LAFON 59 AUDITION ET LANGAGE (19)

Vers 7-8 mois, apparaît chez l’enfant le premier mot. « Arrivé au 7ème – 8ème mois, l’enfant utilise des mouvements d’articulation, que nous disons nous d’articulation, en fait ce sont des mouvements de langue, de bouche et il apprend plutôt par hasard il fait des mouvements de bouche qui ne sont plus des mouvements de l’appareil digestif, qu’il utilise même s’il n’y a pas une nourriture présentée, quelque chose à téter, à sucer. Il va donc faire des mouvements hors de leur objet, il va donc y avoir des mouvements qui vont par hasard tomber en même temps que l’expiration sonore, c’est le premier mot pour les parents »(1).

Les parents favorisent ces sons articulés par hasard. Petit à petit, l’enfant découvre la parole avec l’aide de ses parents.

A peu près au même âge, il arrive que la porte d’entrée de l’appartement claque et que la mère dise alors à son enfant : « papa ! ». L’enfant va répéter « papa ». Ce « papa » désignant, pour l’enfant de cet âge là, celui qui est absent et va arriver. Cette articulation sert donc à évoquer mais aussi à faire apparaître le papa. C’est là que se cristallise le concept du mot pour l’enfant.

Lorsque l’enfant découvre/comprend que cette articulation sert à tout cela, il a fait le premier pas (quasiment au sens premier du terme) dans un langage articulé qui est le langage de l’Homme.

« C’est la mère qui fait apparaître par son comportement des articulations préférentielles, des tonalités préférentielles, des mélodies préférentielles. Donc finalement progressivement la mère conduit l’enfant vers elle, ou laisse l’enfant venir à elle, venir à sa langue, à sa parole, venir à ses codes expressifs et ses codes de communication. Un peu comme l’enfant apprend à marcher la mère lui tend les bras pour qu’il vienne, elle se recule progressivement pour qu’il avance, pour qu’il découvre le geste à faire pour un pas, deux pas, et pour produire l’automatisation de ce mouvement. Elle sollicite l’enfant pour qu’il la produise et je pense que le tableau de la mère qui recule devant son enfant pour qu’il découvre lui même l’automatisation de la marche c’est un très bon tableau aussi pour le langage. La mère n’a pas une action positive, elle a au contraire une action d’effacement. Cette action tire l’enfant vers elle, attirer l’enfant par la marche produit la marche, par le langage produit le développement de la parole. De la même façon, il n’y a guère de différence entre la marche et la parole, ce sont des mouvements organisés, ce sont des gestes. La parole n’est que geste comme est la marche comme est la communication de l’enfant. On oublie tant on accorde de l’importance à l’acoustique, alors que l’acoustique n’aura de l’importance que plus tard »(2).

Chacun découvre donc, petit à petit, son propre langage.

 

« Le langage et ses expressions orales reflètent l’imprégnation du sujet par cette langue collective et son utilisation à des fins de communication bien sûr, mais aussi de mise en forme d’idées exprimées ou non. Ces dernières activités représentent ce qu’on appelle la pensée verbale »(3)

« L’enfant entendant découvre spontanément le langage, fruit de son imagination, il développe sa pensée, sa logique, son raisonnement, ce n’est pas la personne investie du rôle d’éducateur qui le fait : elle lui offre simplement un terrain favorable à son épanouissement. Ce qui apparaît très spontanément chez l’enfant entendant ayant un environnement culturel correct n’apparaît que rarement de façon semblable chez l’enfant sourd »(4)

« L’enfant sourd reste au concret, l’accès à l’imagination et à l’abstraction est ardu. L’exploration des objets a besoin d’être complète pour que l’image se structure dans la mémoire. Alors que l’enfant entendant précède l’information sensorielle dès que quelques éléments lui sont connus, il imagine les autres et, en vérifiant certains, extrapole à ce qu’il en a mémorisé et identifie avant d’avoir tout exploré. Cette faculté d’imagination manque à l’enfant sourd qui reste attaché au concret. Cet exemple n’est que le reflet des possibilités de langage. Les mécanismes d’abstraction montés à partir du langage verbal et de l’expérimentation par l’action et la parole, restent à un niveau rudimentaire. Or seule l’abstraction permet à l’enfant d’accéder à une logique et à une pensée qui, propres à l’homme, sont indispensables aux acquisitions culturelles et scolaires »(2).

 

D’où l’importance d’appareiller l’enfant sourd au plus tôt afin que son langage se développe au mieux.

 

JYM

 

(1) Pr. J.C. LAFON « texte sur le langage   exposé oral   Délémont 1977 » page 12.

(2) Pr. J.C. LAFON « texte sur le langage   exposé oral   Délémont 1977 » page 13.

(3) Pr. J.C. LAFON « intelligibilité phonétique & acoustique » Bulletin d’Audiophonologie Volume 9 N°5 1979 page 12.

(4) Pr. J.C. LAFON « les enfants déficients auditifs » page 20.

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