LAFON 8 QUELS SONT LES MOTS UTILISÉS ?

Nous avons vu que le Professeur LAFON utilisait dans sa liste cochléaire, comme d’ailleurs dans toutes ses listes, des mots de 3 phonèmes.
Mais pourquoi 3 phonèmes et non pas 2, 4 ou plus ? S’agit-il de n’importe quels mots de 3 phonèmes ? Choisis suivants quels critères ?

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Nous avons vu que le Professeur LAFON utilisait dans sa liste cochléaire, comme d’ailleurs dans toutes ses listes, des mots de 3 phonèmes.
Mais pourquoi 3 phonèmes et non pas 2, 4 ou plus ? S’agit-il de n’importe quels mots de 3 phonèmes ? Choisis suivants quels critères ?

Le Professeur LAFON nous en donne la réponse en pages 119-120-121-122 de son livre « le test phonétique et la mesure de l’audition » :
« LE MOT
Nous devons choisir l’échelle unitaire suivante : le mot. Comment choisir les mots ?
… Plus le mot est long, moins la quantité d’information par élément phonétique est grande. On a donc intérêt à choisir des mots dont la structure phonologique est aussi courte que possible et on est conduit aux mots de deux phonèmes qui sont aussi les plus nombreux dans la langue parlée (35% du français parlé).
Mais il faut disposer du maximum de transitions phonétiques possibles puisque ce sont les unités du langage. Plus nous aurons un test riche en transitions, plus l’échantillon qu’il représente sera proche de la réalisation linguistique.
Entre ces deux impératifs nous avons choisi un moyen terme, le mot de trois phonèmes. Il contient une potentialité de phonèmes caractéristiques suffisante donc représente une quantité d’information encore importante. Les transitions phonétiques sont au nombre de quatre puisque l’on compte le passage d’un point d’articulation neutre au point d’articulation phonétique. Dans une liste de mots on peut ainsi atteindre un nombre assez grand de transitions.
La phrase qui contient un échantillonnage de transitions presque idéal a une si pauvre valeur d’information, de telles possibilités de suppléance à des niveaux d’intégration extra auditifs que son utilisation n’est d’aucun secours.
LE CHOIX DES MOTS
Le choix des mots ne peut être laissé au hasard, il est indispensable de préférer ceux qui possèdent la plus grande quantité d’information… Il faut que les phonèmes du mot choisi permettent un grand nombre d’erreurs. Si l’on considère un phonème de ce mot, il est donc nécessaire qu’il y ait le plus de mots possibles n’ayant que ce phonème comme différence. C’est la définition même du phonème caractéristique et surtout de phonème hautement caractéristique. Cette notion doit nous guider dans la sélection des mots du test.
Lorsqu’un mot est mal perçu, celui qui est évoqué est d’abord le mot dont nous avons le plus grand usage, le mot disponible. Sans que celui-ci soit obligatoirement celui que nous utilisons le plus dans la conversation. Un mot comme « table » ne sert statistiquement pas très souvent, c’est pourtant un mot très connu. On peut définir le mot le plus disponible comme étant celui dont nous avons acquis le sens le plus précocement dans notre enfance, celui qui est le mieux gravé dans notre mémoire. Le critère de la disponibilité du mot est donc très important. Parmi le groupe de mots qui peuvent être confondus entre eux il sera préférable de ne pas choisir le plus disponible qui vient le premier à l’esprit… il faut éliminer les mots qui appartiennent au vocabulaire du très jeune enfant…
D’un autre côté il est préférable de ne pas choisir un mot trop peu connu qui risque de ne pas faire partie du vocabulaire du sujet examiné.
L’ÉCHELLE DE RÉFÉRENCE
Suivant quels critères les listes seront-elles construites ? D’après la statistique phonétique de la langue parlée ou un autre critère ?
Nous avons pu constater l’inutilité de l’usage de la fréquence de récurrence des phonèmes de la langue parlée. En effet nous voulons mettre en évidence des difficultés auditives. Celles-ci ont le plus de chance d’apparaître avec des phonèmes peu utilisés donc plus informatifs qu’avec des phonèmes fréquents. Ces phonèmes, bien que peu employés, sont plus utiles que les autres. Leur audition apportant des informations qui, grosso modo, sont au contraire inversement proportionnelles à leur usage. Ceci est surtout valable pour les consonnes. Une étude de la quantité d’information contenue dans les mots de trois phonèmes nous a montré qu’elle reposait pour plus de 72% sur les consonnes bien qu’elles aient une fréquence d’usage d’environ 51% seulement, alors que les voyelles ne dépassent pas 28%.
Choisir des listes de mots phonétiquement équilibrées est donc une double erreur : on préfère délibérément les phonèmes les moins informatifs et on néglige ceux qui sont le plus facilement perturbés dans l’audition, donc ceux qui permettent de déceler le plus facilement une anomalie auditive, les spirantes particulièrement…
En ce qui concerne les transitions phonétiques, l’échantillonnage en découle automatiquement pour les éléments de listes de 50 phonèmes. La variété des phonèmes dans les mots de la liste donne une grande diversité de transitions phonétiques dons un aperçu aussi varié que possible de l’unité de langage.
En conclusion, le test est basé sur un échantillonnage phonétique donnant une diversité de transitions et sur la difficulté d’identification souvent parallèle à la quantité d’information.
Nous avons abandonné la structure syllabique qui n’apporte aucune précision supplémentaire et qui n’est qu’une unité de phonation et surtout l’Equilibre Phonétique qui est une erreur sur le plan théorique lorsqu’il s’agit de mesurer l’audition. »Vous allez sûrement relire plusieurs fois ces phrases écrites par le Professeur LAFON.
Peut-être pour les trouver d’une banalité affligeante, peut-être pour les trouver géniales car elles répondent à une question que vous vous posez depuis longtemps.

