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Le nain sourd de Bilbo le Hobbit en mode « super-directionnel »

 

Devant l’apparition ces derniers temps de « solutions auditives non-prothétiques » comme leurs distributeurs aiment à les appeler, sortes d’amplificateurs en accès direct en pharmacies ou par correspondance, vendus sans bilan, sans adaptation, sans suivi… et sans honte (!), je voulais vous relater une étude assez récente du NAL.

On présente souvent la baisse d’audition légère comme une baisse d’audition également « légère à corriger »; c’est à dire « simple » à corriger et donc ne nécessitant finalement qu’une amplification de faible niveau pour être « compensée ». Mais alors, pourquoi dépenser 300€ en pharmacie et s’acheter un S…..O, alors que pour beaucoup moins cher (24,95€) chez Nature et Découvertes, vous avez le canon à sons (et en semi-stéréo s’il vous plait !):

Là c’est clair, vous allez briller en société. Finalement, c’est vrai, vous ne serez plus gêné par les conversations dans le bruit, car celles ci cesseront dès que vous paraîtrez avec l’engin au poing, en même temps que les regards se porteront sur vous !

Bref ! J’ai découvert cette étude du NAL (Mild Hearing Loss is  Serious Business) pour un tout autre sujet, mais l’analyse de fond (faut-il une réponse simple à un problème « léger » ?) est très intéressante.

Car au final, la surdité légère est-elle un problème simple ? Une « banale » amplification suffira t-elle ? Les tenants de la solution « péri-prothétique », vous dirons que ces amplificateurs sont une solution de démarrage, un « pied à l’étrier » en quelque sorte, en attendant de passer le pas vers le « vrai » appareillage auditif. Et même (c’est un comble…), le BUCODES a publié ces derniers mois un communiqué de presse vantant les mérites des amplificateurs de sons pour les surdités débutantes ! Là, pour un organisme censé apporter un éclairage informé sur l’audition à destination du grand public, cela dénote une connaissance très « 19éme siècle » de la physiologie cochléaire !

Non: la perte auditive, même légère, n’est pas assimilable à la presbytie. La perte auditive, dès son apparition, n’est que le reflet apparent d’une somme de dérèglements physiologiques. Je vous laisse lire cette présentation du NAL pour une revue (non-exhaustive) des atteintes neuro-physiologiques présentes dès la perte auditive légère.

  1. Sur le dégénérescence « légère » du système auditif: je pense que le mot « dégénérescence » n’est pas exagéré. On emploierait le même s’il s’agissait de la rétine subissant les mêmes phénomènes (DMLA). Perte des cellules sensorielles, cellules ciliées externes, et même dans certains cas, des cellules ciliées internes. Si la perte des secondes interdit toute intervention, la surdité légère est surtout le résultat d’une réduction du nombre de CCE. Dans ce cas, il va falloir, on pourrait le penser, « mettre le son plus fort », ce sera au détriment de la sélectivité fréquentielle.
  2. Augmentation du temps de traitement temporel des informations auditives, et également (lié ?), augmentation de l’intervalle de temps minimal perceptible (quasiment doublé).
  3. Perte des informations de structure temporelle fine.
  4. Dégradations de l’intelligibilité dans le bruit.
  5. Etc.

Juste un rappel: on parle ici de surdité LEGERE….

Le NAL, pour cette étude aura mis à contribution toute une région de l’Australie, les Blue Mountains, et des milliers de patients appareillés, centralisation du secteur audiologique oblige, et s’est surtout intéressé à ce qui touche en premier lieu les patients présentant une surdité légère: l’intelligibilité en milieu bruyant. Ils ont mesuré pour cela les apports respectifs:

  1. d’une correction et captation par micro omnidirectionnel
  2. d’une correction et captation par micro directionnel (adaptatif, j’imagine)
  3. d’une correction et captation par réseau de micro super-directionnels (du pays de la vache violette…)
  4. et enfin d’une correction, captation par micro super-directionnel avec adaptation « spéciale NAL » (du suspens !!!!)
  5. … le tout comparé à l’intelligibilité dans le bruit de sujets normo-entendants

Correction d’une surdité légère par des moyens classiques (appareillage open, comparatif des micro omni. et dir.:

Surdité légère corrigée en mic. omni. et dir. (reprise données NAL)

 

Petites surdités, mais déjà perte conséquente en milieu bruyant. Par rapport à la normale, de 10 à 50% d’intelligibilité en moins ! L’apport de la captation directionnelle est relativement limité, au maximum 1dB de S/B gagné. Et la différence entre le mode microphonique omni. et directionnel est insignifiante. Comme dirait Bashung, « Y’a un truc qui fait masse ! », mais les lecteurs de Dillon savent déjà quoi…

Donc, sortons la grosse artillerie et tentons la captation « Super-directionnelle », disponible depuis quelques années.

