LAFON 84 SAMEDI 14 NOVEMBRE 1998 (20 ans déjà)

(1) « Le Professeur Jean-Claude LAFON nous a quittés le samedi 14 novembre au matin, au terme d’une longue et cruelle maladie, à laquelle il a fait face avec lucidité, courage et détermination jusqu’à ses dernières heures.

Professeur émérite de l’Université de Franche-Comté, il avait enseigné l’oto-rhino-laryngologie et la phoniatrie.

Avec son Maître, Pierre Mounier-Kuhn, il avait créé, en 1958 à Lyon, une nouvelle spécialité, pluridisciplinaire,  l’audiophonologie. Il en fut, disait le doyen Mandrin en ouvrant en 1969 à Besançon le Colloque International, la « Surdité du premier âge » : « la cheville ouvrière, la cheville dynamique, qui a entraîné l’audiophonologie dans les voies d’avant-garde où elle se trouve » et de poursuivre : « Je tiens à saluer les mérites particuliers de cet homme, à saluer son courage, son dynamisme et également cette part de lui-même qui fait qu’en aucune façon il n’est orthodoxe et que, de toute façon, il reste un pionnier« .

Pionnier, en effet, Jean-Claude LAFON l’a été et le présent Cahier de l’Audition, qui lui est dédié, en porte témoignage. Après un curriculum vitae, qu’il a rédigé en 1991, nous faisons suivre en guise d’exergue sa « Lettre sur un thème de recherche« , adressée le 4 juillet 1994 au responsable de la Recherche de l’Université de Franche-Comté, lettre qui évoque magistralement le cheminement de sa pensée et les déductions théoriques ou pratiques des observations et expérimentations qu’elle a impulsées.

Un échantillon de ses textes les plus marquants met en lumière les grands axes de ses recherches qui le révèlent, alternativement ou simultanément, phonéticien, physiologiste, pathologiste, acousticien, inventeur, psychologue, pédagogue et philosophe.

Au service de l’audiophonologie, à laquelle il avait voué sa vie, il avait porté progressivement son message bien au-delà de nos frontières. Les premières journées d’audiophonologie lyonnaises de 1962 furent suivies, d’année en année, par les rendez-vous du 8 décembre qui culminèrent avec le Colloque International Les Rythmes en 1967.

A son arrivée à Besançon, il impulsa une vaste étude du dépistage néonatal de la surdité en Franche-Comté et organisa dans la foulée le mémorable Colloque International de 1969 « La surdité du premier âge« .

D’autres colloques suivirent, avec un succès grandissant. Le Prélangage en 1973, Perception et Communication en 1975, Sénescence de la Communication en 1981, Surdité de l’enfant en 1989 – pour n’en citer que quelques uns – ont chacun marqué significativement l’évolution de la pensée internationale – médicale et scientifique – et ont fait dire que Besançon était devenue La Mecque de l’Audiophonologie.

En 30 ans, il organisa, en effet, 23 colloques internationaux de 3 ou 4 jours, 13 séminaires de 2 jours et 28 journées d’études et de concertations, avec une moyenne de 300 participants aux colloques, de 45 aux séminaires et de 44 aux journées.

Il créa, en 1971, l’Association Franc-Comtoise d’Audiophonologie, qui adhéra au Comité Français d’Audiophonologie et, par l’intermédiaire de ce dernier, au Bureau International d’Audiophonologie. Il créa simultanément le Bulletin d’Audiophonologie, Annales Scientifiques de l’Université de Franche-Comté et organe officiel des travaux scientifiques de la Société Française de Phoniatrie.

Jean-Claude LAFON a enseigné à l’Université de Franche-Comté de 1967 à 1992, année de sa retraite. Son talent d’enseignant lui valut d’être aussi chargé de cours pendant sept ans à la Faculté des lettres de Grenoble. Apprécié à l’étranger, il a enseigné pendant quinze ans comme chargé de cours à l’Université de Neuchâtel et pendant huit ans comme lecteur à la Faculté de médecine de Berne.

