Je connais plein de gens qui ne sont pas contents de leur appareil !

Combien de fois ai-je entendu cette litanie ? « Mon voisin a un appareil, il ne le porte jamais. » « Ma cousine a été équipée et elle laisse son appareil dans un tiroir. » « L’ami d’un ami ma dit que les aides auditives ca marche pas (et en plus ca coute cher). »
La perle c’est cette dame qui un jour m’a déclaré : « je connais 23 personnes appareillées, il n’y en a qu’une seule qui est contente ! »

Alors en général on répond : « oui mais maintenant les appareils ont changé, ce n’est plus comme avant, c’est numérique avec de nombreux canaux et plusieurs micros etc etc… ». Tous les articles qui paraissent depuis presque un siècle indiquent que la nouvelle technique est meilleure que la précédente et qu’enfin les problèmes seront résolus !
On argumente aussi que les mécontents sont souvent plus véhéments que les satisfaits. Ces derniers ne crient pas leur satisfaction (d’autant qu’ils maitrisent mieux le volume de leur voix que les premiers).

En fait le premier argument est fallacieux, même si il est basé sur des faits, il simplifie la problématique et détourne du vrai problème : la nécessité d’une accoutumance à l’amplification des sons et donc le rôle d’accompagnement de l’audioprothésiste (on parlait autrefois de rééducation auditive) et la qualité de ses explications, adaptées au patient. L’importance d’un réglage adapté non seulement à l’audiométrie mais aussi à la « psychologie » du patient et à son mode de vie.

Le deuxième argument est plus intéressant mais on n’a généralement pas de preuves ni de statistiques indépendantes de satisfaction des personnes appareillées.
C’est sur ces derniers points que je voudrais apporter deux éléments. Un sondage auprès de 15545 personnes dont 1301 déficients auditifs est paru récemment (EuroTrack 2009) et a montré que 86% des personnes interrogées sont satisfaites de leur aide auditive.

Quant au témoignage individuel qui montre que la technique ne fait pas tout et que lorsqu’on est habitué à son appareil il devient indispensable : le voici !
C’était le chainon manquant de l’argumentation, je l’ai enfin trouvé. Il s’agit d’un courrier adressé par un malentendant à son audioprothésiste (la profession n’existait pas il s’agissait du représentant Sonotone) le suppliant presque de lui fournir son aide auditive. Compte-tenu de la date (1944) et de la technologie en question on peut penser que les appareils actuels s’ils sont bien adaptés et utilisés ne devraient pas poser de problème.
Je vous laisse juge.

Pour vous faciliter la lecture :
« 5 janvier 1944 »
« Je vous confirme ma lettre du 30 écoulé. Je vous en prie, retournez-moi mon appareil j’en ai absolument besoin. J’ai des visites à faire et sans mon appareil je ne peux pas me déplacer.
Recevez, Monsieur, mes plus sincères salutations,
Georges Bonin. »

Bien sûr j’attends les commentaires sur le fait qu’aujourd’hui la demande des patients n’est plus la même qu’à l’époque ; pourtant il me semble que M Bonin compte-tenu de sa fonction devait rencontrer des environnements sonores très variés (usine, « visites », téléphone). Il déclare d’ailleurs ne plus pouvoir « se déplacer »,

B Jantzem.

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Comments (3)

  • salut Brice bonne année parmi nous ! Ce matin, j’ai pensé à toi : le patient : « Vous savez, je suis inquiet avant de m’appareiller : je connais au moins une trentaine de personnes qui sont appareillés ! et bien devinez quoi : la moitié ne porte pas leurs aides auditives ! et puis de toute manière je ne supporte pas les prothèses en tout genre … » Ma réponse : »que faites vous ici ! » 😉

  • D’abord: bienvenu Brice. Enfin du « sang neuf » et un regard différent !
    Ensuite: cette lettre est très émouvante. On imagine qu’à cette époque, pour se faire appareiller et supporter la production de l’époque, il fallait vraiment en avoir besoin. On ressent toute la détresse de ce monsieur…
    Un peu comme mon grand-père quand j’étais petit et que je retrouvais au fond du jardin: « je te vois parler, mais je n’entends rien ! », jusqu’à ce qu’il remette ses lunettes CO, et là…
    Et moi petit: « Il a remis ses lunettes, il ne me vois pas mieux mais il m’entend ! »
    Et bien, tellement dépendant de ses aides auditives et appareillé très tôt, je ne l’ai jamais entendu se plaindre d’inconfort, de résultats décevants, même dans le bruit. Et pourtant, 95dB HL de perte…
    A croire que les promesses publicitaires rendent les gens irréalistes dans leurs attentes et les infantilisent quant à l’esthétique.

    • Et bien au rayon nostalgie : j’ai toujours l’appareil de mon arrière-grand-père, une de premieres pièces de ma collection. Trouvé un jour chez ma grand-mère qui cherhcait les médailles militaires de la premiere guere mondiale et tombe sur un joli écrin en cuir avec en son sein un appareil electronique inconnu pour elle.
      Il s’agit d’un Oticon T3 ou T4 de 1953, le premier appareil à transistor de la marque !
      Et déja à l’époque il était commercialisé sous une marque générique : Audipha mettait son nom à la place d’Oticon. Je n’ai jamais essayé de le tester… pour un prochain billet peut-être.

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