Correction d’une surdité légère par des moyens classiques (appareillage open, comparatif des micro omni., directionnels et super-directionnels:

Surd. légère et trt par micro super-directionnel (reprise données NAL)

 

Comme dirait Bertrand dans « Des Chiffres et des Lettres » (j’ai ma culture !): « Pas mieux ! ». Mais enfin, toute cette technologie pour rien ? N’oublions pas que les sujets testés ont une surdité légère, appareillée en open (gros indice, là…).

Et donc les gens du NAL ont repris les mêmes patients, en appareillage « Super-directionnel », mais ont juste modifié, non pas le réglage, mais un « petit quelque chose », et là:

 

Surd. légère et appareillage super-directionnel « spécial » (reprise données NAL)

 

Ca y est ! Là, nos patients pourraient vraiment penser qu’ils ont retrouvée une audition « normale » dans le bruit.

Comment a fait le NAL pour arriver à ce résultat ? En réalité, ils ont trouvé le moyen d’utiliser cette super-directivité dans les basses fréquences, mais vous en saurez plus en lisant ce ppt de 120 dias environ ! Le premier qui trouve gagne un abonnement à « Teckel magazine ». (AN: CG, tu es hors-concours !).

 

C’était aussi un clin d’oeil du NAL: la surdité légère, « Serious Business » = « Affaires florissantes » ou « Sujet sérieux » ?

Je me fais le porte parole ici de Christian Brocard, Julien Haeberle, Taline Nenejian et Jean-Baptiste Lemasson qui préparent un atelier pour le congrès UNSAF 2011 sur l’appareillage ouvert.

Pour ce faire, ils auraient besoin de votre expérience et vos habitudes en la matière afin de compléter cet atelier par des statistiques les plus larges possible au plan national.

Ils mettent pour celà en ligne un questionnaire, auquel j’espère, vous répondrez massivement:

« Quelles sont les habitudes des audioprothésistes français dans le domaine de l’appareillage ouvert ?

En quelques minutes, avec 20 questions autour des dômes, micro embouts, écouteurs déportés et autres préconisations, ce sondage propose de faire le point sur vos pratiques et habitudes d’adaptation dans ce domaine. Cliquez ici pour accéder au questionnaire : Sondage : http://www.surveymonkey.com/s/YPCPZC9

Vous pourrez retrouver une analyse des résultats du questionnaire dans le numéro d’Audio infos consacré au congrès 2011 de l’Unsaf, aux côtés d’un article de fond sur les appareillages ouverts. »

Merci pour eux.

PS: sans trahir un secret des dieux, ils sont en train de faire un très gros boulot sur le sujet…

Ce billet fait suite aux observations de Cl. GEORGET, audioprothésiste, fournisseur de l’article dont il est fait mention.

Lors de l’adaptation d’une aide auditive, le logiciel fabricant vous donne le facteur de compression dans un canal donné, ce dernier variant en général entre 1.0 et 5.0 ( !!), pour ce qui concerne l’équivalent numérique d’un AGCi.

Chez certains fabricants, deux facteurs de compression (eq. AGCi) sont donnés, un pour les niveaux faibles d’entrée, l’autre pour les niveaux moyens.

Or, jusqu’à ce jour, je ne me préoccupais pas (trop) des niveaux logiciels, mais un rapide calcul des niveaux de sortie in-vivo, sachant que mon signal d’entrée varie de 50 à 75dB, me permettait d’approximer le facteur de compression que j’essaye personnellement de maintenir sous 2.0 dans la dynamique vocale ; les goûts et les couleurs…

Bref, Clément me dit : « Il y a désaccord fréquent entre la mesure en oreille réelle et le logiciel ».

