Comment utiliser la liste cochléaire ?
1)   Pour l’exploration du champ auditif. On fait varier la netteté en faisant varier l’intensité d’émission de chacun des éléments.Le Professeur LAFON utilisait volontiers des niveaux dégressifs allant, suivant le niveau de surdité de la personne, de 100dB SPL (quelques fois 120 dB SPL) à 70dB SPL (quelques fois 60 dB SPL), par paliers de 10 dB SPL(1).
Pour ma part, j’utilise en champ libre des niveaux dégressifs allant de 90dB SPL à 40dB SPL, comme d’ailleurs le Professeur LAFON l’évoque en page 140 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« Exploration du champ auditif
Les mots sont lus par élément (colonne) à des intensités variables entre 40 et 100 dB suivant le type de surdité, le seuil tonal et l’intérêt diagnostique ou technique (recherche) présenté par le sujet ».
Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page 143 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji :
« Exploration of the auditory field
The words are read a list (column) at a time at various intensities between 40 and 100 dB depending of the type of deafness, the tonal threshold and any other special diagnostic or scientific points of interest presented by the subject. »

Si vous émettez les mêmes éléments au même niveau sans puis avec appareil, oreille après oreille (voire en binaural si vous n’avez pas trop le temps), vous obtenez un gain prothétique vocal diablement intéressant pour valider l’amélioration des « qualités phonétiques(2) » de votre patient dans une situation calme.

Je vous conseille, pour savoir si la différence entre deux scores est « significative » ou « non-significative », l’article de Xavier DELERCE du 1 mai 2014 « LA CONFIANCE RÈGNE… PAR INTERVALLES* » paru sur le site « blog-audioprothésiste ». Son article faisait suite à l’intervention de Xavier BASCLE, audioprothésiste Nîmois, lors de l’atelier N°4 du Congrès des Audioprothésistes mi-avril 2014.

2)   Pour connaître le pourcentage de distorsions supraliminaires.

En page 184 du livre du Professeur LAFON « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« … connaître les erreurs faites à une intensité acoustique élevée permet de savoir quelle forme de distorsions resteront présentes lorsque le sourd utilisera sa prothèse… Le calcul du pourcentage des distorsions au niveau Nm donne le degré de difficulté d’adaptation de la prothèse. Expérimentalement nous avons remarqué qu’en dessous de 20% l’appareillage est facile au prix de quelques précautions. Entre 20 et 40% on est obligé de tenir compte des résultats de la liste de recrutement et de la liste d’intégration qui seules peuvent montrer une contre-indication éventuelle. Entre 40 et 50% il est nécessaire de faire une comparaison entre le pourcentage de distorsions avec lecture labiale seule et avec lecture labiale et amplification Nm. En effet la distorsion est tellement importante…que la présence d’une mauvaise lecture labiale nettement améliorée avec l’amplification justifie seule un appareillage. Au-delà de 50%, sauf cas exceptionnels jugés comme précédemment, tout appareillage est inutile, il n’apportera aucun complément d’information au sourd. »

Précisions :
« On choisira comme niveau maximum que nous appellerons Nm, l’intensité la plus élevée sans distorsion statistiquement apparente. Si l’appareil est de bonne qualité on prend pour Nm la valeur de 90 dB, sinon 85 dB ou même 80 dB. »(3)
Pour ma part j’utilise en champ libre un niveau Nm de 90 dB SPL.
Lorsque le Professeur écrit « en dessous de 20% », cela équivaut à obtenir moins de 10 erreurs phonétiques sur un élément entier (17 mots).
Lorsque le Professeur écrit « entre 20 et 40% », cela équivaut à obtenir entre 10 et 20 erreurs phonétiques sur un élément entier (17 mots).
Lorsque le Professeur écrit « entre 40 et 50% », cela équivaut à obtenir entre 20 et 25 erreurs phonétiques sur un élément entier (17 mots).
Lorsque le Professeur écrit « Au-delà de 50% », cela équivaut à obtenir plus de 25 erreurs phonétiques sur un élément entier (17 mots).

