure (Audioscan) analyse alors les deux signaux, dans les deux oreilles ou au caisson. Ce n’est pas aussi simple en analyse que la lecture de ces lignes, car ce genre d’analyse est très complexe et nécessite une « bascule » entre les deux signaux toutes les 128ms, mais c’est assez « magique » de pouvoir visualiser deux sources distinctes en même temps. Et si en plus les deux appareils communiquent, la mesure s’effectue en simultané des deux côtés : et là, vous pouvez prouver (ou non…) que la binauralité prothétique est un atout.

On obtient donc ceci après 30 secondes de mesure :

On constate aisément que l’appareil gauche devient bien progressivement directionnel, avec un FBR (Front to Back Ratio) variable en fréquence puisque sa directivité est multipoints (sur 15 bandes). Là, on mesure donc deux choses : le RB (voir plus haut) et sa « potentialisation » par la directivité adaptative.

L’appareil droit révèle enfin son problème : un micro arrière qui ne fonctionne plus, panne quasiment indécelable à l’écoute ou en mesure « classique ».

 

Je ne vous étonnerai peut être pas : je suis sidéré, depuis que j’ai recours à ces mesures spatialisées, de découvrir à l’occasion d’un banal contrôle à long terme combien d’appareils auditifs présentent des dysfonctionnements de directivité. Le micro arrière est notre ami, mais potentiellement notre meilleur ennemi. La plupart du temps, on le constate facilement par une directivité inverse : le patient entend mieux derrière que devant !! C’est la cas ici à droite.

Nous avons encore de très surprenantes pannes à détecter… merci la technique !

Comments (10)

  • Alexandre STANIMIROVIC

    Salut Xavier,
    A titre personnel, j’effectue des test HIT réguliers (systématiques à chaque rdv minimum 3 fois par ans) et ça se voit parfaitement en 3 minutes de test.
    Bien entendu il faut passer sur les modules de test (chaine de mesure) Gain Max et Gain rèf des logiciels fabricant (certains affichant les courbes attendues au 2cc, suffit de le configurer).

    A la livraison (ou avant en préparation du rdv) j’effectue mon protocole de test complet (G50-G65-G80-G90-BruitdeFond-distorsions harmoniques(en gain rèf). Ca donne une référence pour comparer par la suite.

    Pour une panne (ou une simple faiblesse) du micro arrière, on observe systématiquement une baisse de gain G50 et G65 « grosso-modo » sous 2kHz…

    Combien de fois j’ai chopé des pannes ou « début de panne » de micro arrière alors que même les patients n’en avaient pas pris conscience… « RAS tout va bien »… »et bah non on va retourner votre ACA au SAV !
    Et effectivement, même au stétho ce n’est pas forcément « audible »… D’où mes HIT systématiques… perso je ne fais pas confiance à mes oreilles… 😉

  • Très intéressant, à partager largement !
    Pourquoi le simple fait de venir frotter les micros avec une brossette à l’atelier lors d’un nettoyage ne permet pas de mettre en évidence une panne de l’un ou l’autre?

      • Tout à fait. Un contrôle tous les trois mois est à mon avis quasiment obligatoire.
        J’ai, à ce sujet, lu un mémoire très intéressant. Je ne retrouve pas ses références : si quelqu’un l’a ou que l’ex-étudiant se reconnait, je suis preneur pour le diffuser via ce billet.
        Il me semble d’ailleurs qu’il était arrivé à la conclusion qu’une inspection trimestrielle des micros s’imposait, et qu’au delà, les risques de perturbation de la directivité étaient très grands.

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