LAFON 3 Les altérations de l’identification

L’article « LAFON 2 Le mécanisme d’intégration » permet de saisir qu’à chaque instant, en comparant le message auditif qui nous arrive avec tout ce que nous avons mémorisé depuis notre enfance, nous l’identifions s’il correspond à quelque chose de déjà mémorisé et nous l’interprétons comme du bruit s’il ne correspond à rien de mémorisé.

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L’article « LAFON 2 Le mécanisme d’intégration » permet de saisir qu’à chaque instant, en comparant le message auditif qui nous arrive avec tout ce que nous avons mémorisé depuis notre enfance, nous l’identifions s’il correspond à quelque chose de déjà mémorisé et nous l’interprétons comme du bruit s’il ne correspond à rien de mémorisé.

Exemple : si vous ne connaissez pas une langue étrangère et que vous entendez des personnes parler cette langue, vous identifiez ce qu’ils disent à du bruit (c’est du « chinois » Emoji) car cela ne correspond à rien de ce que vous avez mémorisé depuis que vous êtes tout petit.
Mais, commencez à apprendre cette langue, vous verrez que petit à petit vous identifierez de plus en plus de formes auditives puisque vous les aurez mémorisées avec le temps, l’habitude, par apprentissage, par conditionnement. En fait, cela va un peu se dérouler de la même façon que lorsque vous avez appris votre langue maternelle.Vous mesurez ainsi l’importance d’acquérir et de conserver une bonne intégration/identification.
Celle-ci est, en général, à son optimum vers l’âge de 9 ans : « Le chiffre identique entre 9 et 10 ans montre que dès l’âge de 9 ans la qualité de l’identification est arrivée à son optimum.. »(1)

Mais on peut se poser la question : où se réalise l’identification ?
Le Professeur LAFON nous en donne indirectement la réponse en page 9 de son livre Le Test Phonétique et la Mesure de l’Audition en nous disant où, pour lui, débutent les altérations de l’identification :
« Les altérations de l’identification
Elles correspondent à ce qu’on appelle les « atteintes centrales de l’audition »
a. Définition d’une atteinte centrale de l’audition
…Aussi, on entend habituellement sous ces termes les atteintes du système nerveux central influant sur l’audition, en somme ce qui est individualisable par l’exploration chirurgicale : l’atteinte centrale est définie par les données anatomiques, elle commence aux noyaux cochléaires.
Par contre, si l’on ne se réfère pas à l’anatomie, cette distinction ne parait pas totalement valable. Pourquoi exclure les lésions de la voie afférente aux noyaux cochléaires, alors qu’on ne distingue pas les voies des autres centres ? Et, puisqu’il s’agit d’une fonction, puisque l’on parle d’audition et non d’un système anatomique, avec quels critères physiologiques peut-on justifier cette distinction ?
Physiologie acoustique pour la cochlée, physiologie nerveuse pour les voies et les centres, sont deux aspects complémentaires de la physiologie de l’audition. Le son ne progresse pas dans les fibres nerveuses, au changement d’organe correspond une modification totale des qualités physiques du signal. Les deux structures anatomiques, oreille et nerf, ne présentent entre elles aucune analogie fonctionnelle.
La distinction anatomique, nerf auditif-centre bulbaire, par contre, ne correspond pas à une frontière physiologique. Il est impossible de distinguer par les méthodes d’exploration auditive ce qui relève d’une atteinte du nerf de ce qui répond à une lésion d’un noyau cochléaire.
L’élément périphérique de la fonction est cochléaire, l’élément central commence aux voies afférentes des premiers noyaux, sans qu’il puisse y avoir de concordance parfaite avec la terminologie anatomique. »

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page 9 du livre The Phonetic Test and the Measurement of Hearing (1966), pour une diffusion internationale Emoji
« Alterations in the identification
These correspond to what are called « central auditory defects »
a. Definition of a central
auditory defect
… Also,
one usually includes in this term any defects of the central nervous system which have an effect on the hearing and which can be located by surgical exploration : the central defect is defined by anatomical data, and starts at the cochlear nuclei.
On the other hand, without reference to anatomy, this distinction does not appear to be completely valid. Why exclude lesions in the pathways leading from the cochlear nuclei when one does not make this distinction with pathways from the other centers? And since we are talking about a function, hearing, and not an anatomical system, what physiological criteria can one use to justify this distinction?
Acoustic physiology for the cochlea and nerve physiology for the various pathways and centers, are two complementary aspects of the physiology of hearing. The sound is not carried along the nervous fibers : the change of organ corresponds to a total modification change of the physical properties of the signal. There is absolutely no functional analogy betwen the two anatomical structures, ear and nerve.
The anatomical distinction between the auditory nerve and the bulbular center, on the other hand, does not correspond to a physiological frontier. It is impossible to distinguish by auditory investigation between damage to the nerve and a lesion of a cochlear nucleus.
The peripheral aspect of the function is cochlear, while the central aspect starts at the afferent pathways of the first nuclei ; this distinction however does not agree perfectly with anatomical terminology. « 

Une autre façon de le dire :
« Les troubles de l’audition sans surdité relèvent donc des processus d’intégration du message nerveux provoqué au niveau des cellules ciliées de l’organe de Corti jusqu’à sa diffusion au niveau des aires corticales »(2).

Vous allez sûrement relire ces phrases plusieurs fois.
Peut-être pour les trouver d’une banalité affligeante, peut-être pour les trouver géniales car elles répondent à une question que vous vous posez depuis longtemps.Jusqu’aux cellules ciliées de l’organe de Corti non comprises, nous sommes dans l’acoustique, activité physiologique. Le son s’arrête là. De suite après, la fonction auditive devient celle de l’intégration auditive, activité neuro-physiologique (voies et centres auditifs) puis physio-psychologique (circuits mémoriels) au fur et à mesure que l’on monte dans les structures. (3)

Qu’entraîne une altération de l’identification ?
Si l’on se retrouve en retrait de toute vie sociale (cas de certaines personne âgées qui ne sortent plus guère de chez elles, reçoivent peu de visite et lisent peu), il se produit un déconditionnement par manque d’attention : « …le sujet perçoit les sons mais identifie mal la parole »(4).
Le trouble d’identification est alors dit fonctionnel.

Une lésion sur les voies auditives aboutit aux mêmes effets : « Ces perturbations peuvent être d’ordre lésionnel sur les voies auditives brouillant la forme neurologique à tel point que le signal n’est souvent plus reconnaissable »(5).
Le trouble d’identification est alors dit lésionnel.

Et c’est pour cela que, comme l’écrit encore le Professeur LAFON :
« Les prothésistes remarquent empiriquement la difficulté qu’ont certains sourds à identifier la parole lorsque les « bruits » sont importants. Cette difficulté provient d’un trouble d’intégration dont le test phonétique peut donner une mesure chiffrée »(6).

Le Test Phonétique évoqué, nous allons l’aborder dans de prochains blogs.

JYM

(1) page 220 du livre Le Test Phonétique et la Mesure de l’Audition.
(2) page 199 du livre Le Test Phonétique et la Mesure de l’Audition.

(3) d’après la figure 33 « De l’audition au langage », figure intercalée entre la page 68 et la page 69 du livre Message et Phonétique.
(4) page 161 du livre Le Test Phonétique et la Mesure de l’Audition.
(5) page 124 du livre Le Test Phonétique et la Mesure de l’Audition.
(6) page 185-186 du livre Le Test Phonétique et la Mesure de l’Audition.

Jean-Yves MICHEL

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