Du pressentiment à la preuve

Pour toute spécialité médicale ou para-médicale, le besoin de preuves scientifique s’accroit ces dernières années.

La prudence vis à vis de tel ou tel traitement augmente, une méthode ou pratique évolue au gré de nouvelles connaissances. Nous le constatons tous les jours, par exemple avec ces listes de médicaments « à faible bénéfice » voire « bénéfice nul » qui s’allongent d’année en année. Et ce n’est pas uniquement pour faire plaisir à la sécurité sociale: ces changements s’appuient sur des études ou méta-analyses d’études scientifiques.

L’audiologie prothétique échappe t-elle à ce mouvement ? Non, bien sûr. Et ce mouvement a même un nom: la pratique de l’audiologie basée sur des preuves (Evidence based practice).

Par exemple, aux questions: « Un réducteur de bruit est-il efficace ? dans quelle mesure ? », « Le microphone directionnel est-il recommandé chez l’enfant ? », « La pratique de la mesure in-vivo améliore t-elle significativement la précision de réglage ? », « L’utilisation d’un seuil d’inconfort statistique au lieu de le mesurer induit-elle un appareillage significativement moins confortable ? », etc.

Que répondre ? Sur quelles bases ? Notre « ressenti », notre intuition ou notre expérience (alias nos plus ou moins bonnes habitudes…) ? Non, ce n’est pas acceptable. Ce n’est PLUS acceptable.

Au jour d’aujourd’hui, nous devons prouver que ce que nous faisons s’appuie sur des bases scientifiques. Certes, un patient n’est pas une règle de calcul millimétrée, mais nous devons être capables aujourd’hui de lui PROUVER que ce que nous avons fait pour lui est un choix rationnel, pensé et établi sur des pratiques validées scientifiquement. C’est un peu le sens de l’imminente certification AFNOR NF, qui à mon avis ne va pas assez loin dans la pratique obligatoire (mesure in-vivo par exemple), mais qui est un excellent début.

Mais la certification valide un service minimal de qualité, pas une pratique scientifique. Pour cela, il faudrait que chacun d’entre nous se plonge dans les revues scientifiques, en extraient les articles intéressants, les traduisent, les confrontent, en analysent leur robustesse statistique, etc. Vous m’avez compris…

Et bien, des audiologistes l’ont fait pour nous ! Dans le cadre de l’appareillage de l’enfant, mais par extension chez l’adulte également.

Car plus que tout autre appareillage, l’appareillage de l’enfant ne tolère pas l’approximation. Le « Pediatric Amplification 2013 » fait suite à sa précédente version publiée 10 ans plus tôt:

Pediatric amplification 2013

Ce guide est en fait une revue de littérature donnant des réponses claires sur des questions techniques concernant l’appareillage de l’enfant. Chaque point est analysé, en fonction du nombre d’articles publiés sur un sujet particulier, mais aussi et surtout en fonction de la robustesse statistique de ces articles.

Par exemple, aux questions suivantes, vous avez les preuves associées, avec le nombre d’articles publiés, leurs références:

  • Le réducteur de bruit est-il souhaitable chez l’enfant ?
  • Une compression WDRC améliore t-elle l’intelligibilité ?
  • L’appareillage d’un oreille cophotique chez l’enfant est-il meilleur en CROS ou en aide FM sur la bonne oreille ?
  • La transposition fréquentielle est-elle utile à l’enfant ?
  • Le microphone directionnel adaptatif doit-il être activé chez le tout petit ? Et en grandissant ?
  • etc., etc.

Vous avez des 10aines de points de ce genre abordés. On parle ici de l’appareillage de l’enfant, mais vous constaterez qu’une grande majorité des articles cités ont été obtenus sur des tests faits avec adultes (les études extrapolées à l’enfant sont indiquées). Nous avons donc ces réponses pour les adultes également.

Pour ne plus jamais dire « J’ai l’impression que… » !

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