La liste cochléaire et la liste de recrutement du Professeur LAFON permettent de tester la partie perception de l’audition.

Pour mettre en évidence une altération cochléaire, on modifie la netteté du message auditif en faisant varier le niveau de son émission.

Mais il faut se rappeler qu’il existe également la partie intégration de l’audition, passage obligatoire vers l’identification, réalisée tout au long des voies auditives.
Pour mettre en évidence une altération d’intégration, on va modifier la netteté du message auditif en y ajoutant du bruit.Grâce à la liste de balayage, le Professeur LAFON, propose de « … permettre de savoir en très peu de temps… si l’on doit s’orienter vers une atteinte cochléaire ou une perturbation de l’intégration auditive. »(1)

Une atteinte cochléaire, donc une difficulté d’audibilité, sera assez facile à améliorer par appareil auditif.
Une atteinte d’intégration sera par contre une ombre sérieuse à une bonne réhabilitation, même avec le plus performant des appareils auditifs, car tout message reçu sera mal identifié, spécialement celui qui sera mélangé à du bruit.

Vous trouverez les mots composant cette liste de balayage sur http://www.college-nat-audio.fr/fichiers/img86a.pdf
Un grand remerciement au Collège National des Audioprothésistes (CNA) pour avoir réalisé 5 CD d’audiométrie vocale : http://www.college-nat-audio.fr/listes-cd-audiometrie-vocale.html
Tout audioprothésiste devrait les posséder.

Plus de 82% des mots utilisés dans la liste de balayage le sont également dans la liste cochléaire.

Le Professeur explique comment pratiquer en pages 139-140 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition »:
« Liste de balayage…
Cette liste comporte deux éléments de 17 mots que nous appellerons A et B. Eléments identiques pour la difficulté d’identification, la structure phonétique et les distorsions acoustiques. Les mots sont particulièrement difficiles à identifier, s’il y a un trouble de l’identification, il apparaît, une variation physiologique de l’intégration y laisse une trace…
Elle est émise en biauriculaire quelle que soit la forme de la surdité tonale. Si la surdité est unilatérale en effet il est néanmoins important de savoir si par ailleurs le niveau d’intégration est normal.
L’élément A est émis au niveau Nm, l’élément B au niveau Nm + Bm…
On note chaque déformation phonétique en marquant le phonème mal perçu et en inscrivant dans la marge le phonème de remplacement. Si le sujet ajoute un phonème au mot (« montre » pour « monte ») on considère que les trois phonèmes testés /m/, /on/, /t/ sont correctement perçus, il n’y a donc aucune erreur à noter.
Le compte des erreurs pour l’élément A et pour l’élément B séparément donne deux chiffres.
Le premier peut correspondre à une surdité (courbe tonale), à une méconnaissance de la langue, à un défaut d’articulation dont on ne tient pas compte lorsqu’on note les déformations.
Le deuxième peut correspondre aux mêmes perturbations que l’élément A et en plus à un défaut d’intégration. La différence entre les deux montre la qualité de l’intégration phonétique…Les variations non pathologiques de ces chiffres correspondent pour A comme pour B à 3, la différence I A – B I en chiffre absolu devant être égale ou inférieure à 3. »

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, pages 141-142 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing » pour une diffusion internationale Emoji :
« The « sweep » word lists…
There are two « sweep » word lists containing 17 words each, which we shall call A and B. They are balanced as regards difficulty of identification, phonetic structure and acoustics distortions. The words are particulary difficult to identify, and any pathological variation of the integration or cochlear function will be sure to give rise to a number of errors despite the short length of the test…
List A is presented at an intensity Nm, and list B at Nm (words) + Bm (noise)…
One notes each phonetic distortion produced, marking the phoneme which was incorrectly perceived and writing the phoneme which replaced it in the margin. If the subject adds a phoneme to the word (e.g. « mild » instead of « mile »), one considers that the three phonemes tested ( /m/, /ai/, /l/) were correctly perceived; one does not therefore mark any error in this case.
A count of the errors in lists A and B separately gives two figures.
The first figure may be due to deafness (tonal threshold), to a poor knowledge of the language, or to poor articulation on the part of the tester not taken into account when marking the distortions.
The second figure may be due to the same causes as the first one, plus integration trouble.The difference between the two thus gives indication of the quality of the phonetic integration…Both in list A and list B, one may have 3 errors without suspecting any pathological change; the absolute value of the difference A-B should also be less than or equal to 3.