Une recherche, en tombant sur un article de l’AJA (American Journal of Audiology), a effectivement apporté une réponse à cette constatation : les taux annoncés par les logiciels sont en général des taux de compression mesurés au coupleur ou sur Kemar, mais en tout cas, dans des conditions « fabricants » qui vont être parfois très éloignées de vos conditions individuelles.

Au moins trois facteurs influent sur le taux de compression « réel » (mesuré ou effectif in-vivo), c’est à dire que vous risquez avoir un taux de compression en général plus bas que ceux annoncés :

  • Le diamètre de l’évent (grande influence)
  • Le facteur de crête du signal utilisé pour mesurer (intervalle entre le niveau moyen et le niveau de crêtes)
  • La durée du signal de mesure

Je pense que les deux derniers facteurs sont à relativiser à ce jour, car à l’époque de cet article, l’auteur ne disposait pas de signaux vocaux « standardisés » tels que l’ISTS. Ce signal, fruit de la collaboration entre divers fabricants, possède des caractéristiques bien connues de facteur de crête, intervalles de silences, etc. Et aujourd’hui, beaucoup de fabricants testent leurs appareils avec ce signal. On peut dégager quand même quelques grandes lignes :

  • Plus le facteur de crêtes est élevé (dynamique du signal importante, comme l’ISTS), plus le facteur de compression réel sera bas. Si vous testez une aide auditive avec un signal à faible facteur de crête (bruit vocal ou balayage wobulé), le CR sera plus élevé.
  • Plus le stimulus est long, plus le taux de compression (CR) résultant sera élevé, cette condition annulant donc la première… mais il faut relativiser, car les signaux utilisés à l’époque par l’auteur étaient très artificiels.

Si les fluctuations liées au type de signal sont un peu obsolètes, le point sur le diamètre des évents me paraît nettement plus intéressant, car très d’actualité aujourd’hui avec le développement des appareillages « open » : plus le diamètre de l’évent augmente, plus le taux de compression réel in-vivo diminue par rapport à l’affichage logiciel, et ce quel que soit le signal.

Un exemple : avec une aération IROS (conduit quasi-ouvert), pour obtenir un facteur 2.0 de compression, il faudrait afficher 4.0 au niveau logiciel…

Voici la grille proposée par l’auteur, du taux de compression réel in-vivo en fonction du diamètre de l’évent (tous types de signaux confondus) :

CR théoriques et réels en fonction du diamètre de l'évent

On le voit, il est presque impossible d’atteindre des compressions de facteur 2.0 et supérieurs avec un appareillage totalement ouvert.

Ceci est illustré par cet exemple, aide auditive à écouteur déporté (RIC) sur dôme ouvert, le comportement réel de l’appareil et la prédiction du logiciel :

Taux de compression théorique et réel (in-vivo)

On a beaucoup parlé au dernier EPU de l’appareillage ouvert et de l’adaptation sur hyperacousies. Il est très clair que si notre but est de protéger des sons forts (ou moyens), il ne faut pas « ouvrir ».

Tout comme un appareillage ouvert ne permettra pas l’amplification des graves, il n’est pas fait non plus pour efficacement protéger…

Et un super appareil « open » avec tout plein de compressions sur tous les canaux, ça sert à quoi ?

En fait, je pense que tout le monde revient aux fondamentaux à savoir qu’un appareillage « open » n’est pas fait pour corriger les graves, mais pas non plus pour des dynamiques « pincées ». Si un nombre de canaux élevé se justifie pour la restitution des contrastes, ça s’arrête là…

Et dernière interrogation, je me demande si les fabricants capables de mesurer « l’effet d’évent » (par la calibration anti-larsen ou in-vivo), adaptent les taux de compression affichés à la mesure effectuée.

L’article de l’AJA en question (Real Ear Compressio ratios: the effects of venting and adaptative release time – T.W. FORTUNE – AJA – Vol. 6 – 1997).

Pour aller plus loin dans l’appareillage ouvert.

PS : merci Clément…

PS2 : un peu de pub. à Christian BROCARD (et son équipe), qui préparent un super atelier sur l’appareillage ouvert pour le congrès : encore un truc de plus à expérimenter !!!