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, page 187 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing », pour une diffusion internationale Emoji :
« … investigation of the errors made at a high acoustic intensity will tell us about the form of the distorsions remaining when the patient is wearing his hearing aid… Calculation of the percentage distorsion at Nm gives a measure of the unsuitability of the hearing aid. We have found in practice that below 20% the fitting will be easy, if certain precautions are taken. Between 20 and 40%, one must take the results obtained with the recruitment and integration lists into account; only these can give a counter-indication. Between 40 and 50% one must compare the percentage distorsion with lip-reading alone and with lip-reading at an amplification Nm. The distorsion is so large in this case… that in improvement in lip-reading caused by the amplification is enough to justify the use of the hearing aid. Above 50%, except in rare cases where the lip-reading is greatly improved, no hearing aid will greatly increase the amount of information reaching the patient. »

Dans le prochain article, j’évoquerai deux principes du test phonétique : pourquoi n’utiliser que des mots de 3 phonèmes et comment s’est fait le choix de ces mots ?

JYM

(1) Pages 182, 186, 192, 196, 198, 199 et 200 du texte « APPLICATIONS CLINIQUE DU TEST PHONETIQUE » écrit par le Professeur LAFON et paru dans le Volume N°1 de l’année 1972 du Bulletin d’Audiophonologie ayant pour titre « LE TEST PHONÉTIQUE THÉORIE et PRATIQUE ».
(2) Page 188 du livre du Professeur LAFON « Le test phonétique et le mesure de l’audition ».
(3) Page 153 du livre du Professeur LAFON « Le test phonétique et le mesure de l’audition ».

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Comments (2)

  • Bonjour Xavier,
    Merci pour tes questions.

    1/ Le Professeur LAFON écrit, pour la liste cochléaire émise en exploration du champ auditif, en page 141 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
    « La mesure est effectuée pour chaque oreille séparément, si la surdité est asymétrique, elle peut-être faite en biauriculaire pour deux courbes tonales identiques ».
    Donc on peut comprendre que l’émission puisse être faite au casque.
    J’ai choisi le champ libre car cela me permet de visualiser le gain prothétique vocal (différence entre le nombre d’erreur phonétique sans appareil versus avec appareil) alors que je ne le pourrai pas si la liste avait été émise au casque.
    A l’appui de mon option champ libre je peux citer l’exemple en page 201-202 du Bulletin d’Audiophonologie année 1972 Volume 2 « Le Test Phonétique Théorie et Pratique » :
    « …Atteinte auditive bilatérale d’étiologie inconnue. La perte moyenne est de 60 dB à droite comme à gauche. Appareillage biauriculaire par deux contours d’oreille. Le test phonétique montre une nette distorsion liminaire avec cependant une atteinte du champ auditif puisque l’on trouve à droite et à gauche une distorsion de 6 à 10% à 100 dB. L’usage des prothèses est bon, il ne reste que 4% d’erreurs avec les deux contours d’oreille 18% et 16% respectivement à droite et à gauche avec chaque contour utilisé isolément. Ce résultat montre que lorsque la distorsion n’est pas trop importante l’appareillage des deux oreilles séparément par contour améliore très nettement la perception de la parole (erreurs réduites des trois quart)… »

    2/ Je balaye systématiquement, sans appareil, de 90 dB SPL jusqu’à 40 dB SPL sauf si avant 40 dB SPL j’atteins les 100% d’erreurs phonétiques, auquel cas je m’arrête là évidemment. Avec appareil, j’émets à nouveau les mêmes éléments aux mêmes niveaux. Je n’ai donc pas d’intensité de « départ » calculée à « seuil 2K + 10dB » ou autre.

    3/ J’accorde une importance aux hauts niveaux (80 – 90 dB SPL) car il me semble important que mon appareillage ne génère pas plus d’erreurs phonétiques que ce que la personne en fait sans appareil. Je le vérifie donc.

    J’espère avoir répondu à tes questions.

    JYM

  • Bonjour Jean-Yves

    J’ai plusieurs interrogations:
    1/ tu parles de niveaux d’émission en dB SPL pour l’administration des listes. Est-ce que ça veut dire que le test doit se faire en champ libre (ce que tu fais) ?
    2/ comment est calculée l’intensité de « départ » (le confort) ? J’avais entendu dire « seuil 2K + 10dB » ?
    3/ est-il réaliste de tester, à ton avis, l’intelligibilité au-delà de 75dB HL (au casque/inserts), en sachant alors que l’on va stimuler plusieurs bandes critiques avec l’augmentation globale de niveau, perdant du même coup en résolution fréquentielle et alors que l’appareillage, lui, n’aura pas une augmentation de niveau identique à toutes les fréquences et toutes les intensités ? Ce qui était valable à l’époque du Pr LAFON (technologie linéaire) avec une augmentation de niveau est-il valable aujourd’hui ?

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