Pratique de la mesure in vivo en France – Résultats du sondage

Vous aviez peut être répondu, par l’intermédiaire de ce blog, au sondage réalisé l’année dernière par Mme Capucine MARMORAT qui faisait alors une collecte d’informations sur la pratique de la mesure in vivo en France dans le cadre de son mémoire de D.E. d’audioprothèse.

Certains d’entre-vous ont également répondu à un questionnaire plus poussé, et peut être aussi demandé à leurs patients leur ressenti sur la pratique de la MIV par leur audioprothésiste.

Je voulais donc revenir, avec Mme MARMORAT, sur les résultats de son mémoire sous la forme d’un « mini-débat ».

Vous pouvez si vous le souhaitez télécharger son travail très instructif.

« Entrevue » :

XD : Tout d’abord, question piège : nouvellement diplômée, pratiquez-vous aujourd’hui la mesure in vivo au quotidien ?

CM : En effet, question piège ! Je pratique la MIV, mais, je l’avoue, moins que je l’aurais souhaité, c’est-à-dire de façon hebdomadaire et non quotidienne. Je la pratique lors de difficultés d’appareillages ou lors de mes suites d’essais finales (comme contrôle de mes réglages).

 

XD : Dans votre enquête, vous repérez deux ou trois points qui font que les audioprothésistes ne pratiquent pas la MIV. Pouvez-vous  nous les rappeler ?

CM : Les raisons principales pour lesquelles les audioprothésistes ne pratiquent pas la MIV sont : le manque de formation, le manque de temps et le manque de renseignements de la part des fournisseurs.

 

XD : Vous venez de terminer vos études et vous avez été formée à la MIV certainement beaucoup plus que les audioprothésistes diplômés depuis plus de 10 ans; pensez-vous que la MIV soit suffisamment enseignée à l’heure actuelle ? Pensez-vous qu’elle devrait s’intégrer dans l’enseignement dès la première année de D.E. ? Quels enseignements théoriques et/ou pratiques seraient nécessaires pour être très opérationnel à la sortie des études ?

CM : En effet, à l’école de Fougères, j’ai été formée à la MIV et ce dès ma première année d’étude. La MIV est abordée de façon théorique en première année puis sous forme de travaux pratiques en deuxième et troisième années.

La seule façon d’être sensibilisé par la MIV est de la pratiquer encore et encore. C’est pourquoi, je pense qu’à l’heure actuelle, la MIV n’est pas encore suffisamment enseignée et surtout sur le plan pratique. Je pense que l’enseignement doit s’intégrer sur les trois années et être le même dans toutes les écoles de France.

Pour être opérationnel à la sortie des études, il faudrait plus de cas pratique concrets. Par exemple, il serait judicieux d’organiser des séances de TP sur de vrais « cobayes », recrutés par différents moyens (bouche à oreilles, internet, association, hôpitaux, maisons de retraites …) par les écoles. Ainsi, des personnes ayant des pertes auditives ou non pourraient tester leur audition gratuitement et en échange de ça, ce serait un grand bénéfice pour les étudiants. Pouvoir prendre son temps pour faire une otoscopie (pour moi, l’analyse du CAE est la base même de la réussite d’un appareillage), réaliser une audiométrie et surtout appréhender l’utilisation du matériel de MIV (placement des sondes, différentes mesures, différents logiciels, etc.).

 

XD: Ou alors pensez-vous que cette pratique repose en grande partie sur la multiplication des mesures, et ne s’acquiert donc qu’en stages ou en pratique professionnelle au quotidien ?

CM : Comme je l’ai dit, je pense en effet que cette pratique repose sur l’entraînement et donc la multiplication des mesures. L’acquisition ne se fait qu’après une pratique assidue sur le long terme, que ce soit à l’école, en stage ou en pratique professionnelle.

 

XD : En fait, quel est le déclic le plus important pour pratiquer toute sa carrière la MIV : l’enseignement ou la pratique lors des stages de 2ème et 3ème années ?

CM : Je dirais que le déclic peut venir dans les deux cas : tout dépend de celui ou celle qui vous enseigne ou vous fait pratiquer. Une personne ayant foi en ce qu’elle dit ou fait, aura nécessairement un pouvoir de conviction décuplé.

 

XD : Faire de la MIV pour se « différencier » est souvent évoqué. Dans votre questionnaire orienté patient, vous cherchiez à cerner le ressenti que peuvent avoir nos patients appareillés par des audioprothésistes utilisant la MIV. Pensez-vous que l’argument « différenciant » soit valide ? Les patients ont-ils conscience qu’une technique d’appareillage particulière et éventuellement plus précise est utilisée ? Enfin, si un tel questionnaire est distribué à des patients d’audioprothésistes ne pratiquant pas la MIV, sont-ils moins satisfaits ?

CM : Oui, je pense que l’argument « différenciant » est valide puisque la MIV, n’étant pas pratiquée par tous, permet de rendre l’audioprothésiste différent.