Travailleur obstiné et infatigable, il menait de front son enseignement et ses recherches, proposant ses idées à ses collaborateurs, incitant leur exploitation sans être directif, élaborant, à partir des résultats, une synthèse, toujours originale et parfois brillante. Contestant souvent les idées reçues, il sut dépasser les inerties et les oppositions que lui valurent les hardiesses de ses propositions.

Ses recherches furent couronnées par un Doctorat en phonétique, soutenu, en 1970, en Sorbonne à Paris, puis, en 1979, par un Doctorat ès sciences avec mention très bien et les félicitations du Jury, soutenu à Lyon à l’Université Claude Bernard avec une thèse intitulée « Des unités de son et de parole« .

Le rapport de soutenance faisait remarquer que « M. Jean-Claude LAFON a non pas mis en oeuvre, mais fait aboutir et non pas une, mais plusieurs séries cohérentes de recherches représentant chacune la matière d’une thèse classique de doctorat ès sciences » et, encore un peu plus loin « La somme et la qualité des recherches sur lesquelles il s’appuie lui vaudraient, au niveau des faits expérimentaux, plusieurs fois le titre de Docteur ès sciences« .

Peu attaché aux honneurs, il fut néanmoins promu lauréat de l’Académie de Médecine en 1962 et décoré du Mérite Social International, décerné en 1975 par la Fédération Mondiale des Sourds. Nommé Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques en 1988, il fut fait Chevalier de la Légion d’Honneur en 1992.

Ma première rencontre avec Jean-Claude LAFON date d’octobre 1956. Le professeur Bernard Vallancien avait organisé, dans l’ancien amphithéâtre de la clinique O.R.L. de l’hôpital Lariboisière, une réunion pour Madame Borel-Maisonny et ses collaboratrices. J’y avais été invité. Il s’agissait d’écouter un jeune et vif médecin qui venait de Strasbourg : c’était Jean-Claude LAFON.

Il nous exposa une nouvelle méthode d’exploration vocale de l’audition qu’il appelait le Test Phonétique. La théorie était séduisante et l’application prometteuse. Aussi, après les applaudissements mérités par la qualité de son exposé, allais-je le trouver pour lui poser quelques questions, mais son train l’attendait et nous avions convenu de nous revoir. Des réunions scientifiques ultérieures nous en donnaient l’occasion. Le hasard fit que nos maisons de vacances étaient proches, au bord de la mer en Basse-Normandie. Au fil des rencontres, nous sommes devenus amis, échangeant nos projets, nos observations, nos résultats, nos rêves d’avenir.

J’appréciais sa perspicacité, la rigueur de sa pensée, son esprit inventif, son intégrité, sa loyauté, sa fidélité et, aussi, quoiqu’inattendu, son sens de l’humour.

Tel m’était Jean-Claude LAFON, tel était l’ami. M’adressant à ma demande des documents le concernant, sa secrétaire m’écrivait : « Il manque certainement beaucoup de choses, mais les oublis sont faciles devant l’ampleur de l’oeuvre que laisse Monsieur LAFON.

Ces quelques pages retracent sa vie professionnelle, mais il en faudrait autant pour parler de ses qualités humaines, son immense gentillesse, sa bonté, sa générosité, son humilité, sa simplicité.

Je pense qu’il faisait partie de ces êtres exceptionnels que l’on a rarement le privilège de rencontrer au cours d’une vie »

Il n’y a rien à ajouter.

Paul VEIT » (2)

 

(1) AVANT-PROPOS, pages 4 et 5, Les Cahiers de l’AUDITION, « Hommage au Professeur Jean-Claude LAFON », volume 11, Novembre/Décembre 1998, N°6, ISSN 0980-3482.

(2) CONNAISSANCES SURDITES MARS 2008 N° 23 : « Paul Veit, voir son portrait dans C.S. n°3 (2003) et sur le site d’Acfos www.acfos.org  Il fut le maître d’oeuvre de l’organisation de la profession d’audioprothésiste en France et un pionnier de l’audiophonologie et du dépistage précoce (il allait dans les maternités faire du dépistage précoce dès 1967) ».

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