Précisions supplémentaires apportées par le Professeur :
« Chez le vieillard on rencontre assez souvent un écart de -5.(2)… La valeur que nous avons donnée comme limite de l’écart entre l’indice et la mesure Nm + Bm est valable pour un entendant. S’il s’agit d’un sourd qui présente un indice assez élevé, le chiffre d’écart adopté est compris dans la marge d’erreur. Il est donc nécessaire d’appliquer un coefficient de correction suivant le niveau de l’indice chez le sourd.
Nous l’avons déterminé expérimentalement : il faut ajouter 1 à l’écart pour toute fraction de 5 de l’indice…Dans le cas pris comme exemple… il s’agissait d’un retraité âgé de 70 ans. Nous avons vu que l’écart normal à cet âge est de -5. »(3)
« On choisira comme niveau maximum que nous appellerons Nm, l’intensité la plus élevée sans distorsion statistiquement apparente. Si l’appareil est de bonne qualité on prend pour Nm la valeur de 90 dB, sinon 85 dB ou même 80 dB. » (4)
Pour ma part, utilisant l’Affinity version 2.4.2, l’ampli ATOLL ELECTRONIQUE AM50 couplé au lecteur CD PIONEER PD-M603 et au haut parleur KLIPSCH G-12, donc tous d’excellente qualité, le niveau Nm est de 90 dB SPL.

( Comment choisir le niveau Bm pour un bruit blanc ):
« Pour cette mesure on utilise la liste d’intégration que l’on émet à Nm chez des sujets dont l’identification phonétique peut-être considérée comme normale. L’épreuve est faite en biauriculaire en notant pour chaque phonème test la présence éventuelle d’une déformation, donc pour toute la liste la mesure donne un nombre de phonèmes déformés sur un total de cinquante phonème testés.
On choisit ainsi plusieurs niveaux de bruit de façon à pouvoir tracer une courbe d’intelligibilité phonétique du rapport signal/bruit. Une fois le seuil déterminé pour quelques sujets l’étude est poursuivie au niveau du seuil, à 5 dB en-dessous et 5 dB au-dessus.
Il faut déterminer quel niveau de bruit donne statistiquement environ une erreur. A ce niveau 95% des sujets ne doivent pas dépasser le chiffre de 3 erreurs sur cinquante phonèmes. Cette intensité de bruit correspond au niveau Bm. »(5)

Précision de ma part :
Lorsque le Professeur LAFON écrit « Nm + Bm », il faut comprendre que les mots de la liste B qui sont émis au niveau Nm dans les deux oreilles à la fois sont mélangés au bruit blanc émis, lui, au niveau Bm également dans les deux oreilles à la fois.
Avec un bruit blanc, j’émets au casque en biauriculaire les mots de la liste A à 90 dB SPL, les mots de la liste B à 90 dB SPL mélangés à un bruit blanc de 75 dB SPL .
M. Léon DODELE, notre renommé collègue audioprothésiste, a mis en avant l’Onde Vocale Globale (OVG). On trouve cette OVG sur la piste 2 de la liste de balayage du CD du CNA. J’ai ainsi pu rechercher, en utilisant l’OVG, le niveau Bm avec le même procédé que celui qui permet de chercher le niveau Bm en bruit blanc.
J’émets donc maintenant au casque (ou aux inserts) en biauriculaire les mots de la liste A à 85 dB SPL (l’insert étant plus près du tympan, j’ai diminué le niveau Nm de 5 dB SPL par rapport à celui utilisé au casque), les mots de la liste B sont émis à 85 dB SPL mélangés à l’OVG émise à 70 dB SPL.

Merci d’avoir pu maintenir votre attention jusqu’ici ! Emoji

Dans le prochain article j’entrerai dans le détail des valeurs que l’on peut trouver, dans le cas d’une surdité de sénescence, pour A, B et IA-BI.

JYM(1) Page 132 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(2) Page 152 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(3) Page 153 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(4) Page 153 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition ».
(5) Page 136-137 du livre « le test phonétique et la mesure de l’audition ».

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