Tous les patients n’ont pas conscience que la MIV est un outil particulier, n’étant pas utilisé par tous les audioprothésistes.

Pratiquer la MIV ne veut pas dire être meilleur audioprothésiste que celui ne la pratiquant pas. Des patients de centres où la MIV n’est pas pratiquée peuvent être autant satisfaits par leur audioprothésiste. La MIV est un outil aidant le praticien lors de son adaptation prothétique qui présente de nombreux avantages, mais, ne pas se servir de cette aide ne veut pas dire être mauvais pour autant.

 

 

XD : Vous indiquez qu’une proportion de 59 à 67% d’audioprothésistes français pratiquent la MIV. C’est nettement plus important que le taux même des audiologistes pratiquant la MIV aux USA (question 3 du lien : 40% d’audiologistes). Pensez-vous qu’il puisse y avoir un biais dans l’enquête (une grande majorité de pratiquants ont répondu, les non-pratiquants n’ont pas répondu) ou la France est (peut être, pourquoi pas ?) en pointe au niveau européen dans ce domaine ?

CM : Bien sûr qu’il y a un biais dans l’enquête à savoir que les audioprothésistes sensibles au sujet (et donc pratiquant la MIV) auront eu tendance à répondre d’avantage que les audioprothésistes ne la pratiquant.

Cependant, les pourcentages reflètent un intérêt porté à cet outil et peut-être que la France est dans le top 3 des pays européens dans ce domaine !

 

XD : Egalement, je peux comprendre que les audioprothésistes de plus de 50 ans pratiquent moins que les autres, pour des questions de formation initiale, mais je suis surpris que les jeunes audioprothésistes (moins de 30 ans) pratiquent moins que ceux de 30 à 50 ans. Est-ce que le salariat, plus représenté dans la tranche « moins de 30 ans », de plus en plus souvent salariés dans des « chaînes », induit une présence de matériel moins importante ? (question piège 😉 )

CM : Nous abordons un sujet sensible … En effet, je pense que le salariat peut être un frein à la pratique de la MIV, tout dépend des politiques commerciales de l’entreprise et de la procédure d’appareillage mise en place.

 

XD : J’entends souvent que l’usage de la MIV est fait dans des cas de difficultés d’appareillage « inexplicables ». Je vois dans votre mémoire, que cette proportion de mesures est la même (environ 80%) que lors de l’adaptation initiale. Qu’en pensez-vous (une pratique ponctuelle, sur situations difficiles) ?

CM : Je pense que la MIV est utilisée dans de multiples situations, selon le praticien. Un audioprothésiste peut la pratiquer seulement lors de difficultés ou seulement lors de l’adaptation, ou les deux.

 

XD : L’audiométrie aux inserts est très peu utilisée encore. L’est-elle plus chez les professionnels pratiquant la MIV que chez les autres ?

CM : Je ne sais pas…

XD : Point à explorer donc. A titre personnel, je pense, sans être radical ou jusqu’au boutiste, que la MIV doit se « construire » sur une base audiométrique la plus fiable au tympan. Donc…

 

XD : J’entends souvent dire qu’un obstacle à la pratique de la MIV est le fait de devoir configurer des tests qui demandent souvent des connaissances de professionnels pratiquant souvent et depuis longtemps la MIV (temps de mesure, type d’analyse centile, type de signal, etc.) !! Qu’en pensez-vous ? Pensez-vous qu’un système « fermé » soit plus abordable ? Ou un système intégré au logiciel fabricant ?

CM : Je pense qu’il y a différentes étapes de maîtrise de la MIV. On peut, au départ, pratiquer la MIV sans configurer de tests particuliers. Une fois l’expérience acquise, on peut aller plus loin (et ce grâce à des logiciels extrêmement performants) en utilisant d’autres tests, plus techniques.

Je pense que la MIV donne des résultats fiables sur tout type d’appareillage.

Pour ce qui est du système intégré au logiciel fabricant, ce n’est pas nécessairement plus abordable. Il faut, comme pour tout, que l’on vous ai expliqué les bases de fonctionnement du logiciel. Après ça, à chacun de préférer sa méthode.

 

XD : Enfin, pensez-vous que la MIV ait un avenir ? Que devrait-on améliorer dans le matériel et la pratique ?

CM : Oui je pense que la MIV a un avenir car les jeunes utilisent cet outil pour son côté sécurisant et sa pédagogie. Cependant, des améliorations restent possibles comme l’homogénéisation de l’enseignement au sein de toutes les écoles ou la mise en place de stage « formation » sur la MIV.

Quant à l’amélioration du matériel, je n’aurai pas la prétention de savoir ce qui est améliorable. La seule chose notable est que le monde de l’audioprothèse a fait un bond considérable en matière de technologies (logiciels, appareils, MIV, etc.) ces dix dernières années alors on peut penser qu’il en sera de même pour le futur, si ce n’est plus !

 

XD : Un grand merci pour ce mémoire et votre patience devant mes questions impossibles !

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