Ces mêmes lignes, en langue anglaise, pages 121-122-123-124 du livre « the phonetic test and the measurement of hearing » pour une diffusion internationale Emoji:
« THE WORD
We thus come to the next rug of the ladder, the word. If we are to use words as our test unit, on what basis are we to choose them ?
The longer the word, the less information per phonetic element. It is thus advisable to choose the words which are as short as possible. This would seem to indicate the use of two-phoneme words, which are also the most abundant in the spoken language (35% in French).
But on the other hand we must have as great a variety as possible of phonetic transitions, as these are the real units of the spoken language. The more phonetic transitions (i.e. the more phonemes per word), the better the sample can be made to correspond to the language as spoken.
We have thus made a compromise between these two opposing requirements, and have chosen words of three phonemes. These can be chosen to contain a sufficient proportion of characteristic phonemes, and hence a reasonable amount of information. Each word contains four phonetic transitions, since we count the passage from a neutral point of articulation to an active one. One word lists will thus also contain a reasonable number of phonetic transitions.
The phrase, which is almost ideal regarded as a sample of phonetic transitions, contains so little infromation and offers such a lot scope of the activities of the extra-auditory integration levels that its use is out of the question.

THE CHOICE OF WORDS
The choice of words cannot be left to chance; one must take care to select which contain the largest amount of information… It follows that the phonemes of the words chosen must allow a large number of errors. If we consider a given phoneme of a given word, we should thus try to ensure that there are many words as possible which only differ from this word in this phoneme. But this is simply the definition of the characteristic phoneme. This notion must guide us in the selection of the words used for the test.
When a word is perceived incorrectly, the first word to be evoked in its place is the most common word of those resembling it, the most available word. This need not however be the one which is most often used in conversation. For example, a word like « table » will not come very high up the statistical frequency lists, but it is nevertheless very well known. One may define the most available word as that which we acquired earliest on in our childhood, that which is most clearly graven on our memory. This criterion of the availability of words is very important. Within a group of words which can be confused one with another, one should not choose the most available one, the one which will come first to mind in case of doubt… one should eliminate, not select, the words belonging to the vocabulary of the very young child…
On the other hand, it is advisable not to choose words which are too rare, in case they are entirely unknown to the person being tested.

THE SCALE OF REFERENCE
According to what criteria should the word lists be constructed ? According to the phonetic statistics of the spoken language or according to some other criterion ?
We have found that is not a good idea to use the frequency with which the various phonemes occur in the spoken language. What we are after is a method of detecting hearing difficulties. Now these are more likely to be detected with the aid of the phonemes which are less often used, and which thus carry more information than the more frequent ones. These speech sounds, although less used, are thus in fact more useful than the others; the amount of acoustic information which they carry is broadly speaking inversely proportional to their frequency of use. This is particulary true of the consonants. A study of the amount of information contained in three-phoneme words has shown than more 72% of the information is carried by the consonants although the frequency of occurrence is only about 51%; while the vowels with a frequency of 49% only carry 28% of the information.
Choosing the word lists so as to make them phonetically balanced is thus a double error: one deliberately gives preference to the least informative phonemes, and one neglects those which are most easily distorted by the hearing and which would thus be most useful in detecting a hearing defect, in particular the spirants…
As regards the phonetic transitions, a reasonable sampling of these is obtained automatically in the 50-phoneme lists. The variety of the phonemes in the words of these lists naturally give rise to a wide range of phonetic transitions, and thus as varied a view as possible of this unit element of the individual language.
Summarizing, we may state that the test is based on a phonetic sampling giving a wide variety of transitions, and on the difficulty of identification which is a measure of the amount of information carried. We have abandoned the syllabic structure, which does not increase the precision in any way as the syllabe is merely a unit of phonation, and above all we have given up the idea of phonetic balancing, which is theoretically a great mistake for the purposes of measuring hearing.

Dans le prochain article, je reviendrai à la pratique du test phonétique en évoquant la suite logique de la liste cochléaire : la liste de recrutement.

JYM

Jean-Yves MICHEL

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