LAFON 61 AUDITION ET LANGAGE (21)

Comme l’écrit le Professeur J.C. LAFON :

« Le niveau de la surdité ouvre des mondes très différents

Naturellement le seuil d’audition ne représente qu’une limite à partir de laquelle les sons peuvent être perçus en fonction de leur composition spectrale. Autrement dit cette donnée indique seulement la possibilité d’existence d’un signal, mais aucunement s’il est bien perçu, s’il est bien reconnu et encore moins s’il peut être opérant dans la compréhension du message. Ces niveaux calculés en déciBels n’indiquent en fait que ce qui ne peut pas être perçu, c’est une donnée négative.

Nous considérons que la prothèse auditive ne commence à être nécessaire à la perception de l’environnement que lorsque la perte auditive atteint 35 dB de perte, et plus de 30 dB dans la zone spectrale de l’octave 2 000 Hz. Réciproquement une correction par prothèse auditive est convenablement adaptée lorsque la limite des possibilités acoustiques révèle un niveau d’usage d’environ 30 dB de perte par rapport au seuil de l’audition normale. Donc toute surdité dont la perte n’atteint pas 40 dB de perte moyenne laisse la possibilité de percevoir le monde environnant, amputé certes d’une partie des informations utiles, mais à un degré autorisant une image mentale cohérente, compatible avec une vie sociale normale.

Ceci d’autant plus que le bruit de fond qui nous entoure atteint souvent ces valeurs dans la vie active, il a un effet identique à celui de l’élévation du seuil d’audition. L’émergence des formes acoustiques à l’entendement ne présente pas d’écart important avec l’entendant. En ce qui concerne la parole à voix haute dont le niveau moyen se situe entre 60 et 70 dB HL près de la bouche du locuteur, elle est perçue tout au moins dans la plus grande partie de ses traits pertinents. Un peu de lecture labiale complète l’information. Ainsi voit-on encore (peut-être moins souvent qu’autrefois du fait des bilans plus  systématiques) des adolescents ayant une surdité de perception légère découverte au cours de leurs études secondaires, la surdité ayant été ignorée jusque-là. Cependant le handicap n’est pas nul, la voix chuchotée, les sons lointains, les bruissements ne peuvent être entendus, ce qui entraîne une certaine gêne relationnelle et un univers appauvri. Si un autre handicap existe chez cet enfant, l’incidence de la surdité devient alors beaucoup plus importante : un amblyope ne peut plus avoir une information auditive palliative, un débile aggrave ses difficultés de perception, un handicapé moteur structure moins bien son environnement… Il est donc indispensable dans tout handicap sensoriel, intellectuel ou moteur de vérifier le niveau d’audition pour pallier un éventuel déficit, fût-il léger.

Le niveau 50 dB constitue une nouvelle frontière, il est situé au centre des déficiences auditives moyennes et répartit donc ces déficiences en deux groupes : jusqu’à 50 dB de perte moyenne et au-delà de 50 dB. Ceci pour la raison fort simple qu’à partir de ce niveau la plus grande partie des informations acoustiques de la parole échappe au déficient auditif. En dessous de ce seuil moyen, surtout si la forme de la courbe montre la meilleure audition des graves ou des aigus, les traits pertinent perçus permettent un autocontrôle de sa voix. Le sujet contrôle l’intensité de sa voix, la mélodie, le rythme, les timbres de son émission phonatoire. Par contre au-delà de 50 dB des timbres lui échappent. L’absence d’aigus assourdit la qualité de sa voix, elle est détimbrée, les mouvements du voile du palais sont mal contrôlés, l’articulation des consonnes, en particulier celles qui ont des tonalités aiguës, n’est pas aussi franche, elle est estompée, prenant l’aspect de ce que le sujet entend. Nous retrouverons cette valeur de 50 dB de perte auditive moyenne lorsque nous parlerons du caractère invalidant des surdités. On entre véritablement dans le monde des sourds tel que le concrétise instinctivement la société devant les difficultés relationnelles verbales, le résultat de l’enjeu scolaire et le comportement réactionnel du déficient auditif… »(1).

 

JYM

 

(1) Pr. J.C. LAFON « les enfants déficients auditifs » page 107 et 108

 

 

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