Le canal auditif: parent pauvre…

S’il est un fait avéré en audioprothèse, c’est bien la difficulté que nous rencontrons à obtenir des informations sur les sensations auditives des patients appareillés.

A la question « Que ressentez-vous exactement ? », nous obtenons 9 fois sur 10 une réponse du type « Ca résonne ». Point !

Les notions de grave, d’aigu, d’écho (délai), de timbre, de compression ou de temps de retour (difficile, bien sûr), ne sont pas décrites. Ce qui ne veut pas dire qu’elles ne sont pas ressenties.

Mais comment décrire une sensation sans en avoir le vocabulaire ? Car dans notre société de l’image, les mots ne nous manquent pas pour décrire teinte, résolution, définition, profondeur d’image, piqué, moiré, distorsions, etc. Mais dans notre société du bruit, combien de personnes sont capables à l’écoute de différencier l’enregistrement sonore compressé de celui « lossless » ?

Le canal de stimulation auditif, pourtant sur-stimulé par un environnement sans répit, ne fait pas l’objet aujourd’hui d’une « éducation » au même niveau que son voisin visuel. Question de culture. Lorsque les papilles et les yeux sont à l’honneur lors d’émissions TV du type « MégaChef » ou « J’invite mes voisins à manger avec mon chemin de table que j’ai fait moi même avec mes petits doigts boudinés », il n’y a pas encore de concept « Les oreilles d’Or » où le vainqueur sera celui qui détectera la drastique réduction du nombre d’harmoniques de la clarinette dans un concerto de Weber comprimé en mp3 à 320kps ! Là, je lance un concept !!!

Le cerveau, naturellement, a tendance à privilégier l’information visuelle à l’auditive lorsque les deux sont présentes simultanément.

Un article très intéressant vient d’ailleurs d’être publié dans Science et Avenir de septembre 2012 sur la « tunnelisation » de l’attention: lorsque de multiples stimulations ou alarmes (dans le cas présent) l’assaillent, l’être humain a tendance à se focaliser sur une seule source, et plus précisément sur un unique type de stimulus. Et lorsque un stimulus visuel est en compétition avec un stimulus auditif, ce dernier sera ignoré la plupart du temps au profit du premier.

L’article décrit ainsi deux cas de crashes aériens où les pilotes ont entendu plusieurs secondes, voire minutes, l’alarme sonore de chute de l’avion ou de rapprochement du sol, mais leur attention, « tunnelisée » au profit du canal visuel (les informations et alarmes s’affichant sur leurs écrans), ont ignoré cette information auditive. En clair, « l’alarme sonore n’a pas pu faire « sortir » l’équipage de ses préoccupations et priorités » (mots du BEA) visuelles. On imagine le déluge d’informations dans ces moments là…

Voici un extrait du rapport du BEA au sujet de l’accident du vol Rio-Paris (p113):

« 1.16.8.3 Réponse aux alarmes sonores
De nombreux travaux ont été menés sur l’insensibilité aux alarmes sonores et révèlent
que le caractère agressif, la rareté et le manque de fiabilité de ces alertes peuvent
amener les opérateurs à ignorer ces signaux [1, 2]. En particulier, en cas de forte charge
de travail, l’insensibilité aux alarmes sonores peut avoir pour origine un conflit entre
ces alarmes et les tâches cognitives en cours de réalisation. La capacité à porter son
attention sur cette information est très coûteuse puisque cela nécessite l’utilisation
de ressources cognitives déjà engagées sur la tâche courante. La performance de
l’une des tâches (résoudre le problème ou prendre en compte l’alarme) ou des deux
serait altérée [3].
Par ailleurs, des études sur le conflit visuo-auditif montrent une tendance naturelle
à privilégier la perception visuelle à la perception auditive lorsque des informations
contradictoires et conflictuelles, ou perçues comme telles, de ces deux sens sont
présentées [4, 5, 6]. Le pilotage, sollicitant fortement l’activité visuelle, pourrait
amener les pilotes à une certaine insensibilité auditive à l’apparition d’alarmes
sonores rares et contradictoires avec les informations du cockpit. Une étude récente
en électrophysiologie sur une tâche de pilotage semble confirmer que l’apparition
de tels conflits visuo-auditifs en situation de forte charge de travail se traduit par
un mécanisme de sélectivité attentionnelle qui favorise les informations visuelles et
conduit à négliger des alarmes sonores critiques [7]. »

 

Y aurait-il des sens privilégiés ? Une éducation auditive permettait-elle de rééquilibrer cette hiérarchie ?

C’est la fameuse remarque que nous entendons régulièrement: « Je préfère être totalement sourd qu’aveugle ! ». Pas si sûr…

 

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