Et vous voulez que je le mette OU mon haut-parleur ???

La question n’est pas nouvelle pour les audioprothésistes pratiquant la mesure in-vivo : quel est l’impact du positionnement du HP sur la précision de mesure ?

Elle a pris de l’importance plus encore ces dernières années avec les mesures in-vivo de signaux de parole, la MIV d’appareillages open, et le choix qui s’offre à nous entre deux méthodes de pré-calibration, MPCE et MPSE , « Normal » ou « Open-REM ».

La pré-calibration (et les deux méthodes dont j’avais parlé dans ce post), consiste, en gros, à mesurer la distance entre le micro de référence du casque de MIV et le HP, afin d’en déduire l’affaiblissement qui en découle à chaque fréquence et de compenser d’éventuelles résonances. Dans une cabine « idéale » (chambre anéchoïque), le spectre du signal de test sortant du HP n’aurait pas besoin d’être retouché.

Les caractéristiques acoustiques du local de test sont donc mesurées lors de la pré-calibration; la distance et l’emplacement du HP d’émission dans ce local ont donc leur importance. On peut imaginer qu’un HP placé « en vrac » dans un local de mesure plus ou moins réverbérant produira au final un signal de test très déformé, car ce bruit de « chirp » émis avant chaque mesure voyage dans le local, et va être récupéré par le micro de référence avec les résonances présentes. La chaîne de mesure essaiera ensuite, lors de l’émission du signal de test, de soustraire ces résonances mathématiquement, par équalisation. Cette opération ne sera pas sans conséquence sur la qualité du signal de test (l’ISTS par exemple), qui souffrira d’une sonorité peu naturelle à l’écoute.

Voici, par exemple, l’effet de la distance entre le HP et le micro de référence sur le signal de pré-calibration :

Effet_distance_precalibr

C’est clair : plus le HP d’émission est proche du micro de référence, plus vous privilégiez le champ direct, comme ici à 50cm. A 1m50, le champ réverbéré devient prédominant et vous intégrez au signal des pics de résonance (flèches) liés à l’acoustique de la cabine. Un signal de test issu d’une mauvaise pré-calibration sera de mauvaise qualité acoustique, car il aura été très « maquillé » en fréquence et en intensité par la chaîne. Et même une cabine avec une très bonne correction acoustique échappera difficilement à ce problème de distance entre le HP et le micro de référence.

Mais alors, où placer le HP de mesures in-vivo ?

Questions subsidiaires : qu’est-ce que je risque ? un HP de mon champ libre ne fera t-il pas l’affaire ?

Pour tenter de répondre à cette question, j’ai « déterré » un article du temps où il n’y avait pas de signal vocal de test, et donc, pas de « pré-calibration » (mais juste une calibration de la sonde), pas de « MPSE » ou de « MPCE », d' »OCAM » (oups, je m’égare !)… bref, un article de Killion et Revit de 1987 !

Et même s’il est tiré de Ear&Hearing, son auteur en permet son téléchargement légal; donc non, Sébastien : tu n’iras pas encore en prison cette fois ci parce que j’ai mis un article avec copyright sur le blog 😉

Voici donc quelques conseils permettant de placer correctement son HP de test lorsque l’on veut faire de la MIV :
  1. Ca n’est pas l’objet de l’article de Killion et Revit, mais pour les raisons liées à la pré-calibration évoquées plus haut, plus vous éloignez le HP du micro de référence, plus le micro de référence est influencé par les caractéristiques acoustiques de la cabine. Donc, restez en champ le plus direct possible pour tester avec ISTS. Distance maximum HP-patient = 50cm.
  2. L’angle recommandé dans le plan transversal (droite-façe-gauche du patient) est à 45°. Il faudrait donc avoir un HP mobile sur le plan de travail, et le déplacer pour les MIV de droite, puis gauche. On notera que ce point est totalement ignoré par les très vendeuses (mais très pratiques…) mesures in-vivo bilatérales simultanées ! La sensibilité aux mouvements de la tête est d’environ 2dB, au maximum dans les HF. C’est peu, et donc on pourrait, à peu de risques, continuer à 0° (face patient)… et donc en binaural pour les adeptes !
  3. L’angle recommandé dans le plan sagittal (de face à en haut, de face au front à au-dessus de la tête) a beaucoup plus d’incidence sur la qualité de la mesure, dans certaines configurations. Un HP posé sur la table face au conduit auditif du patient  a un angle de 0° dans le plan sagittal. Selon Killion et Revit, cet angle sagittal entraîne une erreur de mesure potentiellement très importante (« explosive » !) dans les HF, de 4 à 6kHz. En cause : l’anti-résonance de la conque à ces fréquences, certes peu corrigées la plupart du temps. Idéalement, l’angle du HP devrait être de 45° dans ce plan, ce qui implique un HP sur pied ou fixé légèrement au-dessus du regard. On gardera donc à l’esprit l’erreur de mesure potentielle dans les HF>3kHz lors d’appareillages ouverts si le HP est à 0° dans ce plan.
  4. Enfin, s’il fallait éviter à tout prix une configuration, ce serait celle d’un haut parleur de champ libre, fixé au plafond ou en haut d’un mur face au patient (90°/0°). L’erreur de mesure de gain d’insertion relevée par les auteurs à l’époque allait jusqu’à 15dB dans les HF…
  5. … et s’il fallait en conseiller une, ce serait 45°/45°, légèrement de côté et en haut. Difficilement possible sans un bras articulé (accessoire FONIX).

Tout ceci semble logique finalement (distance, plans) mais pas forcément facile à mettre en oeuvre… La connaissance de ces contraintes permet cependant d’attribuer les difficultés de test/re-test à notre configuration matérielle plus qu’à de supposés comportements mystérieux des aides auditives; elles sont certes très complexes aujourd’hui, mais pas totalement construites sur de la logique floue !

Finalement, même si la configuration idéale est atteinte, on notera une précision maximale de la mesure in-vivo de l’ordre de 2 à 3dB, gardons-le à l’esprit…

 

 

 

J’en profite pour donner la clé du grenier de Killion, aux plus curieux d’entre-vous : vous y trouverez plein d’articles en téléchargement, de la « préhistoire » jusqu’à nos jours, dont celui cité ici, et dont est tiré le titre de ce post. Une bonne vision de l’évolution de l’audiologie prothétique sur les 30 dernières année.

Et pour le(s) fan(s) français du CORFIG (il sait que je le taquine, là 😉 ) : quelques merveilleux articles sur le sujet !

Si vous avez du temps… ou un peu moins

Bonnes lectures !

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